L'Anneau du Nibelung

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L'Anneau du Nibelung est un cycle de quatre opéras de Richard Wagner inspiré de la mythologie germanique et nordique et particulièrement le Niebelungenlied ou la Chanson des Nibelungen, un poème épique allemand datant du Moyen Âge. Un film ultérieur portant ce titre a aussi été réalisé. Le mythe fait partie des inspirations de la littérature contemporaine. Composé de quatre parties, l'œuvre est une Tétralogie, et son impact a
L'Anneau du Nibelung

L'Anneau du Nibelung est un cycle de quatre opéras de Richard Wagner inspiré de la mythologie germanique et nordique et particulièrement le Niebelungenlied ou la Chanson des Nibelungen, un poème épique allemand datant du Moyen Âge. Un film ultérieur portant ce titre a aussi été réalisé. Le mythe fait partie des inspirations de la littérature contemporaine. Composé de quatre parties, l'œuvre est une Tétralogie, et son impact a été tel que le mot tétralogie désigne généralement cette œuvre pour les musiciens. L'Anneau du Nibelung, festival scénique en un prologue et trois journées (Der Ring des Nibelungen) ou Le Ring, ou la Tétralogie, est le titre original du cycle dramatique en un prologue et trois journées de Richard Wagner. Si par commodité on parle d'opéra, l'auteur lui-même et les spécialistes insistent sur ce fait. Avec près de trente ans de gestation, Le Ring est une œuvre immense. Selon les interprétations, il peut durer de treize à dix-sept heures. Le texte, rédigé en allemand, compte plus de huit mille lignes et met en scène plus de trente personnages. La musique est construite autour de plus de quatre-vingts leitmotive (ou thèmes conducteurs) musicaux différents (sans compter les dérivés). Passionné par le théâtre grec antique Richard Wagner emprunte la structure en quatre parties des spectacles antiques. Il en tire aussi ce qu'il appelle le Gesamtkunstwerk, l'art total où tout est lié : théâtre, musique, poésie, peinture. Il ira jusqu'à construire un théâtre consacré à son œuvre, le Palais des festivals de Bayreuth. « Une œuvre multimédia avant l'heure ! », écrit Bruno Lussato. Partie d'un projet de poème épique (La Mort de Siegfried), cette œuvre s'est transformée au fil des années et de la maturité de l'auteur en une gigantesque allégorie sur la société, la politique, l'économie et le pouvoir.

Inspiration

À cause de l'impact énorme qu'aura la Tétralogie et qui inspirera nombre de grands artistes ultérieurement, pour le grand public actuel, l'inspiration semble s'être inversée. Par exemple quelqu'un regardant une lithographie de Franz Stassen pourra croire à une inspiration antérieure à Wagner alors qu'elles datent des années 1910-1920 et sont une illustration du Ring. Pour ses personnages, Wagner s'inspire librement des légendes de la mythologie nordique dont les poèmes de l’Edda et la Saga des Völsungar. Certaines situations s'inspirent d'œuvres de Leconte de Lisle comme la Belle au Bois dormant, de La Motte-Fouqué, de Charles Perrault (le Chat Botté), de Hebbel, de Lenström, des contes des frères Grimm ainsi que d'autres inspirations culturelles ou religieuses (son projet non abouti Jésus de Nazareth, la rédemption, Saint François d'Assise parlant aux oiseaux). Les intrigues et les événements sont largement imaginés ou réinventés par l'auteur. En retour le Ring aura une grande influence sur les autres arts : peinture (de nombreux tableaux et illustrations s'inspirent du Ring), cinéma, bande-dessinée, littérature romanesque ou épique... John Ronald Reuel Tolkien précisa qu'il ne s'était pas inspiré du Ring pour écrire sa saga Le Seigneur des Anneaux, mais de la mythologie nordique ayant inspiré Wagner. Pourtant, on présente souvent le Ring comme l'œuvre ayant inspiré Tolkien, pour promouvoir les œuvres dérivées du Ring, la série de Tolkien étant devenue encore plus célèbre.

Genèse et chronologie de l'Anneau

Comme d'habitude Wagner écrit le texte avant de composer la musique. Il faut noter que le texte est rédigé en commençant par la dernière journée, tandis que la musique suit l'ordre chronologique de l'œuvre finale. On remarque une longue période de sept ans durant laquelle Wagner ne touchera plus à l'œuvre. Non que l'auteur se désintéresse du Ring mais la richesse et la complexité du propos l'amènent à une impasse dans la composition musicale. Wagner se lance alors à fond dans Tristan et les Maîtres chanteurs, affine sa technique et revient au Ring avec une expérience plus riche. Il suffit de comparer la musique du Prologue qui accompagne simplement le texte et celle de la dernière journée, extrêmement riche et complexe, qui paraît dépasser le texte pour mieux l'illustrer et enrichir son propos.
-1848 : projet d'un opéra : La mort de Siegfried.
-1850 : début d'esquisses musicales.
-1851 : ébauche du jeune Siegfried.
-1851 : plan de l'œuvre arrêté : « dès cette époque (1849-1851) je portais dans ma tête le plan de mon drame des Nibelungen », écrit Wagner (Lettres sur la musique).
-1852 : première idée d'un festival pour interpréter le Ring inspiré du théâtre grec antique et de la construction d'un théâtre en bois spécialement dédié à l'œuvre.
-février 1853 : le texte (livret) est publié à compte d'auteur (50 exemplaires).
-novembre 1853 : début de l'écriture musicale.
-1854 : composition de l'Or du Rhin et ébauche de la composition de la Walkyrie.
-1856 : fin de la composition de la Walkyrie, ébauche de la composition de Siegfried.
-Louis II de Bavière accepte de supporter le Ring.
-1869 : reprend la composition acte II et III de Siegfried et débute composition du Crépuscule.
-1869 : création de l'Or du Rhin à l'opéra de Berlin sous injonction de Louis II
-1870 : création de La Walkyrie
-1874 : termine la composition du Crépuscule, l'œuvre est terminée le 21 novembre
-1875 : le théâtre de Bayreuth est terminé en août. L'auteur peut tester l'acoustique.
-1876 : l'intégrale du Ring est créée à Bayreuth.

Structure

Wagner, qui pour le côté théâtral était passionné par le théâtre grec antique, a voulu construire l'Anneau sur le même schéma de quatre parties. Ainsi le Ring est divisé en un prélude et trois pièces répartis sur trois journées:
-Prologue : l'Or du Rhin en quatre scènes séparées par des interludes orchestraux.
-1 journée : La Walkyrie en trois actes :
-Acte 1 en 3 scènes
-Acte 2 en 5 scènes
-Acte 3 en 3 scènes
-2 journée : Siegfried en trois actes:
-Acte 1 en 3 scènes
-Acte 2 en 3 scènes
-Acte 3 en 3 scènes
-3 journée : Le Crépuscule des dieux en un prologue et trois actes:
-Prologue en 2 scènes et 2 interludes musicaux
-Acte 1 en 3 scènes
-Acte 2 en 5 scènes
-Acte 3 en 3 scènes et un interlude orchestral (la célèbre Marche Funèbre) L'œuvre est aussi structurée musicalement par les thèmes conducteurs ou leitmotive, qui atteignent ici un très haut degré de sophistication : ils évoluent et se transforment au cours de l'œuvre mais, lors de la représentation, ont un impact très important même pour des oreilles non averties. Il est remarquable que chacune de ces parties a une vie propre. On peut les écouter indépendamment les uns des autres. La Walkyrie fut d'ailleurs créée cinq ans avant l'intégrale. Dominique Jameux dans son guide Tétralogie mode d'emploi (L'Avant-Scène Opéra, chapitre 2 : « Par quoi commencer ») propose l'approche suivante : :
- a) L'Or du Rhin : c'est logique. Et dès l'entrée un pur plaisir. :
- b) Le Crépuscule des Dieux : cela n'a rien d'aberrant, c'est même ce que l'auteur a fait en commençant de travailler par la Mort de Siegfried. :
- c) Siegfried œuvre gaie, animée, pittoresque Et pour une fois il y a un heureux dénouement ! :
- d) La Walkyrie : les maisons d'opéras présentent souvent cette seule Walkyrie. Mais l'idéal est de pouvoir suivre les journées dans l'ordre chronologique.

Les personnages

Argument succinct

Pour le détail de chaque journée, on se réfèrera à chaque journée composant le Ring.

L'Or du Rhin

Le prologue raconte, en quatre scènes qui se jouent sans interruptions, les origines du drame. L'or pur repose au fond du Rhin, gardé par trois ondines, les filles du Rhin. Le Nibelung, Alberich, le vole en maudissant l'amour afin d'en forger un anneau qui donne une puissance sans limite et apporte la richesse à celui qui le possède. Cet anneau lui est dérobé par Wotan, sur le conseil de Loge, dans le but de payer le salaire de Fasolt et Fafner, géants bâtisseurs du Walhalla qui doit devenir la demeure des dieux. Fou de colère et de douleur, Alberich maudit l'anneau, qui causera désormais la perte de quiconque le possédera. Wotan garderait bien l'anneau pour lui mais Erda lui conseille de fuir la malédiction qui y est attachée, car le Crépuscule des dieux est pour bientôt. La malédiction fait son effet: au moment du partage du butin, Fafner tue son frère Fasolt afin de posséder l'anneau. Effrayé mais encore persuadé qu'il pourra agir sur les évènements à venir, Wotan invite les dieux à entrer au Walhalla tandis que les filles du Rhin pleurent la perte de l'or pur et lumineux.

La Walkyrie

La première journée narre les amours tragiques de Siegmund et Sieglinde, les jumeaux incestueux et adultères que Wotan a eu d'une mortelle, ainsi que les tentatives vouées à l'échec de Wotan afin de se protéger de la malédiction de l'anneau. Fricka persuade Wotan que Siegmund n'est pas le héros capable de sauver les dieux et le monde. Wotan décide d'abandonner son fils dans le combat qui doit l'opposer à Hunding, époux légitime de Sieglinde. Il confie cette tâche à sa fille Brünnhilde. Mais, touchée par l'amour passionné des jumeaux et persuadée que profondément Wotan ne peut pas vouloir la mort de son fils, Brünnhilde désobéit et protège Siegmund. Wotan, contraint d'intervenir lui-même dans le combat, décide de punir sa fille. Brünnhilde est condamnée à être abandonnée sur un rocher entouré de flamme: seul un héros pourra franchir ce feu et l'éveiller.

Siegfried

La deuxième journée est centrée sur le personnage de Siegfried, fils de Siegmund et Sieglinde mais aussi sur la lutte entre Wotan, devenu le voyageur et Alberich au sujet de l'anneau. Le nain Mime, frère d'Alberich, a élevé Siegfried afin qu'il tue le géant Fafner transformé en dragon et lui conquiert ainsi l'anneau. Grâce à l'épée de son père reforgée, Notung, Siegfried tue Fafner et s'approprie le trésor et l'anneau sans en comprendre la signification. Après s'être débarrassé de Mime qui cherchait à l'empoisonner et instruit par l'oiseau de la forêt, Siegfried part à la recherche de la "vierge qui dort", qui n'est autre que Brünnhilde. En chemin, il se heurte violemment à "Wotan-voyageur" qui prétend lui barrer la route. D'un coup d'épée, Siegfried fait voler en éclat la lance du dieu, symbole de son pouvoir. Wotan quitte la scène. Siegfried éveille Brünnhilde et devient son époux.

Le Crépuscule des dieux

La troisième et dernière journée dénoue les fils du drame, au travers des péripéties vécues par Siegfried et Brünnhilde au royaume de Gibich. Siegfried a perdu la mémoire suite aux manœuvres de Hagen, fils d'Alberich qui est résolu à reconquérir l'anneau. Il tombe amoureux de Gutrune, soeur du roi Gunther. Brünnhilde folle de douleur accuse publiquement Siegfried de trahison. Siegfried se défend et s'engage à être déchiré par la lance de Hagen s'il a menti. A l'occasion d'une partie de chasse, Hagen rend la mémoire à Siegfried. Ce dernier révèle qu'il a connu Brünnhilde. Il a donc été parjure et Hagen le tue. Mais Brünnhilde, qui entre-temps a pris conseil auprès des filles du Rhin, est désormais instruite de l'ensemble des évènements. Elle comprend à la fois son erreur, le sens véritable de l'anneau, ainsi que le désir profond de son père Wotan, qui aspire lui-même au crépuscule des dieux. Brünnhilde fait porter le corps de Siegfried sur un bûcher sur lequel elle-même se précipite, rejoignant son époux dans la mort et lavant ainsi l'anneau de toute malédiction. Le Rhin déborde afin de noyer l'incendie. Les filles du Rhin entraînent Hagen, qui tentait de s'emparer de l'anneau, dans les profondeurs. L'incendie a gagné le ciel. Tandis que les filles du Rhin jouent gaiement avec l'anneau reconquis, Walhalla brûle. Les dieux périssent. Un monde nouveau peut naître sur la terre.

Le temps dans l'Anneau du Nibelung

Cette œuvre est immense et gère le temps de manière étonnante et très contrastée. Parfois on est face à l'infini, d'autres fois l'action se déroule comme une journée normale. Tout commence dès l'introduction. Elle est déjà construite de telle sorte que l'auditeur ne perçoive pas quand la musique commence, nous donnant une profondeur infinie vers les origines du monde. Toute la genèse semble être contenue dans cette introduction, venant du néant, on se retrouve au bord du Rhin. Entre le Prologue et La Walkyrie, le temps est tout aussi indéfini : il se passe au minimum quinze à vingt années le temps que les Walkyries et les jumeaux soient conçus et grandissent. Entre La Walkyrie et Siegfried, c'est plus concret : Siegfried va naitre et grandir. Entre Siegfried et le Crépuscule, il se passe au plus quelques jours. On remarque donc qu'entre chaque pièce du Ring, le temps se réduit et l'action s'accélère. Durant chaque journée, les actes et les scènes se déroulent sur quelques heures, une journée tout au plus. Il faut aussi parler du temps psychologique que le spectateur et surtout l'auditeur perçoivent. Comme il est écrit plus haut, l'auteur a su écrire une musique qui parfois sait nous faire changer de temps. Le temps parait très rallongé lors des monologues qui résument et expliquent les actions et évènements passés, comme si l'auteur voulait nous ramener à l'écoute et la compréhension, alors que les moments les plus touchants semblent se dérouler dans un temps très contracté, la musique nous emportant. Les thèmes conducteurs aident ainsi à nous faire voyager dans le temps en nous ramenant parfois au passé ou bien en nous projetant par intuition dans le futur (par exemple le thème original de l'épée qui apparaît pendant la conclusion de l'Or du Rhin).

Les objets symboles

Le Ring est dominé par trois objets principaux à la symbolique bien établie :
-l'anneau : forgé dans l'or du Rhin par le Nibelung Alberich qui a maudit l'amour, il représente le pouvoir et pour certains commentateurs l'économie capitaliste mais quand il retourne dans le Rhin à la fin de l'œuvre, il symbolise le retour à la case départ (« la boucle est bouclée »). Ceci justifie qu'il soit le titre de l'œuvre. Psychanalytiquement, tout lien durable à autrui associe amour et pouvoir, lumière et ombre, Yang et Yin. Donc, le renoncement d'Alberich à l'Amour le conduit au piège du Pouvoir, lorsque se sentant incapable d'être aimé pour lui-même il veut obliger autrui à l'aimer de force... Derrière ce renoncement, gît la Haine de soi...
-la lance de Wotan : elle « représente le respect du traité et de l'ordre instauré par les lois humaines et divines », écrit Hans Mayer. Taillée par Wotan dans une branche du Frêne du Monde (Weltesche) qui depuis lors a dépéri, elle est le symbole de la domination, des entraves contractuelles et de la rigidité. Dans une vision psychanalytique, c'est le phallus du Père, le pouvoir que son Fils rebelle va contester.
-l'épée Notung : elle est le contrepoint de la lance de Wotan. Construite elle aussi par Wotan, elle est brisée par le pouvoir de la lance mais une fois reforgée, ne peut plus être rerisée par la lance et est employée pour tracher cette dernière. Elle est le symbole de la liberté, de l'action et du talent, et ne se prête ainsi qu'à celui qui a les qualités pour l'utiliser. Psychanalytiquement, c'est le phallus du Fils, l'instrument de sa libération face à l'autorité du Père. L'Epée est une arme plus évoluée que la Lance : la Modernité s'impose à la Tradition. En même temps, le nom de cette épée inspire le malheur (= Not) d'une conscience coupable de ce rejet (ou meurtre symbolique) du Père. D'autres objets ont un rôle ou une signification particulière.
-le Tarnhelm : forgé par le nain Mime pour son frère Alberich, il symbolise la faiblesse, la lâcheté, la dissimulation et l'hypocrisie, celui qui le porte peut avancer masqué si ce n'est caché ou sous une autre forme ou un autre visage. Chez C.G. Jung, ce masque s'appelle la Persona; il a repris le masque de l'acteur dans le théatre romain : “per-suonare”, une espèce de porte-voix. Car, socialement, nous sommes tous des hypocrites: nous avançons masqués parce que certaines vérités sont trop blessantes pour être exprimées crûment.
-le Frêne du Monde (Weltesche) dans lequel Wotan a taillé sa lance. C'est l'Axe du Monde, qui relie la Terre au Ciel : abattu, tout lien entre ces deux mondes est rompu. Le Fils perd sa dimension divine et devient totalement humain. Wagner parle ainsi de la montée inéluctable de l'athéisme au cours du 19 siècle. Le Crépuscule des dieux, c'est la perte d'une vision sacrée de la Vie et de l'Homme.
-le feu, incarné par le dieu Loge, dans lequel Wotan trouve un allié mais qui finira par dévorer presque tous les acteurs de la tétralogie. Ce feu des passions incarné par Loge doit être maîtrisé, sinon nous sommes submergés par l'inflation d'un Moi qui se divinise lui-même, par le désir de Toute-Puissance. Ainsi, Wotan est d'abord victime de lui-même et de son ambition avant d'être celui de Loge, et c'est le destin de tout dictateur, qu'il se nomme Napoléon, Hitler, Staline ou Boris Godounov...

Le spectacle, l'écoute

Tout le monde connait la Chevauchée des Walkyries ou la Marche Funèbre, souvent dénaturées par leur récupération hors de l'intrigue et de l'ensemble. Un cinéphile qui écoute directement l'ouverture du troisième acte de la Walkyrie risque d'avoir dans sa tête des images d'hélicoptères de la guerre du Vietnam à cause de l'utilisation de cette musique dans le film Apocalypse Now de Francis Ford Coppola. De même la Marche funèbre est souvent jouée seule en concert ou reprise dans des publicités ; quel néophyte du Ring peut s'imaginer que ce passage est un drame résultant d'intrigues et événements complexes, remarquablement formés de plusieurs thèmes conducteurs de l'œuvre originale ? Seule une écoute intégrale du Ring permet d'en comprendre toute la richesse. L'œuvre est difficile à appréhender sans un minimum de culture musicale symphonique. Un néophyte pourrait par exemple commencer par se familiariser avec la Neuvième Symphonie de Ludwig van Beethoven, puis aborder Wagner par des opéras plus accessibles comme Le Vaisseau fantôme ou Tannhäuser. Le Ring est représenté, chaque année au mois d'août, dans le théâtre qui a été construit pour lui, le Festspielhaus de Bayreuth, en général durant trois cycles. Par ailleurs il est régulièrement monté dans son intégralité à travers le monde. Certaines journées, en particulier La Walkyrie, sont parfois montées seules, voire sous forme de concert. On peut aussi regarder des représentations en vidéo ou en DVD. Il n'existait pas d'enregistrement vidéo d'une représentation intégrale du Ring avant les années 1970 et ce que les amateurs considèrent comme le déclin des voix wagnériennes. On peut conseiller le Ring du Centenaire mis en scène par Patrice Chéreau et dirigé par Pierre Boulez : c'est un Ring musical, théâtral, assez proche de l'esprit original malgré la modernisation de certaines scènes. Il est préférable de suivre le texte dans un livret pendant l'écoute. Le Ring ne se regarde ni ne s'écoute si on ne comprend pas les textes. On peut conseiller le Ring de Georg Solti enregistré en studio, avec un orchestre splendide et des chanteurs de haut niveau, ou encore celui de Hans Knappertbusch, chef d'orchestre spécialiste de Wagner. Citons encore l'interprétation originale de Reginald Goodall qui, sur une magnifique orchestration, a choisi des paroles en anglais. Ce choix d'interpréter le texte en anglais peut venir de la faiblesse des voix wagnériennes à cette époque (1973-1977).

Filmographie

De nombreuses adaptations filmées du mythe de Siegfried ont été tournées, notamment celles de Fritz Lang et de Harald Reinl, versions différentes du texte de Wagner par la présence de Kriemhild et des Huns. Parmi ces adaptations, Giacomo Gentilomo a réalisé Sigfrido, un curieux film de costumes, en 1958, qui correspond aux épisodes de Siegfried et du Crépuscule des dieux. Le film est très daté et parfois grotesque. Mais la musique originale se distingue par de nombreux emprunts à la musique de Wagner.

Autres adaptations

L'œuvre de Wagner a été adapté en jeux vidéos, transposés dans un univers futuriste dans les jeux vidéos Ring et Ring II de Philippe Druillet.http://www.emunova.net/veda/test/1057.htm Mais ces jeux furent sévèrement critiqués parce que le scénario, inspiré de l'opéra, était bien trop compliqué pour que le joueur comprenne. Finalement, le joueur est amené à finir le jeu sans avoir compris l'histoire.http://www.jeuxvideo.com/articles/0000/00002418_test.htm On peut voir aussi cette oeuvre traitée dans l'animé Saint Seiya dont la saison Asgard est basé sur l'histoire de l'anneau des Nibelungen et de la mythologie nordique en général. Dans la série Hilda de polaris prêtresse du royaume d'asgard possédée par l'anneau des Nibelungen que lui a traitreusement remis poséïdon tente de détruire le monde. De nombreux personnages de la série empruntent leurs noms à ceux de la legende comme Mime, Alberich, Hagen et surtout Siegfried.

Voir aussi

- A 73 ans, Anna Russell se livre à un hilarant commentaire du Ring, en s'accompagnant au piano. Ce Ring cycle analysis a été filmé à l'Université du Maryland en 1984.
- Wagner a eu des interprètes inattendus :
- Glenn Gould s'est approprié, à sa manière très personnelle, plusieurs partitions de Wagner comme l'ouverture des Maîtres Chanteurs de Nuremberg ou la Siegfried Idyll, qu'il a aussi enregistrée comme chef d'orchestre.
- Mario del Monaco a chanté Siegmund dans un concert filmé. Bien que très italianisant, son "Wälse" dure 18 secondes, soit une de plus que Lauritz Melchior.
- Dans What's opera, Doc? - un autre Bugs Bunny - Chuck Jones fait une hilarante parodie des opéras de Wagner. Il y détourne notamment le thème de la walkyrie. Cet épisode est aujourd'hui considéré comme l'un des meilleurs Bugs Bunny jamais réalisés.

Les principales représentations

La Tétralogie est autant l'œuvre d'un chef que d'un metteur en scène ou la performance de grands chanteurs, la cosmogonie wagnérienne se prêtant à des multiples interprétations, tant musicales qu'artistiques ou politiques.
- 1876, Bayreuth, dir. Hans Richter, mise en scène : Richard Wagner, décors : Josef Hottmann puis Max et Gotthold Brückner.
- 1892 : Covent Garden programme sa première Tétralogie confiée à la baguette de Gustav Mahler.
- 1896, Bayreuth, dir. Hans Richter, mise en scène : Cosima Wagner (d'après le spectacle de son époux décédé), avec l'appui d'Anton Fuchs, Ernst Brauschweig, Siegfried Wagner, son fils. Décors : Max et Gotthold Brückner.
- 1898-1899 : Richard Strauss dirige sa première Tétralogie à Berlin.
- 1924-1925 : à Bâle, la mise en scène d'Adolphe Appia épure le mythe de sa loudeur germanique. Wieland Wagner saura s'en souvenir en 1951.
- 1933-1942: Bayreuth, dir. Heinz Tietjen, mise en scène : Heinz Tietjen, décors : Emil Preetorius. Le Ring du Bayreuth "nazifié", avec Winifred Wagner aux commandes.
- 1938-1942 : New-York, Metropolitan. Dir. : Erich Leinsdorf. Mise en scène : L. Sachse, D. Defrère. Siegrfried et Brünhild avec deux interprètes de légende : Lauritz Melchior et Kirsten Flagstad, qui enflammèrent le Metropolitan.
- Sur ordre de Staline, Eisenstein met en scène la Walkyrie au Bolchoï pour célébrer dignement le Pacte germano-soviétique.
- 1950 : Wilhelm Furtwängler dirige un Ring d'anthologie à la Scala de Milan.
- 1951-1958 : Bayreuth : dir. Herbert von Karajan, 1951, Clemens Krauss, 1953, Josef Keilberth, 1952, 1954-1955, Hans Knappertsbusch, 1951, 1956-1958. Mise en scène et décors : Wieland Wagner. Le renouveau du "neues Bayreuth", avec la mise en scène épurée du petit-fils du compositeur. Second âge d'or de la Colline sacrée, avec des chefs prestigieux et des chanteurs qui entrent dans la légende (Hans Hotter, Wolfgang Windgassen, Josef Greindl, Ludwig Weber, Astrid Varnay, Martha Mödl...
- 1973 : Salzbourg, direction et mise en scène : Herbert von Karajan, décors : G. Schneider-Simssen et G. Wakhevitch.
- 1976-1980 : Bayreuth, dir. Pierre Boulez, mise en scène : Patrice Chéreau, décors : Richard Peduzzi. Le Ring du centenaire qui fut aussi celui du scandale avec le Rhin transformée en barrage et des dieux embourgeoisés. Heinz Zednik triomphe en Loge, Gwyneth Jones émeut avec sa Brünhilde profondément humaine. Mais les voix sont fatiguées.
- 1988-1992 : Bayreuth, dir. Daniel Barenboïm, mise en scène : Harry Kupfer, décors : H. Schavernoch et R. Heinrich. L'irruption des laser à Bayreuth qui change de millénaire.
- 2003-2006 : Zürich, Paris Théâtre du Châtelet. Les mises en scène de Bob Wilson séduisent ses fans et exaspèrent ses détracteurs : son Ring est ici rendu au mythe, avec les attitudes hiératiques de personnages prisonniers de l'espace et du temps.
- 2006-2009 : Gand, Opéra des Flandres. La mise en scène d'Ivo van Hove adopte un parti pris résolument moderne où l'or est une superpuce électronique et l'épée brisée une bombe désamorcée.

Bibliographie

-Pour les mélomanes et autres passionnés de l'œuvre :
-Alfred Lavignac , Le voyage artistique à Bayreuth, Paris, Delagrave, 1896. La "bible" des premiers wagnériens. L'ouvrage comprend une analyse musicologique du Ring, notamment les différents leitmotiv, un résumé du poème et un tableau présentant les apparitions des différents personnages. Indispensable.
-Boulez, Chéreau, Peduzzi, Schmidt , Histoire d'un Ring, Bayreuth 1976-1980, Pluriel, Laffont, 1980. Témoignages des auteurs du Ring du centenaire, qui commença par un scandale et se conclut par 75 minutes de "standing ovation".
-Bruno Lussato (collaboration Marina Niggli), Voyage au cœur du Ring, Encyclopédie, Fayard, 2005.
-Bruno Lussato (collaboration Marina Niggli), Voyage au cœur du Ring, Poème commenté, Fayard, 2005.
-George Bernard Shaw , Le parfait Wagnérien, commentaire sur l'anneau du Nibelung, 1898, rééd. Bouquins, Laffont, 1994. Analyse marxiste du Ring. Un classique.
-Dans la série l'Avant-Scène Opéra :
-L'Or du Rhin, L'Avant-Scène Opéra.
-La Walkyrie, L'Avant-Scène Opéra.
-Siegfried, L'Avant-Scène Opéra.
-Le Crépuscule des dieux, L'Avant-Scène Opéra.
-ou chez GF-Flammarion :
-L'Or du Rhin, GF-Flammarion.
-La Walkyrie, GF-Flammarion.
-Siegfried, GF-Flammarion.
-Le Crépuscule des dieux, GF-Flammarion.
-Ouvrages sur tous les opéras de R. Wagner
-Michel Pazdro et Jean Cabourg, Guide des opéras de Wagner, Fayard, 1988 nouvelle édition 1994. ===
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