Gabriel Tarde

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Gabriel Tarde Jean-Gabriel de Tarde, né à Sarlat en 1843 et mort à Paris en 1904, est l'un des premiers penseurs français à s'essayer à la criminologie moderne, sociologue, auteur de fictions et, dans un sens large, philosophe. Il eu trois fils : Alfred de Tarde (1880-1925), Paul de Tarde (1878-1948) et Guillaume de Tarde (1885-?) qui poursuivirent un moment son œuvre.
Gabriel Tarde

Gabriel Tarde Jean-Gabriel de Tarde, né à Sarlat en 1843 et mort à Paris en 1904, est l'un des premiers penseurs français à s'essayer à la criminologie moderne, sociologue, auteur de fictions et, dans un sens large, philosophe. Il eu trois fils : Alfred de Tarde (1880-1925), Paul de Tarde (1878-1948) et Guillaume de Tarde (1885-?) qui poursuivirent un moment son œuvre.

Biographie

Il fut professeur au Collège de France, titulaire de la chaire de philosophie moderne. Considéré comme un grand penseur par ses contemporains, il fut un adversaire d'Émile Durkheim, ce qui lui valut d'être quasiment oublié en France après la Première Guerre mondiale, période durant laquelle le durkheimisme dominait les institutions. Ce n'est que chez certains penseurs américains, qui le considéraient comme un fondateur de la psychologie sociale, que sa pensée se perpétua. En effet, tandis que Durkheim proposait les Règles de la méthode sociologique(1896), qu'il tentait de circonscrire un objet neuf - le "fait social" - encore jamais étudié en tant que tel et indépendamment de décisions individuelles, et qu'il réclamait qu'on accorde à la sociologie le statut de science à part entière, Tarde choisit de développer une théorie des sociétés basée sur des critères essentiellement individuels; il choisit donc d'expliquer le social par l'individu, et lie ainsi sa lecture du social avec une certaine métaphysique, ouvre l'étude de la société à la recherche des principes premiers de l'homme, trace une voie qui conduirait du social à l'être en tant qu'être. Là où Durkheim affirme que le social échappe à l'individu, Tarde tente donc de montrer que le social n'est autre chose que l'expression de forces individuelles, de forces psychologiques, qui se partagent entre Croyance et Désir, forces développées, comme catalysées, par l'Imitation et l'Invention, qui sont alors les deux grands mouvements inter-psychologiques - "relations inter-mentales", pour reprendre les termes de Tarde. De nos jours, son œuvre, redécouverte essentiellement en France par Gilles Deleuze, connaît un regain d'intérêt croissant. La plupart de ses ouvrages sont en réédition. Mais opposer Tarde à Durkheim n'est qu'un raccourci, certes commode, mais qui, sans être inexact, est trop rapide: à bien y regarder, l'essentiel de l'effort de Tarde s'est dirigé vers des problèmes, non de théorie sociologique, mais de criminologie, de droit, de politique. Il s'est ainsi, très tôt et avec vigueur, opposé aux théories de Cesare Lombroso d'une origine biologique de la criminalité: pour Tarde, l'origine du crime est avant tout sociale.

Théorie sociologique

Tarde propose deux notions pour expliquer les mouvements sociaux : l’imitation et l’invention. Chacun imite ce qu’il admire, ce qu’il juge bon et capable de lui servir de modèle, mais agence, de manière originale, par leur mélange, les imitations choisies à plusieurs sources. Ainsi l’Histoire se présente comme une succession de flux imitatifs différents, une succession de modèles aptes à susciter une imitation par un grand nombre d’individus. Pourquoi l’imitation ? Parce que Tarde conçoit les individus comme un grand ensemble de reflets (il reprend l'idée des monades de Leibniz), c'est-à-dire que chacun voit ses semblables et en eux se retrouve lui-même. C’est un jeu de miroir qui est au cœur de la vie en société, dans le sens où chaque fois on est juge et jugé, face aux autres et les autres face à nous, de sorte que naturellement on en vient à faire comme l’autre, pour que lui se reconnaisse en vous et inversement, vous en lui, pour que cette vie en société, en somme, soit cohérente et possible, partage de points communs et non opposition de dissemblances – relation où même la tendance à l’opposition devient point commun : « Deux choses opposées, inverses, contraires, ont pour caractère propre de présenter une différence qui consiste dans leur similitude même, ou, si l'on aime mieux, de présenter une ressemblance qui consiste à différer le plus possible » (L’opposition universelle : essai d'une théorie des contraires, 1897). A la base de l’imitation et de l’invention, qui sont des actes, des processus, Tarde place la croyance et le désir, qui sont des caractères psychologiques individuels : « La croyance et le désir : voilà donc la substance et la force, voilà aussi les deux quantités psychologiques que l'analyse retrouve au fond de toutes les qualités sensationnelles avec lesquelles elles se combinent ; et lorsque l'invention, puis l'imitation, s'en emparent pour les organiser et les employer, ce sont là, pareillement, les vraies quantités sociales » (in Les lois de l'imitation (1890)). Tarde dit encore, dans Essais et mélanges sociologiques: « Ma pensée à cet égard se résume dans le double énoncé suivant, qu'il serait trop long de développer : 1• Au fond des phénomènes internes, quels qu'ils soient, l'analyse poussée à bout ne découvre jamais que trois termes irréductibles, la croyance, le désir, et leur point d'application, le sentir pur, - extrait, par abstraction et hypothèse, de l'amas de propositions et de volitions où il se trouve engagé. 2• Les deux premiers termes sont les formes ou forces innées et constitutives du sujet, les moules où il reçoit les matériaux bruts de la sensation. Ce sont les deux seules catégories auxquelles on n'ait pas songé, probablement parce qu'elles sautaient aux yeux, et les deux seules qui, je crois, méritent ce nom ». On voit ici qu’il n’y a pas de contradiction entre présenter les mouvements globaux de la société et placer à la base d’une réflexion sur celle-ci, un individualisme radical. C’est que la sociologie de Tarde est une microsociologie, en ce sens qu’elle repose sur des mécanismes psychologiques individuels, et laisse donc à l’individu toute son importance. Par croyance Tarde entend désigner le crédit qu’un individu peut porter à un ensemble de représentations, à une personne qui les véhicule, à un système de valeur particulier. C’est la croyance qui permet l’imitation ; et c’est le désir qui permet l’invention, puisque par désir il s’agit d’indiquer le réinvestissement des différentes croyances qui se confrontent, en un mouvement perpétuel, la croyance nourrissant le désir, qui lui-même la nourrit. Selon Tarde, l'imitation opère selon deux lois fondamentales : d’abord, croyance et désir sont des spécificités psychologiques individuelles, c'est-à-dire que leur propagation, à travers l’imitation, se fait de l’intérieur vers l’extérieur, de la pensée aux actes ; ensuite, le mouvement se fait des élites vers le peuple, d’individus supposés en haut de la hiérarchie sociale (savants, artistes, éminences spécialistes), vers le bas de la société, classes supposées inférieures (ouvriers, individus non qualifiés). Tarde compare ce processus à une « sorte de château d'eau social d'où la cascade continue de l'imitation doit descendre ». Et si l’élite d’une société, au sommet du « château d’eau », ne propose plus de nouveauté et reste sur ses anciennes « inventions », entendues au sens de Tarde, devenues croyances, traditions pour les « imitants » des classes populaires, alors « on peut dire que sa grande œuvre est faite et son déclin avancé » . « Le lien social a donc trois composantes selon Tarde : l'imitation, l'opposition et l'adaptation » , ainsi que le résume Denis Touret. Il s’agit de dire ici que le processus imitation - invention est un processus problématique : les flux imitatifs sont contradictoires, et leur accord, qui correspond à une relative stabilité de la société, ne se fait pas sans qu’il y ait lutte, résistance des modèles anciens aux modèles nouveaux. Mais il y a adaptation : de la lutte entre flux imitatifs différents, il ne résulte pas de victoire radicale de l’un sur l’autre, mais un compromis, un mélange, qui est lui, pleinement nouveau – jusqu’à ce qu’un nouveau modèle vienne le concurrencer…

Les lois de l'imitation

Tarde fait de l’imitation le fondement du lien social et celle-ci couvre tous les aspects de la vie sociale (religieux, politiques, droits, industries, langue, etc.). Il y a d’abord des innovations ou des découvertes, qui peuvent n'être qu’un perfectionnement si faible soit-il. Ces « initiatives rénovatrices » se propagent ensuite par imitation et répétition, s’étendent du milieu social vers un autre, d’un village à un autre, d’un pays à un autre, etc. Les civilisations conquérantes imitent ainsi les civilisations conquises et vice-versa. Les imitations ne sont pas toujours des copies exactes, mais peuvent être des similitudes (ce qui revient, pour Tarde, à des imitations) ; chaque copie est un modèle pour la copie suivante. L’imitation se propage ainsi par ondulation sur la société, à condition de ne pas rencontrer d’obstacles, telle une roche qui produit des ondulations une fois jetée dans l’eau. Celles-ci s’étendent avec plus de facilité à mesure que se développent les techniques de communication et de transport. L’imitation forme pour Tarde un cycle, où elle fait d’abord face à une résistance avant qu’il y ait adaptation. Lorsqu’une civilisation en imite une autre, la résistance sera plus grande et l’imitation subira de plus grandes transformations. Dans sa théorie, Tarde laisse peu de place à l’autonomie. Chaque découverte ou métier provient d’une analogie avec une découverte précédente qui en copie un principe commun. Par exemple, à partir d’un premier échange de biens, d’autres échanges ont pu avoir lieu jusqu’au développement de l’économie moderne.

Foule, public et corporation

Foule

Pour Tarde la foule est un phénomène passionnel, instinctif et dangereux car incontrôlable. Les comportements des menés tendent vers l'uniformité et l'unanimité par phénomène d'imitation affective. C'est Gustave Le Bon (1841-1931), avec qui Tarde a fréquemment correspondu, qui s'attachera à l'étude de ces "groupes de l'instant" que constituent les foules et à leur psychologie collective particulière qui ne les rend pas seulement potentiellement "criminelles" comme le pensait Tarde, mais aussi capables d'amour, de sacrifice, d'héroïsme. Dans Psychologie des foules, paru en 1895, il recense différentes sortes de foules et analyse les diverses logiques qui s'y trouvent en œuvre (cf Catherine Rouvier, Les idées politiques de Gustave le Bon, PUF collection politique d'aujourd'hui, 1986). À la page 9 de Psychologie des foules Gustave Le Bon écrit : "des milliers d'individus séparés peuvent à un moment donné, sous l'influence de certaines émotions violentes , un grand événement national par exemple, acquérir les caractères d'une foule psychologique". On a là une anticipation de la notion de "public" qui naîtra avec le développement du cinéma, tout juste découvert au moment ou Le Bon écrit ces lignes, puis de la radio et de la télévision, notion développée aujourd'hui par Dominique Wolton (Revue Hermes) ou Régis Debray (cours de "médiologie"). Gabriel Tarde avait également pressenti le phénomène dans un article "La psychologie du jury" paru dans l'Opinion en 1898, p 498-500 et dans L'opinion et la foule, paru en 1902.

Public

Corporation

C'est une foule durable, organisée, hiérarchisée et régulière. Par exemple: l'Église, l'État, ...

Œuvres

- La Criminalité comparée (1890)
- La Philosophie pénale (1890)
- Les Lois de l'imitation (1890)
- Les Transformations du droit. Étude sociologique (1891)
- Monadologie et sociologie (1893)
- La Logique sociale (1895)
- Fragment d'histoire future (1896)
- L’Opposition universelle. Essai d’une théorie des contraires. (1897)
- Écrits de psychologie sociale (1898)
- Les Lois sociales. Esquisse d’une sociologie (1898)
- Psychologie économique, Paris, Félix Alcan (1902)
- L'Opinion et la foule (1901)(réédité en 2006)

Bibliographie

-Jean Milet, Gabriel Tarde et la philosophie de l’Histoire, 1970
-Pietro Semeraro, Il sistema penale di Gabriel Tarde, Padova, 1984, ed. Cedam.
-Maurizio Lazzarato, Puissances de l'invention. La psychologie économique de Gabriel Tarde contre l'économie politique, 2002
- Eric Letonturier, "Gabriel Tarde, sociologue de la communication et des réseaux", Cahiers internationnaux de sociologie, vol. CVIII, 2000, p. 79-2002.

Le prix Gabriel Tarde

Depuis 1972, le prix Gabriel Tarde récompense, tous les deux ans, le meilleur travail en français de recherche en criminologie. Il est décerné par un jury international indépendant, réuni sous l'égide de l'Association française de criminologie. Il a déjà récompensé Pierre Lascoumes, Arlette Farge et Sébastian Roché. Le prix Gabriel Tarde 2007 a été décerné à François Bonnet. ==
Sujets connexes
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