Union monétaire latine

Infos
L’Union monétaire latine, ou "Union latine" (à ne pas confondre avec l’organisation internationale de même nom, à vocation culturelle, créée en 1983) a été constituée par une Convention monétaire du 23 décembre 1865, unissant cinq pays signataires européens. L’objet de ce Traité était d’instituer une organisation monétaire commune basée sur le régime de bimétallisme or-argent. L’Union fut, de facto, dissoute le 1 janvier 1927.
Union monétaire latine

L’Union monétaire latine, ou "Union latine" (à ne pas confondre avec l’organisation internationale de même nom, à vocation culturelle, créée en 1983) a été constituée par une Convention monétaire du 23 décembre 1865, unissant cinq pays signataires européens. L’objet de ce Traité était d’instituer une organisation monétaire commune basée sur le régime de bimétallisme or-argent. L’Union fut, de facto, dissoute le 1 janvier 1927.

Le contexte de la convention

Le système du franc germinal

La France avait institué un système monétaire, dit du franc germinal, en référence aux Lois fondatrices des 18 germinal an III (7 avril 1795) et 7 germinal an XI (27 mars 1803) instituant :
- un système de monnaie de compte décimal (1 franc = 100 centimes)
- un système de monnaie de règlement bimétalliste, où l’or et l’argent avaient cours légal : La coexistence de deux étalons monétaires, l’or et l’argent, créait une source potentielle d’instabilité. Le système du franc germinal reposait sur un pari risqué d’invariance du prix relatif de l’or et de l’argent et supposait que les volumes et les conditions de production des deux métaux demeureraient stables. Une crise des règlements pouvait ainsi survenir à tout moment.

L’environnement monétaire international

L'adoption partielle ou complète du système du franc germinal à l'extérieur des frontières françaises avait créé un embryon de système monétaire international. La décimalisation avait été adoptée par les Etats-Unis dès 1795. Napoléon Ier avait tenté d’exporter, avec la Révolution, le système de Germinal en Europecf. les monnaies napoléonides . Bien que cette tentative par la force échouât d'abord, le système fut ensuite adopté, en toute liberté, par la Belgique en 1830, par la Suisse et par l’Italie en 1860 (le duché de Parme et le Royaume de Piémont-Sardaigne l’avaient déjà adopté depuis 1815). Les découvertes d’or de 1848 en Californie et de 1851 en Australie provoquèrent une baisse du prix relatif de l’or, aggravée par les effets de la guerre de Sécession, qui obligea l’Angleterre à importer plus de textiles d’Inde et à payer les soldes débiteurs de sa balance des paiements en argent. La conjugaison de ces évènements provoqua une crise des règlements en monnaies d’argent selon le mécanisme suivant :
- La plus grande rareté relative de l’argent par rapport à l’or modifiait le prix relatif entre les deux métaux. La valeur physique de l’argent dépassait sa valeur légale. La différence entre ces deux valeurs représentait une prime sur le métal.
- Lorsque la prime couvrait les couts de refonte, de frappe et de transport, il devenait alors intéressant de procéder à la thésaurisation ou à l’exportation des monnaies d’argent.
- Le retrait des monnaies d’argent entrainait une crise des règlements et de la circulation monétaire, par absence de signes monétaires en quantité suffisante. A cet égard, pour la France, la diminution des frappes en argent entre 1856 et 1864 est importante : Les Etats du système germinal allaient répondre dans le désordre à cette crise des règlements. La Belgique mit fin au cours légal de l’or le 28 décembre 1850. Le 31 janvier 1860, la Suisse diminuait le titre des pièces en argent à 835 %o. L’ Italie faisait de même le 24 aout 1862. La France adoptait une Loi, le 25 mai 1864, disposant d’une mesure similaire pour les pièces de 20 et 50 centimes. Le désordre monétaire gagnait et rendait les échanges plus difficiles. La convocation de la Convention de Paris, le 20 novembre 1865, était une tentative d’harmonisation des poids et titres des monnaies nationales pour sauver le régime bimétalliste de Germinal et rétablir l’ intercirculation des monnaies d’argent entre les pays signataires.

Les principes de l'union

Présidée par Félix Esquirou de Parieu, fervent partisan d’une union monétaire « prélude aux fédérations pacifiques du futur », la Convention de Paris, dite de l’ « Union Latine », fut signée le 23 décembre 1865transposée par les Lois du 20 juillet 1866 et du 27 juillet 1867 (réduction du titre des monnaies divisionnaires) en France. Elle posait comme principes :
- L’uniformisation monétaire : Chaque Etat signataire était tenu de battre monnaie en se conformant aux normes définies par les articles 2 à 4 de la Convention de 1865. Belgique, 20 francs France, 100 francs Grèce, 5 drachmes Suisse, 20 francs
- Le plafonnement de l’émission des monnaies divisionnaires de 2, 1, ½ et 1/5 d’unité de compte à raison de 6 francs par habitant (article 9). A noter que les plafonds d’émission de la monnaie fiduciaire n’étaient pas concernés et restaient une pure prérogative des Etats. De même pour les monnaies de billon. Italie, 20 lires
- Le maintien des unités de compte nationales.
- Le bimétallisme intégral : La frappe de l’or et de l’argent était libre et leur pouvoir libératoire était illimité. Tout particulier pouvait apporter or et argent à la frappe et était tenu d’accepter en paiement, sans limitation, les monnaies d’or et d’argent nationales (sauf pour les monnaies divisionnaires d’argent à 835 %o dont la frappe était réservée aux Etats et le pouvoir libératoire limité).
- L’ intercirculation des monnaies à l’intérieur de l’ Union : les monnaies de chaque Etat ont cours légal dans l’ Union (avec un plafonnement pour les monnaies divisionnaires d’argent). Par ailleurs, le Traité était renouvelable par tacite reconduction tous les 15 ans, à partir du 1 janvier 1880, sauf dénonciation par un pays signataire (article 14). Et il était ouvert à d’autres signataires (article 12), sous réserve d’unanimité des Etats membres de l’ Union (selon les conventions de 1878 et 1885).

Évolution et fin de l'Union monétaire latine

Un succès rapide mais incomplet

Le succès de l’Union monétaire latine, mesuré par le nombre de pays ayant adopté le système (32 au total), a posé les bases d’un système monétaire international. Toutefois, l'échec du congrès monétaire international de 1867 (cf. infra) cantonnait l'Union dans un statut de zone monétaire.

Les problèmes de fonctionnement intrinsèques de l'Union

Mécanisme de fonctionnement du régime bimétalliste de l'Union monétaire latine Le fonctionnement de l' Union était intrinsèquement gêné par deux problèmes : les fluctuations des cours relatifs des métaux et les fluctuations des changes. Les différences de valeurs entre la monnaie physique et la monnaie légaleJusqu'en 1914, le cours légal de l'or au kilo était de 3.444, 45 Francs et celui de l'argent au kilo de 222, 22 Francs, créées par les variations exogènes des prix des métaux sur leurs marchés formaient une prime sur le métal. Le point de sortie des espèces métalliques était égal à la prime positive sur le métal plus les couts de fonte/frappe/transport. Lorsque le prix du métal atteignait ce point de sortie, les espèces dans ce métal étaient thésaurisées ou exportées et disparaissaient (sortaient) de la circulation, selon le mécanisme décrit par la loi de Gresham. Ces sorties (de la circulation) contribuaient à faire baisser le prix du métal qui affluait alors sur le marché du métal, auto-régulant ainsi le système. Le point d'entrée était égal à la prime négative sur le métal moins les couts de frappe/transport. Lorsque le prix du métal atteignait le point d'entrée, le métal était apporté à la frappe. Ces entrées (dans la circulation) contribuaient à accroitre le prix du métal qui refluait du marché pour être frappé. Les différences entre le cours du change d'une monnaie et son cours légal, liées à la création exogène de monnaie fiduciaire et de monnaie scripturale (non encadrée par la Convention de 1865) formaient une prime sur le change. Lorsque la prime sur le change d'une monnaie, le franc suisse par exemple, était positive, les espèces des autres monnaies étaient exportées vers la Suisse et disparaissaient de la circulation nationale, là-aussi selon le mécanisme décrit par la loi de Gresham. Les variations croisées des prix des métaux et des cours de change rendaient complexes la compréhension des problèmes monétaires et leur résolution.

Une union évolutive

L’Union sut adapter ses principes aux problèmes des variations des changes et des cours des métaux. Mais au prix d'un reniement des principes adoptés initialement. Les conventions successives (1874, 1878, 1885, 1893, 1908) de l'Union monétaire latine l'orientèrent dans deux directions éloignées des principes fondateurs de la Convention de 1865. L'Union évolua rapidement vers un monométallisme or : Essais monétaires internationaux en or frappés à l'occasion du Congrès de 1867, Napoléon III au droit
- Le Congrès de 1867 (Europe, USAEssai en or de la monnaie des Etats-Unis d'une valeur de 1 Stella = 4 dollars US (1879-1880) Les USA prirent deux initiatives pour préparer leur adhésion à l' Union, qui avaient pour objet d'ajuster le ratio américain entre l'or et l'argent de 16 gr. d'argent pour 1 gr. d'or sur celui de l' Union (15, 5/1). Le Mint Act de 1873 ajustait le poids des pièces d'argent de 1 dime, 1/4 et 1/2 dollar à la norme de 25 gr. au titre de 900%o pour 1 dollar, les alignant ainsi sur la norme de l' Union (norme maintenue jusqu'à la cessation de la production de pièces d'argent aux USA, en 1965 !). Par ailleurs, la Monnaie des USA frappa des essais de monnaies d'or, appelés des "Stellas" en 1879 et 1880, d'une valeur faciale de 4 U.S. dollars (ou 20 francs français). Mais le Congrès américain décida finalement le maintien du ratio or/argent à 16/1., Russie et Empire ottoman) adopta le principe d'une monnaie internationale basée sur la 5 francs or et ses multiples. Elle posa aussi le principe de l’étalon or avec une période de transition pour le bimétallisme. Le Congrès échoua devant l'opposition de la Prusse, de l’Angleterre et des banques centrales, privées à l’époque. Toutefois, la Convention de Vienne du 21 juillet 1868 unifiait les tarifs postaux avec le franc comme unité de compte monétaire commune.
- En 1873, alors que la production d’argent augmentait, les USA abandonnaient le principe de la liberté de frappe de l’argent et l’Allemagne adoptait le monométallisme or. L' Union latine suivit le mouvement. Par Convention additionnelle du 31 janvier 1874, le principe de liberté de frappe était limité par contingentement. La Convention de 1878 suspendait la frappe des monnaies d’argent dans l’ Union. La Convention du 6 novembre 1885 prévoyait le remboursement en or des écus d’argent. Par ailleurs, deuxième évolution majeure, la re-nationalisation de la circulation des monnaies d'argent :
- La Convention additionnelle du 15 novembre 1893 supprimait le principe d’intercirculation des monnaies divisionnaires d’argent italiennes.
- La Convention additionnelle du 4 novembre 1908 supprimait l’intercirculation des monnaies grecques. Le Traité de 1865 a été progressivement vidé de sa substance. Les principes fondamentaux du bimétallisme et de l’intercirculation n’étaient plus appliqués dès 1878 pour l’argent.

La crise de 1914

La guerre de 1914 entraina la thésaurisation des monnaies d’or et d’argent. La Loi du 5 aout 1914 aggrava le phénomène en instituant le cours forcé du billet et la suspension de la convertibilité en or. L'émission de billets augmenta fortement, mais à des vitesses différentes selon les pays de l' Union. En conséquence, les parités de change entre les monnaies de l' Union divergèrent rapidement. Parallèlement, les prix du métal argent oscillèrent fortement. L'instabilité conjuguée des changes et des marchés des métaux, provoquée par la guerre, rendit impossible le retour aux principes de fonctionnement de 'Union monétaire latine' au lendemain de la guerre. Mais l'utilisation de plusieurs subterfuges permirent de faire durer l' Union quelques années de plus, sur le papier. Ainsi, la France n’émettra plus de monnaies d’or mais continuera à émettre des monnaies divisionnaires de 1/2f, 1f et 2f jusqu’en 1920, selon les normes de la Convention de 1865. En 1921, le seigneuriage étant devenu négatif sur la frappe de l'argent, la France préfèrera ne plus émettre de monnaies divisionnaires plutôt que de dénoncer la Convention de 1865, entrainant une crise des règlements qui débouchera sur la frappe de monnaies de nécessité, émises au nom des chambres de commerce. A ce stade, l' Union était caduque : à quoi pouvait donc bien servir un Traité qui empêchait de battre monnaie? Fin 1925, de guerre lasse, la Belgique dénonça la convention, qui fut dissoute le 1 janvier 1927. Les dernières pièces de monnaie à avoir été frappées selon les standarts de l'UML sont les 50 Cts., 1 Frs. & 2 Frs Suisses en 1967.

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie

- Louis-Albert Dubois, La fin de l'Union monétaire latine (thèse), Université de Neuchâtel, 1950
- Luca Einaudi, Money and Politics: European Monetary Unification and the International Gold Standard (1865-1873). Oxford: Oxford University Press, 2001. ISBN: 0-19-924366-2.
- Jean-Marc Leconte, Le bréviaire des monnaies de l'Union latine, Cressida, Paris, 1995
- Jean Mazard, Histoire monétaire et numismatique contemporaine, Emile Bourgey, Paris, 1963 et 1968

Site externe

- 30px
- Catégorie:Histoire de l'Union européenne Catégorie:Histoire économique de la France Catégorie:Numismatique Catégorie:Forex ca:Unió Monetària Llatina da:Latinske møntunion de:Lateinische Münzunion en:Latin Monetary Union eo:Latinida valuta unio es:Unión Monetaria Latina hu:Latin Éremunió it:Unione monetaria latina nl:Latijnse muntunie no:Den latinske myntunionen ru:Латинский валютный союз sv:Latinska myntunionen uk:Латинський монетний союз zh:拉丁货币同盟
Sujets connexes
Argent   Balance des paiements   Change   Félix Esquirou de Parieu   Guerre de Sécession   Loi de Gresham   Monnaie fiduciaire   Napoléon III   Napoléon Ier   Napoléonides   Or   Seigneuriage   Système monétaire   Système monétaire international   Thésaurisation   Union monétaire latine   Zone monétaire  
#
Accident de Beaune   Amélie Mauresmo   Anisocytose   C3H6O   CA Paris   Carole Richert   Catherinettes   Chaleur massique   Championnat de Tunisie de football D2   Classement mondial des entreprises leader par secteur   Col du Bonhomme (Vosges)   De viris illustribus (Lhomond)   Dolcett   EGP  
^