Syriaque

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Le syriaque (syriaque: ܣܘܪܝܝܐ ) est une langue sémitique parlée au Proche-Orient, et qui appartient au groupe des langues araméennes. L'araméen (ארמית , ܐܪܡܝܐ ) existe au moins depuis le et a évolué au cours des siècles. Le syriaque désigne des variantes d'araméen qui se sont répandues au début de l'ère chrétienne.
Syriaque

Le syriaque (syriaque: ܣܘܪܝܝܐ ) est une langue sémitique parlée au Proche-Orient, et qui appartient au groupe des langues araméennes. L'araméen (ארמית , ܐܪܡܝܐ ) existe au moins depuis le et a évolué au cours des siècles. Le syriaque désigne des variantes d'araméen qui se sont répandues au début de l'ère chrétienne.

Classification

Le syriaque est une langue de la famille afro-asiatique, sous-famille des langues sémitiques et du groupe araméen oriental.

Diffusion

Manuscrit du (Sinai) en alphabet syriaque, style Serto Au début du , les dialectes syriaques sont parlés par environ 400 000 personnes très éparpillées géographiquement, mais on les retrouve principalement dans le sud-est de la Turquie et dans le nord de l'Irak. On les trouve aussi dans de petites communautés en Syrie, Iran, Arménie, Géorgie et Azerbaïdjan qui parlent des dialectes syriaques souvent influencés par les langues locales dominantes. Le a vu l'apparition d'idéologies nationalistes parfois intolérantes qui ont grandement affecté les communautés de langue syriaque. Du fait des problèmes politiques et religieux inhérents au Moyen-Orient, l'usage de la langue syriaque, déjà réduit, a fortement reculé. La forte émigration qui touche les chrétiens d'Orient fait qu'on retrouve depuis quelques décennies des communautés de langue syriaque en Amérique du Nord, du Sud, ainsi qu'en Europe.

Histoire

Araméen

L'araméen apparaît en Syrie et en Mésopotamie, au moins dès le I millénaire avant notre ère. À partir du , des tribus araméennes venues du sud s'installent en Syrie et en Iraq. Les Araméens n'ont jamais fondé d'empire unitaire, bien que diverses cité-états araméennes comme celle de Damas, de Hamath (Hama en Syrie) et d'Arpad aient existé. La diffusion de l'araméen provient du fait que cette langue est devenue officielle sous les empires assyrien, babylonien et puis perse. Puisqu'on trouvait des locuteurs de cette langue un peu partout dans le Moyen-Orient et qu'elle était relativement facile à apprendre pour les peuples de langues sémitiques, l'araméen devint la lingua franca du Moyen-Orient, sous une version relativement uniforme et très riche connue sous le nom d'araméen impérial. L'araméen évince progressivement d'autres langues sémitiques comme l'hébreu ( après l'exil de Babylone) et le phénicien (le phénicien survivra cependant hors du Moyen-Orient sous sa version punique).

Apparition du syriaque

Le syriaque désigne un dialecte d'araméen oriental parlé à Édesse et qui s'est répandu après l'apparition du christianisme. Le syriaque a donc pour origine l'araméen parlé en Mésopotamie. L'évolution de ces dialectes peut être suivie en raison de leur influence sur l'araméen impérial à partir du Après la conquête de la Syrie et de la Mésopotamie par Alexandre le Grand, le syriaque et d'autres dialectes araméens commencent à être écrits en réaction à l'hellénisme dominant. L'araméen reste cependant utilisé comme langue d'échange, même après l'introduction du grec. En ~ 132, le royaume d'Osroène, fondé à Édesse, fait du dialecte local, le syriaque, la langue officielle du royaume. La plus vieille inscription retrouvée en syriaque ancien date de l'an 6 de notre ère. Son statut de langue officielle fait que le syriaque possède un style et une grammaire relativement uniformes, contrairement aux autres dialectes d'araméen. Avec l'apparition du christianisme, le syriaque va supplanter l'araméen impérial au début de notre ère comme version standard de l'araméen.

Le syriaque littéraire

À partir du , le syriaque devient la langue des chrétiens d'Édesse. La Bible est traduite en syriaque (Bible Peshitta) et une riche littérature voit le jour. Éphrem, auteur chrétien prolifique et docteur de l'Église, est une des figures les plus emblématiques de cette époque. C'est l'âge d'or de la littérature syriaque avec de nombreuses œuvres originales, scientifiques, philosophiques, théologiques, historiques (nombreuses chroniques) et liturgiques, et des traductions bibliques ou autres. La généralisation de la Bible Peshitta (en syriaque) va favoriser l'extension du syriaque parallèlement au christianisme. Dès les premiers siècles, des controverses religieuses éclatent sur la nature du Christ (les querelles christologiques). Beaucoup de syriaques fuient vers la Perse et la Mésopotamie pour échapper aux persécutions byzantines. Des schismes successifs ont lieu entre les églises de langue syriaque. Pour simplifier, les églises occidentales sont accusées d'adopter le monophysisme et les églises orientales le nestorianisme (la réalité étant beaucoup plus nuancée). Ces doctrines sont elles-mêmes considérées comme hérétiques par l'Église grecque orthodoxe et les églises syriaques sont persécutées par l'Empire byzantin. La division orientale-occidentale va perdurer et le syriaque littéraire va évoluer en deux variantes, qui diffèrent par certaines règles grammaticales et la typographie utilisée. Après la conquête arabe au , le syriaque va perdre définitivement son rôle de langue d'échange. L'usage de l'arabe se répand dans les villes et cantonne progressivement le syriaque dans des contrées toujours plus reculées. Vers la fin du Moyen Âge, le syriaque commence à disparaître.
-Le syriaque littéraire occidental est le langage des églises suivantes :
-Église maronite
-Église catholique syriaque
-Église syriaque orthodoxe
-Église catholique syro-malankare
-Église syro-malankare orthodoxe
-Église malabare indépendante
-Église malankare orthodoxe
-Église malankare Mar Thoma
-Le syriaque littéraire oriental est le langage des églises suivantes :
-Église catholique chaldéenne
-Église catholique syro-malabare
-Église malabare orthodoxe
-Église apostolique assyrienne de l'Orient

Périodes

- Araméen ancien (~ 1100 à 200) : la mention la plus ancienne retrouvée date du . (les périodes suivantes ne sont pas exhaustives).
- : première mention connue des tribus araméennes. Les tribus araméennes venues du sud se répandent en Orient.
- : l'Empire assyrien fait de l'araméen une langue officielle, la répandant dans l'ensemble du Croissant fertile. Par la suite, l'Empire babylonien fera de même, transformant l'araméen en lingua franca du Moyen-Orient. La langue se répand dans tout l'Orient mais perd de son homogénéité.
- : Araméen biblique ou Araméen impérial adopté par les Hébreux suite à leur captivité à Babylone. L'araméen va progressivement remplacer l'hébreu comme langue parlé des Juifs. Une partie de la Bible juive est donc écrite en araméen (les Juifs vont arrêter d'utiliser l'alphabet phénicien ; au , ils adoptent l'alphabet hébreu actuel qui provient de l'alphabet araméen).
- : le roi Cyrus II de la dynastie perse des Achéménides vainc Babylone (~ 538) et libère les Hébreux (~ 537). En ~ 500, Darius I formalise l'araméen et en fait la langue officielle dans la partie orientale de l'Empire perse.
-L'araméen de Jésus dit araméen palestinien
- Syriaque littéraire ou syriaque d'église (Kthâbânâyâ - syriaque littéraire), (200 à 1200 environ) : c'est l'araméen utilisé à Édesse (devenu Urfa en Turquie) au début de notre ère et formalisé à partir du . Utilisé pour la traduction de la Bible dite peshitta. Le syriaque s'est répandu en Orient avec le christianisme. Avec le temps, il s'est décliné en deux variantes :
- Syriaque intermédiaire occidental : utilisé notamment par l'Église maronite, l'Église syriaque orthodoxe, Église syriaque-catholique .
- Syriaque intermédiaire oriental : utilisé notamment par l'Église chaldéenne ou assyrienne-catholique, l'Église assyrienne et les mandéens.
-Syriaque moderne : comprend toute une série de langues vernaculaires après 1200. Seul le syriaque classique étant écrit, la plupart de ces langues ont évolué ou disparu sans qu'on en ait la trace.
- Syriaque moderne (parlé) occidental
-
-Néo-araméen occidental : éteint au Liban depuis la fin du , encore parlé dans quelques villages de l'anti-Liban syrien autour de Maaloula (15 000 personnes)
-
-Turoyo et Mlahso : (quasi-éteint) en Turquie
- Syriaque moderne (parlé) oriental
-
-Néo-araméen chaldéen et néo-araméen néo-assyrien en Iraq, Turquie et Arménie.

La Bible syriaque

béatitude (Matthieu 5:8) d'une bible en syriaque oriental (peshitta).Tuvayhon l'aylên dadkên blebhon: dhenon nehzon l'alâhâ.'Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu !' Une des plus anciennes versions connues du Nouveau Testament est écrite en syriaque (Bible dite peshittô ou peshitta, toujours en usage dans certaines églises orientales). Elle a été traduite à partir de la version grecque écrite en koinè, la plus ancienne qui soit connue. Une controverse existe à propos de la langue originale de la Bible. Une partie des spécialistes pensent que la Bible grecque provient de la traduction de textes syriaques/araméens antérieurs. La majorité des spécialistes pensent que la première version écrite de la Bible a directement été rédigée en grec. À noter que, même dans la version grecque, il existe des phrases araméennes éparpillées dans le texte, particulièrement des phrases prononcées par Jésus et conservées dans la version originale pour des raisons religieuses. Il est cependant certain que Jésus a prêché dans la langue du peuple qui était l'araméen palestinien. Avec l'hébreu, le grec et le latin, le syriaque et l'araméen sont une des langues majeures du christianisme.

L'écriture syriaque

Manuscrit syriaque du monastère Sainte-Catherine (Sinai) en style estrangelâ Le syriaque s'écrit de droite à gauche et, comme pour les autres langues sémitiques, son alphabet est dérivé de l'alphabet phénicien. L'alphabet syriaque se compose de 22 lettres qui peuvent être liées ou non selon leur position dans le mot. Il existe trois formes principales de typographies :
-Le style estrangelâ (provient de la description grecque de cette typographie, στρογγυλη, strongylê, 'arrondi'). Cette typographie est tombée en désuétude, mais elle est souvent utilisée par les spécialistes. Les voyelles peuvent être indiquées par de petits signes.
-Le syriaque occidental est le plus souvent écrit avec une typographie sertâ ('ligne'). C'est une simplification du style estrangelâ. Les voyelles sont indiquées par un système diacritique dérivé des voyelles grecques.
-Le syriaque oriental est écrit en utilisant le style madnhâyâ (de l'est, 'oriental'). On l'appelle parfois nestorien parce qu'on considérait que les syriaques de l'est (à tort) suivaient les idées de Nestorius. Il est plus proche de estrangelâ que le serta. Les voyelles sont indiquées grâce à autre sytème diacritique, à savoir des points autour des consonnes, similaire à l'arabe. Quand l'arabe a commencé à s'imposer dans le Croissant fertile, les chrétiens ont commencé par écrire l'arabe avec des caractères syriaques. Ces écrits sont appelés Karshuni ou Garshuni. L'alphabet arabe quant à lui dérive d'une forme d'araméen appelé nabatéen utilisé dans la région de Pétra.

Le syriaque contemporain

Le syriaque a beaucoup souffert de son statut de langue minoritaire et de la montée des idéologies nationalistes au Moyen-Orient. Une grande partie des syriaques de Turquie sont morts avec les Arméniens durant le génocide de 1915 et la communauté syriaque est toujours l'objet de mesures vexatoires dans ce pays. Ils ont été diversement réprimés en Irak, particulièrement durant les années 1930. Une partie importante des communautés de langue syriaque a quitté la région et les émigrés se sont établis dans divers pays occidentaux. La montée de l'Islam politique ces dernières années a amplifié le mouvement d'émigration. Plus récemment, la guerre d'Irak (2003) qui a abouti à une anarchie de fait a entraîné une recrudescence des attaques à motivation religieuse. Récemment, un effort a été fait pour écrire les dialectes parlés et les doter d'une grammaire, entre autres pour tenter de pallier la disparition de ces langues devenues extrêmement fragiles. En Suède, une communauté parlant le syriaque oriental s'est constituée et la loi suédoise impose l'enseignement de la langue d'origine. Une timide littérature y a vu donc le jour. L'usage veut qu'on qualifie les peuples parlant le syriaque occidental de syriens, car cette langue était celle qui était parlée en Syrie avant la conquête arabe. Cependant on utilise de plus en plus le terme de syriaque au lieu de syrien pour éviter la confusion avec les citoyens de la Syrie actuelle. Les locuteurs du syriaque oriental sont appelés chaldéens ou assyriens, du nom de leurs églises.

Voir aussi

- code ISO 639-2 : syr

Références

- Robert Alaux, Les Derniers Assyriens, Lieurac Productions, Paris, , documentaire de 52 minutes évoquant l'histoire de la langue syriaque.
- F. Briquel-Chatonnet, M. Debié, A. Desreumaux, Les Inscriptions syriaques, Études syriaques 1, Paris, Geuthner, 2004.
- M. Debié, A. Desreumaux, C. Jullien, F. Jullien, Les Apocryphes syriaques, Études syriaques 2, Paris, Geuthner, 2005.
- F. Cassingena, I. Jurasz, Les Liturgies syriaques, Études syriaques 3, Paris, Geuthner, 2006. ===
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