Guinée équatoriale

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La Guinée équatoriale (ou Guinée-Équatoriale) est un pays d'Afrique centrale. Elle est constituée de deux parties. L'une continentale, bordée par le Cameroun et le Gabon, l'autre insulaire avec l'ile de Bioko (où se trouve la capitale Malabo) et l'ile d'Annobón.
Guinée équatoriale

La Guinée équatoriale (ou Guinée-Équatoriale) est un pays d'Afrique centrale. Elle est constituée de deux parties. L'une continentale, bordée par le Cameroun et le Gabon, l'autre insulaire avec l'ile de Bioko (où se trouve la capitale Malabo) et l'ile d'Annobón.

Toponymie

N.B. : la tradition française prévoit, pour la graphie des noms d’unités administratives ou politiques, des traits d'union entre les différents éléments d’un nom composé et une capitale à tous les éléments (sauf articles…). Il serait donc plus convenable d’écrire « Guinée-Équatoriale ». Néanmoins l'usage majoritaire est d'écrire Guinée équatoriale comme le font notamment la Liste annexée à l'arrêté du 4 novembre 1993, le Petit Larousse 2007 (et 2003), ou encore le Dictionnaire Hachette 2007… Le Petit Robert des noms propres 2006 écrit cependant Guinée-Équatoriale et république de Guinée-Équatoriale (noter le petit r). Du temps de la colonisation, le pays constituait la Guinée espagnole.

Histoire

Préhistoire

Notre connaissance de la préhistoire de la Guinée-Équatoriale suit une subdivision géographique, l'île de Bioko d'une part, la province du Littoral entre Cameroun et Gabon d'autre part. L'île de Bioko était toujours reliée au continent jusque -8000 ans par un 'pont' qui sera à partir de cette époque lentement immergé par la poursuite de la montée des eaux de l'Atlantique. Ce mouvement du niveau marin avait débuté vers -11000 ans avec le réchauffement climatique de la fin du dernier Âge glaciaire. De ce fait, il est certain que ce territoire devait être habité par des populations nomades de chasseurs-collecteurs, à l'instar de ce qui est connu sur le continent actuel. Les vestiges d'une présence humaine ont été découverts en fouille au site de Mossumu (Prov. Littoral) datés avant -30000 ans. Il s'agit d'une industrie dite 'Sangoenne', bien connue à cette époque à travers l'Afrique centrale. Quelques autres sites, de surface ou en affleurement stratigraphique, indiquent que l'Âge Moyen de la Pierre est bien représenté dans cette partie du pays. Par la suite, des vestiges, encore mal datés, illustrent autour de Bata et du Rio Muni la permanence de la présence de l'Homme, nomade, tailleur de pierre et chasseur-collecteur, jusque -3000 ans. Sur l'île de Bioko, il s'agit d'une autre lecture; celle-ci sera très certainement modifiée dans les années à venir avec l'installation de projets de recherches archéologiques. Trois gisements 'pré-néolithiques' ont été recensés. Seul celui du séminaire de Banapa au sud de Malabo a été fouillé dans les années soixante par un anthropologue espagnol. Tout ce qui peut être dit est qu'il est antérieur à la 'Tradition Timbabé' de Bioko, datée elle à partir de -2000 ans. Il faut signaler que sur l'île d'Elobey Grande, des pierres taillées similaires à un Âge Récent de la Pierre ont été découvertes en surface. Ces trouvailles étayent l'idée d'une grande ancienneté de la présence humaine sur l'ensemble des îles équato-guinéennes avant qu'elles ne soient définitivement séparées du continent. Enfin, l'expansion du mode de vie villageois en Afrique centrale implique dans sa modélisation, et avec le rapprochement des données de la linguistique, l'installation sur l'île de Bioko de villages dès -3500 ans. Pour l'instant rien n'a été découvert pour vérifier cette hypothèse. La séquence archéologique de l'île, outre le pré-néolithique déjà mentionné, démarre avec la 'Tradition Timbabé' connue sur treize points du littoral, peut-être dès -2000 ans. Une continuité d'occupation de cette île est désormais bien attestée jusqu'à l'époque historique. À la suite du 'Timbabé', on connait les Traditions 'Carboneras', 'Bolaopi', 'Buela', et enfin 'Balombe'. Cette dernière Tradition est historique. Sur le continent, entre Cameroun et Gabon, les données de fouilles restent lacunaires mais sont suffisantes pour affirmer que la séquence complète qui reste à découvrir sera dans les grandes lignes similaire à ce qui est connu au sud-Cameroun et dans la région de Libreville au Gabon.

Premiers contacts avec l'Europe

Les navigateurs portugais occupaient les îles de Príncipe et São Tomé depuis le milieu du et c’est de là, entre 1469 et 1474, qu’ils explorèrent la zone du golfe de Guinée. Le 1471, Juan de Santarem et Pedro de Escobar débarquèrent sur une île qu’ils appelèrent « do anno bon » (de la bonne année) et qui devait conserver le nom d’”Annobón” jusqu’à aujourd’hui. En 1474 un autre Portugais, Fernando Póo, découvre dans le golfe du Biafra une île qu’il nomme « Formosa » (la belle) mais qui portera finalement son nom. Ces deux îles, avec celle de Corisco, furent longtemps utilisées comme embarcadères pour les esclaves. Le climat et les maladies décimèrent de nombreux Espagnols, membres des expéditions successives envoyées sur place à partir de 1830. Avec les traités de San Ildefonso et du Pardo (1777 et 1778), le Portugal livra à l’Espagne les îles de Fernando Póo, Annobón et de Corisco, en échange de la colonia del Sacramento. Dans le même temps, l’Espagne se voyait accorder la liberté de commercer sur les côtes guinéennes depuis le delta du Niger jusqu’au cap Lopez, situé au Gabon actuel. En cette année 1778, une expédition partit de Montevideo pour prendre possession de ces territoires ; mais après le débarquement à Fernando Póo (actuelle Bioko), les membres de l’expédition furent touchés par de graves maladies qui provoquèrent une mutinerie et l’échec du voyage. Durant de nombreuses années, les îles furent donc isolées de la métropole, à l’exception de quelques navires de Buenos Aires ou de Montevideo qui y faisaient escale.

Occupation britannique (1827-1845)

En 1827, l’Espagne autorise la colonisation de l’île par les Britanniques. Santa Isabel, port et cité principale de l’île de Bioko, prend alors le nom de Port Clarence. C’est là qu’est constitué un tribunal destiné à réprimer le trafic d’esclaves. À partir de 1832 de nombreux espagnols, voyageurs, scientifiques ou officiels visitent l’île, qui est finalement revendiquée à nouveau par l’Espagne en 1845, année au cours de laquelle Nicolás de Manterola y débarque le premier missionnaire.

Retour de l’Espagne (1845-1968)

En 1856, l’Espagne fonde officiellement la Guinée espagnole, initialement réduite au domaine maritime des côtes guinéennes, et son île principale. En 1858 est envoyé le premier gouverneur général de l’île, cette dernière bénéficiant un an plus tard du statut de colonie espagnole. Cependant, le domaine de plus de 800 000 km² laissé en Guinée par le Portugal à l’Espagne par les traités de San Ildefonso (1777) et du Pardo (1778) est plus ou moins abandonné, et l’Espagne rencontre bien des difficultés pour faire admettre ses droits de propriété auprès des autres puissances européennes qui viennent s'y installer : la France au Gabon, l'Allemagne au Cameroun et la Grande-Bretagne au Nigeria. L’Espagne envoie un géographe, Manuel Iradier y Bulfy, qui s’emploie à partir de 1884 à réannexer les territoires du Rio Muni, en passant des traités avec les chefs locaux. La conférence de Berlin de 1884-1885 sur le « partage de l’Afrique » tourne au désavantage de l’Espagne, qui ne se voit octroyer que 180 000 km², sans compter les dépossessions dont elle fait l’objet sur le terrain de la part de la France. Face à ses récriminations, une commission franco-espagnole est créée, qui aboutit au traité de Paris du 27 juin 1900 qui ne laisse à l’Espagne qu’un territoire de 26 000 km² sur le continent, correspondant à l'actuel Rio Muni. Au cours de la guerre civile espagnole, le 4 octobre 1936, 488 hommes s’embarquent du port de Las Palmas en direction de la Guinée espagnole. Ils rencontrent dans les eaux de Bata le navire républicain le Fernando Poo, qui est coulé suite à l’attaque des franquistes. Tout au long de la fin du et de la première moitié du , de nombreux Espagnols s’installent, principalement à Bioko, et débutent ou poursuivent l’exploitation du cacao et du café, qui avaient été rapportés des îles voisines de São Tomé-et-Principe. Peu à peu les infrastructures et l’organisation administrative se développent, l’économie se basant sur les plantations, mais laissant à l’écart les populations africaines, tant du point de vue des postes occupés que de l’accès à l’éducation. go

La transition vers l'indépendance (1959-1968)

Evolutions politiques et institutionnelles

La Guinée espagnole a connu plusieurs configurations institutionnelles. Jusqu’en 1959 la Guinée est une « colonie ». Elle est gérée par le directeur des places et colonies d’Afrique, José Diaz de Villagas depuis 1945. Celui-ci est placé hiérarchiquement sous le sous-secrétaire à la Présidence, qui deviendra Vice-président, Luis Carrero Blanco. Le directeur nomme un Gouverneur général à Santa-Isabel, qui nomme lui-même un gouverneur civil au Rio Muni. Ces gouverneurs exercent un pouvoir absolu dans la colonie et ne doivent rendre de compte qu’à leurs supérieurs. Juridiquement c’est le système dit du « patronage des indigènes » qui est en place. Il y a dans la colonie deux types d’individus : les « émancipés » et les « indigènes ». Ces derniers sont considérés comme des mineurs et sont rattachés à une « maison des indigènes », gérée par des Espagnols, à laquelle ils doivent s’adresser pour pouvoir déménager, pour pouvoir acheter des bien fonciers, pour pouvoir se marier, et pour toutes leurs relations avec l’état colonisateur. En cas de procès, c’est leur maison qui les représente devant les juges. Les émancipés sont les Européens, les Fernandinos et certains fonctionnaires coloniaux Bubis et fangs. On trouve également des « semi-émancipés » qui ont un statut mixte. Les indigènes peuvent devenir émancipés par un concours très difficile à obtenir. En effet si l’éducation est obligatoire en primaire elle reste d’un niveau très basique, on ne demande aux maîtres qu’un niveau inférieur au baccalauréat espagnol. Et c’est seulement très tard que, notamment à travers l’Ecole Supérieur Indigène, l’administration coloniale commence à envoyer des Guinéens en Espagne pour étudier. Au moment de l’indépendance ils sont moins d’une cinquantaine en Espagne et aucun n’est encore rentré en Guinée avec son diplôme. Mais à partir des années 1950 l’Espagne commence à se plier aux exigences de l’ONU, elle veut mettre fin à son isolement sur la scène internationale. En 1955 elle intègre la communauté des Nations Unis et en 1956 Franco nomme un nouveau ministre des Affaires extérieures, Fernando María de Castiella. Celui-ci veut redonner du lustre à l’Espagne dans le monde et son premier projet est de réintégrer Gibraltar dans le giron espagnol. Cette enclave britannique dans la péninsule ibérique est, du point de vue du régime franquiste, une humiliation pour l’Espagne. Tout le long de la présence de Castiella au gouvernement, jusqu’en 1969, l’ONU est donc le théâtre d’un affrontement entre le Royaume-Uni et l’Espagne. (Aujourd’hui la question fait encore régulièrement la une des journaux mais un accord signé en 2005 semble avoir trouvé une solution durable au problème.) Pour pallier son désavantage à l’ONU d’être une petite puissance dictatoriale face à une grande démocratie, Castiella décide de présenter Gibraltar comme une colonie anglaise en Espagne. Il cherche ainsi à s’attirer le soutien des nouveaux pays afro-asiatiques qui luttent pour la décolonisation à l’aide de la résolution 1514http://www.un.org/french/documents/ga/res/15/fres15.shtml de l’ONU. Seulement l’Espagne peut difficilement se présenter comme un pays colonisé alors même qu’elle possède encore des colonies en Afrique du Nord et en Afrique équatoriale. Castiella et son ministère appuient une indépendance des colonies espagnoles qui, de plus, permettrait à l’Espagne de gagner deux voix alliées supplémentaires à l’Assemblée Générale de l’ONU. Mais les colonies sont considérées comme parties intégrantes du territoire espagnol et ne dépendent logiquement pas du ministère des Affaires étrangères, mais de la Présidence du Gouvernement, en charge du ministre Sous-secrétaire à la Présidence et homme de confiance de Franco, Luis Carrero Blanco. Or celui-ci est farouchement opposé à la décolonisation, certains affirment qu’il aurait des intérêts privés dans la colonieNze, 2004 : 45 bien que Javier Tussel, son biographe, le démenteTussel, 1993. Toujours est-il que la transition vers l’indépendance de la Guinée, de la Conférence Constitutionnelle du 30 octobre 1967 au coup d’Etat de mars 1969, va être marquée douloureusement par cette rivalité. En 1959, après un compromis entre les deux tendances, l’Espagne change donc le statut de sa colonie, et la transforme en deux provinces espagnoles en théorie comme les autres : celle de Fernando Poo et celle de Rio Muni. Ceci implique la fin du système du « patronage ». Officiellement les Guinéens deviennent des citoyens espagnols à part entière, à égalité avec les Européens. Les Guinéens obtiennent donc le droit de vote comme les Espagnols. Mais la « démocratie organique », en place dans l’Espagne franquiste, restreint le vote aux corporations de métiers, aux « chefs de famille », et à des personnalités nommées par Franco. Ceci limite logiquement l’impact des élections. De plus les élus espagnols n’ont qu’un rôle consultatif. Accorder la pleine citoyenneté espagnole aux Guinéens ne représente donc pas un grand risque pour un pouvoir qui laisse déjà si peu de droits à ses citoyens de métropole. Pourtant la situation reste discriminatoire, par exemple les Guinéens doivent demander une autorisation pour voyager d’une province à l’autre et en métropole, les programmes scolaires sont loin d’être au niveau de ceux de la péninsule. Les indépendantistes continuent donc à maintenir la pression tandis que l’ONU critique le manque d’intégration des Guinéens dans les instances dirigeantes de leurs provinces. L’Espagne doit donc se résoudre à concéder un nouveau statut dit d’autonomie à la Guinée Equatoriale. A la fin de l’année 1963 est adopté en Guinée par référendum la ley de bases del regimen autonomo. Par cette loi est créée une entité rassemblant les deux provinces de Fernando Poo et de Rio Muni. Le modèle de la démocratie organique espagnol est respecté avec son système de suffrage limité, mais les Guinéens sont mis en avant, on instaure par exemple un président de Guinée Equatoriale, incarné par le catéchiste Bonifacio Ondo Edu aidé par huit conseillers aux attributions de ministres et responsables devant une assemblée générale. Enfin le budget de la Guinée ne peut plus contribuer à celui de la métropole et les partis politiques, même indépendantistes sont autorisés. Mais Franco garde la haute main sur la Guinée, notamment grace à la figure du Commissaire Général, directement sous son contrôle, et qui dispose d’un droit de véto sur tout ce qui se passe. Pour cette raison un parti comme le MONALIGE va se diviser entre ceux qui autour de Pastor Torao Sikara acceptent de militer dans leur pays, et ceux qui autour d’Atanasio Ndong Miyone préfèrent rester en exil et lutter de l’extérieur. Cependant il faut bien reconnaître que, avec la provincialisation et surtout avec l’autonomie, l’Espagne commence, certes tardivement mais avec une certaine efficacité à développer sa colonie. Pour Carrero Blanco et ses partisans, c’est le meilleur moyen de garder la colonie en montrant qu’elle n’en est pas une, d’en faire un « Puerto Rico africain »Balboa, 1986 . Pour Castiella et les fonctionnaires espagnols à l’ONU c’est une première étape vers une indépendance sous contrôle de la métropole. L’Espagne est plutôt pauvre, elle n’a jamais bénéficié d’aide à la reconstruction après la guerre civile et après la seconde guerre mondiale elle s’est retrouvée très isolée. Mais si l’on compare avec le Portugal, tout aussi pauvre, et ses immenses colonies très difficiles à gérer, la Guinée espagnole bénéficie d’un avantage considérable : elle est toute petite et peu habitée. Ainsi il y suffit d’un investissement relativement peu élevé, que l’Espagne peut consentir, pour la mettre en valeur. La Guinée devient même la province d’Espagne où les investissements publics sont les plus hauts et qui connaît la croissance la plus forte . En 1968 l’effort a porté ses fruits, le système éducatif primaire extrêmement réduit auparavant a permis à la Guinée Équatoriale de pouvoir se targuer du meilleur taux de scolarisation d’Afrique noire . Le développement des plantations et des exploitations forestières a provoqué une hausse du PIB par tête jusqu’à en faire le plus haut d’Afrique noire à 326 $ . Enfin la promotion des élites noires s’est beaucoup développée. Quelques années auparavant personne ne s’intéressait à la colonie sous-développée d’une puissance coloniale sous-développée, en 1968 on ne parle plus que de la « petite Suisse » d’Afrique . On comprend bien l’étonnement de René Pélissier qui se demande dès 1964 « comment ces trois dizaines de milliers de km2 ont pu se transformer en une des régions les plus riches d’Afrique et les mieux équipées, quand elles n’étaient même pas totalement explorées il y a seulement 37 ans » . Certes la richesse n’est pas bien répartie, la corruption atteint des sommets, l’éducation développée tardivement ne permet pas encore d’avoir un nombre de diplômés locaux suffisants pour faire fonctionner la colonie. En réalité tout dépend encore des Espagnols, mais la Guinée semble s’être engagée résolument dans la voie du développement. Pourtant 17 mois après que le processus de décolonisation ait été engagé avec l’ouverture de la Conférence Constitutionnelle le 30 octobre 1967 la Guinée Équatoriale a déçu toutes les espérances et sombré dans une faillite économique dramatique.

La folie de Francisco Macias Nguema

En avril 1969, après un an et demi de lutte pour le pouvoir, la Guinée Équatoriale est passée sous le contrôle d’un seul homme, Francisco Macias Nguema. Or de nombreux auteurs soulignent les troubles psychologiques dont aurait souffert le premier président de Guinée Equatoriale. Parmi eux le plus probant est Agustin Nze Nfumu qui travailla longtemps dans son cabinet avant de s’exiler en 1979 et de revenir la même année après la chute de Macias. Selon lui, Macias est avant tout une victime, il le décrit comme un être malade de longue date, paranoïaque, sujet à des crises de panique et à des bouffées délirantes. Il aurait été ainsi à la fois facilement manipulable et incontrolable. Pour se soigner Macias fumait en grande quantité un opium local, le banga, qui semble-t-il ne faisait qu’agraver son état . Il atteste avec d’autres auteurs qu’à l’occasion de ses deux visites en Espagne comme vice-président du régime autonome en 1965 puis comme participant à la Conférence Constitutionnelle en 1967, Macias a dû consulter, sur demande express du Commissaire général de Guinée, inquiet de ses crises d’hystéries récurrentes, deux célèbres psychiatres espagnols . Emiliano Buale Boriko donne même le nom de ces praticiens, le docteur Lopez Ibor de Barcelone et le docteur Manuel Duran Sacristan de Madrid. Toujours selon Buale Boriko ils auraient diagnostiqué de concert une souffrance cérébrale causée par l’ingestion régulière de substances hallucinogènes . Plus tard, lors du voyage de Macias à l’ONU payé par l’avocat Garcia–Trevijano pour plaider la cause de son secretariado cojunto en 1968, les mêmes auteurs racontent qu’il aurait également rencontré un thérapeute américain à la demande du délégué espagnol à l’ONU Jaime de Piniés . Enfin les débats qui eurent lieu lors de la Conférence Constitutionnelle témoignent d’un certain déséquilibre de Macias dans ses prises de parole. Il fait preuve d’une versatilité qui peut surprendre, passant d’une apologie d’Hitler et du nazisme à celle de l’Union soviétique, glorifiant les Etats-Unis puis insultant l’Espagne avant de lui jurer une fidélité éternelle. Donato Ndongo Bidyogo n’hésite pas à parler à son sujet d’un «profond désordre mental». Et effectivement une fois que le pouvoir lui est complètement acquis, il sombre dans une violence sans borne. Il fait arrêter et le plus souvent assassiner la majorité des députés et des ministres. Il pousse presque tous les Espagnols qui vivaient là-bas à abandonner leurs maisons et surtout leurs postes. C'est-à-dire qu’il n’y a plus de fonctionnaires pour faire marcher l’Etat. Les finances sont rapidement dans un état dramatique. La Guinée sombre à une vitesse vertigineuse : en janvier 1971 les Espagnols se résolvent à interdire la publication de toute information non officielle venant de Guinée Équatoriale, cette véritable mise sous quarantaine est le signe flagrant de l’impuissance des Espagnols qui préfèrent cacher au monde ce qui se passe là-bas. La communauté internationale, ONU et OUA en tête décident également de renoncer à dénoncer cette nouvelle dictature qui, après la colonisation franquiste, s’étend sur ce petit pays.

Le rôle de l’Organisation des Nations Unies

Le rôle de l’ONU dans la transition vers l’indépendance est à la fois essentiel et assez obscur. Ses nouveaux membres africains et asiatiques se sont beaucoup impliqués dans le processus d’émancipation de la Guinée Équatoriale vis à vis de la métropole, en particulier au sein du Comité pour la Décolonisation de l’ONU ou Comité des 24 en raison du nombre de pays qui le composait. La Guinée Équatoriale est un véritable exercice pratique pour l’ONU. Les décolonisations précédentes ont été menées par les puissances colonisatrices, souvent sans concertation avec l’ONU. L’Espagne par contre ne semble pas de taille ni très motivée pour lutter contre les résolutions et consignes des Nations Unies. Elle ne peut pas gérer seule son retrait de ses colonies comme l’a fait la France ou le Royaume-Uni et doit s’appuyer sur la communauté internationale. Pour la première fois des pays tout juste décolonisés, réunis au sein de l’ONU mais aussi de l’OUA (Organisation de l’unité africaine), ont la possibilité d’influencer eux-mêmes de manière efficace la décolonisation d’un pays tiers. Mais cette première tentative se solde par ce qu’il est permis d’appeler un échec. La décolonisation de la Guinée Équatoriale est à ranger parmi les transitions les moins réussies d’Afrique. L’objectif affiché de faire naître un nouvel état et d’accomplir une passation des pouvoirs dans de bonnes conditions a complètement échoué. En 1968, grâce aux investissements espagnols pour le développement enfin consentis avec l’autonomie sous la pression des Nations Unies et de l’OUA, la Guinée commence à atteindre enfin une certaine prospérité. On lui promet en tout cas un bel avenir au sein de la sous-région. En même temps les Guinéens connaissent un élargissement progressif pendant plusieurs années de leurs droits et libertés. L’obtention de l’indépendance, très attendue, devait être une nouvelle étape, un moyen d’accélérer le processus de développement du pays. Pourtant il n’a été qu’une sorte d’apogée. Après l’indépendance, la Guinée Équatoriale régresse à une vitesse impressionnante tant sur le plan économique que sur celui des droits et des libertés. Les Guinéens attendront longtemps avant de retrouver le niveau et la qualité de vie qu’ils ont eus à l’indépendance. On peut se demander pourquoi donc ces institutions internationales si efficaces jusqu’ici ont été incapables d’empêcher cette véritable chute d’un pays tout entier. Et au-delà, une fois la dictature de Macias installée, pourquoi la communauté internationale se tait. Cela pose la question des buts de l’ONU, et dans son sillage de l’OUA. L’objectif affiché face à la Guinée Équatoriale est double. Amener ce pays jusqu’à l’indépendance, mais aussi l’amener jusqu’à la démocratie. En effet lorsque l’Espagne propose de faire de la Guinée un état indépendant mais organisé selon le modèle du régime franquiste, l’ONU refuse . Ce projet ne remplit qu’un seul des deux objectifs. Ainsi l’Espagne non-démocratique est forcée à écrire une constitution démocratique pour sa colonie. C’est un succès de l’ONU et une démonstration de son influence. Seulement une fois l’indépendance obtenue dans des conditions démocratiques satisfaisantes, l’ONU renonce à son droit d’ingérence en Guinée-Equatoriale. Le second objectif de démocratisation est abandonné du moment que le premier est rempli. La Guinée sombre alors dans une dictature, sans doute bien pire à celle de Franco dont elle sortait tout juste, sans que l’ONU fasse la moindre remarque. Une fois la décolonisation achevée, peu importe que le nouveau régime soit dictatorial et sanguinaire, ce sont des affaires internes au nouveau pays désormais. Si l’ONU peut imposer ses principes démocratiques aux états encore colonisés, elle semble devenir impuissante face à des états indépendants. On peut donc penser en fin de compte qu’une dictature postcoloniale exercée par quelqu’un du pays est plus légitime aux yeux de l’ONU qu’une dictature coloniale donc exercée par un étranger, quand bien même celle-ci est beaucoup moins dure. L’ONU ne peut intervenir que lorsqu’elle considère que plusieurs nations sont en jeu. Ainsi elle intervient dans la décolonisation entre la Guinée et l’Espagne, mais pas entre le Biafra et le Nigéria au même moment. Et quand les Bubis de Fernando Poo reprennent le vocabulaire et les arguments des droits des peuples à disposer d’eux-même pour rejeter ce qu’ils considèrent comme une colonisation de leur île par le Rio Muni, ils ne sont pas entendus. L’ONU a tranché, la Guinée Équatoriale est une nation et tout mouvement séparatiste est du ressort de la politique interne de la Guinée. Le Biafra non plus n’est pas considéré comme colonisé, il est donc hors de question d’intervenir contre le Nigéria, aussi dramatique soit la situation sur le terrain. C’est une affaire interne. A plus forte raison quand il n’y a plus aucune revendication séparatiste mais simplement de respect des droits de l’homme. Tout se passe comme si avec un dictateur qui martyrise son propre peuple, toutes ethnies confondues, une intervention aussi petite soit elle, est proscrite. L’objectif de décolonisation de l’ONU est nettement prioritaire sur celui de démocratisation. Cette question du droit d’ingérence reste très actuelle. Aujourd’hui il reste la principale justification à des interventions mais on voit apparaître une nouvelle jurisprudence qui légitimerait une intervention onusienne dans une affaire interne à un état souverain en cas de génocide.

Une dictature contrainte à mener un processus démocratique dans sa colonie : un paradoxe

Les premiers espagnols à exercer leur droit de vote selon des critères démocratiques après la Guerre Civile furent les habitants des provinces de Guinée Equatoriale. Pour comprendre cela il faut savoir que, durant tout le XXe siècle, la Guinée est le seul pays dont la décolonisation fut menée dans son ensemble par une dictature. On connaît la difficulté qu’ont eu les grandes démocraties libérales à émanciper leurs colonies, bien que leurs existences étaient en contradictions ouvertes avec tous les principes et valeurs humanistes que prônaient ces pays. L’Espagne de Franco, elle, n’a jamais défendu la démocratie, les droits de l’homme ou la liberté de l’individu. Pourtant, suite à la pression internationale, elle a dû les appliquer à sa colonie et donner son indépendance à la Guinée. Il faudra encore attendre dix ans pour que la métropole concède à ses propres citoyens les droits qu’elle avait déjà accordé à sa colonie. Il est nécessaire de se pencher sur ce paradoxe pour comprendre les difficultés de la transition vers l’indépendance. On peut se demander s’il était possible de démocratiser la Guinée avant l’Espagne. La fin de la dictature dans la métropole n’était-elle pas une étape obligée avant la décolonisation? On peut noter deux grandes influences de la culture dictatoriale de l’Espagne dans le déroulement du processus de décolonisation de la Guinée Equatoriale. Selon Alicia Campos Serrano lors de la Conférence Constitutionnelle le régime franquiste est assez mécontent de voir la presse espagnole expliquer à ses lecteurs comment le gouvernement est en train d’octroyer une constitution libérale et démocratique à sa colonie de Guinée Equatoriale, alors qu’au même moment il réprime les mouvements pour la démocratie en Espagne. C’est la raison pour laquelle le gouvernement décide la loi des « Secrets Officiels » en avril 1968 qui censure d’abord toutes les informations sur la Conférence Constitutionnelle puis plus largement tout ce qui concerne la Guinée Equatoriale. Cette loi fut abrogée en 1976, mais la classification de « matiera reservada », donc inaccessible aux chercheurs, demeure sur toute cette période de 1967 (la loi ayant eu un effet rétroactif pour couvrir toute la Conférence Constitutionnelle) à 1976 et seul une autre loi pourrait aujourd’hui permettre la déclassification de ces archives. Quand on voit la difficulté de l’Espagne à ouvrir les archives de la Guerre Civile, plus de 70 ans après, on peut être assez pessimiste quant à l’ouverture de celles qui concernent la décolonisation de la Guinée Equatoriale. L’absence de rupture nette entre le régime démocratique actuelle et la dictature franquiste rend difficile tout retour sur un passé proche souvent honteux. Ce paradoxe d’une dictature décolonisant selon des principes démocratiques ressort également dans la culture politique des acteurs du processus, tant guinéens qu’espagnols. D’abord les critères de sélection des représentants guinéens à la Conférence sont largement arbitraires. Ensuite durant la Conférence même, la délégation espagnole va se retrouver dans une situation difficile : une majorité des délégués guinéens soutient un projet de Constitution fort peu démocratique écrit par un opposant espagnol au franquisme, Antonio Garcia-Trevijano. Les motivations de cet homme sont douteuses, on peut penser qu’il cherche à embarrasser le gouvernement espagnol devant la communauté internationale en l’incitant à adopter une constitution non démocratique pour sa colonie. La délégation espagnole se retrouve donc devant un dilemme difficile. Soit elle satisfait à la règle démocratique de la majorité et adopte une constitution non démocratique pour la Guinée, mais elle s’expose alors à l’ire de l’ONU au moment même où elle fait des efforts démesurés pour se faire accepter par la communauté internationale pour récupérer Gibraltar. Soit elle retrouve ses vieux réflexes autoritaires et fait fi de la majorité guinéenne au sein de la Conférence pour imposer arbitrairement une constitution écrite par elle, mais démocratique celle-ci. C’est cette option que choisit finalement le gouvernement espagnol pour sortir de cet imbroglio. Mais il discrédite du même coup cette Conférence Constitutionnelle qu’il avait lui-même convoquée. Après l’adoption de la Constitution par référendum et l’élection de Macias Nguema à la présidence de la République, le nouveau pays a beaucoup de difficultés à fonctionner. En plus de ne compter que sur très peu de personnels formés, ses politiques doivent agir dans le respect d’une constitution démocratique complètement contraire à leur culture politique héritée de l’Espagne. Macias, qui fut longtemps un fonctionnaire colonial en est incapable. Il ne sait gouverner que de la même manière qu’il a toujours vue les Espagnols le faire : avec autoritarisme. Les frictions sont inévitables avec les contre-pouvoirs qu’implique nécessairement une constitution démocratique. Macias finira finalement, un an après la promulgation de la première constitution, par abroger celle-ci et à revenir à un régime de parti unique comme celui en place en Espagne, mettant ainsi fin à l’expérience démocratique guinéenne. On peut finalement se demander si cette décolonisation était possible de la part de l’Espagne franquiste tant le manque de culture démocratique est flagrant dans le déroulement de la Conférence Constitutionnelle comme dans le comportement des élites au moment de l’indépendance.

Le dernier mouvement colonialiste

On peut aussi imputer l’échec de la transition au double jeu de certains espagnols. En effet la plupart des colons, groupés autour du vice-président Luis Carrero Blanco ont cru jusqu’au bout, même après la proclamation de l’indépendance, que la Guinée Equatoriale, ou au moins l’île de Fernando Poo où étaient concentrés leurs intérêts, pourraient rester espagnole. Ils ont lutté jusqu’au bout et par tous les moyens contre cette indépendance qu’ils refusaient. Leur responsabilité est grande dans l’échec d’une Guinée Équatoriale démocratique. Aujourd’hui, avec la distance, il nous semble que cette décolonisation était inévitable. La vague d’émancipation des peuples colonisés, depuis Ghandi et l’indépendance de l’Inde en 1947 jusqu’à la lutte des Angolais pour leur indépendance dans les années 70, en passant par l’émergence du tiers-monde à la Conférence de Bandung en 1955 était irrésistible. Mais en 1968 on ne disposait pas du même recul et on pouvait, même en étant réaliste, penser que la vague de décolonisation touchait à sa fin et qu’une partie de l’Afrique allait rester sous le contrôle des européens. Ceci peut expliquer l’acharnement dont ont fait preuve certains Espagnols à refuser l’indépendance de la Guinée Équatoriale. Certes l’ONU défendait une décolonisation totale et un retrait des puissances européennes d’Afrique. Même à cette époque le plus crédible était d’imaginer que les derniers bastions coloniaux des britanniques, des portugais et même des français à Djibouti et aux Comores allaient rapidement céder. A l’exception du Portugal ces pays souhaitaient d’ailleurs se débarrasser de ces restes quelque peu anachroniques de leurs empires coloniaux et rendre le pouvoir aux Africains. Mais au même moment un mouvement contraire se renforce et apparaît de plus en plus réaliste, aux yeux des colons au moins. Tout d’abord les grandes utopies de la décolonisation sont retombées. Les pays indépendants ne sont pas plus prospères que ceux restés sous influence européenne. Pire la guerre du Biafra, conséquence directe d’une décolonisation mal entreprise par les Anglais, bat son plein à quelques miles des côtes de la Guinée Équatoriale quand celle-ci accède à l’indépendance. Le Portugal de Salazar ne semble avoir aucune intention de considérer ses colonies africaines autrement que comme des provinces du Portugal, le nombre de colons blancs y est même en constante augmentation. Au même moment, la Rhodésie donne un exemple éclatant de résistance à la vague de décolonisation. Ian Smith a proclamé unilatéralement en 1965 l’indépendance de son pays pour sauvegarder la domination blanche. En 1968 l’expérience rhodésienne peut sembler durable (elle dure par ailleurs jusqu’en 1980), avec l’Afrique du Sud, la Namibie, l’Angola et surtout le Mozambique, la Rhodésie forme un bloc de résistance au mouvement de décolonisation. Mieux depuis 1967 et la Guerre des six jours au Proche-Orient, le canal de Suez est fermé. Le commerce maritime doit donc se rabattre sur le cap de Bonne-Espérance. De cette manière, les ports d’Afrique australe deviennent des étapes incontournables du commerce mondial et il devient de plus en plus difficile pour l’Europe de maintenir une politique de boycott face à ces pays ségrégationnistes. Enfin les Etats-Unis embourbés en pleine guerre du Vietnam ne voient pas d’un si mauvais œil ces régimes si viscéralement anticommunistes, alors que les nouveaux états africains sont souvent proches de l’URSS. L’ouvrage de Jacques Lantier sur l’histoire de l’Afrique publié en 1968 rend bien compte du climat d’incertitude qui régnait à l’époque. Dans son épilogue, écrit donc à la fin des années soixante, cet historien fait part de ses doutes sur le futur du continent, il se demande si la décolonisation va se poursuivre ou non. Ainsi on comprend mieux que les colons espagnols de Guinée aient cru jusqu’au bout pouvoir garder le contrôle de ce pays. Cette lutte acharnée, d’abord au sein du gouvernement espagnol, puis contre le nouvel état indépendant de Guinée Équatoriale sera extrêmement dommageable. Elle alimentera la haine raciale, permettra au président Macias Nguema de donner libre cours à ses tendances paranoïaques, lui fournissant de bonnes excuses pour s’accaparer tous les pouvoirs, tout en accusant les Espagnols d’ingérence.

Le mythe de l’ « âge d’or »

Enfin il n’est pas inutile d’envisager que la période de l’autonomie n’était pas cette période de prospérité qu’on présente souvent. Il est courant en Afrique d’entendre dire avec une certaine nostalgie que la fin de la colonisation fut une sorte d’« âge d’or » de l’Afrique. Il y a une part de vérité dans cette croyance. A cette époque les métropoles craignent la poussée des mouvements indépendantistes et tentent de s’y opposer en élargissant les droits des indigènes et en lançant enfin des politiques d’investissement conséquentes dans leurs colonies. Dans le cas de la Guinée cette vision des choses est particulièrement développée. L’autonomie dont a bénéficié ce pays de 1964 à 1968 a laissé le souvenir d’une période de développement sans précédent dans un climat de liberté jamais retrouvé jusqu’à aujourd’hui. De nombreux édifices datent de cette époque et Bonifacio Ondo Edu président du régime autonome assassiné par Macias en 1969 a laissé dans les esprits l’image idéalisée d’un leader débonnaire et dévoué à son peuple. Mais quand on y regarde de plus près, on découvre que cette dernière phase de la domination franquiste sur la Guinée est loin d’être exemplaire. La corruption avait atteint des sommets. Des rapports de l’époque à l’intention du sous-secrétaire à la présidence Carrero , racontent une anecdote édifiante. Les plaques d’immatriculation des véhicules des membres du gouvernement autonome portaient les lettres GAGE comme Gobierno Autonomo de Guinea Ecuatorial, mais la population y lisait Gastos Abusivos de Guinea Ecuatorial, c’est à dire Dépenses Abusives de Guinée Equatoriale. A cette époque les membres du gouvernement gagnaient 100 fois le salaire moyen d’un de leurs administrés et achetaient des propriétés à tour de bras dans tout le pays . Et René Pélissier dans le récit qu’il fait de son voyage en Guinée en 1964 décrit des infrastructures en très mauvais état et une population excédée par les dépenses somptueuses de son gouvernement alors que les routes sont dans un état lamentable . On voit donc que la situation n’était pas idéale pendant cette période dite de l’ "autonomie" et que parler d’« apogée » à propos de cette période est certainement excessif. Il faut donc relativiser la récession qu’aurait amenée l’indépendance et l’arrivée de Macias Nguema au pouvoir. C’est probablement en comparaison à la dureté du régime de Macias qui a suivi, que les Guinéens ont gardé jusqu’à aujourd’hui un souvenir si doux et sans doute idéalisé de cette période de l’autonomie. Quand en avril 1969 le président Macias met fin au multipartisme, la plupart des européens ont déjà été évacués en catastrophe. Le pays, privé subitement de ses cadres, de ses fonctionnaires, et de ses investisseurs sombre d’ores et déjà dans le marasme économique. Cette situation est vue unanimement comme un échec de la politique d’ouverture promue et menée par le ministre des affaires étrangères Fernando Maria de Castiella. Si on ajoute son échec à obtenir la rétrocession de Gibraltar par le Royaume-Uni comme conséquence du retrait de Guinée, on comprend que le ministre, déjà isolé depuis longtemps dans ce gouvernement, tombe définitivement en disgrâce. Dès la fin de 1969 il est remplacé par Gregorio Lopez-Bravo de Castro. Dés lors Luis Carrero Blanco, vice-président depuis 1967 et éternel ennemi de Castiella dans le gouvernement, retrouve la haute main sur les affaires coloniales. La décolonisation n’est alors plus à l’ordre du jour. L’étonnante parenthèse « tiers-mondiste » de la politique étrangère espagnole se referme. La Guinée Équatoriale est une affaire déjà pliée et l’Espagne ignore autant que possible son ancienne colonie . Tout se passe comme si l’Espagne cherchait à faire oublier sa responsabilité dans la situation de la Guinée. La politique envers le Sahara, dernière colonie espagnole après le retrait d’Ifni en 1969, devient, à la manière de celle de son voisin portugais, beaucoup plus intransigeante. L’Espagne, profitant des conflits mettant en jeu ses voisins marocains, algériens et mauritaniens, s’oppose à toute forme d’indépendance. Il faut attendre la mort de Luis Carrero Blanco, assassiné par ETA l’année même où il remplace Franco à la Présidence du gouvernement en 1973, pour envisager une évolution de la situation. C’est finalement suite à la « marche verte » par laquelle le Maroc envahit pacifiquement le Sahara en 1975 que l’Espagne se retire de sa dernière colonie. Aujourd’hui les conséquences de cette décolonisation trop tardive et non négociée se font encore sentir, le problème du Sahara occidental n’est pas réglée et continue de faire régulièrement la une de l’actualité. Le recul de la décolonisation du Sahara découle directement des évènements dramatiques de la transition vers l’indépendance de la Guinée Equatoriale. Quels sont ces évènements, que s’est-il exactement passé entre octobre 1967 et mars 1969 en Guinée Équatoriale ? Comment une situation à priori plutôt favorable, a-t-elle pu dégénérer en un tel drame ? La compréhension des évènements est essentielle pour entendre la configuration géopolitique d’aujourd’hui, exacerbée par le pétrole qui coule à flot depuis 1995 en Guinée Équatoriale. Mais elle peut aussi apporter un éclairage original sur les rapports de force postcoloniaux en général. La décolonisation de l’Afrique n’est pas une affaire simple, les enjeux qu’elle recouvre sont multiples. L’objectif de l’ONU était-il juste, en fin de compte, de promouvoir des dictatures locales en lieu et places des dictatures coloniales ? La décolonisation a-t-elle ici aussi permis, comme on a pu l’observer ailleurs en Afrique, de perpétuer cet Etat colonial franquiste dont elle voulait précisément se débarrasser ? Pourquoi aucun des Etats africains n’a réussi à se démocratiser alors que la plupart de ses dirigeants avaient été éduqués en Europe et parfois y avaient même exercé des responsabilités ?

Politique

La Guinée-Équatoriale est une république de type présidentiel. Le président actuel est Teodoro Obiang Nguema, neveu de Macias Nguema, le précédent potentat. Le pouvoir législatif est exercé par l'Assemblée nationale. Le fonctionnement des institutions est très familial, puisque tous les postes à responsabilité sont détenus par des membres de la famille du président, issu de Mongomo (ethnie Fang). Ce pays est souvent qualifié de (dictature sous des oripeaux démocratiques) puisqu'il existe une « opposition légale » contrôlée par la présidence et que l'opposition réelle est réfugiée en Espagne. Son chef, Severino Moto Nsa, a déjà été condamné à plus de 100 ans de prison par contumace, accusé par le président d'avoir participé à la tentative de coup d’État lancée en 1997 contre lui. Arrivé au pouvoir le 3 août 1979 suite à un coup d'État, Teodoro Obiang Nguema est régulièrement reconduit par lui-même à la tête du pouvoir : 1982 : nommé chef d'État pour 7 ans par le conseil militaire 1989 : élu avec 99, 99% des voix comme candidat unique 1996 : élu avec 97% des voix comme candidat unique, dans un scrutin officiellement multipartite 2003 : élu avec 97, 1% des voix dans un scrutin multipartite (5 candidats autorisés). Manuel Ruben N’dongo, un opposant équato-guinéen en exil à Paris, qui dirige le collectif des partis démocratiques d’opposition résume ainsi l'exercice du pouvoir : « Le pouvoir est aujourd’hui entre les mains d’une dizaine de personnes, toutes proches de la famille du président. Vous avez d’un côté le président Obiang, sous l’influence de sa femme dont la volonté manifeste est de propulser à tout prix son fils au sommet de l’État. De l’autre côté, Armengol et le général Mba Nguema, les frères du président, qui considèrent Teodorin comme incapable, voire dangereux »

Subdivisions

Géographie

La Guinée équatoriale

Bioko

Cette province comprend les anciennes îles de Fernando Póo et d'Annobón ou Pagalú. Elle a une superficie totale de 2.034 km², dont 2.017 correspondent à l'île de Bioko elle-même et 17 km² au territoire d'Annobón.

L'île de Bioko

Nommée « Isla de Fernando Póo » durant la colonisation espagnole, en l'honneur du marin portugais qui la découvrit, elle se trouve au fond du golfe de Guinée, dans la Baie du Biafra, à 33 kilomètres de la côte africaine, en face du Cameroun. L'aventurier Stanley l'avait surnommée la « perle de l'Atlantique ». Elle a la forme d'un rectangle irrégulier, mesurant 76 kilomètres du Nord au Sud, avec une largeur moyenne de 35 Km. À ses angles se trouvent Punta Hermosa (Nord), Punta Europa (Nord-Ouest), Punta Santiago (Sud-Est) et Punta Sagre (Sud-Ouest).

L'île d'Annobón

Elle est de forme ovale, de 17 km de long et se trouve à 355 kilomètres du continent. Elle est d'origine volcanique et ne compte que 1.500 habitants. Elle fut découverte en 1471 par les Portugais, le jour de l'an, d'où son nom (Anno Bon), et fut cédée en 1778 à l'Espagne.

Économie

Démographie

FAO, 2005). Population en milliers d'habitants.

Culture

Langues officielles

Loi constitutionnelle portant modification de l'article 4 de la Loi fondamentale, établissant que « les langues officielles de la République de Guinée équatoriale sont l'espagnol et le français ». Les langues autochtones sont reconnues comme faisant partie intégrante de la culture nationale (Loi constitutionnelle No 1/1998 du 21 janvier). En juillet 2007, le président Teodoro Obiang Ngumema a annoncé la decision du gouvernement d'adopter le portugais comme troisième langue du pays pour devenir memble plein de la CPLP.

Fête nationale (12 octobre)

La fête nationale est l'évènement majeur de l'année en Guinée-Équatoriale. Il s'agit d'une manifestation tournante organisée chaque année dans une ville différente. Tout le pays est mis à contribution pour organiser l'évènement. La ville sélectionnée est ainsi rénovée pour accueillir le président, sa cour et les nombreux équato-guinéens venu prêter allégeance au président.

Codes

La Guinée équatoriale a pour codes :
- EK, selon la liste des codes pays utilisés par l'OTAN, code alpha-2,
- GEQ, selon la liste des codes pays du CIO,
- GNQ, selon la norme ISO 3166-1 alpha-3 (liste des codes pays),
- GNQ, selon la liste des codes pays utilisés par l'OTAN, alpha-3,
- GQ, selon la norme ISO 3166-1 (liste des codes pays), code alpha-2,
- GQ, selon la liste des codes internationaux des plaques minéralogiques,
- 3C, selon la liste des codes internationaux registre d'aviation.,

Divers

Population : 486 060 habitants (en 2001). 0-14 ans : 42, 56% ; 15-64 ans : 53, 68% ; + 65 ans : 3, 76% Superficie : 28, 051 km² Densité : 17 hab./km² Frontières terrestres : 539 km (Gabon 350 km; Cameroun 189 km) Littoral : 296 km Extrémités d'altitude : 0 m > + 3 008 m Espérance de vie des hommes : 52 ans (en 2001) Espérance de vie des femmes : 56 ans (en 2001) Taux de croissance de la population : 2, 46% (en 2001) Taux de natalité : 37, 72 ‰ (en 2001) Taux de mortalité : 13, 11 ‰ (en 2001) Taux de mortalité infantile : 92, 9 ‰ (en 2001) Taux de fécondité : 4, 9 enfants/femme (en 2001) Taux de migration : 0 ‰ (en 2001) Indépendance : 12 octobre 1968 (ancienne colonie espagnole) Lignes de téléphone : 6.000 (en 2004) Téléphones portables : 20.000 (en 2004) Postes de radio : 180 000 (en 1997) Postes de télévision : 4 000 (en 1997) Utilisateurs d'Internet : 500 (en 2000) Nombre de fournisseurs d'accès Internet : 1 (en 2000) Routes : 2 880 km (0 km goudronnés) (en 1996) Voies ferrées : 0 km Voies navigables : 0 km Nombre d'aéroports : 3 (dont 2 avec des pistes goudronnées) (en 2000)

Notes

Bibliographie

-2007 - Sagesse et initiation à travers les contes, mythes et légendes Fang, Bonaventure Mve Ondo, Editions l'Harmattan ISBN 9782296028708
-2007 - Aux sources de la culture Fang, Paul Mba Abessole, Editions l'Harmattan ISBN 2296020550
-2005 - La Guinée Equatoriale convoitée et opprimée, Max Liniger-Goumaz, Editions l'Harmattan ISBN 2747591743
-2005 - Guinée Equatoriale Aujourd'hui, Jean-Claude Klotchkoff, Editions Jaguar ISBN 2869503938
-2004 - Macias. Verdugo o victima. Nze Nfumu A., Herrero y Associados, 267p.
-2001 - Atlas de Guinée Equatoriale, A. Lerebours Pigeonnière & Coll., Editions Jaguar, ISBN 2869503342
-2001 - Guinée équatoriale, traces…, Emmanuel Rioufol & Jean-Luc Le Bras, Editions Sépia, ISBN 2842800516
-2000 - Guinée Equatoriale, Un Pays méconnu, Max Liniger-Goumaz, Editions l'Harmattan ISBN 2858021325
-2000 - Guinée Equatoriale, 30 ans d'état délinquant Nguemiste, Max Liniger-Goumaz, Editions l'Harmattan ISBN 2738469655
-1999 - Guinée Equatoriale Aujourd'hui, Brigitte Helali, Editions Jaguar ISBN 2869503148
-1993 - Carrero, la eminencia gris del regimen de Franco, Tussel J, Madrid, Grandes Temas de Hoy, 478p.
-1988 - Brève Histoire de la Guinée Équatoriale, Max Liniger-Goumaz
-1986 - Donde estas Guinea, Balboa Boneke J., Madrid, Damarys 54, 224p.
-1983 - De La Guinée Équatoriale Nguemiste. Éléments Pour Le Dossier De L'Afro-Facisme, Max Liniger-Goumaz
-1983 - De La Guinée Équatoriale Nguemiste, Max Liniger-Goumaz
-1982 - Guinée Équatoriale. De La Dictature Des Colons à La Dictature Des Colonels, Max Liniger-Goumaz, Les Éditions Du Temps
-1979 - La Guinée Équatoriale. Un Pays Méconnu, Max Liniger-Goumaz
-1979 - La Guinée Équatoriale, Max Liniger-Goumaz

Liens

- Eric Moussambani
- Fédération de Guinée équatoriale de football ==
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