Corroboration

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Le concept de corroboration fut introduit par le philosophe des sciences et de la connaissance autrichien, Karl Popper, en 1934, dans La logique de la découverte scientifique ( Logik der forschung).
Corroboration

Le concept de corroboration fut introduit par le philosophe des sciences et de la connaissance autrichien, Karl Popper, en 1934, dans La logique de la découverte scientifique ( Logik der forschung).

Définition

Ce mot fut introduit par Popper, afin de disposer d'un terme neutre permettant d'« exprimer le degré auquel une hypothèse a résisté à des tests sévères et a ainsi fait ses preuves ».Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. Éditions Payot, 1973, Chapitre : La corroboration ou : comment une théorie résiste à l'épreuve des tests. Pages 256 et suivantes.. Dans La logique de la découverte scientifique, Karl Popper stipule qu’une théorie est corroborée aussi longtemps qu’elle passe les tests avec succès. « L’évaluation qui affirme la corroboration (l’évaluation corroborante) établit certaines relations fondamentales, à savoir celles de compatibilité et d’incompatibilité. Nous interprétons l’incompatibilité comme une falsification de la théorie ».op. cit. page 271.

Génèse du concept

Ce concept provient d'une réflexion de Popper contre de qu'il appelle la logique inductive, qui se serait, selon lui, « développée comme une logique susceptible d'attribuer aux énoncés non seulement les deux valeurs « vérité » et « fausseté » mais encore des degrés de probabilités »Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. Edition Payot, Paris, 1973. Chapitre 10. La corroboration ou : comment une théorie résiste à l'épreuve des tests. Page 256.. Ce que Popper reproche à la logique inductive, c'est de proposer que les énoncés scientifiques pourraient être considérés comme tels, à la suite d'une évaluation inductive laquelle permettrait d'en vérifier de manière décisive, soit la vérité, soit la fausseté, soit encore un certain de degré de probabilité mathématique. Or, Popper affirme qu'il est logiquement impossible, non seulement de vérifier de manière certaine les énoncés généraux de la scienceKarl Popper. La logique de la découverte scientifique. Edition Payot, Paris, 1973. Chapitre 10. La corroboration ou : comment une théorie résiste à l'épreuve des tests. Page 256., également de les réfuter de manière décisive, sachant que des stratagèmes ad hoc peuvent toujours, selon lui, les sauver d'une réfutationKarl Popper. Le réalisme et la science. Edition Hermann, Paris, 1983. Page 3 à 11, et aussi de les accepter sur la base d'une probabilité mathématique, laquelle, écrit Popper, est toujours égale à zéro face à l'infinité des cas non encore observés. Popper en vient donc à proposer que « au lieu de débattre de la probabilité d'une hypothèse nous devrions essayer d'évaluer les tests, les épreuves, qu'elle a passés, c'est-à-dire que nous devrions essayer d'évaluer jusqu'à quel point elle a pu prouver son aptitude à survivre en résistant aux tests. Bref, nous devrions essayer d'estimer jusqu'à quel point elle a été corroborée »Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. Edition Payot, Paris, 1973. Chapitre 10. La corroboration ou : comment une théorie résiste à l'épreuve des tests. Page 256..

Degré de corroboration et degré de falsifiabilité

Il en résulte que le degré de corroboration d’une théorie scientifique, qui ne peut être établi par un simple dénombrement des cas corroborant la théorie, concerne donc principalement « la sévérité des tests auxquels elle peut être, et a été, soumise » op. cit. page 272.. Popper, précise dans La logique de la découverte scientique et dans Conjectures et réfutations (Cf. Chapitre 10 de ce livre), que le degré de corroboration d'une théorie s'apparente à son « contenu logique » et son « contenu empirique ». Plus ce degré est élevé, et plus la théorie a subi de tests avec succès. Par conséquent, avec l'accroissement du degré de corroboration, s'accroît également la sous-classe des énoncés interdits par la théorie, les « falsificateurs virtuels » qui peuvent potentiellement la mettre en échec, puisque, en intégrant plus de contenu à la suite de corroborations successives, la théorie devient plus précise. Donc, plus une théorie est corroborée, plus elle est, pour Popper, potentiellement falsifiable. Et cette précision accrue implique a contrario, une information accrue sur ce que la théorie interdit. Ce sont donc, pour Popper, les falsificateurs virtuels qui renseignent sur le contenu empirique de la théorie, les énoncés permis, eux, parce qu'ils sont déjà lus à la lumière de ce que peut potentiellement dire la théorie, ne donnent aucune information nouvelle et ne peuvent donc la mettre en échecop. cit. pages 112 à 135.. Avec l'accroissement du degré de corroboration d'une théorie, s'accroît donc aussi son degré de falsifiabilité et aussi son improbabilité logique. Plus une théorie est corroborée, plus est elle précise, donc réfutable, et donc aussi « improbable ». :« (...) Or, comme une faible probabilité équivaut à une probabilité de réfutation élevée, il en découle que l'obtention d'une degré élevé de réfutation, d'invalidation potentielles ou d'assujettissement potentiel aux tests constitue l'un des objectifs de la science ; cet objectif n'est d'ailleurs rien d'autre, en réalité, que la recherche d'un contenu informatif élevé ».Karl Popper. Conjectures et réfutations. Éditions Payot. Paris, 1985. Chapitre 10 : Vérité, rationalité et progrès de la connaissance scientifique. Page 325. Donc, selon Popper, lorsqu'une théorie est scientifiquement corroborée par le biais de sa mise à l'épreuve réussie face à un élément inédit qui aurait pu la mettre en échec, elle englobe, logiquement, tout le savoir acquis grâce à la formulation précédente de la théorie, c'est-à-dire sa formulation avant des tests inédits. La théorie qui vient d'être corroborée, dit logiquement plus de choses sur le monde que l'ancienne théorie, grâce au cumul d'informations qu'elle contient par rapport à la précédente. Mais, en conséquence, selon Popper, elle devient inversement plus falsifiable, (son « degré de falsifiabilité »Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. Edition Payot, 1973, Chapitre : Les degrés de falsifiabilité. Pages 113 et suivantes. s'accroît). :« (...) L'on pourrait dire, (...) que si la classe des falsificateurs virtuels d'une théorie est « plus grande » que celle d'une autre, la première théorie aura plus d'occasions d'être réfutée par l'expérience ; si on la compare de cette manière à la seconde théorie, l'on pourra dire que la première est "falsifiable à un degré plus élevé". Cela signifie également qu'elle nous dit plus à propos du monde de l'expérience car elle exclut une plus grande classe d'énoncés de base. (...). On peut donc dire que la quantité d'informations empirique communiquée par une théorie, c'est-à-dire son contenu empirique, s'accroît avec son degré de falsifiabilité. »Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. Edition Payot, 1973, Chapitre : Les degrés de falsifiabilité. Pages 112 - 113.

Intérêt du concept

Corroboration, confirmation, validation, et vérification,

L'intérêt de ce terme est de permettre, en outre, la distinction, cruciale pour Popper, avec la vérification (au sens de la vérité certaine), la confirmation, et la validation des théories.

Corroboraton et confirmation

En ce qui concerne la confirmation des théories générales de la science, par rapport à leur corroboration, Popper écrit que ces « théories peuvent être plus ou moins bien confirmées, ce qui veut dire qu’elles peuvent concorder plus ou moins bien avec des énoncés de base acceptés ».Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. Éditions Payot. Paris, 1973. Chapitre 10 : la corroboration ou : comment une théorie résiste à l’épreuve des tests. Section 80 : la probabilité d’une hypothèse et la probabilité d’événements : critique de logique de la probabilité. Page 267.. Cela implique que la corroboration porte, non sur les énoncés de base acceptés avec lesquels la théorie concorde, ou ne peut être logiquement contredite, mais sur les « falsificateurs virtuels », c’est-à-dire, lorsqu’ils sont acceptés par la communauté scientifique, les énoncés singuliers de base, qui peuvent mettre en échec la théorie si ils sont confirmés par le biais d’une « hypothèse falsifiante »op. cit. pages 256 à 282.. Par conséquent, pour Popper, une théorie qui vient d'être corroborée à la suite d'une série de tests, n'est pas équivalente à une théorie dont on se contente de déduire les faits qui ne sont lus qu'à la lumière de ce qu'elle énonce. Par exemple, l'observation d'autres cygnes blancs ne fait que confirmer la théorie, tous les cygnes sont blancs, mais ne la corrobore pas. Par contre, la corroboration, c'est-à-dire échec reconnu par la communauté scientifique, d'une tentative de réfutation (ou de falsification empirique) d'une théorie, dépend pour Popper, du fait qu'un des falsificateurs virtuels de la théorie, n'a pu être confirmé par le biais d'une « hypothèse falsifiante ». Par exemple, si l'observation d'un cygne noir est confirmée, cela réfute la théorie, tous les cygnes sont blancs, et si elle est infirmée, la théorie est corroborée. Popper rappelle que Rudolf Carnap avait assimilé « degré de corroboration » avec « degré de confirmation » et que c’était une erreur, parce que, écrit Popper, Carnap utilisa « degré de confirmation » comme synonyme de « probabilité » Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. Edition Payot, Paris, 1973. Chapitre 10. La corroboration ou : comment une théorie résiste à l'épreuve des tests. Page 257.

Corroboration et validation

Le terme de validation d’un énoncé, s’emploie traditionnellement dans le domaine de la logique formelle. Par conséquent, ce concept ne concerne pas directement l’évaluation d’un énoncé par rapport aux faits, contrairement à la corroboration, mais seulement l’étude de sa structure logique.

Corroboration et vérification

Popper insiste surtout sur la différence nette entre corroboration et vérificationop. cit. page 258.. En effet, les théories scientifiques, ayant selon lui, toutes, la forme logique d'énoncés universels au sens strict, elles demeurent donc logiquement impossibles à vérifier avec certitude, et inversement falsifiables, et, dans la plupart des cas, empiriquement falsifiables (Popper fait une différence très importante entre falsifiabilité logique et empirique, arguant du fait que son critère de démarcation entre la science et la métaphysique doit d'abord se comprendre comme un critère logique de démarcation). Pour Popper, si l'on ne peut donc vérifier de manière certaine les théories générales de la science en en dénombrant les d'énoncés singuliers y apportant une confirmation inductive, ou même si l'on ne peut leur accorder foi sur la base d'un certain degré de probabilité (Popper souligne que face à l'infinité des cas non encore observé, même un fort degré de probabilité est égal à zéro), on peut par contre les corroborer en leur faisant subir une série de tests successifs et dépendants les uns des autres, lesquels ont pour but de réfuter les théories en les soumettant chaque fois à l’épreuve d’éléments inédits. Dans le processus d’une corroboration, il est important de percevoir, (pour Karl Popper) que « jamais encore on n’a dû considérer qu’une théorie était falsifiée à cause de la défaillance soudaine d’une loi bien confirmée. Jamais il n’arrive que de vieilles expériences donnent de nouveaux résultats. Il arrive seulement que de nouvelles expériences décident à l’encontre d’une ancienne théorie. L’ancienne théorie, même évincée, conserve souvent sa validité comme une sorte de cas limite de la nouvelle théorie ; elle est encore applicable, du moins à un haut degré d’approximation, aux cas où elle l’était avec succès auparavant ».op. cit. page 257. Dans la logique de la science que propose Popper, l'usage du concept de corroboration permet d'éviter l'usage quelque peu problématique, selon lui, des concepts « vrai » et « faux », lequel peut donc être remplacé par des considérations logiques concernant les relations de déductibilité entre les énoncésKarl Popper. La logique de la découverte scientifique. Edition Payot, Paris, 1973. Chapitre 10. Section 84, page 279. Pour Popper, les concepts de vrai et faux, ne sont pas des concepts empiriques, mais des concepts logiques, comme « tautologie », « contradiction », « conjonction » ou « implication ». « Ils décrivent ou évaluent un énoncé sans tenir compte d'aucun changement empirique »Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. Edition Payot, Paris, 1973. Chapitre 10. Section 84, page 280. Le problème que souhaite mettre en évidence Popper, est que, dans l'absolu, les termes vrai et faux sont utilisés selon leur valeur intemporelle admise et qu'ils sont peu adaptés pour s'accorder aux changements des propriétés des objets physiques. Popper explique en effet, qu'il n'est pas habituel de dire d'un énoncé qu'il était parfaitement vrai hier mais qu'il est devenu faux aujourd'huiKarl Popper. La logique de la découverte scientifique. Edition Payot, Paris, 1973. Chapitre 10. Section 84, page 281. Donc, pour Popper, la différence fondamentale entre vérité et corroboration apparaît clairement : un énoncé est corroboré ou non, selon une évaluation intemporelle, relative à « la mise en évidence d'une relation logique déterminée entre un système théorique et un certain système d'énoncés de base acceptés »Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. Edition Payot, Paris, 1973. Chapitre 10. Section 84, page 281.

Corroboration et probabilité

Popper interroge également les rapports possibles entre probabilité empirique d’une hypothèse et la corroboration. Il précise que si l’on acceptait la suggestion selon laquelle une hypothèse elle-même est une « séquence d’énoncés », aucun moyen d’évaluation ne pourrait éviter d’en arriver à un résultat correspondant toujours à zéro de probabilité.op. cit. page 262. Popper conteste donc formellement le fait que les hypothèses puissent être des séquences d’énoncés.op. cit. page 263.. Il souligne encore que les hypothèses relatives à des probabilités ne sont ni vérifiables, ni réfutables. « Elles ne sont pas vérifiables parce qu’elles sont des énoncés universels et elles ne sont pas falsifiables au sens strict parce qu’aucun énoncé de base ne peut jamais être en contradiction logique avec elles » op. cit. page 266.. Par conséquent ce type d’hypothèse ne peut faire l’objet d’aucune corroboration scientifique. Toutefois, comme pour Popper, la corroboration ne peut s’expliquer qu’en termes d’évaluation, il n’y aurait, à cet égard seulement, pas de différence entre corroboration et probabilité.op. cit. page 271..

Notes de référence

Bibliographie

-Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. Éditions Payot. Paris, 1973.
-Karl Popper. Conjectures et réfutations. Éditions Payot. Paris, 1983.
-Karl Popper. Les deux problèmes fondamentaux de la théorie de la connaissance. Éditions Hermann. Paris, 1999. Catégorie:Concept philosophique
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