Seconde mutation consonantique

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On nomme seconde mutation consonantique un ensemble de modifications phonétiques qui ont touché les consonnes du vieux haut allemand. Elle intervient après les modifications décrites par les lois de Grimm (qui est aussi le « découvreur » de cette seconde mutation) et de Verner, ensemble de modifications qu'on regroupe sous le nom de première mutation consonantique. On la situe entre le et le . Elle a touché tout le lexique d'alors, mots hérités comme mots d'emp
Seconde mutation consonantique

On nomme seconde mutation consonantique un ensemble de modifications phonétiques qui ont touché les consonnes du vieux haut allemand. Elle intervient après les modifications décrites par les lois de Grimm (qui est aussi le « découvreur » de cette seconde mutation) et de Verner, ensemble de modifications qu'on regroupe sous le nom de première mutation consonantique. On la situe entre le et le . Elle a touché tout le lexique d'alors, mots hérités comme mots d'emprunt. L'étude de ces modifications est essentielle à la compréhension des spécificités phonétiques de l'allemand face aux autres langues germaniques.

Mécanismes généraux

Sont concernées les consonnes issues de la première mutation consonantique. La principale modification consiste en une affrication des occlusives, qui peut aller à la spirantisation : celles-ci deviennent des affriquées, c'est-à-dire des occlusives terminées comme une fricative, ou bien des fricatives pures. On distingue les évolutions selon que les consonnes sont sourdes, sonores, simples ou géminées et selon leur position (à l'initiale ou après consonne liquide, entre voyelles, en finale). Les sonores suivent des traitements différents selon les dialectes.

Tableau synoptique des évolutions

Notes

- Les phonèmes restitués du proto-germanique sont indiqués par un astérisque. Les symboles utilisés respectent les usages de l'alphabet phonétique international. La transcription des germanistes, cependant, écrit différemment :
- /pf/ peut être écrit, à la manière des manuscrits, ph ;
- /s/ issu de la mutation peut être rendu par ȥ (ou encore ʓ), signe purement philologique à ne pas confondre avec z (mais d'emploi différent du s simple) ;
- /ts/ l'est par z, signe médiéval dont l'usage était le même en ancien français ;
- /θ/ et /x/ proto-germaniques par þ et χ ;
- /x/ haut allemand par ch, hh ou h, selon la position dans le mot (h devant consonne et en fin de mot le plus souvent) et les usages du scribe. Ch note parfois /kx/.
- Les occlusives sourdes simples /p t k/ précédées des sonantes /r l m n/ suivent le même traitement qu'à l'initiale. Précédées de /s/, elles restent inchangées, de même /t/ dans les combinaisons avec /r/, /x/ et /f/. Enfin, /pf/ issu de /p/ précédé de /l r/ passe au IXe siècle à /f/ (hëlphanhëlfan).
- Les occlusives sonores simples /b d g/ aboutissent à des sons différents selon les dialectes : 1 pour l'austro-bavarois, 2 pour l'allémanique et le souabe (le deuxième phonème indiqué est intervocalique), 3 pour le francique.
- Le passage de /k/ initial à /kx/ (écrit ch) est limité dans l'espace germanophone à l'allémanique et au souabe. Dans les autres dialectes, /k/ dans cette position n'évolue pas.
- L'évolution de
en /d/ est notée dans les manuscrits d, dh ou th. La version avec -h indique vraisemblablement une réalisation comme dans then en anglais, devenue ensuite .
- Les géminées sonores sont toutes simplifiées. Les sourdes, anciennes ou récentes, se simplifient très souvent. Les conditions de cette simplification dépasseraient le cadre de cet énoncé.

Exemples

Pour comparer l'évolution propre aux consonnes du haut allemand, il est possible d'opposer pratiquement toutes les autres langues germaniques et un grand nombre d'autres langues indo-européennes. On peut le voir avec l'évolution de
-p
:
- initial : l'emprunt au latin puteus « puits » aboutit à phuzza (rappel : ph = /pf/ et zz /tts/) ;
- après liquide : hëlphan « aider » mais gotique hilpan, vieil anglais helpan, anglais (to) help, néerlandais helpen. L'actuel helfen vient de hëlfan (voir plus haut) ;
- à l'intervocalique : offan « ouvert » (moderne : offen) mais vieil anglais, anglais et néerlandais open, danois åben, islandais opinn, grec ancien ὑπό hupó « dessus » (le mot est une préposition / adverbe tirée du même étymon ; le /h/ initial est secondaire) ;
- en finale : buoh « livre » (où h final vaut /x/ ; moderne : Buch), mais vieil anglais bōc, néerlandais boek, islandais bók. Il serait fastidieux de continuer la liste. Tout au plus peut-il être utile de citer ces autres exemples en langue moderne pour les comparer avec l'anglais : zwei « deux » en allemand moderne, two en anglais, machen « faire » ~ make, Herz « cœur » ~ heart, essen « manger » ~ eat, etc.

Bibliographie

- Joseph Wright, An Old High German Primer, Oxford, 1906 ;
- Philippe Marcq et Thérèse Robin, Linguistique historique de l'allemand, Armand Colin, Paris, 1997 ;
- Robert S. P. Beekes, Vergelijkende taalwetenschap (« Grammaire comparée »), Het Spectrum, Utrecht, 1990. ==
Sujets connexes
Allemand   Alphabet phonétique international   Ancien français   Consonne   Consonne affriquée   Consonne fricative   Consonne liquide   Consonne occlusive   Danois   Emprunt lexical   Francique   Gotique   Gémination   Islandais   Langues indo-européennes   Latin   Lexique   Linguistique comparée   Loi de Grimm   Loi de Verner   Néerlandais   Philologie   Phonétique historique   Première mutation consonantique   Proto-germanique   Spirantisation   Vieux haut allemand  
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