Désir

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Le désir est une tension issue d'un manque et en ce sens on ne désire que ce dont on manque. L'être tend vers un but considéré comme une source de satisfaction pour soi ou par extension un autre individu. Le désir est tantôt considéré positivement comme un moteur, tantôt considéré négativement comme une source de souffrance, une forme d'insatisfaction. D'un point de vue psychologique, le désir est une tendance devenue consciente d
Désir

Le désir est une tension issue d'un manque et en ce sens on ne désire que ce dont on manque. L'être tend vers un but considéré comme une source de satisfaction pour soi ou par extension un autre individu. Le désir est tantôt considéré positivement comme un moteur, tantôt considéré négativement comme une source de souffrance, une forme d'insatisfaction. D'un point de vue psychologique, le désir est une tendance devenue consciente d'elle-même, qui s'accompagne de la représentation du but à atteindre et souvent d'une volonté de mettre en œuvre les moyens d'atteindre ce but. En tant que tendance ou appétit, le désir est distingué du besoin qui désigne moins l'aspect psychologique que biologique, quoique ces termes peuvent être synonymes. la tentation, peinture bucolique et apaisante(œuvre de William Bouguereau - )

Problème moral du désir

Le désir suppose la conscience d'un manque qui traduirait notre imperfection. Aussi les moralistes mettent-ils souvent l'accent sur le caractère douloureux du désir, et sur son aspect illimité quand il se reporte sans cesse sur de nouveaux objets. Le bonheur résiderait de ce fait dans l'absence de désir. Cette conception négative du désir implique certaines questions :
-Doit-on réduire nos désirs ?
-Est-il possible de faire la distinction entre de vrais et de faux désirs ?
-Cette réduction est-elle un devoir moral ?
-La réduction des désirs conduit-elle au bonheur ? Ces questions sont des poncifs de la réflexion morale depuis l'Antiquité. On peut schématiquement opposer deux types de réponse :
-le désir doit être réduit ; le bonheur est alors conçu comme un état d'inertie atteint par la suppression de toutes les tensions. Le désir est ainsi une part maudite dont il faut s'émanciper ;
-le désir ne peut et ne doit pas être réduit : il est essentiel à la vie. La morale doit donc reconnaître sa valeur.

Désirs naturels et désirs vains

Les philosophes, depuis les origines de la philosophie, se sont demandés quelle place faire aux désirs. Les réponses sont très variées. Dans le Phédon, Platon expose l'idée d'une vie ascétique où l'homme doit lutter contre les turbulences de son corps ; les Cyrénaïques, au contraire, font de la satisfaction de tous les désirs le bien suprême. Toutes ces réflexions ont conduit à de nombreuses distinctions, comme on le voit par exemple chez Épicure.

La classification des désirs

La morale épicurienne est une morale qui fait du plaisir le bien, et de la douleur le mal. Pour atteindre le bonheur (l'ataraxie), l'épicurien suit les règles du quadruple remède, appelé le "Tétrapharmacos" :
-les dieux ne sont pas à craindre ;
-la mort n'est pas à craindre ;
-la douleur est facile à supprimer ;
-le bonheur est facile à atteindre. C'est en vue de ce dernier qu'il faut plus particulièrement penser le désir. Épicure classe ainsi les désirs : Cette classification n'est pas séparable d'un art de vivre, où les désirs sont l'objet d'un calcul en vue d'atteindre le bonheur.

Le calcul des plaisirs

Pour Épicure, le calcul (ou « arithmétique ») des désirs s'oppose à la fois à l'ascétisme, où l'on se contente d'une vie frugale pour respecter une loi morale, et à la débauche, qui entraîne des souffrances du corps et des troubles de l'âme. En général, le plaisir est nécessaire au bonheur, et on le recherche tout en fuyant la douleur. Dans certains cas toutefois, nous traitons le bien comme un mal, car il faut fuir un plaisir léger qui aurait pour conséquence une douleur. Par exemple, pour le corps, boire de l'alcool est agréable, mais peut entraîner la déchéance physique ; et pour l'âme, l'amour est la suppression d'un manque, mais peut entraîner la douleur du fait qu'une union parfaite (comme dans le mythe d'Aristophane) est impossible. Dans d'autres cas, nous acceptons la douleur si elle est passagère, et si elle est la condition d'un plaisir plus haut. Par exemple, l'exercice physique du corps est douloureux, mais la santé qui en résulte est un plaisir. Si on se livre à un calcul véridique des plaisirs, le bonheur sera peut-être facile à atteindre. Un hypothétique résultat serait l'autarcie, état où l'on se suffirait à soi-même en limitant ses désirs : on ne dépendrait pas des autres, et on ne passerait pas sa vie à la poursuite d'objets extérieurs. Si limiter sa quête insatiable d'objet extérieur est possible dans une certaine mesure, être indépendant des autres est un fantasme qui n'est pas réalisable et qui n'est pas toujours souhaitable. Nous sommes par nature en harmonie avec le reste du monde. En se contentant de satisfaire des désirs naturels, on a réduit le désir aux besoins naturels. Mais cette limitation des désirs pose la question de savoir si l'on peut réduire le désir au besoin ; et si l'on peut distinguer des besoins naturels et des besoins artificiels.

Le désir de vérité

Cet exposé de la doctrine épicurienne fait voir qu'il n'est pas facile de distinguer la réalité des désirs. L'épicurisme suppose une insatisfaction fondamentale. Quel est alors le véritable désir de l'homme et comment l'assouvir ? Pour Platon, ce désir est le désir de vérité et il faut pour l'assouvir se libérer de « cette chose mauvaise » qu'est le corps. Il identifie vrai et bien, et donc le vrai désir est la recherche du bien. Les faux désirs sont ceux du corps qui troublent l'âme, l'empêchent d'atteindre la vérité et sont sources d'illusions. Cet idéalisme platonicien fait donc du corps une source d'erreur et de mal :
-les désirs du corps sont moralement condamnables, sauf quand ils permettent d'accéder aux Idées ;
-le désir de vérité est en même temps désir du Bien. Tous les philosophes n'ont pas condamné le désir ; il faut de plus remarquer que si Platon condamne moralement le désir, ce dernier reste la condition d'une spiritualisation des instincts qui passe par la philosophie et la politique et qui est l'expression du désir d'immortalité. Mais peut-on condamner aussi catégoriquement le désir ? S'il est la cause de nos actions, on ne le devrait pas, car il serait alors l'essence même de notre nature.

L'essence de l'homme

Dans la distinction du "désir" et du "besoin", on peut voir le désir comme une caractéristique, non seulement de l’être humain, mais de l’individu dans ce qu'il a d'unique. Ainsi un désir est propre à une personne avec son vécu et du même coup son inconscient.

Le désir mimétique de René Girard

L'exemple, donné par René Girard, d'enfants qui se disputent des jouets semblables en quantité suffisante, conduit à reconnaître que le désir mimétique est sans sujet et sans objet, puisqu'il est toujours imitation d'un autre désir et que c'est la convergence des désirs qui définit l'objet et qui déclenche des rivalités où les modèles se transforment en obstacles et les obstacles en modèles. La résolution de la violence mimétique, pour Girard, serait dans la victime émissaire devenue sacrée par la violence subie.

Désir et manque

Gilles Deleuze conçoit lui un désir résolument positif. Le désir ne s'axe pas sur un manque mais il est construction. La confusion entre le manque et le vide est l'origine de la conception du désir comme comblement, forcément négatif, d'un manque.

Besoin et désir

Tout le mystère de l'humain résiderait dans le fait qu'il existe en lui deux dimensions du désir : l'une animale, poursuivant des objets, des situations, des plaisirs, en vue de la survie et de la perpétuation de son organisme physique et de son génome (procréation), et une autre dimension, qui ne poursuit pas un objet mais un fantasme résultant de la confrontation entre le vécu intra-utérin mémorisé et le vécu extra-utérin après la naissance. Cette dimension, proprement humaine, subvertit la dimension physique et animale en nous, la sanctifiant ou la diabolisant. On peut d'abord élaborer une première distinction possible selon laquelle le besoin peut être vu comme un besoin d’ordre naturel voire physiologique, i.e. qu’il concerne la survie (comme se nourrir) alors que le désir n’a pas de caractère de nécessité naturelle, impliquant par là la futilité. C’est par ailleurs la thèse que l’on trouve chez Epicure dans sa Lettre à Ménécée : il expose en effet sa philosophie comme ayant pour visée une vie de plaisir à travers la sélection des désirs en fonction de leur finalité. Il s’agit pour lui de discerner la capacité des désirs à procurer le bonheur sans le compromettre ; il distingue pour cela les désirs naturels et nécessaires (manger, dormir…) des désirs non naturels et donc vains (désir de richesse, d’immortalité, de gloire, d’amour…). Il faut donc conserver les besoins naturels car tous les autres sont vains et futiles. Par là il reprend la sentence stoïcienne « limite-toi aux désirs que tu peux satisfaire » qui repose sur la morale de la Grèce Antique selon laquelle l’homme ne doit poursuivre que la satisfaction de ses besoins et non celle de ses désirs. Le seul désir acceptable serait dès lors le désir de ne pas désirer, mais une telle conception réduirait alors l’homme à l’état d’animal. L’objection majeure à une telle distinction serait donc de montrer en quoi le rejet du désir comme tel serait réduire l'homme à une animalité certaine. Pour cela, il s'agit dès lors de montrer que si dans le désir il n’y a pas de nécessité naturelle, il peut toutefois y avoir une impérativité (si j’ai un désir amoureux pour Mlle Dupont et qu’elle me rejette, alors dépression). De même, on voit bien que le besoin n’est pas simplement naturel (on peut aussi avoir besoin d’une voiture ou d’un stylo) car l’objet du besoin se définit par sa fonctionnalité, i.e. son adéquation à une finalité. Il n’est requis du besoin que de remplir une fonction, c’est pour cela que l’objet du besoin est en propre substituable, il n’est donc pas déterminé dans sa singularité. Alors que le désir, lui, porte sur un objet précis et non substituable (je veux Mlle Dupont et personne d’autre). L'objet d'un besoin procède donc d’une fonction que je vise à travers lui, alors que l’objet du désir représente quelque chose d’autre que lui-même (si je désire un verre de Riesling, c’est parce que je suis un petit alsacien et que cela me rappelle ma jeunesse). Il y a donc dans le désir une dimension symbolique de représentativité de l’objet visé, c’est en cela qu’il est donc proprement humain. Alors que dans le besoin, il s’agit d’avoir l’objet pour sa fonctionnalité, dans le désir, l’objet est visé parce qu’il faut être cet objet. C’est cette distinction qui peut être faite entre la réclame et la publicité : alors que les réclames étaient censée susciter le besoin de posséder tel ou tel objet pour sa fonctionnalité (on vante les mérites d'une voiture parce qu'elle est plus performante), la publicité montre des personnes idéales auxquelles il s’agit de s’identifier à travers la consommation (il s’agit d’acheter une belle bagnole pour être un riche et bel homme incarnant la réussite sociale). On le voit donc bien, une dichotomie entre besoin et désir n'est donc pas si évidente et relève bien d'une réflexion sur la signification qu'on leur prête. Reste que le désir est bien l'essence de l'homme en cela qu'il représente un ordre à proprement parler symbolique. C'est ce que va montrer Freud, pour qui le désir se constitue toujours tel que désir d’un objet mais objet visé sur un mode symbolique. Autrement dit, l’objet désiré est désirable en tant qu’il représente inconsciemment autre chose que lui-même antérieurement vécu. Le principe de plaisir (satisfaction des désirs la plus directe) est donc différé par le principe de réalité au travers d’un détournement symbolique. Le désir est dès lors, chez Freud, toujours désir de retrouver une satisfaction antérieure et il advient que la première de ces satisfactions est celle de l’expérience fusionnelle avec la mère. Le désir est pourtant un besoin puisque l'homme est un être de désir, et que celui ci est le moteur de la vie humaine !?

Le désir comme interdit

On le voit donc bien, ce qui est visé dans le désir c’est donc la jouissance, i.e. une présence immédiate, une complétude que Lacan nomme La Chose, autrement dit cela qui ne peut être nommé. L’homme étant parlant, son désir ne peut se faire que sur le mode symbolique du langage, par conséquent, il ne peut jamais atteindre l’objet de sa jouissance ; autrement dit, parce que sa jouissance se porte sur des objets phénoménaux qui ne sont pas à proprement parler l’objet du désir, il ne peut qu’être confronté à l’insatisfaction. Mais cette insatisfaction permet alors de relancer le désir en l’homme, c'est-à-dire que si La Chose était quelque chose dont on pourrait jouir, il n’y aurait plus de désir. La jouissance est donc bien visée dans le désir, mais elle demeure inatteignable, mieux, interdite. La Chose est en effet une béance qui fait que chaque objet est insatisfaisant. Ainsi après la jouissance de chaque objet, le désir est donc relancé vers un autre par la dynamique dont procède La Chose, elle est donc entre deux objets du désir, ces deux objets qui ne peuvent être que « dits » : elle est inter-dite. Ce vide impénétrable de La Chose, ce manque perpétuel est donc constitutif du désir. C'est par ailleurs en lieu de ce vide insatisfaisant que Platon place l’illusion du Souverain Bien, perdant par là de vue l’enjeu aporétique des dialogues socratiques dont la conclusion est toujours le savoir du non-savoir (autrement dit le vide). Pour Platon les dialogues ne sont en effet pas pure négation, ils sont certes un moyen de se défaire des opinions fausses mais seulement pour viser la connaissance. Le dialogue est conçu selon un schéma linéaire qui doit finalement aboutir à la connaissance du Souverain Bien. :« La Schwärmerei de Platon c’est d’avoir projeté sur ce que j’appelle le vide impénétrable l’idée de Souverain Bien. » Autrement dit Platon est celui qui a pris pour réalité ce qui n’est qu’illusion, une illusion que Freud a commencé à dissiper.

Désir et être

Le désir est souvent considéré comme le "ce" de ce que le sujet perçoit et ressent. Ainsi, le désir est synonyme, est fonction d'être. En effet, l'un ne peux exister sans l'autre. une vraie harmonie, symbiose s'installe entre ces deux termes, qui à la base, sont plus que très éloignés l'un envers l'autre. Enfin, l'être, être ou ne peut être est facile d'insertion dans le domaine de définition du concept: désir.

Voir aussi

Bibliographie

- Le Banquet, Platon
- Phédon, Platon
- De l'âme, Aristote
- Lettre à Ménécée, Épicure
- Éthique, Spinoza
- Généalogie de la morale, Friedrich Nietzsche
- Le Crépuscule des idoles, Friedrich Nietzsche
- Penser le désir, Foerster Maxime ===
Sujets connexes
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