Pierre Leroux

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Pierre Leroux (Paris, 7 avril 1797 - Paris, 12 avril 1871), éditeur, philosophe et homme politique. Boussac Aux Mureaux, où se sont installés ses parents, il est plus ou moins livré à lui-même jusqu'en 1808, date de la mort de son père. Sa mère se remarie, et ouvre un commerce de "limonade" place des Vosges, à Paris. Pierre Leroux entreprend alors des études normales; Il se présentera en 1814 au concours d'entrée à l'école Polytechnique mais abandonnera avant la f
Pierre Leroux

Pierre Leroux (Paris, 7 avril 1797 - Paris, 12 avril 1871), éditeur, philosophe et homme politique. Boussac Aux Mureaux, où se sont installés ses parents, il est plus ou moins livré à lui-même jusqu'en 1808, date de la mort de son père. Sa mère se remarie, et ouvre un commerce de "limonade" place des Vosges, à Paris. Pierre Leroux entreprend alors des études normales; Il se présentera en 1814 au concours d'entrée à l'école Polytechnique mais abandonnera avant la fin des épreuves.

Le théoricien socialiste

Devenu ouvrier typographe, il est marqué par l'influence de Saint-Simon (1760-1825), et de divers autres théoriciens socialistes, tels Enfantin, Robert Owen, Charles Fourier et Proudhon. Il fonde un journal d'opposition Le Globe en 1824, et se trouve à l'origine de L'Encyclopédie nouvelle, de La Revue indépendante, après avoir collaboré à la Revue encyclopédique et à La Revue des Deux Mondes. Pour Leroux, l'union pacifique entre les peuples, les valeurs de liberté, la propriété collective des moyens de production, l'éducation populaire, ainsi que les valeurs de l'Évangile sont les fondements d'une société idéale dans laquelle le recours au capital deviendra inutile. Il développe également la théorie du "circulus", en montrant que l'homme est producteur de sa propre subsistance : les graines germent, se développent grâce aux engrais "naturels", les récoltes sont consommées et rejetées par l'homme, produisant ainsi un nouvel apport d'engrais, etc. Ce rêve de vie en autarcie conduit Leroux à envisager la fondation d'une communauté exemplaire grâce à laquelle il pourra mettre en pratique, dans une sorte de phalanstère, les idées qui lui sont chères. C'est en 1835 ou 1836 que Leroux fait la connaissance de George Sand. Ainsi que l'écrit Georges Lubin, Leroux la subjugue et "elle ne jure plus que par lui". Certains de ses romans, tels Consuelo et La comtesse de Rudolstadt (1843-44), ainsi que Le meunier d'Angibault (1845), se ressentiront de l'influence de Leroux. Dès 1843, George Sand n'avait pourtant pas tardé à perdre ses illusions sur le personnage, qui avait largement et abusivement profité de ses relations pour les démarcher et obtenir des subsides. Elle ira jusqu'à le qualifier de "sybarite intellectuel"...

La "communauté" de Boussac

Le 20 décembre 1843, Leroux obtient du gouvernement de Louis-Philippe un brevet pour créer une imprimerie à Boussac (Creuse), que George Sand, "la voisine de Nohant", lui avait sans doute fait découvrir lors d'une excursion au site "Les pierres jaumâtres". Leroux s'installe à Boussac, près du cimetière communal, et fait venir sa famille, des proches, puis, au fil des mois, des "disciples" séduits par ses théories et le mode de vie de la communauté. L'activité politique de Leroux, initié dans la franc-maçonnerie à Limoges, est alors presque nulle. Il est en effet surtout préoccupé d'éditer L'Éclaireur, La Revue sociale, de rééditer ses propres œuvres, de chercher des commandes, tout en s'efforçant, en vain, de mettre au point sa machine d'imprimerie. Infatigable démarcheur, il tente aussi de séduire de nouveaux adeptes, si possible fortunés, et de recueillir des dons pour son entreprise collective, qui est bien loin de parvenir à l'auto suffisance. En 1848, selon des témoins cités par le premier biographe de Leroux, Pierre-Félix Thomas, la "communauté" de Boussac aurait compté plus de 80 personnes. Au printemps 1845, le maire de Boussac, sous-préfet par intérim, s'était inquiété des activités de Leroux auprès du ministère de l'Intérieur. Celui-ci l'avait rassuré par l'intermédiaire du préfet de la Creuse, en présentant Leroux comme "un rêveur qui n'a jamais été considéré comme propre à devenir un homme d'action".

Une brève expérience politique

Quelques jours après la proclamation de la République à Paris, en février 1848, Leroux est pourtant élu maire de Boussac. En mai, il échoue aux élections législatives dans la Creuse. Il sera élu député à Paris à l'occasion des élections complémentaires de juin 1848. À l'Assemblée nationale, il intervient notamment dans les débats sur les nouvelles institutions. Ses discours fumeux (il en a prévu six) sont accueillis par des sarcasmes, et il avouera candidement que ses collègues "se tenaient les côtes de rire" en l'entendant exposer le rôle de la Trinité dans l'organisation de la société future et la théorie du "circulus". Il est réélu député de Paris en mai 1849, tandis que son frère Jules (1805-1883), est élu dans la Creuse. En 1850, l'imprimerie de Boussac cesse ses activités. Après le coup d'État du 2 décembre 1851, Leroux s'exile en Belgique, puis en Angleterre et enfin dans l'île de Jersey. Son frère Jules émigre aux États-Unis.

Le temps de la solitude

A Jersey, Victor Hugo ne se préoccupe guère de Leroux, qu'il a surnommé "le philousophe". Revenu en France en 1860 à la faveur de la loi d'amnistie de 1859, Leroux publie un long poème philosophique en deux volumes (1863-64) La Grève de Samarez (du nom de la plage de Jersey près de laquelle il vivait), où il reprend, avec emphase et dans un pathos hermétique, toutes les théories qu'il a échafaudées précédemment. Il ne lui faudra pas moins de 180 pages pour s'interroger sur le point de savoir si un ouvrage doit ou non recevoir une préface ! Cela débute ainsi : "Prologue. Voltaire ne voulait pas qu'on se servît de cette expression : mettre la main à la plume. Cependant, pour écrire, il faut bien mettre la main à quelque chose"... En avril 1865, George Sand juge sévèrement le livre : « Il y a de très belles choses, mais un si grand décousu et tant de fafioteries pour une question qui est tout-à-fait mystérieuse, avec autant de haine pour quelques-uns et de mépris pour tout le monde, que je ne trouve pas l'ouvrage digne de lui ». Elle porte sur l'homme un jugement plein de commisération : « Pauvre Leroux ! (...) C'est une sorte de prostitution que sa vie morale ». La même année, Hugo se montre une nouvelle fois cruel à l'égard de Leroux, en écrivant : « Il y a du mouchard dans ce vieil escroc »… Déçu, aigri, solitaire, Leroux survit. Il mourra Paris en avril 1871. La Commune, qui avait de la mémoire, délèguera deux de ses représentants à ses obsèques. Puis l'œuvre de Leroux sombrera dans l'oubli. Le 21 juin 1903, pourtant, la ville de Boussac lui élève une statue dans le square auquel elle donne son nom. L'année suivante, Pierre-Félix Thomas publie une thèse de doctorat ès lettres, dans laquelle il met surtout en évidence le côté utopique du personnage. Quelques auteurs, tels Jean-Pierre Lacassagne, lui aussi auteur d'une récente thèse de doctorat ès lettres sur Leroux (1989), Vincent Peillon (2003), Jacques Viard (voir ci-dessous le lien avec le site des amis de Pierre Leroux) s'efforcent aujourd'hui de réhabiliter Leroux et de donner à ce phraseur impénitent une importance qu'il est loin d'avoir eue dans la formation et l'évolution du socialisme français. A noter qu'il écrivit en 1846 un article antisémite, "Les juifs, rois de l'époque ?" publié par La Revue sociale. Ouvrage comparable selon Léon Poliakov à celui de Toussenel et qu’il juge plus nuancé. En effet, pour Leroux, « Le Juif reprendra une figure plus sereine, plus jeune. Il cessera de ressembler à Shylock et j’espère le voir ressusciter sous les traits du Nazaréen que les juifs ont crucifié". Une rue du 7 arrondissement de Paris porte le nom de Pierre Leroux. ==
Sujets connexes
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