Hanja

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Les Hanja (littéralement les caractères Han, ou Hanmun ( ; ), parfois également appelés caractères sino-coréens, sont des caractères chinois (Hanzi) utilisés pour écrire le coréen. Il s'agit de caractères empruntés par le coréen au chinois et dont la prononciation a changé. Contrairement aux Kanji japonais dont certains ont été modifiés et simplifiés, les Hanja sont quasiment identiques aux caractères classiques (Hanzi) du chinois traditionnel.
Hanja

Les Hanja (littéralement les caractères Han, ou Hanmun ( ; ), parfois également appelés caractères sino-coréens, sont des caractères chinois (Hanzi) utilisés pour écrire le coréen. Il s'agit de caractères empruntés par le coréen au chinois et dont la prononciation a changé. Contrairement aux Kanji japonais dont certains ont été modifiés et simplifiés, les Hanja sont quasiment identiques aux caractères classiques (Hanzi) du chinois traditionnel. Cependant quelques caractères Hanja sont des variantes des Hanzi également utilisées Kanji.

Histoire

L'une des principales causes de l'introduction des Hanja en Corée fut la diffusion du bouddhisme. Les caractères chinois furent adaptés à la grammaire coréenne. Le principal texte qui introduit les Hanja en coréen ne fut cependant pas un texte religieux mais le Cheonjamun. Les Hanja étaient le seul moyen d'écrire le coréen jusqu'à ce que le roi Sejong le Grand de Joseon promulgue les Han'gûl au . Cependant, même après l'invention de Han'gûl, la plupart des lettrés coréens continuèrent à écrire avec les Hanja. Il y eut d'autres systèmes, conçus plus tôt, afin d'utiliser les caractères chinois simplifiés pour transcrire phonétiquement le coréen :
- Hyangch'al ( ; ),
- Kugyôl ,
- Idu ( ; ). Mais la plupart des Coréens devaient connaître le chinois littéraire afin d'être alphabétisés. Ce n'est qu'au que l' Han'gûl remplaça définitivement les Hanja. Officiellement, les Hanja ne sont plus utilisés en Corée du Nord depuis 1949. L'utilisation des hanja ou du han'gûl a fait l'objet de nombreux débats en Corée du Sud : dès 1948, une loi incite à l'usage exclusif du han'gûl mais autorise les hanja, tandis que le ministère de l'éducation cherche à remplacer les 60% de mots d'origine chinoise par des équivalents coréens. En 1961, un plan prévoyant l'utilisation exclusive du han'gûl dut être retiré devant l'opposition des confucéens et de nombreux intellectuels selon lesquels la Corée se serait coupée de ses racines culturelles (source : Patrick Maurus, "Histoire de la littérature coréenne", Ellipses, 2005, pp. 101-102).

Formation des caractères

Chaque Hanja est composé de l'un des 214 radicaux et éventuellement d'un ou plusieurs éléments supplémentaires. La très grande majorité des Hanja utilisent ces éléments supplémentaires pour indiquer la prononciation du caractère, mais quelques rares Hanja sont purement pictographiques et furent conçus de manière différente.

Signification et sons

En coréen moderne, quand un Hanja apparaît dans un mot ou en tant que mot à part entière, il est toujours prononcé de la même manière. Cependant, pour aider à comprendre les caractères, les dictionnaires de caractères et les livres scolaires se réfèrent à chaque caractère non seulement par son son mais également par sa signification. Cette lecture duale signification-son des caractères est appelée eumhun (음훈; 音訓; d'après 音 « son » + 訓 « signification », « apprentissage »). Par exemple, le caractère 愛 est référencé dans les dictionnaires de caractères sous le nom sarang ae (사랑 애), où sarang est le mot « amour » (la signification du caractère) et ae est sa prononciation. De même, le caractère 人 est lu saram in (사람 인), où "saram" signifie « personne » et in est sa prononciation. Quand ces deux caractères sont combinés pour former le mot 愛人, ils sont simplement lus aein (애인; prononcé "ay-in"), ce qui signifit l'idée d'un être cher ou de l'être aimé (« amour » + « personne »). Le ou les mots utilisés pour indiquer la signification sont la plupart du temps d'origine coréenne (i.e., non d'origine chinoise), et sont parfois des mots archaïques qui ne sont plus utilisés couramment. Par exemple, le caractère 山 est référence sous me san ou moe san (메산, prononcé "meh sahn"; ou 뫼산, prononcé "moeh sahn"), où me ou moe est un mot archaïque pour « montagne » qui de nos jours a été quasiment totalement remplacé par le mot san qui dérive du chinois. Ce concept de dualité signification-son est similaire mais pas identique aux lectures japonaises On'yomi et Kun'yomi du Kanji, où un caractère peut être lu selon sa prononciation d'origine chinoise (on) ou sa signification japonaise (kun).

Éducation

Les Hanja sont toujours enseignés en Corée du Sud . Les cours de Hanja ont lieu du collège au lycée. 1807 Hanja sont enseignés (soit 199 de moins que les Kanji au Japon) : 900 au collège et 900 au lycée. Les cours de Hanja dans l'enseignement supérieur existent dans la plupart des universités. L'instauration de cours de base de Hanja en 1972 a été modifié le 31 décembre 2000 afin de remplacer 44 Hanja par 44 autres. Le choix des caractères à éliminer fut la cause de vives polémiques avant et après la promulgation de la nouvelle loi. Dans les universités d'outre-mer, la connaissance de quelques Hanja est une nécessité pour les élèves en études coréennes ou en « coréologie ». Ceux qui obtiennent leur diplôme connaissent généralement au moins les 1800 Hanja de base.

Utilisation

Comme beaucoup de Hanja (et donc de mots dérivés) partagent la même prononciation, deux mots Hanja distincts peuvent êtres transcrits de la même manière en alphabet phonémique Han'gûl. Aussi, les Hanja sont-ils fréquemment employés afin de clarifier le sens, soit seuls sans le mot équivalent en han'gûl, soit entre parenthèses après le mot han'gûl, formant ainsi une glose. Les Hanja sont également souvent utilisés comme abréviations dans les titres de journaux, les publicités et les panneaux. Voici quelques exemples d'utilisation :

Les Hanja dans les médias écrits

Les caractères sino-coréens sont le plus souvent utilisés dans la littérature classique, où ils sont utilisés sans leurs équivalents en han'gûl. Soit tous les mots d'origine sino-coréenne peuvent être écrits à l'aide d'Hanja (ce qui est extrêmement rare), soit seulement les mots spécialisés ou ambigus sont écrits en Hanja (ce qui est la manière la plus courante de les utiliser). Dans les livres et les magazines, les Hanja sont assez rarement utilisés, et seulement pour expliquer des mots déjà écrits en Han'gûl et dont le sens est ambigu. Les Hanja sont également utilisés dans les titres des journaux à la place du han'gûl afin d'éviter l'ambiguïté de ces titres que l'on peut constater dans de nombreuses langues. Les Hanja sont souvent utilisés dans les dictionnaires et les atlas (voir ci-dessous). L'utilisation des hanja et du han'gûl reflète aussi des sensibilités politiques : "Journalistes et écrivains se déterminent politiquement : textes de gauche en han'gûl, journaux de droite en mélangé, pourrait-on presque dire (...) Quelques poètes ont été jusqu'à éliminer les mots d'origine sino-coréenne, même écrits en han'gûl, réaction aujourd'hui passée de mode" (source : Patrick Maurus, "Histoire de la littérature coréenne", Ellipses, 2005, p. 102).

Les Hanja dans les dictionnaires

Dans les dictionnaires coréens modernes, toutes les entrées de mots d'origine sino-coréenne sont imprimés en Han'gûl et triés dans l'ordre du han'gûl, la forme Hanja suivant immédiatement entre parenthèses (une pratique similaire se retrouve dans les dictionnaires japonais). Cela permet de prévenir les ambiguïtés et sert également d'étymologie, puisque la signification Hanja et le fait que le mot est composé d'Hanja aident souvent à comprendre l'origine du mot. Pour montrer comment les hanja peut aider à aplanir les ambigüités, de nombreux homonymes sont écrits 수도 (sudo) en Han'gûl :
-修道 « discipline spirituelle »
-受渡 « réception et livraison »
-囚徒 « prisonnier »
-水都 « cité de l'eau » (i.e. Hong Kong et Naples)
-水稻 « riz »
-水道 « égout »
-隧道 « tunnel »
-首都 « capitale (ville) »
-手刀 « couteau de poche » Les dictionnaires Hanja (Okpyôn) sont organisés selon leur radicaux chinois, comme l'Hanzi et le Kanji.

Les Hanja dans les noms de personne

Les noms de personne en coréen utilisent généralement les Hanja, bien qu'il existe des exceptions. Ces noms se composent le plus souvent d'un nom de famille d'un caractère (Seong, 姓) suivi d'un nom à deux caractères ("Ireum"). Il existe quelque noms de familles à deux caractères (ex : 南宮, nam'gung), et les porteurs de ces noms (mais pas seulement eux) ont fréquemment un surnom d'une seule syllabe. Traditionnellement, le surnom est constitué d'un caractère spécifique à la personne et d'un caractère partagé par tous les membres de la famille du même sexe et de la même (돌림자, tollimja). Les mœurs ont cependant évolué et bien que ces pratiques soient toujours largement suivies, certaines personnes ont des surnoms qui sont des mots coréens (les plus populaires étant Haneul, « paradis », sky (et Iseul), « rosée »). Quoi qu'il en soit, les noms des personnes sont toujours rédigés et en Hangul et en Hanja sur les documents officiels (du moins si le nom comprend des Hanja).

Les Hanja dans les noms de lieu

Les noms de lieux sont dans la très grande majorité des cas écrits avec des Hanja bien qu'il existe des exceptions, la plus importante étant le nom de la capitale, Seoul. Les noms disyllabiques pour les lignes de train, les autoroutes et les régions sont souvent formés avec un caractère de chacun des deux noms. Pour Seoul, l'abréviation est le Hanja gyeong (京). Ainsi,
- la ligne Gyeongbu (京釜) relie Seoul (gyeong) à Busan (bu);
- la ligne Gyeongin (京仁) relie Seoul à Incheon (in);
- l'ancienne région Jeolla (全羅) tirait son nom des premiers caractères des noms des villes Jeonju (全州) et Naju (羅州) (le son /n/ est assimilé à un "l" en coréen quand il suit un son /l/). La plupart des atlas actuels de Corée sont publiés en deux versions : l'une en Hangul (quelquefois avec un peu d'anglais également), et l'autre en Hanja. Les panneaux des gares de métro et de chemin de fer indiquent les noms des gares en Hangul, Hanja ainsi qu'en anglais, à la fois afin d'aider les touristes et afin d'éviter les ambiguïtés (une pratique similaire existe au Japon, où les panneaux sont écrits en Hiragana, Kanji et en anglais).

Prononciation

La prononciation des Hanja n'est pas identique à celle de la langue chinoise. Par exemple, 印刷 "imprimer" est yìnshuā en chinois mandarin et inswae (인쇄) dans la prononciation Hanja. À cause de la divergence des prononciations chinoise et coréenne depuis l'époque de l'emprunt, la prononciation d'un Hanja et celle de son équivalent en Hangul sont parfois très différentes. Par exemple, 女 (« femme ») est en chinois mandarin et nyeo (녀) en coréen. Cependant, dans la plupart des dialectes coréens modernes (surtout ceux de la Corée du Sud), 女 est prononcé yeo (여), du fait d'une mutation du n initial quand il est suivi d'un y ou d'un i. Les Hanja sont parfois utilisés uniquement pour leur prononciation chinoise et non pour leur signification, afin de représenter une particule grammaticale spécifique au coréen. Cet usage est la base des écritures vernaculaires chino-coréenne tel le Gugyeol. Par exemple, ce dernier utilise le Hanzi weini (爲尼) afin de transcrire le mot coréen hăni, hani en coréen moderne, qui signifie « fait ». Cependant, en chinois, weini signifie « devenir une infirmière ». C'est un exemple typique des mots Gugyeol où le radical (爲) est lu en coréen pour sa signification (hă, « à faire ») et le suffixe 尼, ni, pour sa prononciation.

Vocabulaire

Comme pour le japonais, une grande partie du vocabulaire Hanja est directement emprunté du vocabulaire chinois. Un petit nombre de mots sino-coréens furent soit inventés par les Coréens soit remplacés par Hangul pour les mots sans équivalents en Hanja. Beaucoup de termes académiques et scientifiques furent empruntés au japonais. Celui-ci a traduit de nombreux mots occidentaux (surtout anglais et allemands) en termes sino-japonais en inventant ou en réutilisant des mots. Ils furent ensuite empruntés par le coréen en transformant systématiquement la prononciation des caractères du japonais au coréen. Le tableau ci-dessous contient des mots différents entre le chinois et le coréen : Parfois les mots chinois et coréens sont composés des mêmes caractères, mais dans l'ordre inverse.
- Il faut cependant observer que l'ordre chinois de jeong-o est également fréquemment utilisé en coréen moderne. Certains mots sino-coréens dérivent de l'écriture kun'yomi du Kanji, qui est constitué de prononciations japonaises de caractères chinois. Lors de leur emprunt en coréen, la prononciation sino-coréenne fut utilisée. Quelques mots n'existent qu'en chinois et non en Hanja, surtout dans les expressions inventées récemment. Ces mots furent donc remplacés par leurs équivalents Hangul.

Bibliographie

- Jin-mieung Li, Han-kyoung Jo, Chang-su Han, Dictionnaire des caractères sino-coréens, 1993, Paris, Pour l'analyse du folklore

Voir aussi

- Kanji, l'équivalent japonais des Hanja,
- l'unification Han ==
Sujets connexes
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