Rodolphe Töpffer

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Rodolphe Töpffer (ou Toepffer) né à Genève le 31 janvier 1799 et mort dans cette même ville le 8 juin 1846 un écrivain et auteur de bande dessinée suisse, considéré comme le premier auteur et théoricien conscient de cet art.
Rodolphe Töpffer

Rodolphe Töpffer (ou Toepffer) né à Genève le 31 janvier 1799 et mort dans cette même ville le 8 juin 1846 un écrivain et auteur de bande dessinée suisse, considéré comme le premier auteur et théoricien conscient de cet art.

Biographie

Rodolphe Töpffer, Autoportrait Rodolphe Töpffer est le fils du peintre et caricaturiste réputéIl était appelé le « Hogarth suisse ». Groensteen (1990), p. 11 Wolfgang Adam Toepffer, qui lui communique le goût de la satire et de l'observation. Cependant, une maladie des yeux l'empêche de suivre la même carrière que son père. Il décide alors de se consacrer à la littérature, influencé par Molière, Racine, Virgile, Tacite et surtout Jean-Jacques RousseauGroensteen (1990), p. 12, écrivant notamment les Voyages en zigzag, récits de ses excursions pédestres en Suisse. Dans sa jeunesse, il voyage en France : à Annecy après la restaurationTrouvant la ville à demi en ruines, il regrette qu'elle ne fût pas encore reconstruite, étant certain qu'elle fournirait de « très agréables séjours aux étrangers », au vu de ses atouts., à Paris en 1819-1820. De retour en Suisse il se marie le 6 novembre 1823 à Anne-Françoise Moulinié, dont la forte dot lui permet d'ouvrir un pensionnat de jeunes élèves en majorité étrangersGroensteen et Peeters (1994) p.xiv, auquel il se consacre jusqu'à sa mort le 8 juin 1846. Durant les années 30 et 40, il écrit différents ouvragesPrincipalement des contes, nouvelles et essais critiques mais aussi deux romans épistolaires : Le Presbytère et Rosa et Gertrude., et acquiert une certaine réputation dans le milieu intellectuel genèvois ; il partage son temps entre ses élèves et les cénacles littéraires de la ville. À partir de 1832, il donne des cours de Rhétorique et de Belles Lettres à l'Académie de Genève. Éloigné de l'effervescence littéraire parisienne, Toepffer n'a de reconnaissance que tardiveSainte-Beuve lui consacre un de ses Portraits dans La Revue des Deux Mondes du 15 mars 1841.. Parallèlement à ses créations littéraires, Töpffer crée de 1827 à sa mort sept bandes dessinéesElle sont publiées à partir de 1833. qui rencontrent dès l'époque un grand succès. En 1842, il fait paraître une notice sur les essais d'autographie, technique qu'il préfère à la lithographie pour réaliser ses ouvrages de bandes dessinées et en 1845, s'intéressant dans son Essai de physiognomonie à l'originalité de ce qu'il appelle la « littérature en estampes », il écrit le premier ouvrage théorique sur la bande dessinée.

Rodolphe Töpffer auteur de bande dessinée

L'inventeur de la bande dessinée

La notion d'« inventeur de la bande dessinée » est controversée, un art n'étant pas un procédé technique. Cependant, le caractère inédits des histoires en images de Töpffer, cette nouvelle manière d'articuler texte et images montées en séquences et texte, et surtout la perception par l'auteur qu'il faisait quelque chose de nouveau, le pressentiment qu'il avait que d'autres personnes utiliseraient ce mode d'expression inédit le font généralement considérer comme le premier auteur de bande dessinée occidental. Bien que très influencé dans sa mise en scène par le théâtre (les personnages sont généralement représentés de plein pied, comme face à un public), et par le roman dans ses textes (qui articulent les vignettes), les histoires de Töpffer ne sont pas de simples romans illustrés car « les composants de la narration verbo-iconique sont indissociablesGroensteen (1990), p. 19 » : sans le dessin, le texte n'aurait pas de sens et ses œuvres. Loin d'être simple juxtaposition de textes avec des images, elles sont donc intéressantes de par leur caractère mixte (narration-illustration), ce qui suffit à les caractériser comme bandes dessinées, bien que la narration soit encore fortement assujettie au texte.

Un satiriste

Histoire de Monsieur Cryptogame Dans l'article qu'il consacre en 1990 à Töpffer, Thierry Groensteen évoque à propos des huit héros de ses histoires une « typologie du ridicule »Groensteen (1990), p. 13. Dans la tradition des grands satiristes (de Juvénal à Boileau), Töpffer prend plaisir à observer les hommes« De tout temps avons fréquenté les places publiques, les carrefours ; (...) c'est le penchant de tous ceux qui, aimant à observer leurs semblables, se plaisent à les rencontrer nombreux, en rapport les uns avec les autres, et livrant à un observateur qu'ils ne remarquent point, dont ils ne se défient pas, le secret de leurs motifs, de leurs sentiments ou de leurs passions. » Cité par Daniel Baud-Bovy, Les Caricatures d'Adam Töpffer et la Restauration genèvoise, 1917. pour mieux faire ressortir leurs défauts. Histoire de M. Jabot (1833), inspirée par Le Bourgeois gentilhomme, met en scène « une sorte de bouffon sot et vaniteux qui, pour s'introduire dans le beau monde, en singe maladroitement les manières »Groensteen (1990), p. 13. Dans M. Crépin (1837), Töpffer se moque de la pédagogie à système, faisant défiler des précepteurs inefficaces dont les méthodes sont toujours basées sur un principe unique. La succession des maîtres se double d'une progression vers l'absurde, le dernier pédagogue présentant un système d'éducation basé sur le nombre de bosses présentes sur le crâne des enfants. Les Amours de M. Vieux Bois (1839) est une variation sur la thème de l'amoureux éconduit ; Monsieur Pencil (1840) sur l'aveuglement des artistes, savants et hommes politiques imbus d'eux-mêmes. Histoire d'Albert (1845), directement dirigée contre James Fazy, est la seule histoire de Töpffer faisant référence au contexte politique de l'époque. Ses deux autres bandes dessinées publiées, moins satiriques, présentent toujours des personnages ridicules : Le Docteur Festus présente le voyage à dos de mulet accomplit par un professeur à des fins d'instruction, prétexte à une succession d'aventures rocambolesques, tandis qu’Histoire de Monsieur Cryptogame lui permet de mettre de nouveau en scène des amours contrariées. Ses cibles favorites, les forces de l'ordre et les savantsQui seront aussi celles de bien des auteurs comiques postérieurs : de l'Inspecteur Croûton de Gil Jourdan aux agents de Quick et Flupke ; de Zorglub au Docteur Cosinus ou au Professeur Tournesol. étaient déjà très prisées des caricaturistes : l'utilisation de l'archétype permet à Töpffer de créer des histoires peu vraisemblables, et d'autant plus plaisantes. Son comique, basé sur l'accumulation, la gradation vers l'absurde, liées à un rythme narratif très élevé, et surtout l'erreur d'interprétation des signes, se rattache à la comédie classique. Si les moyens sont classiques, ils sont cependant rénovés par leur application à un nouvel art : le mélange de la séquentialité à un dessin très caricatural et lâche permet d'augmenter une impression d'incohérence. Les audaces de mise en page, témoignant de la grande aisance de Töpffer avec un art qu'il vient pourtant de créer, permettant à l'auteur de créer un humour propre à la bande dessinée, comme en témoigne la 24 planche d’Albert.

Succès, plagiat, influence

Dès les premières versions manuscrites de ses bandes dessinées, pourtant encore hésitantes, celles-ci rencontrent un grand succès : Goethe déclare « C'est vraiment trop drôle ! C'est étincelant de verve et d'esprit ! Quelques-unes de ces pages sont incomparables. S'il choisissait, à l'avenir, un sujet un peu moins frivole et devenait encore plus concis, il ferait des choses qui dépasseraient l'imagination. » Les albums, tirés à 500 exemplaires à partir de 1833 par les éditions suisses Cherbuliez, sont régulièrement réédités du vivant de TöpfferLe premier tirage de M. Vieux Bois est épuisé en un an., et très vite, sont contrefaits : les éditions parisiennes Aubert publient des Jabot, Crépin et Vieux Bois maladroitement redessinésPour des raisons techniques : Töpffer utilisait l'autographie, alors que les journaux français désirant le publier nécessitait de passer par la xylographie, ce que l'auteur suisse ne pouvait se permettre à cause de ses problèmes oculaires. par Cham, et il faut attendre 1860 pour que paraissent en France des éditions correctes chez Garnier Frères, qui ont une influence déterminante sur les grands auteurs de la fin du XIX siècle, comme Christophe. En Allemagne, une édition bilingue comprenant six titres est publiée en 1846, élogieusement préfacée par Friedrich Vischer, revitalisant l'histoire illustrée allemande (Struwwelpeter d'Heinrich Hoffmann), et donnant l'idée de faire de la bande dessinée à des auteurs locaux (Max und Moritz de Wilhelm Busch). À la fin de sa vie, Töpffer est très réputé, et connu dans toute l'Europe : Monsieur Cryptogame est publié en 1846 en Grande-Bretagne, en Norvège, en Suède, en France, au Danemark et en Allemagne. Au début du XX siècle, Töpffer reste assez connu, comme en témoigne l'adaptation des Amours de M. Vieux Bois en dessin animé en 1920. Cependant, il est par la suite relativement oublié, la bande dessinée prenant une direction plus rigide, plus académique (comme chez Christophe ou Joseph Pinchon), et n'est redécouvert que dans les années 70.

Le premier théoricien d'un art nouveau

Critique littéraire, érudit, Töpffer a immédiatement conscience d'inventer un art nouveau. Il écrit en 1833 dans la préface de Histoire de M. Jabot : « Ce petit livre est d'une nature mixte. Il se compose d'une série de dessins autographiés au trait. Chacun de ces dessins est accompagné d'une ou deux lignes de texte. Les dessins, sans ce texte, n'auraient qu'une signification obscure ; le texte, sans les dessins, ne signifierait rien. Le tout ensemble forme une sorte de roman d'autant plus original, qu'il ne ressemble pas mieux à un roman qu'à autre choseT. Groensteen et B. Peeters (1994) p.161 ». Töpffer, suite au lancement d'un concours (le programme), va dès janvier et en avril 1836, livré sur 48 pages, ses réflexions sur l'imagerie populaire pour souligner son rôle éducatif. La précocité de ses vues est particulièrement étonnante ainsi que la pertinence de ses analysesRodolphe Töpffer, « Réflexion à propos d'un programme », dans la Bibliothèque universelle de Genève, Genève (1836) reproduit pour partie in T. Groensteen et B. Peeters (1994) pp.144-160. Elles précède de plus de trente ans Histoire de l'imagerie populaire de Champfleury. En 1842, il fait paraître une notice sur la technique de l'autographieRodolphe Töpffer, Essai d'autographie, reproduit in T. Groensteen et B. Peeters (1994) p.166-173. Ce petit volume in-8° format à l'italienne comporte 24 planches de dessins autographiés, moitié paysages moitié visages annonçant son essai de physiognomonie, pour démontrer les réelles qualités artistiques de cette technique de reproduction. En 1845, il publie Essai de PhysiognomonieRodolphe Töpffer, Essai de physiognomonie, autographié chez Schmid, Genève (1845) reproduit in T. Groensteen et B. Peeters (1994) pp.185-225, premier ouvrage théorique sur ce qui ne s'appelle alors pas encore la bande dessinée. La théorie töpfférienne se base principalement sur l'indissociabilité du texte et du dessin (la bande dessinée est un genre mixte et non composite) ; la facilité d'accès de la bande dessinée par rapport à la littérature, grâce à la concision et à sa clarté ; la conscience du développement futur de la bande dessinéeIl écrit à Sainte-Beuve le 29 décembre 1840 : « Il est certain que le genre est susceptible de donner des livres, des drames, des poèmes tout comme un autre, à quelques égards mieux qu'un autre, et je regrette que vos habiles et féconds artistes, Gavarni par exemple, et Daumier, ne l'aient pas tenté. Ils font des suites, c'est-à-dire des faces différentes d'une même idée ; ce sont des choses mises bout à bout, non des choses liées par une pensée. » ; la centralité du personnage dans le récit ; la nécessité d'un trait spontané, afin de tendre au plus grand dynamisme narratif possibleTöpffer justifie son propos en évoquant les graffitis Pompéiens., d'où l'importance de la physiognomie, et la nécessité de savoir construire des visages expressifs.

Œuvres

Bandes dessinées

Le recensement des « littératures en estampes » est l'œuvre de Thierry GroensteenT. Groensteen et B. Peeters (1994) pp.227-237

Bandes dessinées publiées

-1833 Histoire de monsieur Jabot (dessinée en 1833)
-1837 Les Amours de monsieur Vieuxbois (dessinée en 1827)
-1837 Histoire de monsieur Crepin (dessinée vers 1837)
-1840 Docteur Festus (dessinée en 1829)
-1840 Monsieur Pencil
-1845 Histoire d'Albert (dessinée en 1844)
-1846 Histoire de monsieur Criptagame (dessinée en 1844) prépubliée dans L'Illustration sur une gravure de Cham en 1845
-1937 Monsieur Trictrac (dessinée en 1930) histoire non terminée car les originaux ont été volés
-Les Histoires en images, préfacées par François Caradec ont été éditées par Horay en 1975.

Bandes dessinées non publiées

-Histoire de monsieur Fluet et de ses quinze filles (dessinée avant 1837) 4 planches, 24 dessins
-Histoire de monsieur Vertpré et de mademoiselle d'Espagnac (dessinée entre 1830 et 1840) 4 planches, 26 dessins
-Histoire de monsieur de Boissec, 5 planches
-Monsieur Calicot 11 dessins

Œuvres littéraires

- Nouvelles genevoises (préface de Xavier de Maistre), Paris, Charpentier, 1841
- Voyages en zig-zag, ou excursions d'un pensionnat en vacances dans les cantons suisses et sur le versant italien des Alpes, illustrations de l'auteur.
- Nouveaux voyages en zig-zag

Annexes

Notes et références

Documentation

Ouvrages

- Paul Chaponnière, Notre Töpffer, Lausanne, Payot, 1930.
- Friedrich Karl Heinrich Kossmann, Rodolphe Töpffer, A. Donker, Anvers-Rotterdam, 1948.
- Töpffer, textes de Laurent Boissonnas, P. Kaenel, M. Alamir-Paillard, D. Maggetti, J. Maizos, J.-D. Candaux, A. Renonciat et T. Groensteen. éd. Skira, Genève, 1996.
- Thierry Groensteen et Benoît Peeters, Töpffer, l'invention de la bande dessinée, collection savoir : sur l'art, Hermann, Paris (1994),

Articles

-Thierry Groensteen, « Au commencement était Töpffer », dans Le Collectionneur de bandes dessinées n°64, printemps 1990, pp. 10-21.
-David Kunzle, « Histoire de Monsieur Cryptogame (1845) : une bande dessinée de Rodolphe Töpffer pour le grand public », dans Genava tome XXXII, 1984, pp. 139-169.
-Alain Rey, Les spectres de la bande, Éditions de Minuit, Paris, 1978, pp. 19-24.
-Arnaud Tripet, préface à Rodophe Töpffer, "Nouvelles", Lausanne, L'Age d'Homme, 1986.

Voir aussi

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