Santour

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Le santour est un instrument de musique appartenant à la famille des cithares sur table. Il s'agit d'un instrument de percussion mélodique à cordes frappées, tout comme le cymbalum ou le piano apparus plus tard, dont il est à l'origine. On en joue en effet à l'aide de deux petits marteaux (mezrab) placés entre les doigts. Son nom signifie "cent cordes". Sans doute très ancien (peut-être assyrien), les premières traces écrites ou visuelles ne datent que du . Il
Santour

Le santour est un instrument de musique appartenant à la famille des cithares sur table. Il s'agit d'un instrument de percussion mélodique à cordes frappées, tout comme le cymbalum ou le piano apparus plus tard, dont il est à l'origine. On en joue en effet à l'aide de deux petits marteaux (mezrab) placés entre les doigts. Son nom signifie "cent cordes". Sans doute très ancien (peut-être assyrien), les premières traces écrites ou visuelles ne datent que du . Il ne faut pas le confondre avec le qanun, qui se joue avec les doigts munis d'onglets en pinçant les cordes. Étant donné le grand nombre de cordes mises en oeuvre, le santour est un instrument à l'abord redoutable : il suffit d'essayer d'accorder 12 guitares ou 18 violons pour comprendre ce sacerdoce. 72 ou 100 cordes à accorder (en choeurs de trois ou quatre) quotidiennement n'est pas une mince affaire quand il n'y a pas une structure en acier (comme pour le piano) pour la maintenir en place, mais une simple lutherie entièrement en bois nobles, mises à part les cordes et les chevilles. Cette légèreté lui a permis de faire partie des instruments migrateurs, adoptés tant par les musiciens itinérants (qui le portent en bandoulière) que par les musiciens savants (qui le jouent assis). La particularité de pouvoir jouer plusieurs cordes en même temps et successivement en "accord ouvert" offre une richesse de résonances et d'harmoniques extraordinaire. Comme rien n'arrête la vibration de la corde, elle a un sustain, une tenue très longue, et il se produit alors une forme d'harmonie non pas groupée en un accord simultané, plaqué, mais groupée de manière successive, ce qui rend le jeu difficile. Les choeurs de trois ou quatre cordes accordées à l'unisson permettent aussi une amplification du son par sympathie et vibration réciproque. Toutes ces particularités acoustiques font que c'est un instrument très efficace pour la musique modale, mais très limité pour la musique harmonique, qui se joue avec des accords (de trois notes simultanées au moins). L'effet est toutefois saisissant puisqu'on a l'impression d'entendre plusieurs instruments en même temps quand on en joue, étant donné que la rapidité des notes données toutes faites (comme au piano) et ne nécessitant pas une préparation par un placement des doigts (comme au luth). Il existe cinq types de santour :

Le santûr d'Iran

Lutherie

Santûr Le plus ancien et le plus petit de la famille. Très sobre esthétiquement et très brillant pour la sonorité. Il a 72 cordes, disposées à l'aide de 18 chevalets sur une table d'harmonie trapézoïdale (90cm x 38cm x 5cm) formant un angle à 45°. La structure de la caisse de résonance et les chevalets (dont les sillets sont en métal) sont en bois dur (noyer, chêne) alors que la table d'harmonie est en bois plus tendre (hêtre, acajou, noyer). Étant donné l'énorme pression des cordes sur la table, il faut toutefois une certaine épaisseur ainsi que des âmes réparties en des endroits clés assurant à la fois solidité et résonance. Tout est collé, il n'y a aucun clou ou vis. Deux petites ouïes, en forme de fleurs ou rosaces, permettent une meilleure circulation de la celle-ci. Elles sont complétées par une ouverture au milieu de l'éclisse arrière, assurant un plus grand volume sonore et permettant le réglage des âmes. Les cordes graves sont en bronze et les aigus en fer ou en acier (plus résistant mais moins brillant). Les chevilles, placée sur le côté droit, sont coniques et lisses, bien qu'on ait utilisé longtemps des filetées. Une clé d'accord est utilisée pour les serrer. Grâce à l'angulation retenue pour la caisse de résonance (45°), les cordes sont toutes du même calibre, puisque celles réservées aux basses auront naturellement une longueur supérieure à celles dévolues aux aigus. Les baguettes ou marteaux (mezrab) ont 20 cm de long, avec un bout recourbé (comme un patin) parfois agrémenté de feutre, et l'autre avec une encoche ou un anneau facilitant la préhension. Ils sont très légers, très fins et très résistants grâce aux bois durs employés (buis, nêflier). Alors que traditionnellement ils étaient droits, ils sont très souvent courbes aujourd'hui. Si l'instrument est resté si petit et si sobre, c'est qu'il devait littéralement circuler sous le manteau, la musique n'étant pas très bien perçue dans le monde musulman en général, chiite en particulier, mise à part la cantillation du Coran. Il fut ainsi réservé à la méditation intimiste.

Jeu

Il existe deux grandes écoles de jeu pour la tenue des mezrabs : les anciens en jouent avec les poignets et très loin du santur mais les modernes se servent plus de leurs doigts et jouent très près. De temps en temps aussi, ils étouffent le son de l'instrument avec la main ou avec un morceau de soie. L'accord est diatonique avec des quarts de tons selon les modes persans, les dastgâhs. Il a un registre de 3 octaves et demi disposées en trois sections parallèles grâce à un artifice acoustique : la même série de neuf chevalets (en forme de pions d'échiquier) médiants est utilisée pour le médium et l'aigu en frappant successivement à droite puis à gauche, alors que la série de neuf à droite de l'instrument, réservée aux basses, ne se percute qu'à gauche. Les deux premiers chevalets servant en outre de pédale de basse et d'autre part de note modulable. Cette disposition est astucieuse également pour le jeu : en effet, le musicien ne pourrait pas s'y retrouver devant tant de cordes. Avoir deux séries séparées de chevalets offre une différence de hauteur de corde par rapport à la table d'harmonie : elles se croisent en son milieu et remontent chacune de leur côté, offrant ainsi un dénivelé visuel. Celui-ci est aussi augmenté par le fait que les chevalets sont disposés en quinconce, si bien qu'on a toujours un choeur de cordes en haut puis un en bas, etc. Pour changer de mode, il faut bien sûr réaccorder l'instrument, mais cela peut être effectué rapidement de manière temporaire en s'arrêtant de jouer et en déplaçant à gauche ou à droite, les chevalets amovibles (les tentatives d'user de chevalets à roulettes n'ont guère convaincu). On en joue toujours assis (ou à genoux), parterre ou sur une chaise, l'instrument reposant soit sur les genoux soit devant le musicien (santouriste), sur une table ou un tapis... Le jeu est très virtuose (par ex. chaharmezrab) et demande une dissociation mentale afin de pouvoir jouer d'une main un rythme et de l'autre une mélodie, tout en donnant aussi les accents du rythme, un peu à la manière du piano et autres instruments à deux voix. Le santûr se prête à l'exécution du radif, corpus écrit de musique savante persane, mais aussi des pièces populaires. Il peut se jouer seul, en duo, en ensemble ou accompagné d'une percussion (tombak ou daf) ou d'un orchestre. L'usage de partitions s'est répandu depuis son enseignement en conservatoire. Ses principaux joueurs contemporains sont Faramaz Pâyvar, Madjid Kiani et Parviz Meshkatiân.

Le santoor d'Inde

Lutherie

Santoor Possiblement aussi ancien dans le Sud mais disparu. Réapparu tardivement dans le Nord (Cachemire), certainement sous l'influence perse. Il a 100 cordes et 30 chevalets sur une table (80cm x 60cm x 8cm) à l'angle de 60°. La structure et les chevalets (sillets en os) sont en en teck ou noyer avec une table d'harmonie très variable, souvent en contre-plaqué... le tout est collé et cloué. Il n'y a aucune ouïe comme dans tous les instruments indiens, mais il y a bien des âmes parfois remplacées par des barres de soutien (physique plutôt qu'acoustique). On utilise au moins huit calibres différents de cordes hétérogènes (acier, fer, bronze, laiton, filetée), ce qui ne facilite pas la maintenance. Les chevilles sont placées sur le côté droit. Il est plus grand, plus lourd, plus volumineux et plus sonore. Il est également plus décoré soit par des bas reliefs, soit par des ajouts de marqueterie. Tout ceci tient au fait que la musique indienne était une musique de Cour et qu'il fallait jouer devant des rois dans de grands halls. Les mezrabs sont similaires mais avec un poids bien supérieur ce qui provoque deux nouvelles utilisations : le musicien se sert du poids du mezrab à titre de rebond afin de créer des trémolos. De plus, il peut aussi le faire glisser sur les cordes et obtenir un son très feutré. Enfin, les indiens sont accoutumés de se servir aussi de leurs doigts ou mains afin d'étouffer le son ou de faire quelques arpèges, voire même un glissando par pression sur une seule corde.

Jeu

L'accord est diatonique selon les râgas bien que la structure de l'instrument pourrait accueillir une échelle chromatique. Curieusement d'ailleurs, les indiens ne jouent que sur une seule section à la fois, réservant l'autre pour un autre mode diatonique ou râga. Il a un registre de 2 octaves et demi disposées en deux sections parallèles. On ne frappe que d'un même côté du chevalet de telle sorte que le jeu va plutôt vers l'avant que vers la gauche ou la droite. Bien qu'amovibles, on ne bouge jamais les chevalets. On en joue assis parterre, l'instrument posé sur les genoux. Le jeu est moins virtuose que le perse, mais tout autant rapide. Ce n'est que très récemment qu'il a été intégré à la musique classique hindustani, se cantonnant jusques là au folklore du Cachemire. Cette limitation géographique couplée au fait que les musiciens ne se servent que d'une seule partie de l'instrument pour jouer, laisse supposer qu'il s'agit d'une importation par la Route de la Soie, plutôt que d'un instrument autochtone. Il se joue toujours accompagné de percussions (tabla). Il s'apprend par mémorisation. La tradition orale indienne fait fi des partitions. Ses principaux représentants sont actuellement Shivkumar Sharma, Tarun Bhattacharya et Bhajan Saupuri.

Le santûr d'Iraq

Lutherie

Il est très exactement entre l'iranien et l'indien, pour la taille (100cm x 55cm x 9cm et angle à 50°) et la structure générale (23 chevalets amovibles supportants des choeurs de trois ou quatre cordes) avec 80 à 92 cordes offrant 4 octaves. La structure est en noyer, abricotier ou oranger, et la table en hêtre ou contre-plaqué. Les mailloches (madarib ornées parfois de feutre) et les chevalets (appelé "gazelles") sont en chêne. Des ouïes importantes à formes variables sont pratiquées. Les chevilles sont placées sur le côté droit.

Jeu

L'accord est diatonique selon les maqâms. Les chevalets sont organisés comme pour le santur perse, mais au lieu d'avoir deux séries de neuf chevalets, on a une série de sept chevalets à droite auxquels s'ajoute une série de quatre plus bas, encore plus à droite, assurant des basses profondes, que l'on joue uniquement à gauche, et une série de douze à gauche, que l'on joue de part et d'autre. Il se joue toujours en ensemble, posé sur une table, le musicien assis sur une chaise. Il n'est guère répandu, sauf dans le milieu citadin (Bagdad, Mossoul, Kirkuk et la diaspora du Caire) où il est parfois joué par des musiciens de la communauté juive et fait partie des ensembles classiques, et un peu au Kurdistan dans la musique folklorique.

Le santouri de Grèce

Santouri

Lutherie

Le plus récemment apparu (XIXè siècle), il est très différent des autres et beaucoup plus grand (100cm x 70cm x 10 cm et angle à 70°) du fait qu'il est chromatique. Il s'apparente davantage au cymbalum et la disposition des cordes offre six sections de jeu, pour un registre de 3 octaves et demi. Il a environ 115 cordes disposées en choeurs de 2, 3, 4 ou 5 sur cinq séries de chevalets (non amovibles, reliés avec des sillets en métal) reposant sur des barres de soutien creusées pour permettre leurs passages. Les mailloches sont imposantes (25cm), lourdes, toujours entourées d'étoupe à l'extrémité, afin de feutrer le son, et jouées avec les poignets. Les chevilles sont placées à droite, à côté de la table d'harmonie. Là aussi il faut des calibres de cordes différentes pour assurer le rendu correct des harmoniques de l'échelle chromatique.

Jeu

Il se joue soit assis, posé sur une table devant soi ou sur les genoux, soit debout, suspendu au cou du musicien à hauteur de hanches. Sa palette est aussi bien mélodique qu'harmonique ; il se prête autant au solo qu'à l'accompagnement. Avec ou sans partitions, on y joue tout autant le folklore dansant grec, le rébétiko ou la musique ottomane. L'instrument est très certainement arrivé avec les vagues de réfugiés grecs de l'empire ottoman, notamment de Smyrne, où il se jouait dans les cafés. Concentré sur l'île de Lesbos au départ, il s'est répandu de manière confidentielle en subissant autant l'influence musicale roumaine que turque. Certains artistes ont tenté de développer un style de jeu à quatre mailloches... Voici quelques musiciens contemporains : Aristides Moschos, Tasos Diakoyiogis, Nikos Karatasos. Auxquels on ne manquera pas d'ajouter un personnage haut en couleur :"Depuis que j'ai appris à jouer du santouri, je suis devenu un autre homme ." Alexis Zorba

Le santûr de Turquie

Lutherie

Ce n’est qu’à la fin du 19è siècle que le santûr se propage en Turquie. On en recense alors deux types : alafranga et alaturka. Le santûr alafranga avait 160 cordes et 32 notes et était surtout joué par des musiciens juifs ou roms dans des groupes instrumentaux. Très vite les turcs l’adoptent sous le nom de hamaili santûr, et l’adaptent en changeant la place des chevalets et le nombre de cordes (105 et 24 notes). Mais l’insuffisance de ses notes diatoniques le rendant impropre à l’exécution de la musique savante turque, les musiciens le délaissèrent même si certains passionnés composèrent des centaines d’oeuvres pour lui. Le santûr alaturka le remplaça alors, perdant dans l’étendu de son registre, il gagna dans la variété de ses notes. Il était non seulement chromatique, mais en plus capable de rendre des quarts de tons (comme certains pianos orientaux). Toutefois il était encore très loin d’offrir le nombre de notes suffisantes à l’exécution de la musique turque qui divise l’octave non pas en douze, mais en vingt cinq notes minimum.

Jeu

Ces instruments n’ont ainsi jamais gagné le cœur des musiciens citadins, et sont restés dans les campagnes ou avec les minorités. Aujourd’hui, il n’y a que de très rares interprètes qui comme Oktay Özkazanç, continuent à le modifier structurellement, mais achoppent tous devant le même problème du rendu de l’intégralité des notes. Il a ainsi quasiment disparu de Turquie pour des raisons de modulations musicales. En effet, sous la poussée de la musique arabe plus modulante, la musique turque s'est mise en quête d'effets et a donc abandonné un instrument incapable de moduler de manière microtonale, à l'instar du qanûn qui en un clin d'oeil, peut offrir une palette de plusieurs altérations d'une même note, par l'abaissement de petits clapets, ce qui ne gène guère l'exécution puisqu'il se joue avec les doigts et non des baguettes.

Instruments apparentés

- chang (Ouzbékistan)
- cymbalum (Hongrie, Tchéquie, Slovaquie, Roumanie, Biélorussie, Ukraine)
- hammered dulcimer (Irlande, Royaume Uni, Etat-Unis)
- hackbrett (Suisse, Autriche, Allemagne)
- jooch'in (Mongolie)
- khim (Thaïlande)
- salterio (Italie)
- tam tapalok (Viet-Nâm)
- tympanon ou psaltérion (France)
- yanggum (Corée)
- yangqin (Chine)

Références et Liens

- Nikos Kazantzakis, Alexis Zorba, Paris, Plon, 1963
- Jean During, La musique iranienne : Tradition et évolution, A.D.P.F., Paris, 1984.
- Schéhérazade Qassim Hassan, Les instruments de musique en Iraq, EHESS, Paris, 1980.
- (en) David Kettlewell, The Dulcimer, PhD thesis. History and playing traditions around the world (1976) http://dulcimer.new-renaissance.com
- (en) http://www.nonsuchdulcimer.org.uk/articles/santouri.htm
- (de) Tobias NORLIND, Systematik der Saiteninstrumente, dl. 1, Stockholm, 1963.
- (tk) http://www.turksanturu.com/indexeng.htm Catégorie:Instrument à cordes Catégorie:Instrument à cordes frappées de:Santur en:Santoor en:Santur hi:संतूर kn:ಸಂತೂರ್ nl:Santoor pt:Santur
Sujets connexes
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