Michel VIII Paléologue

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Michel VIII Paléologue (grec : ) (v. 1224 - 11 décembre 1282) est un empereur byzantin du qui règne entre 1261 et 1282. Michel VIII, est empereur de Nicée de 1258 à 1261, puis empereur byzantin de 1261 à 1282. Il usurpe le trône de Nicée au souverain légitime Jean IV Lascaris. Son passage au pouvoir est souvent considéré comme le dernier grand règne de l'empire byzantin. Il reprend Constantinople et rénove la Cité Impériale. Ensuite, grâce à une diplomatie habil
Michel VIII Paléologue

Michel VIII Paléologue (grec : ) (v. 1224 - 11 décembre 1282) est un empereur byzantin du qui règne entre 1261 et 1282. Michel VIII, est empereur de Nicée de 1258 à 1261, puis empereur byzantin de 1261 à 1282. Il usurpe le trône de Nicée au souverain légitime Jean IV Lascaris. Son passage au pouvoir est souvent considéré comme le dernier grand règne de l'empire byzantin. Il reprend Constantinople et rénove la Cité Impériale. Ensuite, grâce à une diplomatie habile, il évite une croisade contre la Romanie (autre nom de l'Empire byzantin d'alors). Il utilise d'ailleurs bien plus la diplomatie pour régler ses différends que la manière forte à l'image des Vêpres siciliennes dont il est un facteur déclenchant important mais auquel il ne participe pas directement. Cependant Michel VIII commet plusieurs erreurs, par exemple en supprimant les colons sur la frontière turque pour épargner aux finances byzantines déjà bien mal en point une dépense supplémentaire. À l'intérieur de l'Empire, il rénove certes Constantinople mais contribue par le renvoi du patriarche Arsène à créer une grave crise religieuse qui perdure bien après la mort des deux protagonistes. De plus, son alliance avec Gênes qui cède à la cité italienne de grands privilèges commerciaux dans l'empire, empêche le relèvement économique et participe ainsi à la future chute de l'empire byzantin. L’empire byzantin sous Michel VIII en 1265.

Avant le début de son règne

Michel VIII est le fils du général Andronic Paléologue et de sa femme Théodora. Issu d'une famille illustre, descendante des Comnènes (Ange et Doukas), Michel fait partie de l'aristocratie byzantine et reçoit son éducation à la cour de Jean III Doukas Vatatzès. Brillant général, il est cependant emprisonné en 1253 dans une prison de Nicée par l’empereur byzantin Jean III qui l'accuse de conspiration. Néanmoins cette accusation est basée sur un malentendu et l'année suivante, Jean le libère et le nomme Grand Connétable (il est le subordonnant de tous les marchands italiens présents sur le territoire de l'empire) http://www.monarchies.org/souverains/byzance/michel_VIII.htm. La même année, Michel devient gouverneur de Thessalonique puis stratège de Bithynie. À cette occasion il se marie avec Théodora Doukas la petite nièce de l'empereur. La mort de Jean III et l'avènement de son fils Théodore II le 3 novembre 1254 marque un changement dans la vie de Michel : le nouvel empereur a peu confiance en lui. En 1256, c'est Michel VIII Paléologue qui mène la guerre face à Michel II d'Epire. Néanmoins, il est de nouveau accusé de conspiration par l'empereur et il s'enfuit chez le sultan seldjoukide de Roum qui le met à la tête de ses soldats combattant les Mongols. En 1258, Michel est pardonné par l'empereur Théodore II et il revient à Nicée où il reçoit le commandement militaire des unités nicéennes en Europe. Il prend donc une nouvelle fois part aux combats contre les Épirotes. Il repousse ces derniers jusqu'à Dyrrachium avant de perdre l'initiative et d'être obligé de battre en retraite. Cet échec est mal perçu par l'empereur qui l'emprisonne malgré l'opposition d'une partie de l'aristocratie.

Usurpation

Le 18 août 1258 Théodore II meurt. Georges Muzalon devient régent car Jean IV, fils de l'empereur défunt, est encore trop jeune. Cependant, le régent, se sachant impopulaire, tente de nommer une autre personne à ce titre mais la noblesse de l’Empire le confirme dans ses fonctions Louis Bréhier, Vie et mort de Byzance, p.318-319. Néanmoins neuf jours plus tard, alors qu’à Magnésie sont célébrées les funérailles de l’empereur défunt, des mercenaires francs entrent dans l’église et tuent Georges Muzalon et ses frères Chapman, Michel Paléologue restaurateur de l'Empire byzantinp.30-33. Georges Acropolite considère que les nobles tombés en disgrâce lors du règne précédent sont coupables. Mais il paraît bien plus probable que le véritable instigateur de cette opération soit Michel PaléologueCambridge Medieval History, p.507. En effet, il semble qu’il soit le chef des mercenaires et il apparaît clairement que c’est peu après la mort du régent qu’il commence à devenir un personnage important dans la politique de l’empire de Nicée. Peu après le meurtre du régent, Michel VIII est libéré et les hauts dignitaires de l’État se voient dans l’obligation de nommer un nouveau régent. C’est Michel qui remporte le suffrage avec de plus le titre de mégaducGeorge Akropolite, Synopsis Chronique, p.1162 et suite. Le nouveau régent obtient en plus de l’assemblée la possibilité de piocher à sa guise dans les caisses de l’Empire. Continuant son ascension, Michel Paléologue se retrouve avec le titre de despote, le plus élevé de la hiérarchie byzantine. Possédant autant de pouvoir qu’un empereur il tient cependant à en prendre les attributs et arrive à convaincre le patriarche Arsène Autoriannos (tuteur du jeune Jean IV) de le couronner empereur avec le jeune basileus pour préserver le trône du fils de Théodore II. Le 1258, Michel devient officiellement le nouvel empereur de Nicée sous le nom de Michel VIII et le de l’année suivante se fait couronner empereur conjointement avec sa femme et Jean IV dans la cathédrale de Nicée par le patriarche Arsène Georges Akropolitès, Synopsis Chronikep.510. Cependant, Jean IV Lascaris est relégué dans un château du Bosphore. Le patriarche, comprenant qu’il a été trompé, décide de se retirer dans un monastère. Il est remplacé contre l’avis des hauts dignitaires ecclésiastiques par le métropolite d’Éphèse, Nicéphore George Akropolite, Synopsis Chronike, p.1205.

La reconquête

Lutte contre les Francs et le despotat d’Épire

Dès son avènement Michel VIII doit lutter contre les États francs, cependant l’empire latin de Constantinople n’est pas le plus dangereux. En effet, après avoir repris la Thrace, une grande partie de la Macédoine et Thessalonique, il signe la paix avec Baudouin II de Courtenay Chapman, Michel Paléologue, restaurateur de l'empire Byzantin, p.39-40. Par contre, il doit très vite lutter contre un ennemi plus coriace : le despote d’Épire Michel II Doukas qui reprend la Macédoine jusqu’au Vardar et forme une coalition composée de Manfred de Sicile ainsi que de Guillaume II de Villehardouin. Michel VIII agit promptement et envoie son frère, le sébastokrator Jean Paléologue, en Grèce avec une armée. De là, ce dernier réussit à vaincre l’armée du despote de Morée à Edessa. Continuant sa progression, le frère de l’empereur prend Ohrid. Désireux de prendre sa revanche, Michel II rassemble son armée avec celle de Guillaume de Villehardouin et des chevaliers siciliens de Manfred. Cependant ces derniers sont une nouvelle fois battus à la bataille de Pélagonie et le prince de Morée est capturé. Suite à cela, Jean Paléologue occupe Arta, la capitale du despote, et mène l’expédition en Grèce jusqu’à Thèbes Longnon, Chronique de Morée. Le fils du despote, Théodore, récupère néanmoins une grande partie du territoire perdu et fait prisonnier le général byzantin Alexis Strategopoulos. Ce dernier est cependant délivré au terme d’un accord entre Michel VIII et Michel IIGeorge Pachymère, Histoire. Ces événements permettent à Michel Paléologue de pacifier ses possessions en Europe. Cependant s’il veut reprendre Constantinople il lui faut des positions sûres en Asie. Il y arrive en signant un traité avec les Mongols, abandonnant de fait son ancien allié, le sultan d’Iconium Louis Bréhier, Vie et mort de Byzance, p.320. Le basileus signe de même un traité avec l’empereur de Trébizonde Manuel Comnène pour s’assurer le soutien de la plupart des forces helléniques Chrysanthos, L'empire de Trébizonde, p.177.

Constantinople : le rêve des empereurs de Nicée

Depuis la prise de Constantinople en 1204, les empereurs de Nicée veulent à tout prix reprendre la ville impériale. Depuis la prise de Constantinople par les croisés et plus particulièrement les Francs et les Latins et la création de l’empire de Nicée en 1204, le but des empereurs byzantins est clairement de remettre la main sur l’ancienne capitale. En effet, Nicée ne constitue qu’un refuge, une relâche pour l’empire byzantin blessé mais pas mort. Tous les prédécesseurs de Michel ont tenté de récupérer Constantinople ou du moins de s’en rapprocher peu à peu. Au début, les empereurs latins ont résisté, ces derniers voulant se servir de Constantinople comme d’un poste avancé pour une future croisade contre les Turcs et à plus grande échelle contre les musulmans ainsi que de se rapprocher de pratiquants du rite grec pour peu à peu, de gré ou de force, leur faire admettre le rite latin. De leur côté, les Vénitiens veulent acquérir des terres pour enrichir leur commerce. Mais l’empire latin de Constantinople ne peut jamais remplir sa mission du fait notamment de l’absence de renforts, des divisions des principaux chefs francs ainsi que de l’hostilité des habitants. Le premier touché fut l’empire latin, qui, à la veille de la conquête byzantine est ruiné, dénué de troupes, dépossédé des terres de 1204 et abandonné de ses alliés exceptée Venise.

La reprise de Constantinople

Michel VIII représenté avec le Christ sur un hyperperion célébrant la reprise de Constantinople Michel est conscient qu’il lui faut être prudent. C’est pourquoi il sécurise les frontières de l’empire avant de mettre en place le plan qui doit restaurer l’empire byzantin. Michel VIII part en campagne une première fois en 1260 où il s’arrête devant Selymbria qu’il ne peut prendre car Anseau de Toucy, capturé lors de la bataille de Pélagonia et remis en liberté en échange de l’ouverture d’une des portes de la cité, ne tient pas sa promesse Cambridge Medieval History, p.509. La campagne de Michel Paléologue s’arrête donc là et il repart à Nicée. Cependant, les Génois sont informés de la campagne de l’empereur et ils envoient une ambassade à Nymphée. En effet les Génois, depuis la chute de Constantinople en 1204, sont privés de leurs avantages et de leurs terres au détriment des Vénitiens ; Gênes ne peut alors lancer que des raids de piraterie contre les possessions vénitiennes. Michel, qui connaît le potentiel de la marine génoise (lui-même ne possède quasiment pas de marine) accepte toutes les demandes des Génois et un traité synallagmatique est signé à Nymphée le 13 mars 1261 par lequel les deux signataires s’engagent à former une alliance contre Baudouin II et Venise. En plus de la clause principale, les Génois doivent mettre à disposition des Byzantins leur flotte. De leur côté, les Byzantins, suite à la prise de Constantinople, s’engagent à donner à Gênes les avantages dont bénéficient les Vénitiens, Constantinople devrait contenir un quartier génois et ces derniers pourraient commercer librement sur le territoire byzantin Bratianu, Recherches sur le commerce génois dans la mer Noire, p.79-81. Le monopole économique de Venise serait ainsi remplacé par celui de Gênes. Tout est donc prêt pour la reconquête de Constantinople, mais elle ne se fait pas comme les deux alliés l’ont prévu. En effet, c'est le général Alexis Stratégopoulos, qui conquiert la cité. Envoyé en Europe avec 800 hommes sur la frontière bulgare, il va au devant de Constantinople pour l’observer sans avoir néanmoins comme but de la prendre. C’est pourtant ce qui arrive : une patrouille est envoyée au alentours de la cité impériale et celle-ci s’entendant avec les habitants se fait ouvrir les portes. Alexis Strategopoulos a ainsi l’immense privilège de rentrer le premier à Constantinople le 25 juillet 1261 Louis Bréhier, Vie et mort de Byzance p.320-321. Devant la rapidité des événements, Baudouin II s’enfuit en barque, tandis que quelques jours plus tard, une flotte vénitienne venant de la mer Noire ne peut que rester sans rien faire devant le fait accompli George Akropolite, Synopsis Chronike, p.85-86. Constantinople est enfin reprise, les empereurs après 57 ans d’exil à Nicée siègent à nouveau dans la Cité impériale.

Mesures intérieures

Rénovation de Constantinople

La bannière impériale de l'empire byzantin sous les Paléologues. Dès son arrivée à Constantinople, Michel VIII se fait sacrer empereur à Sainte-Sophie par Arsène qu’il a rappelé de son exil. Le basileus transporte la cour du Palais des Blachernes vers le Palais sacré, ancienne résidence des empereurs byzantins. Peu après Michel VIII prend conscience qu’il faut prendre des mesures d’urgence. En effet, l’empire byzantin et Constantinople en particulier est dans un état de ruine avancée. La Cité impériale a été abandonnée à son sort durant près de 60 ans et la ville est très détériorée. L’empereur rebâtit les quartiers incendiés ou fortement délabrés Füchs, Die Höheren Schulen von Konstantinopel im Mittelalter p.155, il nettoie les rues pleines d’immondices, remet en état les murailles de la ville et construit une flotte de guerre Chapman, Michel Paléologue, p.47-49. Comme promis dans l’accord de Nymphée, il bâtit un quartier génois et remplit grâce aux habitants des faubourgs de Constantinople le quartier vénitien abandonné. Il pourvoit également à la restauration des églises et des monastères orthodoxes, afin de raviver la conscience religieuse de son peuple et ressusciter le sentiment de patriotisme. Michel s'attaque aussi à promouvoir l'art avec la création de fresques, d'icônes qui ont été pour certaines détruites durant l'occupation latine. Ce regain d'intérêt pour l'art peut s'observer jusqu'à la chute de Constantinople.

Crise religieuse

Cependant, Michel VIII sait qu’il est perçu par la population de l’Empire comme un usurpateur, aussi s’empresse-t-il de faire crever les yeux au jeune Jean IV en 1261 pour le priver de toutes prétentions au trône et le relègue dans une forteresse en résidence surveillée. Il mutile aussi son secrétaire Manuel Holobolos qui témoignait de la pitié envers la jeune victime George Pachymère, Histoire, Tome III p. 10-12. De plus, l'empereur en tentant de créer une alliance avec Manfred de Sicile lui demande la main de sa fille Constance, veuve de Jean III Vatatzès. Les réactions ne se font pas attendre. Arsène jette l’anathème sur l’empereur qui, en représailles, le destitue de ses fonctions et l’exile. Il le remplace au patriarcat par Germain III, archevêque d’Andrinople. Toute l’affaire est, semble-t-il, dirigée par le confesseur de Michel, le moine Joseph de Constantinople, qui oblige Germain à abandonner le patriarcat et s’y fait élireNicéphore Grégoras, Tome IV. Au cours de son patriarcat, il annule logiquement l’excommunication de l’empereur. Cependant Arsène conserve de nombreux partisans.

Administration intérieure

Contrairement à ses prédécesseurs, Michel organise l’administration de l’Empire en faveur de la noblesse. Par des mariages et des dons il réussit à s’allier la plupart des grandes familles de l’Empire. Il s’attache aussi à donner aux membres de sa famille des postes importants, à l’image de son frère Jean qui a mené la plupart des campagnes. Dès que son fils Andronic II atteint ses 16 ans, il le marie et l’associe au trône. La principale conséquence de ces libéralités et de l’entretien de son armée est qu'il laisse le Trésor de l’Empire vide à sa mort Louis Bréhier, Vie et mort de Byzance, p.322. De plus les Génois bénéficient du monopole du commerce à travers l’Empire et le privent des principales ressources qui auraient pu restaurer sa grandeur. On peut citer comme exemple Manuel Zacaria, marchand génois qui obtient le monopole du commerce de l’alun W. Miller Essays on the Latin Orient, p.284 et suite.

Tentatives d’Union entre les deux Églises

Dès la reconquête de Constantinople, Michel VIII essaie de rétablir de bons rapports avec la papauté pour éviter tout risque d’une nouvelle croisade contre l’Empire. Ainsi il tente de signer l’Union des deux Églises pour sauver Constantinople comme le font la plupart de ses successeurs Alain Ducelier, Michel Kaplan, Byzance du , p.148. De plus, il a à lutter contre Charles d’Anjou roi de Sicile qui avait comme projet de reprendre Constantinople et dont tous ces faits et gestes sont étroitement liés avec ses relations avec le pape.

Relations fluctuantes avec le pape et les États francs de Grèce

Urbain IV dont les relations avec Michel VIII sont fluctuantes À son arrivée au pouvoir, Michel VIII avait comme but d’empêcher une croisade contre l’Empire et de reprendre pied dans la plupart des régions des Balkans ainsi qu’en Grèce. Pour récupérer cette région, il lui faut lutter contre le prince de Morée. C’est ce qu’il fait obligeant Guillaume II de Villehardouin, qui avait été fait prisonnier à la bataille de Pélagonia, à signer un traité (1262). Guillaume devient le vassal de l’Empire et doit rendre à ce dernier les forteresses de Mistra, Geraki et Monemvasia Nicéphore Grégoras, Chronique de Morée p.287 . Michel donne l’administration de ses trois places fortes à son frère Constantin. L’empereur reprend ainsi peu à peu pied en Grèce. Cependant Guillaume de Villehardouin ne tarde pas à fomenter une alliance contre l'empire byzantin. En réaction, l'empereur pille les îles latines et envoie Constantin prendre la ville de Sparte. Mais celui-ci échoue et son armée est annihilée. Peu de temps plus tard, une flotte génoise perd une bataille face aux Vénitiens qui commencent à reprendre le contrôle de la mer Égée. Au moment de la reconquête de Constantinople, le trône de Saint-Pierre est vacant, et il faut attendre le 28 août et l’élection du pape Urbain IV pour que ce dernier réagisse. Il prêche une croisade contre Constantinople Norden, Das Papsstum und Byzanz p.405. Le basileus, pour parer au danger, se rapproche de Manfred, mais ce dernier repousse les demandes de Michel. Aussi, ce dernier décide de s’adresser au pape pour réconcilier Grecs et Latins. Urbain IV accepte. En effet il a repoussé les demandes de Baudouin II qui veut se réconcilier avec Manfred. Or, la participation à la croisade de l’ancien empereur latin paraît indispensable. Le pape trouve donc un terrain d’entente avec Michel. Ainsi commence la tentative d’union des deux Églises. En attendant l'arrivée des légats du pape, Michel VIII envoie de nouveau le général Constantin en campagne contre Andravida, la capitale de la principauté d'Achaïe. Cependant à Sergiana, l'armée byzantine est de nouveau battue et les mercenaires turcs désertent. Une nouvelle fois, Constantin fuit et disparaît en tant que personnalité importante de l'empire. Pendant ce temps, Guillaume de Villehardouin ravage les terres byzantines du Péloponnèse avant de se réconcilier avec Michel VIII Zakythinos, Le despotat grec de Morée, p.38-44 et Rodd, The Princes of Achaïa, p.226-230 Cette trêve peut laisser place aux pourparlers devant instaurer l'Union mais Urbain IV meurt le 2 octobre 1264.

Michel VIII inquiété par les Siciliens

La mort d’Urbain IV gêne considérablement Michel VIII dans ses projets. En effet il était alors prêt à conclure l’Union des deux Églises avec le pape. L’empereur doit attendre le 5 février 1265 pour connaître le nouveau pape : Clément IV. Ce dernier soutient dès son avènement Charles d’Anjou dans son projet d’invasion de la Sicile contre Manfred Louis Bréhier, Vie et mort de Byzance, p.324. Après sa victoire lors de la bataille de Bénévent où Manfred trouve la mort, Michel VIII commence à s’inquiéter. En effet, Charles d’Anjou a comme projet la conquête de Constantinople Louis Bréhier, Vie et mort de Byzance, p.323. Le basileus tente de se réconcilier avec le pape mais ce dernier n'accepte pas Norden, p.448. De son côté Charles d’Anjou, après sa victoire face au successeur de Manfred, Conradin à la bataille de Tagliacozzo, met en place une flotte pour sa future campagne contre l’empire byzantin. De plus il signe un traité à Viterbe avec Baudouin II par lequel il s’engage à lui rendre son trône à Constantinople Zakythinos, le Despotat grec de Morée, P.45-47. Le pape qui est aussi signataire du traité n’en est pas moins inquiet des projets de Charles d’Anjou. Clément IV continue donc son échange de lettres avec Michel Paléologue. Le pape est prêt à accepter l’Union mais contrairement à son prédécesseur, il n’accepte de reconnaître Michel VIII empereur que si le clergé grec dans son ensemble se soumet au pape. Mais le pape meurt peu après, laissant le Saint-Siège vacant pendant deux ans. Cet événement sert tout particulièrement les intérêts de Charles d’Anjou qui n’est alors plus soumis à une pression pontificale pour son invasion de l’empire byzantin. Il signe même un traité avec le prince de Morée. Michel VIII, ne désespérant pas, envoie des messages à Saint Louis qu’il considère maintenant comme le chef de la chrétienté Louis Bréhier, Vie et mort de Byzance, p.325. L’empereur envoie au roi de France deux ambassades lui demandant de détourner son frère de sa tentative se conquête de l’Empire. Louis IX délègue la question religieuse au conseil des cardinaux qui formule les mêmes demandes que Clément IV pour l’union, mais Louis XI réussit à entraîner Charles dans son projet de croisade en Tunisie Louis Bréhier, L'Église et L'Orient, les croisades, p.237 et le roi Louis IX s’apprête à recevoir la deuxième ambassade byzantine menée par Jean Teccos lorsqu’il meurt à Tunis de la peste. Charles d’Anjou peut à nouveau se consacrer entièrement à son projet d’invasion mais sur le chemin du retour en Sicile, une violente tempête coule 18 de ses navires et une grande partie de son armée. Cet événement entraîne un sursis à Michel VIII qui peut se préparer à une nouvelle offensive de Charles d'Anjou.

L’Union

Grégoire X avec qui Michel VIII conclut une Union éphémère Le nouveau pape, Grégoire X, est élu le 1271. Dès son élection et alors qu’il est encore à Saint-Jean-d’Acre, il envoie une lettre de soutien à Michel VIII et demande à Charles d’Anjou de stopper ses projets belliqueux contre l’Empire George Pachymère, Histoire, p.11. Cependant, le roi de Sicile continue son action et noue des liens avec les Albanais qui le nomment roi Alain Ducelier, Michel Kaplan, Byzance du , p.108 et signe une alliance avec le prince d’Achaïe ainsi qu'avec la Bulgarie et la Serbie(1272-1273 Chapman, Michel Paléologue
, p.94). Pour parer à cette menace, Michel Paléologue s’allie avec le roi de Castille Alphonse X le Sage, qui est un farouche ennemi de Charles d’Anjou Norden, Das Pappstum und Byzans, p.286-289. Mais c’est le pape qui est d’un grand secours pour l’Empire : ce dernier, alors qu’il était encore à Saint-Jean-d’Acre, annonce à Michel qu’il est tout à fait d’accord pour un projet d’Union entre les deux ÉglisesLouis Bréhier, Vie et mort de Byzance, p.126 à trois conditions : l’acceptation par l’ensemble du clergé grec de la primauté du pape, l'appel ultime dans les affaires religieuses à Rome et l'hommage au pape dans les prières publiquesDeno Geanakoplos, « Michael VIII Palaeologus and the Union of Lyons ». Dès lors, Michel VIII se lance dans une vaste campagne pour persuader les hautes instances de l’Église byzantine d’accepter les propositions du pape. Il démontre que les trois conditions n'auraient jamais à être respectées : le pape ne viendrait jamais à Constantinople, il n'y aurait donc pas à le faire passer avant les ecclésiastiques orthodoxes ; nul n'aurait l'idée d'entreprendre un long voyage pour porter son appel à Rome ; rendre hommage au pape dans les prières publiques ne changerait rien à la pureté de la doctrine orthodoxe. Mais l’empereur rencontre une forte résistance. Pour éviter tout échec dans sa tentative d’unir les deux Églises il confirme à Grégoire X que l’ensemble du clergé est d’accord envers ces propositions. Le basileus, pendant ce temps, tente tant bien que mal de se concilier le clergé grec, leur assurant que l’Union est la seule chance de sauver Constantinople. Sa politique remporte quelques francs succès, à l’exemple de Jean Veccos, théologien qui finit par être convaincu du bien fait de l’Union. Mais le patriarche Joseph reste inflexible. Malgré tout, une ambassade est bien présente au concile œcuménique de Lyon, représentée notamment par l’ex-patriarche Germain, Georges Akropolitès et Théophane, le métropolite de Nicée Louis Bréhier, Vie et mort de Byzance, p.327. Mais pour arriver à Rome puis ensuite à Lyon, l’ambassade byzantine doit passer par le territoire de Charles d’Anjou qui n’est bien sûr pas d’accord pour la laisser passer. Mais il finit cependant par céder sous la pression du pape et l’ambassade arrive à Lyon. Après avoir été informé par les trois ambassadeurs byzantins de l’acceptation par l’ensemble du clergé grec de la condition pontificale, l’Union est officiellement déclarée lors de la quatrième section du concile, le 6 juillet 1274 George Pachymère, Histoire, T.V, P.21-22.

Une Union fragile

L’Union des deux Églises concrétise le rêve des papes des deux siècles depuis le schisme de 1054 ; pour Grégoire X c’est une grande victoire qui fait grandir son prestige. Mais, pour l’empire byzantin, la situation est en tout point différente, les hauts dignitaires byzantins sont farouchement contre l’Union Alian Ducelier, Michel Kaplan, Byzance du IVème au XVe siècle, p.127, mais cela n’empêche pas Michel VIII de sacrer l’union des deux Églises le 16 janvier 1276 à la chapelle du palais. Le 26 mai de la même année, il destitue le patriarche Joseph, anti-unioniste, pour le remplacer par Jean Vekkos, pro-unioniste. Ce dernier tente tant bien que mal de convaincre les hautes instances byzantines mais il n’y arrive que partiellement et l’opposition granditLouis Bréhier, Vie et mort de Byzance, p.327, menée notamment par Grégoire de Chypre ainsi que plusieurs personnes de la famille de Michel, dont sa sœur Théophanie que Michel VIII n’hésite pas à emprisonner. Néanmoins le point positif de l’Union est la trêve signée entre l’empereur et Charles d’Anjou (octobre 1274). Malgré ses problèmes, Michel Paléologue continue de correspondre avec le pape et essaie de mettre en place avec lui un projet de croisade censé chasser les Turcs de l’Asie Mineure et recréer un État chrétien en Terre Sainte. Mais ce projet ne peut aboutir du fait de la mort de Grégoire X le 10 janvier 1276.

L’Union, un but impossible ?

La mort de Grégoire X porte un coup dur à la subsistance de l’Union et la succession du pape est complexe — trois papes en deux ans de janvier 1276 à mai 1278, tous élus sous l’influence de Charles d’Anjou Louis Bréhier, Vie et mort de Byzance, p.323 et donc plus ou moins hostiles à l’empire byzantin. Nicolas III, élu en mai 1278, est, lui, hostile aux projets belliqueux du roi de Sicile. Cependant il demande à Michel VIII la soumission de tout le clergé grec sans exception et surtout l'intégration du « filioque » dans le credo orthodoxe. Le pape envoie donc un légat à Constantinople. Lorsqu’il arrive, Jean Vekkos abdique de son poste de patriarche pour des raisons peu claires, peut-être à cause du « filioque ». Cet événement met Michel VIII dans l’embarras, il doit en effet cacher au légat la défection d’un des plus fervents défenseurs de l’Union. Finalement, Jean Vekkos accepte de revenir à son poste. Le basileus arrive quand même à persuader le pape qu’il fait son possible pour que l’Union soit acceptée par tous et demande au pape d’agir pour que Charles d’Anjou stoppe ses projets d’invasion de l’empire byzantin, car, selon lui, cela nuit au bon déroulement de l’Union. Mais, encore une fois, le pape meurt le 22 août 1280. Charles d’Anjou, grand ennemi de Michel VIII fut un des principaux facteurs qui mena à la destruction de l'Union des deux églises Son successeur Martin IV est complètement acquis à la cause de Charles d’Anjou. Cette élection marque la fin de l’Union. Michel VIII ne peut plus accepter d’autres concessions pour le bien de l’Union. En effet, pour essayer de faire accepter l’Union aux hauts dignitaires byzantin et à la population en général, il se comporte en empereur cruel, crevant les yeux de la plupart des principaux opposants à l’Union Louis Bréhier, Vie et mort de Byzance, p.321. Comme la plupart de ses successeurs, Michel Paléologue a tenté d’unir les deux Églises pour, selon lui, empêcher la formation d’une croisade contre l’Empire et dans une plus large mesure en provoquer une contre les Turcs. Mais le ressentiment entre Grecs et Latins est bien trop fort pour faire accepter à l’ensemble de la population de l’Empire le bien fondé de l’Union Michel Kaplan, Alain Ducelier, Byzance du , p.151. Il est impossible de faire changer d’avis une population par la force et cela les Paléologue le comprennent assez vite. De plus Michel VIII a à s’opposer à des papes — excepté Grégoire X — qui demandent de trop fortes concessions pour l’Empire. Jamais donc l’Union lors de la dynastie des Paléologue en général et ici lors du règne de Michel VIII en particulier n’a pu s’établir de manière durable.

La politique de Michel VIII dans les Balkans

Dans sa politique balkanique, Michel VIII, malgré son envie de reprendre pied dans la péninsule, n’a aucune vue d’ensemble et par manque de moyens militaires, il passe le plus clair de son temps sur la défensive Louis Bréhier, Vie et mort de Byzance, p.329. Le basileus procède par des attaques mineures comme contre le prince de Morée. Par contre, face au despotat d’Épire, la situation est différente. À la mort de Michel II, Michel VIII tente de s’attacher les services de Jean l’Ange qui a reçu la Thessalie en héritage, par l'intermédiaire de présents Nicéphore Grégoras, Chronique de Morée, en l’invitant à Constantinople en grande pompe. Malgré cela le prince de Thessalie reste contre l’empire byzantin. Mais en accueillant les anti-unionistes, Jean l’Ange va trop loin et Michel Paléologue lance une opération lors de laquelle il envahit la Thessalie et capture plusieurs cités dont Bérat Norden, Das Pappstum und Byzans, p.544. Avec le tsar bulgare Constantin Ier Asên marié à une fille de Théodore II, les relations sont mauvaises. Après avoir tenté sans succès d’empêcher Michel VIII de reprendre Constantinople, Constantin Ier Asên subit les représailles du basileus qui avance jusqu’à la plaine de Sofia (1264). Mais Michel doit battre en retraite lorsqu’il arrive en vue de l’armée hongroise d’Étienne V. Suite à cela Michel Paléologue prend Philippopoli ainsi que plusieurs cités de l’est de l’État bulgare. Constantin réagit néanmoins et demande à son allié tatar Nogaï Khan du Kiptchak Grousset, L’Empire des Steppes, p.526 d’attaquer l’empereur byzantin. Le khan inflige une lourde défaite à Michel VIII avant de piller la Thrace (1265) Cambridge Medieval History, T. IV, p. 527. Pour se sortir de ce mauvais pas, Michel Paléologue marie sa fille à Constantin Asên veuf. En plus de cela le basileus doit rendre au tsar les villes de Mer Noire qu’il lui avait prises, mais Michel n’obtempère pas ce qui provoque une nouvelle guerre. Constantin tente d’appeler ses alliés Tatars, mais Nogaï a changé de camp et est devenu l’allié de l’empereur car celui-ci lui a donné une de ses bâtardes en mariage Pachymère, Histoire, t.V, p.3 et suite. Ainsi c’est le khan du Kiptchak qui protège la Thrace de l’assaut des Bulgares. Peu après, suite à un incident, la régence bulgare revient à la fille de Michel VIII. Cependant, les hauts dignitaires bulgares y sont opposés et nomment Ivaïlo tsar (1277). Une guerre civile se produit dont Michel essaie de profiter pour agrandir son territoire au détriment des Bulgares Louis Bréhier, Vie et mort de Byzance, p.331. Le basileus soutient Jean Asên, l’opposant à Ivaïlo au trône bulgare. Le prétendant de Michel réussit à s’établir sur le trône sous le nom de Jean Asen III mais est renversé peu après par Ivaïlo qui est lui même renversé en 1280 par George Terter qui, dès son avènement, signe un traité avec Charles d’Anjou contre Michel VIII Cambridge Medieval History, p.527-530. Ainsi, la Bulgarie en tombant dans une crise de succession n’est plus un danger direct pour l’Empire. Il en va tout autrement de la Serbie, État jeune et en pleine expansion. Le principal chef des Serbes Étienne Uroš se marie avec une latine, Hélène d’Anjou. Pour éviter une guerre avec les Serbes, Michel Paléologue tente de marier une de ses filles à un prince serbe, Miloutine. Mais le projet ne peut aboutir, l’ambassade byzantine considérant la cour du prince comme indécente pour une princesse byzantine. Ceci a des conséquences néfastes pour l’Empire. En effet, Miloutine est très irrité par l’abandon du mariage et il se marie avec une fille de Jean l'Ange le grand ennemi de Michel VIII. Peu après, en capturant les cités de Skopje et de Serrès, Etienne Uros ouvre la voie à ses successeurs qui deviennent de dangereux ennemis pour l'empire byzantin Cambridge Medieval History, p.532.

Politique orientale

Michel VIII très occupé par sa politique en Occident a des relations relativement pacifiques avec les puissances orientales. Très tôt, il signe un traité avec le khan mongol Houlagou Khan qui règne en Asie mineure et qui est pro-chrétien. Il noue des relations avec les mamelouks et son chef Baybars avec qui il partage un but : éviter une croisade de l’Occident. Ainsi Baybars demande à Michel de lui laisser le libre passage des Détroits pour qu’il puisse communiquer avec son allié le khan Nogaï (pro-musulman) du khanat du Kiptchak. Michel VIII hésitant finit par abandonner son alliance avec Houlagou espérant par ce traité avec Baybars dissuader Nogaï l’allié des bulgares d’attaquer l’empire ce qu’il réussit puisqu’une triple alliance anti-occident fut signé par Baybars, Nogaï et Michel Paléologue. Mais en 1272 avec l’Union des deux Églises, l’empire byzantin arrête de communiquer avec l’Égypte avant de signer en 1277 un traité avec Kelaoun Canard, Le traité de 1281 entre Michel Paléologue et le sultan Qala'ûn p. 669, traduction française d'un traité arabe du , le successeur de Baybars, contre Charles d’Anjou. Face au sultanat turc de Roum, Michel VIII n'agit pas. En effet ce sultanat est peu dangereux et doit concentrer l’essentiel de ces forces face aux Mongols. Le basileus par manque de moyens militaires ne peut récupérer des territoires. De plus, la culture hellénique a complètement disparue du territoire du sultanat, les Seldjoukides y ont créé une civilisation nouvelle et même si Michel avait reconquis le sultanat, il aurait eu du mal à rétablir la civilisation byzantine sur ce territoire. Ainsi l’Asie Mineure qui pendant plus de 1000 ans avait connu la culture romaine et hellénique (avec l’Empire Romain dans un premier temps puis avec l’empire byzantin) est en train de découvrir une nouvelle civilisation. Seul l’empire grec de Trébizonde réussit à sauver l’hellénisme. Sur les terres d'Asie Mineure, de nombreux sultanats turcs émergent dont celui de Karaman qui s'empare d'Iconium en 1278Cahen, Les turcomans de Roum au moment de l'invasion mongole, p.131-139. Une autre tribu, les Kayi, chassée par les Mongols s'établissent entre Kütahya et Brousse et se mettent au service du sultan Alaeddin Cambridge Medieval History, p.655 et suite. Cette tribu commandée par Ertugrul fait entrer les Ottomans dans l'histoire. En hébergeant Azz ed Din le sultan de Roum qui avait été chassé de son trône par les Mongols, il commet une erreur Chapman, Michel Paléologue, p.120. En effet, il promet à Houlagou de garder le sultan de Roum à Constantinople pour que celui ci ne vienne pas reprendre son bien. Azz-ed-Din furieux se tourne du côté du tsar bulgare à qui il communique des informations avant de quitter la capitale byzantine après la défaite de Michel VIII en 1265 Chapman, Michel Paléologue, p.148. Ne pouvant mener une politique offensive face aux différents émirats turcs, il aurait pu renforcer la défense aux frontières mais il fait le contraire. Les empereurs de Nicée pour garder la frontière orientale ont établi des colons payés pour protéger les défenses. Michel VIII abandonne le système trop coûteux Paul Lemerle, Histoire de Byzance p.114 et ainsi les villes et villages frontaliers deviennent la cible de nombreux raids turcs et mongols et très vite la région est désertée. En réaction, Michel envoie Andronic Paléologue son fils contre les Turcs et les Mongols. Il obtient dans un premier temps des succès avec notamment la reprise de la ville de Tralles qu’il renomme Andrinocopolis. Cependant il la laisse sans murailles et très vite les Turcs reprennent la ville. Michel VIII est ainsi obligé de signer un traité où il concède nombre de villes et villages aux émirats turcs et mongols dont l’ancienne Tralles qui devient ainsi un émirat turc de plus en plus proche de Constantinople Louis Bréhier, Vie et mort de Byzance, p.334.

Michel VIII principal artisan des Vêpres siciliennes

Les Vêpres siciliennes, la plus grande réussite de Michel VIII dans sa politique extérieure (exceptée la reprise de Constantinople). Tableau par Francesco Hayez (1846) Tout au long de son règne, Michel VIII a à lutter avec à Charles d’Anjou, frère du roi de France Louis IX, qui avait conquis la Sicile au détriment de Manfred. La lutte contre ce nouvel ennemi est d’ailleurs quasiment indissociable de la tentative d’Union des deux Églises. En effet, quand le pape est pour l’Union, Charles d’Anjou a du mal à progresser ; au contraire si le pape est pour les Francs de Sicile alors le frère de Louis IX progresse. À la mort de Grégoire X, Charles d’Anjou s’empare de l’Achaïe le 1278) prétextant qu’il en est l’héritier. Il argue du fait qu’il est marié à la fille de Guillaume de Villehardouin, prince de Morée (principauté qui incluait aussi l’Achaïe). Mais cette prise de possession ne lui apporte rien sinon des ennuis car les Byzantins lancent des incursions dans l’Achaïe depuis la forteresse de Mistra. Le pape d'origine française Martin IV est tout acquis à la cause de Charles d’Anjou. Ainsi, il excommunie Michel VIII en octobre 1281Deno John Geannakoplos, Emperor Michael Palaeologus and the West. Cependant, la situation de Charles ne s’améliore pas. Il envoie un de ses chefs de guerre, Hugues de Sully avec soldats, assiéger Berat, cité de l’Adriatique et point clé de la route menant à Thessalonique. Charles d'Anjou décide d'assiéger les défenseurs pendant tout l'hiver 1280-1281. En mars, l'armée byzantine arrive en renfort et se poste en surplomb de la cité. L'impossibilité pour les Angevins de savoir le nombre et la position de l'adversaire crée la panique dans les rangs de l'armée qui bat en retraite. Les cavaliers sont pour la plupart fait prisonnier et emmenés à Constantinople dans la plus pure tradition romaine. Charles d’Anjou, irrité par tout ces échecs et voyant qu’il ne peut progresser dans le territoire de l’Empire, forme une alliance avec le prince de Tarente ainsi que Venise. Cette alliance projette de rétablir l’empire latin de Constantinople (traité d’Orvietto, 3 juillet 1281). Mais Michel VIII réagit et avec son fidèle allié le roi d’Aragon qui s'estime successeur légitime de la Sicile, il provoque une révolte des Siciliens le 30 mars 1282 qui aboutit au massacre des troupes angevines. Les derniers sont chassés de l’île et la Sicile est à partir de cette date dominée par les Aragonais. Cet événement est nommé ultérieurement les « Vêpres siciliennes ». Ce coup de maître est sûrement la plus grande réussite de Michel VIII dans sa politique extérieure.

Gênes ou l’impossible renaissance économique de l’empire

Le traité de Nymphée concède d’énormes droits commerciaux à Gênes. La cité italienne possède ainsi un quasi-monopole économique dans l’empire à l’image de son contrôle sur l’alun. Après Venise pendant près de 60 ans, c’est au tour de sa rivale de contrôler l’économie de l’empire Alain Ducelier, Michel Kaplan Byzance du , p.137. En s’établissant au confluent des routes commerciales, elle empêche l’empire byzantin de profiter des immenses possibilités commerciales qu’il possède. De plus, Gênes pourtant officiellement allié à l’empire n’hésite pas à comploter contre lui comme en 1264 où Gênes signe un traité avec Manfred I de Sicile pour rétablir l’empire latin. Finalement Michel VIII se réconcilie avec la cité maritime. Cependant en compensation de la trahison, les Génois sont chassés de Constantinople et doivent s'installer dans le faubourg de Galata de l’autre côté de la Corne d’Or. Michel VIII établit ainsi une ville nouvelle qui n’est plus du tout sous contrôle de l’empire et qui grâce à son port attire bientôt les bateaux du monde entier qui peu à peu désertent le port de la Cité Impériale et ainsi plongent encore plus l’empire byzantin dans la détresse.

Un bilan en demi-teinte

Michel VIII meurt le 11 décembre 1282 alors qu'avec l'aide de Tatars de la Horde d'Or, il s'apprête à lancer une attaque devant supprimer l'État de la Thessalie Jacques Heers, Chute et mort de Byzance. Il part donc en campagne en bateau puis à cheval mais sa mauvaise santé l'oblige à s'arrêter en Thrace où il meurt à Pachomios. C'est son fils Andronic II déjà co-empereur qui lui succède et l'enterre à l'endroit de sa mort préférant éviter des funérailles dans la capitale où une partie de la population est hostile au défunt empereur. Le corps fut plus tard transporté à Selymbria. À sa mort, Michel VIII laisse un empire restauré mais faible. Au début de son règne, alors qu’il est empereur de Nicée, il obtient ses plus grands succès dont le plus important est bien sûr la reprise de Constantinople. Malgré cet exploit qui lui permet de restaurer l’empire byzantin, Michel VIII est vu par ses contemporains comme un usurpateur, rien de plus. De surcroît, après la prise de la Cité Impériale, il multiplie les erreurs. L’horrible mutilation qu’il fait subir au jeune Jean IV faillit lui coûter son trône. De plus, la révocation du patriarche Arsène Autorianos, provoque la création d’une Église favorable au patriarche, les arsénites qui provoquent presque un schisme. Dans sa politique intérieure, Michel réussit en partie à rénover et à repeupler Constantinople qui était dans un état lamentable en 1262, mais son traité avec Gênes est catastrophique pour l’Empire et est le début d’une lutte entre Génois et Vénitiens qui se déroule sur l’Empire et prive Byzance des ressources nécessaires pour sa sauvegarde. Sa tentative d’Union des deux Églises avait pour but la sauvegarde de l'empire byzantin contre une menace des États catholiques. La façon dont il essaie de la faire accepter à la population byzantine lui aliène la plupart des grands nobles de l’empire byzantin. En politique étrangère, il réussit plus ou moins ses objectifs : il réussit à empêcher une nouvelle croisade contre l’Empire et surtout, en provoquant les Vêpres siciliennes, il détruit son ennemi juré. Malheureusement, en Grèce, il ne réussit pas à chasser les principautés franques qui restent dangereuses pour l’Empire. Dans les Balkans, bien qu’il ait réussi de beaux coups d’éclats face à la Bulgarie, il se découvre au contraire un ennemi qui devient extrêmement dangereux pour l’Empire : la Serbie. Dans sa politique orientale il a de bons rapports avec les Mamelouks et le khanat de Kiptchak mais la suppression des colons qui protègent la partie orientale de l’Empire est un désastre. Michel VIII perd ainsi les principales terres qui ont constitué l’empire de Nicée et plus que jamais, l’Empire risque de perdre ses dernières provinces asiatiques.

Famille

Michel VIII est le fils d’Andronic Paléologue, gouverneur de Thessalonique, et de Théodora Paléologue. Marié en 1253 à Théodora Vatatzès (1240 † 1303), cousine des empereurs Lascaris de Nicée, il eut pour enfants : :
-Manuel (1255 † 1259) :
-Andronic II Paléologue (1259 † 1332) :
- Constantin (1261 † 1306) (père du despote Jean Paléologue et arrière-grand-père d’Étienne Uroš IV Dušan) :
-Theodoros († ap.1270) :
-Irène, mariée en 1278 avec Jean Asen III, tsar des Bulgares († 1302) :
-Anne (1260 † 1300), mariée en 1278 avec Demetrios Ange :
-Eudoxie Paléologue(† 1302), mariée à Jean II de Trébizonde († 1297) :
- Théodora, mariée en 1254 avec David VI, roi de Géorgie († 1293)

Ascendance sur trois degrés

Sources

- George Akropolitès, Synopsis Chronike.
- Louis Bréhier, Vie et mort de Byzance, éditions Albin Michel.
- Cambridge Medieval History, Editions Paul Fourrache,
- Jacques Heers, Chute et mort de Constantinople 1204-1453, éditions Perrin.
- Michel Kaplan, Alain Ducelier, Byzance : du , éditions Hachette Supérieur.
-
- George Pachymère, Histoire, éditions Albert Failler.
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Références

Bibliographie

En français

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- Donald M. Nicol, Les derniers siècles de Byzance. 1261-1453. , Les Belles Lettres, Paris, 2005.
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-
-Vannier, J-F. Les premiers Paléologues (Études prosopographiques), 1989, ISBN : 2-85944-110-7

En anglais

-Nicol, Donald. The Last Centuries of Byzantium, 1261-1453, 1993, (ISBN: 0246105593)
-Deno John Geanakoplos, « Michael VIII Palaeologus and the Union of Lyons (1274). », The Harvard Theological Review, Vol. 46, No. 2 avr. 1953.
-Deno John Geanakoplos, « Greco-Latin Relations on the Eve of the Byzantine Restoration: The Battle of Pelagonia-1259 », Dumbarton Oaks Papers Vol. 7 (1953).
-Deno John Geannakoplos, Emperor Michael Palaeologus and the West 1258-1282: A Study in Byzantine-Latin Relations, Cambridge UP, 1959.
-Deno John Geannakoplos, Constantinople and the West: Essays on the Late Byzantine (Palaeologan) and Italian Renaissances and the Byzantine and Roman Churches., University of Wisconsin Press, 1989.
-Oxford Dictionary of Byzantium, Oxford UP, 1991,
-Alice-Mary Talbot « The Restoration of Constantinople under Michael VIII » Dumbarton Oaks Papers Vol. 47 (1993). Michel 08 Paléologue Michel 08 Paléologue Catégorie:Naissance en 1224 Catégorie:Décès en 1282 bg:Михаил VIII Палеолог ca:Miquel VIII Paleòleg cs:Michael VIII. Palaiologos de:Michael VIII. el:Μιχαήλ Η' en:Michael VIII Palaiologos es:Miguel VIII Paleólogo fi:Mikael VIII Palaiologos gl:Miguel VIII Paleólogo hu:VIII. Mihály bizánci császár it:Michele VIII di Bisanzio ja:ミカエル8世パレオロゴス ko:미카일 8세 팔라이올로고스 nl:Michaël VIII Palaiologos pl:Michał VIII Paleolog pt:Miguel VIII Paleólogo ru:Михаил VIII Палеолог sr:Михајло VIII Палеолог sv:Mikael VIII Palaiologos zh:米海尔八世
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