Malais (langue)

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Malais (langue)

Introduction

Le malais (bahasa Malaysia ou en écriture jawi بهاس ملاي) est à l'origine la langue des populations de la côte est de l'île indonésienne de Sumatra, des îles Riau, également indonésiennes, du littoral de l'île de Bornéo, de la péninsule malaise, de la population autochtone de Singapour et des habitants du sud de la Thaïlande (provinces de Yala, Pattani, Narathiwat et Songkhla), qu'on appelle Malais (orang Melayu). La langue malaise appartient à la branche malayo-polynésienne des langues austronésiennes.

Histoire

Classification

Le malais appartient au groupe dit "malaïque" de la branche malayo-polynésienne de la famille des langues austronésiennes, dont l'aire s'étend de Madagascar à l'ouest à l'île de Pâques à l'est, et de Taiwan et Hawaii au nord à la Nouvelle-Zélande au sud. D'autres linguistes parlent plutôt d'un groupe "malayo-polynésien occidental", que certains appellent aussi « nusantarien », du nom indonésien Nusantara qui désigne l'archipel indonésien), qui inclut les langues parlées en Indonésie occidentale et centrale, les langues des Philippines, de la Malaysia et le malgache de Madagascar.

Statut officiel

Le malais est la langue officielle et nationale de la Fédération de Malaisie (où il est appelé bahasa Malaysia ou "malaisien" et du sultanat de Brunei. C'est l'une des quatre langues officielles de la République de Singapour. La langue officielle de la République d'Indonésie, appelée bahasa Indonesia ou "indonésien", est à la base du malais, mais présente des différences avec celui de Malaisie, surtout dans le choix lexical. Néanmoins les divergences sont mineures et ne gênent pas la compréhension du malais par les Indonésiens. L'inverse est moins évident, car l'indonésien standard comprend de nombreux apports du néerlandais et des langues régionales (bahasa daerah) de l'Indonésie, notamment du javanais. L'indonésien est aussi l'une des langues d'usage dans la République du Timor oriental.

Normes

La norme linguistique officielle acceptée par l'Indonésie, la Malaisie et Brunei, appelée bahasa baku ("langue de base"), est le malais de 'archipel de Riau' en Indonésie, considéré comme le berceau du malais moderne. Le Pusat Pembinaan dan Pengembangan Bahasa ("centre de formation et de développement de la langue") indonésien et le Dewan Bahasa dan Pustaka ("conseil de la langue et de l'écriture") malaisien coopèrent sur cette question. Le nombre de locuteurs du malais est de plus de 250 millions si l'on compte les Indonésiens. Indonésiens et Malaisiens sont parfaitement conscients de parler la même langue, avec des différences dues aux contextes politique et culturel. Quant un Indonésien s'adresse à un Malaisien, il s'efforcera donc d'éviter les "indonésianismes" ou de les expliquer, et d'utiliser des idiotismes (formes propres) du malais de Malaisie. L'inverse est possible pour un Malaisien dans la mesure où il a connaissance des idiotismes indonésiens par les films indonésiens projetés en Malaisie.

Dialectes

Comme toute langue d'une certaine extension géographique, le malais présente (en dehors de la différence entre malais de Malaisie et indonésien) des variétés régionales, suivant les diverses provinces malayophones d'Indonésie et les différents Etats de Malaisie.

Créoles

Il existe en outre ce que les linguistes appelent des créoles du malais :
-En Indonésie :
- malais d'Ambon
- malais de Banda
- betawi (Jakarta)
- malais de Kupang (Timor)
- malais de Manado (nord de Célèbes)
- malais peranakan (Chinois métissés de locaux de la côte nord de Java)
-En Malaisie :
- créole de Malacca
-A Singapour :
- malais baba des Chinois baba ou peranakan (métissés de locaux)
-Au Sri Lanka :
- créole malais de Sri Lanka

Ecriture

Le malais moderne et l'indonésien s'écrivent en alphabet latin. L'Indonésie et la Malaisie ont unifié leur graphie officielle en 1972. Le malais classique s'écrit avec l'alphabet arabe. Cette écriture est appelée jawi. Les plus vieilles inscriptions en vieux-malais, trouvées dans l'île indonésienne de Bangka et dans l'actuelle ville de Palembang dans le sud de Sumatra, datent de 683, 684 et 686. Elle sont rédigées dans un alphabet d'origine indienne. La transition d'une écriture indienne à l'écriture arabe s'opère peut-être au XIVe siècle. On trouve à Minye Tujuh, dans la province indonésienne d'Aceh, deux pierres tombales musulmanes rédigées en malais dans deux alphabets, l'un d'origine indienne qualifié de "proto-sumatranais", l'autre, arabe, et datées à la fois en ère indienne Saka et de l'Hégire. La date de l'une des pierres équivaut à 1380 après J.-C. et celle de l'autre à 1389. A Pengkalan Kempas dans l'Etat du Negeri Sembilan en Malaysia, il existe également une inscription en malais rédigée de la même façon dans les deux alphabets et datée 1385 de l'ère Saka (1463 après J.-C.). En Malaisie, le jawi a été remplacé par l'alphabet latin dans les années 1950 sur la base d'une graphie anglaise (par exemple, avec "ch" pour le son français "tch" et "j" pour le son "dj"). Le mouvement nationaliste indonésien avait adopté l'alphabet latin en 1928 avec la graphie néerlandaise dite "Van Ophuijsen" (par exemple "tj" pour le son "tch" et "dj" pour le son "dj"). Cette graphie fut légèrement modifiée par la réforme orthographique de 1947 dite "Soewandi", du nom du ministre de l'Education du gouvernement du premier ministre socialiste Sjahrir (le "oe" devenant "u" : Soerabaja > Surabaja). La réforme de 1972 a amené à une graphie commune aux deux langues, le "dj" indonésien devenant "j" (Djakarta > Jakarta) et le "j", "y" (djaja > jaya = "victoire"), comme en malais de Malaisie, et le "tj" indonésien et le "ch" malaisien devenant "c" (tjahaja et chahaya > cahaya = "lumière"). Cependant la plupart des patronymes n'ont pas pris en compte ce changement de graphie.

Différences entre le malais malaisien et l'indonésien

Les différences entre les deux langues sont en réalité d'ordre dialectal, comme celles entre le français d'Europe et celui du Québec. L'intercompréhension se fait sans trop de difficultés, mais avec des divergences orthographiques et lexicales. De plus l'accent indique aisément la région d'origine des locuteurs. On peut dire que l'indonésien et le malais de Malaisie sont des "langues ausbau" l'une par rapport à l'autre, c'est-à-dire qu'elles existent en tant que telles par une volonté politique et culturelle. L'indonésien diffère du malais de Malaisie d'abord pour des raisons historiques. Les colonisations anglaise sur la péninsule malaise et hollandaise sur l'archipel indonésien ont eu un impact majeur sur la langue malaise. Aussi les deux formes de malais ont-elles été influencées par les contextes coloniaux respectifs. Un facteur beaucoup plus déterminant aujourd'hui est le contexte indonésien. Le javanais, avec plus de 80 millions de locuteurs, mais aussi d'autres langues régionales d'Indonésie comme le sundanais de Java Ouest, qui a près de 35 millions de locuteurs, enrichissent énormément l'indonésien, notamment son vocabulaire. Le choix par les nationalistes indonésiens du malais comme langue de la future Indonésie indépendante était logique. Jusque vers 1900, quand ils commencent à ouvrir des écoles pour indigènes avec un enseignement moderne en néerlandais, les Hollandais refusaient de parler leur langue avec les indigènes. Ils utilisaient le malais, langue d'échange dans l'archipel indonésien au moins depuis au moins le XVe siècle, période de grandeur du sultanat de Malacca sur la péninsule malaise. Le plus ancien document écrit en malais qu'on ait retrouvé est une lettre écrite en 1521 dans le sultanat de Ternate aux Moluques, dans l'est de l'Indonésie. Malacca aurait été fondée peu avant 1400 par un prince de Sriwijaya, dont on a cité plus haut les inscriptions du VIIe siècle en vieux-malais. On peut supposer que le malais était déjà utilisé dans les ports de la région à l'époque de Sriwijaya (soit avant le XVe siècle). Des inscriptions en vieux-malais ont ainsi été trouvées dans le centre de Java, dont les dates vont de 792 au IXe siècle.

Phonologie

Consonnes

Le système des consonnes du malais est résumé dans le tableau ci-dessous : La dentale /s/ se prononce comme dans le mot tasse et n'est jamais voisée en /z/ : nasi = riz se prononce "nassi". La dentale /r/ se prononce roulé (bout de la langue sur le palais). La palatale /c/ se prononce quelque part entre "tch" et "ti". De même, le /j/ se prononce quelque part entre "dj" et "di". La vélaire /ng/ est un phonème difficile pour les francophones. Il se prononce comme le "ng" dans l'allemand singen ("chanter"). La glottale aspirée /h/ est toujours prononcée, au début comme à la fin d'un mot. Darah, "sang", se prononce avec un /h/ final marqué, qui le distingue de dara, "jeune fille". Les consonnes finales, au lieu d'être relâchées comme en français, sont prononcées en gardant les articulations en place. Par exemple, minum ("boire") se prononce en gardant les lèvres fermées sur le /m/ finale. Le /k/ final se prononce donc en gardant la glotte bloquée en position fermée, se qui le rend inaudible pour une oreille française. Les consonnes fricatives suivantes sont des emprunts étrangers :
-Sourdes : labio-dentale /f/, palatale /sy/, vélaire /kh/.
-Voisées : labio-dentale /v/ et dentale /z/. Le /v/ est d'ailleurs prononcé comme un /f/. Les deux sont mêmes parfois prononcés /p/. Le /z/ est parfois prononcé comme un /j/.

Voyelles

Les voyelles de l'indonésien sont :
-/a/ prononcé comme en français,
-/e/ muet,
-/é/ écrit également "e" et prononcé en général comme un "è", parfois comme un "é" français,
-/i/
-/o/
-/u/ prononcé "ou".

Diphtongues

Les diphtongues sont :
-/ai/, prononcé en principe "aille", mais en Indonésie, plus souvent "eille" sous l'influence javanaise et jakartanaise.
-/au/, prononcé en principe "aou", mais en Indonésie plus souvent "ow" pour la même raison.
-/oi/, prononcé "auille", mais rare. Les diphtongues doivent être distinguées de la juxtaposition de voyelles appartenant à des syllabes différentes, par exemple :
-Menyukai, prononcé "me-nyuka-i" car formé sur suka, "aimer", avec le circonfixe me- -i,
-Daun, "feuille", prononcé "da-un", en se rappelant que les bases lexicales ont en principe deux syllabes (voir la section "Lexique" ci-dessous). Il faut donc distinguer la diphtongue /ai/ dans gulai (plat de viande en sauce) de la successions de voyelles "ai" dans gulai ("sucrer"), qui se prononce "gula-i" et est formé sur gula ("sucre").

Grammaire

Lexique

Base

Le lexique de base du malais est constitué de mots en principe dysyllabiques, c'est-à-dire constitué de deux syllabes. Voici des exemples : Il semble que la 2 syllabe de la base constitue la racine sémantique, car on constate des familles de mots. Voici quelques exemples :
--ngkat : angkat = "soulever", tingkat = "étage", pangkat = "grade", peringkat = "niveau".
--ku : kuku = "ongle", paku = "clou", kaku = "raide", beku = "figé", buku = "nœud d'une branche ou d'une tige".
--rah : darah = "sang", merah = "rouge", marah = "en colère", parah = "grave".
--mur : sumur = "puits", kumur = "se rincer la bouche", jemur = "faire sécher", jamur = "champignon"
--bar : lebar = "large", sebar = "répandre", tebar = "s'étendre", kibar = "déployer", bubar = "se disperser".

Emprunts

Sanscrit

Portugais

Conséquence de la prise de Malacca en 1511 par Afonso de Albuquerque, vice-roi des Indes portugaises, le malais a emprunté plusieurs dizaines de mots au portugais. En voici quelques exemples :

Voir aussi

Bibliographie

-Bellwood, Peter, The Austronesians, 1995
-Blagden, C. O., Two Malay letters from Ternate in the Moluccas, written in 1521 and 1522, 1930
-Edwards, E. D. et Blagden, C. O., "A Chinese Vocabulary of Malacca Malay Words and Phrases collected between A. D. 1403 and 1511 (?)", in Classical Civilisations of South East Asia, 2002
-Ricklefs, M. C., "Banten and the Dutch in 1619 : six early "Pasar Malay" letters", in Classical Civilisations of South East Asia, 2002 ===
Sujets connexes
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