Théâtre grec antique

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Bacchantes : à gauche trois acteurs tiennent des masques ; à droite Paidéia assise devant Dionysos allongé sur une couche. Vers 400 av. J.-C., Musée national archéologique d'Athènes L'origine du théâtre occidental remonte à l’Antiquité grecque.
Théâtre grec antique

Bacchantes : à gauche trois acteurs tiennent des masques ; à droite Paidéia assise devant Dionysos allongé sur une couche. Vers 400 av. J.-C., Musée national archéologique d'Athènes L'origine du théâtre occidental remonte à l’Antiquité grecque.

Théâtre et religion

Le théâtre a une origine religieuse : Dionysos, dieu du vin de l'ivresse et de la fête, était célébré trois fois l'an par des « Dionysies ». Les trois principaux festivals de théâtre sont les Dionysies champêtres, de décembre à janvier, les Lénéennes, de janvier à février et les grandes Dionysies, de mars à avril. Les grandes Dionysies ont lieu à Athènes, durent cinq jours de suite du lever au coucher du soleil à raison d'un auteur par jour. Ceux qui assistent à celles-ci entièrement peuvent entendre près de vingt mille vers sans compter les dithyrambes (chants religieux) Myrina, musée du Louvre Ces festivals donnent lieu à un concours de tétralogies : trois tragédies et un drame satyrique. L'ouverture des festivités est faite de processions et de cérémonies en l'honneur de Dionysos. L'auteur ayant créé la meilleure pièce était récompensé par un bouc. Le théâtre grec a pour origine le culte de Dionysos, dieu du vin et de la fertilité. Des dithyrambes, des processions, des danses, des chants et des paroles en vers à la gloire des héros grecs, avaient lieu autour de son temple ou sur l'agora dans la région de Corinthe. Lentement, un lieu spécifique s'intègre au temple pour les représentations théâtrales. La tradition rapporte que Thespis, auteur du qui se produisit près d'Icaria, révolutionna les dithyrambes : il introduit le premier acteur, le protagoniste. Pendant que le chœur chante ceux-ci, l'acteur, Thespis en l'occurrence, intercale des vers parlés. Le protagoniste joue tous les rôles. C'est la forme primitive du théâtre. Eschyle introduit le deutéragoniste (2 acteur) et Sophocle le tritagoniste (3 acteur). Cette forme-ci connut un développement très rapide. En effet, dès 538 av. J.-C., Pisistrate organisa le premier concours athénien de tragédie. Aux temps du développement de la philosophie et de la démocratie, le théâtre devint sujet à des interrogations politiques. Mais on célébrait toujours Dionysos au temple. Le culte restait aussi toujours présent au théâtre. Non seulement le théâtre contait toujours des mythes et des fables et se déroulait toujours pendant les Dionysies et les Lénéennes, mais en plus, le théâtre était organisé de manière à instaurer un support pour la communication avec les dieux... Jane Ellen Harrison J. E. Harrison, Prolegomena to the Study of Greek Religion, VIII. signale que Dionysos dieu du vin (boisson des couches aisées) s'est substitué tardivement à Dionysos dieu de la bière (boisson des couches populaires) ou Sabazios, dont l'animal emblématique chez les crétois était le cheval (ou le centaure). Il se trouve que la bière athénienne était une bière d'épeautre, trágos en grec. Ainsi, les « odes à l'épeautre » (tragédies) ont-elles pu être considérées tardivement, par homonymie, comme des « odes aux boucs » (l'animal qui accompagnait le dieu et associé au vin chez les crétois).

Déroulement des festivités

La première journée (le 9 du mois) était consacrée aux concours de dithyrambes . La deuxième (le 10) était celle des comédies : trois poètes et plus tard cinq en présentaient chacun une. Les trois jours suivants (11, 12 et 13) étaient réservés à la tragédie, et chacun d'eux était consacré tout entier à l'oeuvre de l'un des trois poètes choisis par l'archonte. Chaque oeuvre tragique consistait en une tétralogie , à savoir une trilogie (composée de trois tragédies sur le même sujet), suivie d'un drame satyrique .

Protagonistes

À Athènes, l'archonte éponyme, l'un des magistrats qui dirigent la cité, nomme les différentes composantes de la représentation. Il nomme les chorèges, les poètes et les protagonistes. Le chorège est un riche citoyen. Il recrute et équipe les chœurs. Les chœurs tragiques sont composés de douze puis quinze choreutes et les chœurs comiques de vingt-quatre. Les chorèges fournissent quelquefois de la nourriture et du vin aux spectateurs. Les poètes sont les auteurs des pièces. Le protagoniste est l'un des trois acteurs, il recrute le deuxième, le deutéragoniste, et le troisième, le titragoniste. Toutes ces personnes sont des hommes, les rôles des femmes étant aussi joués par des citoyens. Néanmoins, les femmes, les métèques et peut-être les esclaves peuvent être spectateurs en compagnie des citoyens. Les poètes, les chœurs et les acteurs sont payés pour leur prestation. Dix juges tirés au sort parmi les citoyens décident des personnes gagnantes. Le public essaie d'ailleurs souvent de les influencer. Ces juges attribuent six récompenses symboliques mais prestigieuses : deux aux meilleurs protagonistes comique et tragique, deux aux meilleurs chorèges comique et tragique et deux aux meilleurs poètes comique et tragique. Les poètes reçoivent des couronnes de lierre. Les chorèges reçoivent des trépieds qu'ils posent souvent sur des colonnes dans des lieux particulièrement fréquentés. Le public juge aussi l'archonte organisateur en le blâmant ou en faisant son éloge.

L'édifice

Théâtre d'Épidaure Le koilon désigne les gradins, adossés au relief naturel. Le premier rang est réservé aux spectateurs de marque ; les places sont en effet attribuées en fonction des catégories sociales. L’
orchestra est un cercle de terre battue où se placent le chœur, les danseurs, chanteurs et musiciens. Il comporte aussi un autel de sacrifice . Le proskenion est le lieu où jouent les acteurs, c'est une estrade étroite et longue en bois. La skéné est une bâtisse qui sert de coulisses aux acteurs. Le théâtre est organisé de manière à instaurer un support pour la communication avec les dieux. Tout d'abord, les couronnes de lierre offertes en récompense sont le symbole de Dionysos. De plus, le grand prêtre de Dionysos est présent au premier rang, dans l'axe de symétrie du koilon. Les acteurs et celui-ci revêtent le même costume que la statue de Dionysos présente dans l’orchestra . Le temple, situé juste derrière la skéné et la statue du dieu de l’orchestra affirment sa présence . Les costumes prouvent cet aspect. Les acteurs portent des cothurnes et de grands masques qui peuvent les faire dépasser deux mètres vingt. Ces masques modifient d'ailleurs les voix en les rendant profondes et presque inhumaines. À ceci s'ajoutent la longueur du spectacle déjà évoquée et le vin et la nourriture autorisés. Le public rit, hurle, siffle et applaudit durant les comédies et crie d'horreur pendant les tragédies. D'ailleurs, il existait une police spéciale, les rhabdouques. Aux transes initiales, succède le théâtre, dont la traduction étymologique est souvent « lieu pour voir », mais qui est plutôt un lieu pour avoir des visions .

Accessoires

Les cothurnes : chaussures en bois à semelle très épaisse qui permettaient aux acteurs d'être distingués par tout le public. Masques: voir ci-dessous.

Costumes

terre cuite béotienne, musée du Louvre La Grèce antique connaît déjà la notion de costume de théâtre : les acteurs revêtent des vêtements qui ne sont pas ceux de la vie quotidienne. Ceux-ci varient suivant l'époque et le genre (tragédie, comédie, drame satyrique) mais leur rôle reste identique : il s'agit de faciliter l'identification des acteurs. En effet, un même acteur peut jouer plusieurs rôles au sein d'une même pièce, parfois très différents. Les textes des pièces ne comprennent aucune indication de costume, mais il est possible de relever des allusions pertinentes dans le texte lui-même. Il existe également des représentations figurées, très nombreuses pour la comédie : peintures sur vases ou encore figurine. La tradition attribue à Eschyle l'introduction des costumes dans la tragédieHorace, Art poétique, v.278 ; , I, 21d-e ; Philostrate, Vie d'Eschyle, 13.. Ceux-ci peuvent être très variés. Ainsi, dans les Choéphores, Électre porte un vêtement de deuil. Le même personnage porte des haillons dans l’
Électre d'Euripide. Dans Andromaque, Hermione déclare elle-même être couronnée d'or et porte un péplos spartiate bariolé. Dans la comédie les Acharniens, Aristophane montre Dicéopolis fouillant dans le magasin d'accessoires d'Euripide : on y trouve les haillons d'Œnée, la « crasseuse défroque » de Bellérophon, les guenilles de Télèphe ou encore les loques d'Ino. Les acteurs vont pieds nus ou chaussés de κόθορνοι / kothornoi, sorte de bottines, parfois lacées, parfois dotées de bouts pointus. Elles ne possèdent pas de semelles compensées. Le costume comique masculin consiste souvent en un chiton (tunique) et un manteau courts, laissant apercevoir un énorme phallus postiche, pendant et doté d'un gland vermillon. Il arrive que l'acteur utilise également des rembourrages au niveau des fesses et du ventre. Les choreutes tragiques portent des vêtements qui identifient leur métier ou leur condition sociale. Dans les Suppliantes, le chœur représente les Danaïdes, qui portent de somptueuses robes barbares. Dans Ajax, il s'agit de marins de Salamine. Dans les drames satyriques, le chœur est toujours composé de satyres : ils sont nus, dotés d'un énorme phallus postiche en érection. Dans la comédie, le costume de base est agrémenté d'accessoires : de petites ailes, par exemple, pour le chœur des Guêpes.

Masques

Tanagra, musée du Louvre Enfin , toute la troupe porte un masque, dont Aristote avoue ignorer l'origine. Une des origines possibles proviendrait du masque mortuaire mycénien, moulé sur le visage des cadavres. En effet le masque est le symbole de la position surnaturelle. (
Poétique, 1449b). Selon la Souda, ils dérivent de l'innovation de Phrynichos, se passant le visage au blanc, puis à la teinture de pourpier. Les masques anciens ne couvrent que le visage. Par la suite, ils s'agrandissent vers le sommet du crâne, de sort à pouvoir y fixer des perruques ou au contraire, à figurer un crâne chauve. Le masque est percé aux yeux et à la bouche, pour permettre au comédien de se déplacer et de s'exprimer. Malgré les indications des Anciens à ce sujet, V, 7, 2., des expériences modernes ont montré que la bouche du masque n'a pas pu servir de porte-voix. Le masque tragique est plutôt réaliste. Le masque du drame satyrique porte une barbe, des oreilles pointues et un crâne chauve. Le masque comique peut être très varié. Parfois, il caricature un personnage contemporain, bien connu des spectateurs. Dans Les Cavaliers, Aristophane plaisante sur le masque de l'acteur représentant Cléon : selon lui, l'homme est si laid qu'aucun fabriquant de masques n'a voulu le représenter. Très vite, des types de masques sont apparus suivant le personnage. Au ap. J.-C., l’Onomastikon'' de Julius Pollux dresse une liste de 76 masques : 44 modèles comiques, 28 modèles tragiques et 4 modèles de drame satyrique. Les masques avaient différentes couleurs qui permettaient aux spectateurs de reconnaître les personnages. (rouge pour les satyres, blanc pour les femmes...). En raison de la fragilité de leur matériau (bois, cuir, cire, etc.), les masques originaux ont presque tous disparus. En revanche, nous conservons une bonne idée de leur apparence grâce à leur reproduction en terre cuite. De plus faibles dimensions, ces reproductions pouvaient être dédiées comme ex-voto dans des temples, déposées dans des tombes ou plus simplement utilisées comme objets de décoration.

Notes

Voir aussi

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