Organisation de résistance de l'armée

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L'Organisation de Résistance de l'Armée, O.R.A., fut créée le 31 janvier 1943 (à la suite de l'invasion allemande en zone « libre » en novembre 1942), en tant qu'organisation apolitique regroupant d'anciens militaires français déterminés à résister de façon active contre l'occupant de la France. Fondée par le général Frère (arrêté en 1943, déporté et mort au Struthof le 13 juin 1944), elle fut ensuite dirigée par le général Vernea
Organisation de résistance de l'armée

L'Organisation de Résistance de l'Armée, O.R.A., fut créée le 31 janvier 1943 (à la suite de l'invasion allemande en zone « libre » en novembre 1942), en tant qu'organisation apolitique regroupant d'anciens militaires français déterminés à résister de façon active contre l'occupant de la France. Fondée par le général Frère (arrêté en 1943, déporté et mort au Struthof le 13 juin 1944), elle fut ensuite dirigée par le général Verneau (arrêté le 23 octobre 1943, mort en déportation à Buchenwald le 14 septembre 1944), puis par le général Revers, qui aura pour adjoint le général Brisac. L’ORA se développe rapidement en zone Sud, grâce aux cadres et à l’armement camouflé par l’Armée d’armistice. Elle est à l'origine proche du général Giraud. Elle fusionne en février 1944 avec l’Armée secrète (AS) et les FTP pour former les FFI, tout en conservant son autonomie.

Les prémices de résistance de l’armée. Juillet 1940

Au lendemain de la défaite et de la signature de l’armistice, un certain nombre d’officiers de l’Armée française, réduite à un corps de 100.000 hommes, considère que tout n’est pas perdu. Les forces de l’empire sont intactes et la reconquête de la France avec l’appui des alliés reste possible. Des juillet 1940 certains services préparent la revanche. C’est ainsi que le colonel Rivet, chef du 2 Bureau réunit ses collaborateurs et leur dit : « La mission continue sur l’Allemagne et l’Italie ». L’État-major, avant que les commissions d’armistice ne se mettent en place, s’efforce d’expédier en Afrique du Nord le plus possible d’armes et de matériel, et effectue des études sur l’hypothèse d’un débarquement allié en France. Le général Colson envoie une lettre personnelle manuscrite aux commandants des régions militaires les invitant à camoufler du matériel. Plus discrètement le commandant Mollard crée un service clandestin de camouflage de matériel (CDM). Le colonel Du Vigier met sur pied des unités de réservistes mobilisés sur place, les groupes autodéfense (GAD) chargés de surveiller les mouvements des troupes allemandes en zone occupée. Enfin le général Verneau envisage pour la première fois la tactique de la guérilla en cas de rupture de l’armistice et l’invasion de la zone sud, avec repli de l’armée de l’armistice dans les zones montagneuses.

L’Organisation de Résistance de l’Armée. Novembre 1942

Au lendemain de ce deuxième désastre que fut pour l’Armée l’envahissement de la zone non occupée avec remise de ses armes, un groupe d’officiers animés par les généraux Verneau Grandsard et Olleris décide de créer une organisation militaire clandestine qui deviendra l’Organisation de Résistance de l’Armée avec l’aval du général Frère. Le général Giraud avant de s’embarquer clandestinement pour l’Afrique du Nord désigne ce dernier comme son représentant en France métropolitaine. L’année 1943 sera consacrée à la mise en place de l’Organisation de Résistance de l’Armée dans les six régions définies par le mouvement Combat en zone sud. Cette tache revient au colonel Pfister pour le sud-ouest et au colonel Zeller pour le sud-est. En zone nord l’implantation de l’ORA est plus difficile. Le général Verneau dirige cette opération. Les implantations les plus importantes sont la Bretagne commandée par le colonel Masnou, l’Indre et l’Indre et Loire avec la Brigade du colonel Chomel, la région du Cher où le colonel Bertrand regroupe les anciens de son régiment dissout le 1 RI, la Bourgogne sous les ordres du colonel Prats. À l’est la région D comprenant la Franche-Comté, le Jura et les Vosges, est dirigée par le colonel Maurin. Des mars 1943 l’ORA entre en rapport avec les autres mouvements de résistance y compris le parti communiste afin de coordonner les actions immédiates et futures. La reconnaissance en juin 1943 par l’ORA de la légitimité du CFLN à Alger et de l’autorité du général de Gaulle a facilité ces négociations. Suivant ses effectifs l’ORA crée ses propres maquis ou groupes mobilisables ou fournit aux autres mouvements les officiers nécessaires à leur encadrement. Cette mise en place ne se fait pas sans casse. En mars 43 des arrestations massives frappent plus de 50 officiers. En juin les services de l’Abwehr arrêtent les généraux Olleris, Gilliot et Frère. Ce dernier mourra au camp de Struthof. En juillet ce sera le tour du général Grandsard, puis en octobre du général Verneau qui lui non plus ne reviendra pas de déportation. Il sera remplacé à la tête de l’ORA par le général Revers.

Lutte ouverte 6 juin 1944

Le 5 juin le Haut Commandement Allié diffuse les messages donnant l’ordre d’appliquer tous les plans de destructions prévus et de déclencher la guérilla sur l’ensemble du territoire français. La zone de débarquement c'est-à-dire le Calvados et les quelques kilomètres carrés de la Manche n’est pas propice aux maquis en raison de la forte concentration des forces allemandes et des bombardements intenses alliés. C’est le plan Tortue mis au point par le capitaine Grenier installé à Ferté-Macé qui sera appliqué par les équipes du colonel Perret. Elles retarderont de 48 heures l’arrivée sur le front de la Panzer division stationnée dans la région du Mans, retard qui contribuera au succès de l’opération Overlord. Un rapport du capitaine Fayard fait état de la destruction de huit ponts routiers, d’une centaine de véhicules, de sabotages de voies ferrées et de rupture de câbles téléphoniques dans les jours qui ont suivi le débarquement. En Bretagne la Résistance bien que non avertie de l’opération apporte une aide précieuse aux commandos du commandant Bourgouin qui doivent selon les plans alliés faire croire aux Allemands qu’un deuxième débarquement aura lieu sur les côtes bretonnes. Quatre « sticks » précurseurs parachutés dans la nuit du 5 au 6 juin sont pris en charge par la Résistance qui dispose de plusieurs milliers d'hommes / FTP, AS, ORA. Ils sont suivis par le largage de « Bérets Rouges » qui avec les groupes de résistants effectuent de nombreuses actions de sabotages et embuscades. L’énorme supériorité allemande les contraint à se replier sur Saint-Marcel. C’est là que le commandant Bourgouin sera parachuté avec ses hommes ainsi que plusieurs tonnes de matériel. Cette base comptera jusqu’à 3500 hommes armés. L’ORA fournit quatre bataillons. Ils participeront à sa défense et à son évacuation particulièrement difficile le 18 juin. Dispersées, les forces de la Résistance et les hommes de Bourgouin rallieront différents maquis et poursuivront la lutte par une action généralisée à partir du 3 août jusqu’à la libération de la Bretagne. Trois bataillons ORA participeront au siège de Lorient. Au sud de la Loire, l’ORA qui s’est développée là où stationnaient les unités de l’Armée de l’Armistice avant sa dissolution, effectue une série de sabotages (dynamitage de ponts, obstructions des routes, destructions de dépôts de carburants) afin de retarder la montée des renforts allemands vers le front de Normandie. Après le 15 août la réception de nombreux parachutages d’armes permet le déclenchement de la guérilla généralisée et notamment la constitution de deux unités importantes : la Brigade Charles Martel commandé par le colonel Chomel forte de 2300 hommes dans l’Indre et le 1 RI. reconstitué par le colonel Bertrand disposant de 11 compagnies dans la Cher. D’autre part dans le sud-ouest, après la libération de Toulouse, le 19 août, sous l’impulsion de Chevance-Bertin les FFI des régions libérées dont le Corps Franc de Pommies sont regroupés pour former une grande unité de combat : le Groupement Mobile du Sud-Ouest composé de deux divisions : la Division Légère de Toulouse commandé par le colonel Redon de l’ORA en fait partie ainsi que la Division Légère d’Auvergne également commandé par un officier ORA le colonel Fayard. L’ensemble de ces forces participe à une importante opération qui aboutira à la reddition d’une colonne allemande forte de 20.000 hommes commandés par le général Elster. Partie de Bordeaux le 22 août cette colonne hétéroclite mais fortement armée, est harcelée dans la Vienne par les maquis de Guingouin, puis dans l’Indre par la Brigade Charles Martel de Chomel. Ce dernier ayant établi une liaison radio avec les Américains grâce à une équipe Jedburgh obtient un appui de bombardements aériens obligeant Elster à ne faire mouvement que la nuit. Dans le Cher la colonne se heurte au 1 RI renforcé par deux escadrons de Jeeps fournis par les SAS du colonel Bourgouin. Les divisions Fayard et Redon citées ci-dessus, se déploient sur une ligne Saincoins et le Bec de l’Allier. L’ensemble de ce dispositif FFI, bien qu'inférieur en nombre et armes empêche Elster dont les troupes s’échelonnent entre Cher et Loire de franchir la Loire à Décize. D’autre part une autre colonne allemande forte de 5000 hommes commandée par le général Bauer remonte vers Autun. Elle est attaquée par les FTP de Saône et Loire puis par le Corps franc Pommiès transporté par train, prouesse de Résistance-Fer, et par les éléments de la 1 DB (le 2 Dragon du colonel Demetz) chargés de s’emparer d’Autun. Le général Bauer se rend sans condition le 10 septembre au colonel Demetz qu’entourent les chefs FFI. Le général Elster privé de l’appui de Bauer accepte de se rendre le même jour au général Macon commandant la 83 D.I.US à Issoudin en présence du colonel Chomel. Le lendemain le général Elster doit négocier à Arçay (Cher) avec le colonel Bertrand les conditions de ses mouvements pour se rendre aux Américains. Dans la Région R4 (sud-ouest) au reçu des messages de Londres, la mobilisation se fait dans l’enthousiasme. Aux points de ralliement on assiste à une arrivée massive d’hommes que l’on ne peut tous armer. Les Brigades de Pommies montent plus de vingt embuscades et font face à de nombreux accrochages, les sabotages de voies ferrées et la destruction de pylônes se multiplient dans toute la région jusque la fin juin. C’est davantage par manque d’armes et d’explosifs que Pommies ordonne une démobilisation partielle et un repli sur des maquis hors de portée des garnisons allemandes. Les Allemands par contre, surpris par le nombre des premières actions du Corps Franc Pomies réagissent avec force en constituant des détachements anti-guérilla aidés par la Milice de Darnand. Fin juillet les parachutages d’armes permettent la reconstitution de nombreuses unités et la reprise des embuscades. Des le débarquement allié du 15 août, en liaison avec les autres groupes de résistance (FTP, AS, CFL, VENY) le Corps franc Pommiès va participer à la libération de nombreuses villes et interdire la frontière franco-espagnole aux unités allemandes qui chercheraient refuge en Espagne. Après la bataille d’Autun (voir ci-dessus) le Corps franc Pommiès devient le 49 Régiment d’Infanterie rattaché à la 1 Armée. Il participe à la campagne d’Allemagne et défilera à Berlin le 8 mai 1945. Dans la Région R2 Provence-Côte d’Azur le capitaine Jacques Lécuyer ordonne des l’annonce du débarquement en Normandie la mobilisation des maquis dans les zones montagneuses. De violents combats ont lieu dans la vallée de l'Ubaye, les gorges du Cians et du Daluis, le Haut Verdon et plus au nord dans le Vaucluse. Des la fin juillet il règne dans toute la région alpine un climat d’insécurité total pour les troupes allemandes. Le colonel Zeller, chef ORA pour les Alpes décide de se rendre à Alger voir le général de Gaulle pour lui exposer cette situation. Le général de Gaulle dévoile à ce dernier que le débarquement en Provence est fixé au 15 août et que le plan prévoit une lente remontée par la vallée du Rhône pour atteindre Lyon à J+90 .Aussi Zeller suggère une manœuvre audacieuse et rapide à travers la zone alpine contrôlée par les maquis avec un rabattement brusque le plus au nord possible pour couper la vallée du Rhône et atteindre Lyon à J+15 au maximum. De Gaulle approuve et demande à Zeller d’aller à Naples exposer ce plan au général Patch, commandant des forces de débarquement. Celui-ci lui dit qu’il ne peut modifier le plan initial mais qu’il décidera sur place de l’action à entreprendre. Dès le débarquement, Lecuyer accompagné d’un important agent du S.O.E., le major Gun, se présente au PC du général Frederick dont la First Airborne Task Force venait d’être parachutée dans la région du Muy et lui confirme que son flanc droit nord est protégé par la résistance jusqu’au confluent du Var et de la Vésubie. Une mission similaire est effectuée par le major Gun et le lieutenant de Boisfleury auprès du général Dahlquist, commandant la 36 D.I.US pour lui confirmer que la route des Alpes est quasiment libre, contrôlée par les maquis. Le général Patch encore en mer décide alors d’envoyer une importante brigade motorisée commandée par le général Butler qui arrivera devant Lyon le 3 septembre soit plus de deux mois avant la date prévue. Dans l’est le colonel Maurin qui, outre la Franche-Comté, commande le Haut-Rhin et les Vosges, ayant reçu peu d’armes, décide de ne pas appliquer le Plan Rouge immédiatement, mais de consacrer tous ses efforts aux opérations de sabotages des voies de communication et de destructions de matériel. En juillet et août les parachutages massifs d’armes permettent la constitution d’un important maquis sur le plateau de Lhomont rassemblant plus de 3000 hommes et qui recevra un commando SAS de 82 parachutistes. Cette force effectue de nombreux coups de main contre de petites garnisons allemandes et fait face à deux importantes attaques avant de remettre cette position stratégique à la 1 Armée. Comme il a été indiqué, l’Organisation de Résistance de l’Armée a participé aux combats de la libération soit avec ses propres forces (Corps franc Pommiès, Brigade Charles Martel, 1 RI.), soit en fournissant des cadres aux maquis ou en participant au commandement des opérations (Vercors , Région R2, Division Légère d’Auvergne). Les exemples cités ne sont qu’un aperçu de l’action de l’ORA sur l’ensemble du territoire. Par ailleurs, il faut souligner, que l’ORA n’a pas été un mouvement comme le furent Combat, Libération, Franc-Tireur, le Franc National et bien d’autres encore, avec leurs journaux, leurs préoccupations politiques et leurs unités combattantes, mais un ensemble militaire clandestin organisé méthodiquement après novembre 1942 mais préparé des juillet 1940 par certains chefs de l’Armée de l’Armistice. Ceux-ci firent appel aux militaires qu’ils avaient connus dans le service, mais très vite le recrutement fut étendu aux résistants attirés par le caractère strictement militaire des préoccupations de l’ORA. Ces derniers ont su apporter leur l’expérience de la lutte clandestine et leur faire accepter un bouleversement de la hiérarchie. L’Organisation de Résistance de l’Armée paiera un lourd tribut dans cette guerre sans merci, plus de 1600 hommes seront tués au combat ou fusillés dont 327 officiers et sous officiers, plus de 850 de ses membres seront déportés, 360 ne reviendront pas.

Chefs

- général Aubert Frère : décembre 1942 - 13 juin 1943
- général Jean-Édouard Verneau : 13 juin 1943 - 23 octobre 1943
- général Georges Revers

Chefs régionaux

- Région R1 :
- Région R2 (Provence) : Jacques Lécuyer
- Région R6 (Auvergne) : Jacques Boutet ==
Sujets connexes
Aubert Frère   Buchenwald   Corps franc Pommiès   Forces françaises de l'intérieur   France   Francs-tireurs et partisans   Henri Giraud (général)   Jacques Lécuyer   Jean-Édouard Verneau   Liste des réseaux et mouvements de la Résistance intérieure française   Résistance intérieure française   Struthof   Vallée de l'Ubaye  
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