Printemps de Prague

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:Pour le festival du même nom, voir Festival du Printemps de Prague. ---- Le Printemps de Prague (en tchèque « Pražské jaro ») est une période de libéralisation politique en Tchécoslovaquie qui débuta le 5 janvier 1968, pour se terminer le 20 août de cette même année quand l'URSS et ses alliés du Pacte de Varsovie (sauf la Roumanie) envahirent le pays.
Printemps de Prague

:Pour le festival du même nom, voir Festival du Printemps de Prague. ---- Le Printemps de Prague (en tchèque « Pražské jaro ») est une période de libéralisation politique en Tchécoslovaquie qui débuta le 5 janvier 1968, pour se terminer le 20 août de cette même année quand l'URSS et ses alliés du Pacte de Varsovie (sauf la Roumanie) envahirent le pays.

Genèse

Au début de l'année 1968, une crise politique s'ajouta à la crise économique au sujet de cette dernière, lire : économie de la Tchécoslovaquie. : un mouvement, venu de l'intérieur du Parti Communiste, se mit à contester la direction et, surtout, son Premier Secrétaire, Antonín Novotný. Celui-ci demanda d'abord le soutien des Soviétiques qui n'intervinrent pas. Espérant garder le contrôle de la situation, Novotný proposa pour le remplacer à la tête du Parti, Alexandre Dubček, Premier Secrétaire du PC Slovaque. Agé de 47 ans, fils d'un militant communiste qui avait émigré en URSS dans les années 30, il présentait toutes les garanties. Cependant, Novotný voulait garder la Présidence de la République. Des manifestations tournant à l'émeute l'obligèrent aussi à abandonner ce poste. Une fois en place, Dubček fut poussé par un courant d'opinion très fort pour libéraliser le régime : abolition de la censure, réhabilitation des anciens dirigeants injustement condamnés lors des Procès de Prague dans les années 50, tolérance religieuse, réémergence de l'ancien parti social-démocrate absorbé de force par le PC en 1948, etc.. Pour rassurer les Soviétiques, il fit élire comme Président de la République, Ludvík Svoboda, ancien ministre de la Défense et l'un des auteurs du Coup de Prague en février 1948.

La crise avec l'Union soviétique

Les Tchèques et Slovaques montrèrent de nombreux signes d'indépendance sous le mandat d'Alexander Dubček. Les réformes politiques de Dubček, qui visaient à instaurer le « Socialisme à visage humain », certes, ne représentaient pas, au yeux des Tchèques, un renversement complet de l'ancien régime, comme ce fut le cas en Hongrie en 1956 (Insurrection de Budapest). Mais, celles-ci étaient vues par les dirigeants soviétiques comme une menace contre leur hégémonie sur l'Europe de l'Est. Aussi, les dirigeants soviétiques firent de plus en plus pression sur la direction du PCT pour freiner, voire inverser le cours des événements. Dubček, soutenu par toute l'opinion publique, ne le voulait pas. Aux yeux de l'Union soviétique et des autres pays socialistes, la politique de Dubček remettait en cause la nature même du régime socialiste : un économiste réformateur, Ota Sik fut promu au poste de vice-Premier ministre et membre du Comité Central du PC. Il dressa un tableau accablant de la situation sur le retard de l'industrie tchèque, autrefois l'une des premières d'Europe. Ce rapport, connu de tous, montrait de toute évidence que le régime socialiste était le principal responsable de cet échec. Pour le Politburo soviétique, il y avait plus grave : l'expérience tchécoslovaque ne manquerait pas de contaminer la Pologne, catholique à 90%, ce qui aurait la RDA, atout maître de l'URSS en Europe.

Opération « Danube »

La période de libéralisation politique prit fin entre le 18 et le 20 août, quand 200 000 soldats et 5 000 chars du Pacte de Varsovie envahirent le pays. Ce fut Opération Danube. Alors que d’imposantes forces blindées-mécanisées franchissaient la frontière et que des raids héliportés étaient menés contre des objectifs à faible profondeur, les parachutistes de l’Armée rouge reçurent comme principale mission d’investir Prague. Pour s’emparer de la capitale, un saut opérationnel ne fut pas nécessaire : le 18 août 1968 à 20 heures 30, des parachutistes en civil débarquèrent discrètement d’un vol de l’Aeroflot sur l’aéroport Ruzine de Prague et en prirent rapidement le contrôle. Quelques heures plus tard, les premiers Antonov An-12 atterrissaient pour débarquer troupes et matériel lourd. Les hommes de la 103e division aéroportée de la garde (DAG) commencèrent alors à faire mouvement vers le centre de Prague, investissant en chemin le palais présidentiel au château de Prague et mettant virtuellement le président Svoboda en état d’arrestation. Une dizaine d’heures allaient suffire pour que la ville tombe aux mains des parachutistes soviétiques. La jonction avec les forces terrestres fut réalisée le 19 août au soir. Les chars soviétiques entrèrent en force dans Prague le 20 août et réprimèrent dans le sang les agitations d'un espoir de détente en Europe de l'Est. Cela mit un terme au Printemps de Prague. L’occupation physique de la Tchécoslovaquie fut ainsi réalisée en moins de vingt-quatre heures et le retour à stricte obédience soviétique, la « Normalisation », s’effectua rapidement. En effet, depuis la bataille de la Montagne Blanche, en 1620, les Tchèques ne se sont jamais défendus militairement contre les invasions.

La réaction tchécoslovaque à l'invasion

Selon l'historien tchèque Oldřich Tůma, les soldats tchécoslovaques étaient prêts à combattre et ont attendu en vain une décision politique dans ce sens. Certains soldats ont même dessiné en bleu sur des cartes les positions des armées soviétiques. Le bleu était alors la couleur pour désigner l'ennemi. Un officier a été expulsé de l'Armée à cause de cela. Les généraux de l'Armée tchécoslovaque étaient liés aux Soviétiques. Ils avaient étudié dans les écoles soviétiques. Ils considéraient les Soviétiques, comme leurs "supérieurs". Moscou avait donc des informations précises sur l'Armée tchécoslovaque. En ce sens, elle faisait partie de l'Armée soviétiqueEntretien avec Oldřich Tůma, Mladá Fronta Dnes, 21 août 2007 . L'historien Oldřich Tůma ajoute que le haut commandement était certainement au courant des préparatifs de cette invasion. Il y avait des personnes au ministère de la défense pour les aider. Il était impossible qu'un regroupement massif d'hommes aux frontières de la Tchécoslovaquie, pendant plusieurs mois avant l'intervention, passât inaperçu du haut commandement militaire tchécoslovaque. En revanche, les officiers de plus bas niveau désiraient intervenir. En l'absence de décision politique, ils opposèrent une résistance passive, en refusant par exemple de rendre leurs armes aux Sovétiques. En Hongrie, les soldats avaient rendu leurs armes en 1956 lors de l'insurrection de Budapest et l'Armée s'était écroulée. L'Armée connut ensuite une grande purge des militaires pro-Dubček. Le peuple s'est aussi illustré par de nombreux actes de résistance passive. Les panneaux indicateurs étaient déplacés afin de semer le trouble dans l'armée adverse. Il était aussi normal de toujours indiquer une mauvaise direction aux militaires sovétiques. Plusieurs personnes se sont regroupées autour des bâtiments de la Radio publique, notamment à Prague et à Pilsen. La radio a donc pu continuer à émettre. Ainsi toute la nation a été mise au courant de l'invasion. Pour protester contre la réaction du Kremlin, l'étudiant Jan Palach s'immola par le feu le 16 janvier 1969. Avant lui un comptable polonais de 59 ans, Ryszard Siwiec, s'était également immolé dans un stade devant 100.000 personnes pour dénoncer la normalisation et, un mois après Palach, Jan Zajíc suivit leur exemple. Il avait 18 ans.

Conséquences

La direction du PCT au complet fut transférée à Moscou manu militari : le Premier Secrétaire Alexandre Dubček, le Premier ministre Oldřich Černik, le président du Parlement Josef Smrkovský, le Premier Secrétaire du PC slovaque Vasil Bil'ak et le Chef de l'Etat. Le président Svoboda, chef légal de l'Armée, juste avant de partir, ordonna à son chef, le général Martin Dzur, de ne pas résister mais de ne pas non plus se laisser désarmer. Entretemps, malgré l'absence de la direction, un congrès extraordinaire du PCT, tenu dans une usine de la banlieue de Prague, condamna l'invasion à l'unanimité et les Soviétiques furent incapables de former un "gouvernement ouvrier-paysan" comme à Budapest en 1956. Cependant, soumis à des pressions insupportables, la direction du PCT accepta de signer un texte, rédigé par les Soviétiques, qui justifiait l'intervention. Pour se constituer une base politique, les Soviétiques favorisèrent la transformation de la Tchécoslovaquie en un Etat fédéral tchèque et slovaque et en mettant les Slovaques au pouvoir. Peu à peu, les conservateurs du PC reprirent le dessus : en avril 69, Dubček fut remplacé par Gustav Husak et tous les dirigeants du PCT de l'année 1968 furent destitués et parfois, condamnés à la suite de procès. Le contrôle complet de l'Armée représentait un important enjeu du PC, après le printemps de Prague. Après la purge, l'Armée était entraînée pour réagir aux éventuelles protestations populaires. Ainsi, dès août 1969, l'Armée écrasa des manifestations contre l'occupation. Un régiment de tanks est pour la première fois utilisé contre la foule, par l'Armée tchécoslovaque. Dès 1971 ont lieu des réunions du Parti et des élections. C'est la preuve que l'appareil communiste pensait avoir déjà l'Armée parfaitement sous contrôle. Quant à Dubček, il fut d'abord "promu" président du parlement fédéral (1969/70), puis exilé ambassadeur à Ankara, avant d'être rappelé rapidement et confiné dans un emploi de jardinier dans un parc public. L'université de Bologne lui conféra le titre de Docteur Honoris Causa en 1987. Il reviendra au devant de la scène politique, lors de la révolution de velours, mais décèdera dans un accident de voiture.

Réaction internationale

Les principaux partis communistes occidentaux, PCF (France) et PCI (Italie) condamnèrent l'invasion; Cependant, le PCI devint de plus en plus critique vis à vis de l'URSS et finit par rompre définitivement avec lui, principalement grâce à son secrétaire général Berlinguer alors que le PCF ne condamna jamais la normalisation. Les USA et les pays de l'OTAN, en général, condamnèrent l'intervention sans intervenir et les critiques des pays démocratiques restèrent mesurées. Les pays démocratiques étaient en effet occupés par d'autres problèmes, comme les manifestations de Mai 68 ou la Guerre du Viêt Nam. Par ailleurs, les accords de Yalta en février 1945 avaient débouché sur des zones d'influence respectives qui n'étaient pas remises en cause pour garantir la paix. Vingt ans plus tard, le Printemps de Prague — qui avait repris le nom du « Printemps des peuples » — a prêté son nom à une période de libéralisation politique similaire en Chine, le Printemps de Pékin.

Dans le bloc soviétique

Parmi les pays socialistes, seules la Roumanie et la Chine condamnèrent l'invasion et l'Albanie en profita pour se retirer du Pacte de Varsovie, pour éviter de donner une justification à une invasion soviétique. Brejnev durcit le régime de deux façons :
- reprise de la poursuite des dissidents.
- intervention militaire dans le bloc soviétique devant toute réforme selon la théorie de la souveraineté limitée.

Notes et références

Voir aussi

- Charte 77
- Tchécoslovaquie
- Festival de musique du Printemps de Prague ---- Catégorie:Histoire de la Tchécoslovaquie Catégorie:Dissidence tchécoslovaque Catégorie:Guerre froide Catégorie:Histoire militaire russe Catégorie:1968 bg:Пражка пролет ca:Primavera de Praga cs:Pražské jaro 1968 da:Foråret i Prag de:Prager Frühling el:Άνοιξη της Πράγας en:Prague Spring eo:Praga printempo 1968 es:Primavera de Praga et:Praha kevad fa:بهار پراگ fi:Prahan kevät he:האביב של פראג hr:Praško proljeće is:Vorið í Prag it:Primavera di Praga ja:プラハの春 lt:Prahos pavasaris lv:Prāgas pavasaris nl:Praagse Lente nn:Prahavåren no:Prahavåren pl:Praska wiosna pt:Primavera de Praga ro:Primăvara de la Praga ru:Пражская весна (1968) sk:Pražská jar sr:Прашко пролеће sv:Pragvåren tr:Prag Baharı zh:布拉格之春
Sujets connexes
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