Régis Debray

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Régis Debray, né le à Paris, est écrivain et aussi médiologue.
Régis Debray

Régis Debray, né le à Paris, est écrivain et aussi médiologue.

Parcours

Il réussit le concours d'entrée à l'École normale supérieure en 1960 fort brillamment : il entre cacique, puis en 1965 passe l'agrégation de philosophie. Il adhère au parti communiste, part ensuite s'installer à Cuba et suit Che Guevara en Bolivie où il est arrêté et incarcéré pendant 4 ans. À sa libération, il part au Chili et rencontre Salvador Allende et Pablo Neruda. De la rencontre avec Allende émergeront le livre Entretiens avec Allende sur la situation au Chili, ainsi qu'un entretien vidéo : Ce que disait Allende (dont un extrait est disponible sur le de Régis Debray). Il rentre en France en 1973. Il analyse alors l'impact des médias, de la communication et fonde les cahiers de médiologie. Plusieurs formulations où il fait référence à des travaux scientifiques étant violemment contestées par Alan Sokal, Jean Bricmont et Jacques Bouveresse, il proteste - sans toujours convaincre - du fait qu'il a juste cherché à user de métaphores accessibles au lecteur, non à développer des analogies au fondement discutable comme on le lui reproche, et moins encore à user des mathématiques ou des sciences comme « signifiants d'autorité » plutôt que comme « outil de travail » (voir culte du cargo). Il s'est caractérisé au début des années 1980 par une controverse concernant Bernard Pivot dont il avait dénoncé l'emprise « hégémonique » sur le monde des livres. Il tenta de démentir ce propos, mais ce démenti fut lui-même démenti par une bande vidéo diffusée à la fin d'une émission d'Apostrophes. Peu rancunier et sans doute taquin, Pivot invita par la suite Régis Debray dans cette émission. Beau joueur, celui-ci accepta. Il devient Maître des requêtes au Conseil d'État, nommé au tour extérieur ; il sera, en 1992, le seul membre du Conseil d'État à en avoir démissionné. Il a été le premier Président de l'Institut européen en sciences des religions et fut membre de la commission Stasi.

Idées

Régis Debray s’intéressa beaucoup au problème du religieux et de la croyance au sein du groupe social. Son postulat de départ est simple : il n’y a pas de société sans transcendance. De même qu’un État laïque a ses obligations morales, ce n’est pas parce qu’on est athée qu’on n’a pas de valeurs sacrées. Pour lui, cette transcendance est nécessaire à la cohésion sociale. L’Union soviétique avait Lénine, les États-Unis d'Amérique ont George Washington et les pères fondateurs, la Constitution. Il y en avait aussi autrefois en France avec les grands héros mythiques de la République, comme Danton ou Leclerc… Selon Régis Debray, un groupe ne peut se définir que vis-à-vis d'une référence transcendante (qu'elle soit territoriale, doctrinaire ou légendaire) vers laquelle se tourne la croyance des gens. Il appelle cette nécessité de définir le groupe par une entité qui lui est extérieure incomplétude, et nomme cette entité le sacré du collectif, qui est la représentation de ce que le groupe estime être le « meilleur ». C'est cette croyance qui assure la confiance réciproque entre les membres du groupe, et garantit selon R. Debray l'ordre social. Debray nous dit que ce sacré serait déterminé par la technologie de la transmission d'information, et baptise l'étude de celle-ci la médiologie. Ce néologisme désigne l’étude des supports de transmission de message, qui selon lui ont transformé les mœurs, les rapports au pouvoir, au savoir… R. Debray s'intéresse à trois exemples en particulier :
- Le premier est ce qu’il appelle le codex, c’est-à-dire le premier livre relié, la Bible chrétienne, qui facilite la communication du Dieu unique. Cette « invention » du christianisme va transformer l’ordre social.
-La deuxième révolution, deuxième évolution du sacré, est l’invention de l’imprimerie. Cette diffusion des livres, du savoir, générera l’École, la République et la laïcité.
- La troisième grande technologie est la révolution informatique avec le développement de la Toile. Sur cette toile géante, il n’y a plus de frontières, plus d’État. À quelle forme de « sacré » cela mène-t-il ? La médiologie sera le deuxième temps du travail de Régis Debray. Comment une idée abstraite devient une force matérielle ? Qu’est ce que la force des idées ? Comment l’idée d’un Dieu unique, total, universel a-t-elle acquis autant de force et comment s’est-elle traduite par des rites ? Comment l’idée d’un Dieu totalement abstrait incarné dans un être a-t-elle fait exploser la société romaine ? Comment peu à peu y a-t-il eu une conversion dans cette croyance incongrue ? Debray va se pencher sur toutes ces questions en étudiant les moyens de transmission. Pour lui le messager conditionne le message. Sa thèse est la suivante : « l’invention de l’écriture alphabétique jointe à une nouvelle technique de partage (le codex) dans un milieu nomade mais sédentarisé a été la condition de naissance de Dieu comme universel ». Sans cela, l’idée d’un Dieu universel n’aurait pas été possible et le Dieu juif aurait été un dieu mort. Le transport s’est réalisé par l’écriture et le partage d’un Dieu transcendant. Debray va alors constituer une histoire des « médiasphères », c’est-à-dire les techniques de transport qui ont impliqué des changements de croyance et donc des changements d’ordre social. Par le siècle des Lumières, on a cru pouvoir éliminer la religion, mais Debray nous dit qu’on n’a pas pu éliminer la croyance. Il nous dit que la crise actuelle en France est véritablement une crise de la symbolique républicaine, due à un manque de sacré. Pour Régis Debray, le dernier grand homme à symbolique républicaine était François Mitterrand. Les États-Unis ont su échapper à cette crise du sacré, par leur civisme et leur patriotisme, même s'ils sont mis au service de mauvaises causes. L’effigie du dollar étasunien en est un exemple frappant : « IN GOD WE TRUST ». C’est ce symbolique patriotique qui fait la force des États-Unis. L’Europe est en crise car il n’y a pas de puissance symbolique. Debray prétend appliquer le théorème d'incomplétude de Gödel à l'ordre social pour "démontrer" sa théorie. Il a été vivement critiqué pour l'utilisation de ce résultat mathématique par Alan Sokal et Jean Bricmont dans leur livre Impostures intellectuelles, utilisation qu'ils jugent sans fondement. Régis Debray nous dit que quand s’épuise le sens du symbolique reviennent les autorités religieuses. Plus la puissance symbolique est dématérialisée (la religion), plus l’ordre symbolique est fort et plus la puissance symbolique est historicisée (personnages), plus l’ordre symbolique est fragile. Une humanité sans croyance est réduite à l’animalité. Comment alors faire vivre une sacralité non religieuse, tout en lui gardant une symbolique ?

Commissaire et commissions

Selon l'ancien président haïtien Jean-Bertrand Aristide, Régis Debray est venu en 2004 à Port-au-Prince lui demander de démissionner avant la fin de son mandat constitutionnel.

Œuvre

- La Frontière, suivi de Un jeune homme à la page (1967)
- Nous les tupamaros, suivi d'apprendre d'eux (1971)
- L'Indésirable (1975)
- Les rendez-vous manqués (pour Pierre Goldman) (1975)
- Journal d'un petit bourgeois entre deux feux et quatre murs (1976)
- La neige brûle, prix Femina (1977)
- Le Scribe : genèse du politique (1980)
- Critique de la raison politique (1981)
- Le pouvoir intellectuel en France (1986)
- Comète ma comète (1986)
- Christophe Colomb, le visiteur de l'aube, suivi des Traités de Tordesillas (1991)
- Contretemps : Eloge des idéaux perdus (1992)
- Trilogie "Le temps d'apprendre à vivre" I : Les Masques, une éducation amoureuse (1992)
- Vie et mort de l'image (1995)
- Contre Venise (1995)
- L'œil naïf (1994)
- A demain de Gaulle (1996)
- La guérilla du Che (1996)
- Transmettre, Odile Jacob (1997), traduit en anglais en 2000 (Transmitting Culture)
- L'État séducteur (1997)
- La République expliquée à ma fille (1998)
- L'abus monumental (1999)
- Shangaï, dernières nouvelles (1999)
- Trilogie "Le temps d'apprendre à vivre" II : Loués soient nos seigneurs, une éducation politique (2000)
- Trilogie "Le temps d'apprendre à vivre" III : Par amour de l'art, une éducation intellectuelle (2000)
- L'Emprise, Gallimard (2000)
- Dieu, un itinéraire (2001, Prix Combourg 2003)
- L'Enseignement du fait religieux dans l'école laïque (2002)
- Le Feu sacré : Fonction du religieux (2003)
- À l'ombre des lumières : Débat entre un philosophe et un scientifique (2003) (Entretien avec Jean Bricmont)
- Ce que nous voile le voile (2004)
- Le plan vermeil (2004)
- Le siècle et la règle (2004)
- Le siècle et la règle. Une correspondance avec le frère Gilles-Dominique o. p.
- Julien le Fidèle ou Le banquet des démons (2005)
- Sur le pont d'Avignon, Flammarion, (2005)
- Les communions humaines (2005)
- Supplique aux nouveaux progressistes du XXIe siècle, Gallimard, (2006)
- Aveuglantes Lumières, Journal en clair-obscur, Gallimard, (2006)
- L'obscénité démocratique, Flammarion, (2007)

Cinéma

Régis Debray apparait dans Chronique d'un été (1961) de Jean Rouch et Edgar Morin.

Biographie

1940, naissance à Paris. 1960, entrée à l’École normale supérieure d’Ulm (cacique, c'est-à-dire major du concours d'entrée). 1961, se rend à Cuba et participe aux brigades d'alphabétisation de Fidel Castro 1963, au Venezuela, il filme la guérilla, troque la caméra pour le fusil et entre dans les rangs des révolutionnaires. 1965, agrégation de philosophie et enseigne trois mois à Nancy. 1965-1967, Cuba et Amérique Latine. 1967-1971, prison (Camiri, Bolivie). 1971-1972, résidence au Chili. 1973, réinstallation en France. 1981-1985, chargé de mission auprès du Président de la République pour les relations internationales. 1984-1985, secrétaire général du Conseil du Pacifique Sud 1985-1992, maître des Requêtes au Conseil d’État. Mise en disponibilité sans traitement en 1988. Démission en 1992. 1991-1992, responsable culturel du Pavillon français à l’exposition universelle de Séville. 1993, thèse de doctorat, Paris I, titre : « Vie et mort de l’image. Une histoire du regard en Occident », sous la direction de M. François Dagognet. 1994, habilitation à diriger des recherches, sur travaux, jury présidé par M. Bourgeois, en Sorbonne. 1996, naissance des Cahiers de Médiologie (1996-2002, semestriel, Gallimard ; 2003, semestriel, Fayard). 1998, directeur de programme au Collège international de philosophie (avec François Dagognet, un séminaire sur « Technique et Philosophie »). 1998-2002, président du Conseil scientifique de l’École nationale supérieure des sciences de l'information et des bibliothèques (ENSSIB). 1999, professeur de philosophie à l’Université Jean Moulin, Lyon III. 2002-2004, président de l’Institut européen en sciences des religions, Paris XIV (détachement auprès de l’École pratique des hautes études, à Paris).

Notes et références

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Sujets connexes
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