Franz Liszt

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Franz Liszt (Liszt Ferenc en hongrois) est un compositeur et pianiste hongrois, sujet des Habsbourg, né à Doborján (all. Raiding, aujourd’hui en Autriche) le et décédé à Bayreuth (Allemagne) le . Liszt est le père de la technique pianistique moderne et du récital. Avec lui, naissent l’impressionnisme au piano, le piano orchestral — Mazeppa, la quatrième étude d’exécution transcendante — et le piano littéraire — les Années de p
Franz Liszt

Franz Liszt (Liszt Ferenc en hongrois) est un compositeur et pianiste hongrois, sujet des Habsbourg, né à Doborján (all. Raiding, aujourd’hui en Autriche) le et décédé à Bayreuth (Allemagne) le . Liszt est le père de la technique pianistique moderne et du récital. Avec lui, naissent l’impressionnisme au piano, le piano orchestral — Mazeppa, la quatrième étude d’exécution transcendante — et le piano littéraire — les Années de pèlerinage. Il est à l’origine — avec Frédéric Chopin — de toute une lignée de compositeurs : Ravel, Rachmaninov, Scriabine.

Le personnage

Biographie

L’enfance

Statue de Liszt enfant à Kalocsa Son père, Adam Liszt, violoncelliste dans un orchestre local et secrétaire du prince Esterházy, lui enseigne le piano dès son plus jeune âge, au travers des œuvres de Haydn, Mozart et Beethoven. Il se révèle très vite un enfant prodige et, à dix ans, part pour Vienne (Autriche) afin de suivre pendant deux ans les cours d’harmonie de Salieri et de piano de Carl Czerny. L’on pressent en lui un second Mozart : Alain Martinville déclarant à la suite d’un de ses concerts Depuis hier, je crois à la métempsycose. Je suis convaincu que l’âme et le génie de Mozart sont passés dans le corps du jeune Liszt (sic). La consécration viendra de Beethoven qui le reçoit chez lui à Vienne, bien que méfiant vis-à-vis des petits prodiges. À l’occasion d’une tournée à Paris, accompagné par son père, il tente d’entrer au Conservatoire (alors École royale de musique et de déclamation) mais est évincé par Cherubini car il est étranger. Ces années-là, il voyage également en Grande-Bretagne et notamment à Londres. En 1824 il devient l’élève de Ferdinando Paer et compose à 14 ans son opéra Don Sanche ou le Château d’amour, dont l’accueil médiocre — du moins en comparaison des attentes qu’il avait suscité — l’affectera beaucoup. Après une première crise de mysticisme suite au décès de son père en 1827 à Boulogne-sur-Mer, alors qu’ils revenaient d’outre-Manche, il revient à Paris et donne des cours de piano afin de subsister.

Voyages en Europe

À l’âge de 21 ans, par Achille Devéria À Paris, il rencontre Hector Berlioz, George Sand, Alfred de Musset, Frédéric Chopin, Honoré de Balzac, devient l’ami d’Eugène Delacroix et fait la connaissance de Niccolò Paganini, qui aura une grande influence sur le développement de son art. En 1833 commence sa liaison avec la comtesse Marie d'Agoult (connue sous son nom de plume Daniel Stern) qui lui donne trois enfants : Blandine (1835-1862), Cosima (1837-1930) et Daniel (1839-1859). Blandine devient l’épouse d’Émile Ollivier et Cosima celle de Richard Wagner après avoir été celle de Hans von Bülow. En 1836, Liszt entreprend une tournée à travers l’Europe (Suisse, Italie, Russie…) et donne des concerts dans toutes les grandes villes. Outre ses propres œuvres — ses Rhapsodies datent de cette époque — il joue des œuvres de Chopin et de la musique allemande.

Vie de compositeur

Portrait de Liszt par Miklós Barabás (1847). Comme en témoignent notamment ses correspondances, Liszt est un grand séducteur et connaît de nombreuses et célèbres femmes avant d’embrasser la carrière religieuse. Après s’être séparé de Marie d'Agoult en 1844, il rencontre à Kiev en 1847 la princesse Carolyne Sayn-Wittgenstein qui lui conseille d’interrompre ses tournées de concert pour se consacrer à la composition. C’est en 1848 qu’il s’installe à Weimar en tant que maître de chapelle où le grand-duc l’avait nommé en 1842. Débute alors une nouvelle période pendant laquelle il compose ses poèmes symphoniques, avec l’aide de son secrétaire particulier Joseph Joachim Raff et d’un matériel unique : le piano-melodium. Il se consacre également à la direction des œuvres de ses contemporains. Autour de lui se rassemblent de nombreux élèves — parmi lesquels Hans von Bülow, qui deviendra son gendre — auxquels il fait découvrir Berlioz, Wagner, Saint-Saëns. Toutefois, son talent et ses idées novatrices n’étant pas du goût de tout le monde, les conservateurs ne manquèrent pas de lui mener la vie dure, ce qui le conduit à démissionner de son poste le La vie des hommes illustres n°1 "La vie de Franz Liszt" 1929 page 205 ligne 20. Jusqu’à cette date, Weimar est grâce à lui un centre exceptionnel de création et d’innovation. Après avoir tenté sans succès d’obtenir auprès du Pape son divorce, Carolyne se sépare de Liszt, qui entre dans les ordres mineurs en 1865. Il profite de son séjour à Rome pour découvrir la musique religieuse de la Renaissance.

Dernières années

Liszt au piano (Century Magazine, 1886). Il se retire à Rome en 1861 et rejoint l’ordre franciscain en 1865, recevant la tonsure et quatre commandes mineures de l’Église catholique. Il était cependant excommunié en raison de son appartenance à la franc-maçonnerie.. À partir de 1869 et jusqu’à sa mort, l’abbé Liszt partage son temps entre trois capitales : Budapest, Rome et Weimar qui correspondaient à trois tendances : sa sentimentalité de Hongrois, son mysticisme religieux et sa musique d’influence allemande. À Budapest, pendant les mois d’été, il continue à recevoir des pupilles gratuitement, y compris Alexander Siloti. Il met alors de côté son activité de virtuose pour se consacrer essentiellement à la composition et à l’enseignement. De 1876 à sa mort, il enseigne également pendant plusieurs mois chaque année à l’Académie royale de musique de Budapest dont il fut un des fondateurs et qui sera d’ailleurs rebaptisée plus tard . Il meurt à Bayreuth le à 23h30, à la suite d’une pneumonie contractée pendant le festival de Bayreuth.

Les derniers jours du musicien

-Le dimanche , Liszt à bout de forces assistera à un dernier opéra de son ami Richard Wagner : Tristan und Isolde ;
-Le lundi 26, il est au plus mal et se voit privé par les médecins de son cognac quotidien ;
-Le vendredi, les tremblements et le délire frappent cet homme redoutant encore la mort. En effet, Liszt est né un mardi, l’année 1886 commence un vendredi et il a pour ce jour la superstition des Italiens ;
-Le samedi 31, vers 2 heures du matin, après un sommeil anormalement agité, le compositeur hongrois se lève en hurlant, renverse son domestique accourant pour le recoucher puis s’effondre. Dernière intervention des médecins peu après. Vers 10 heures, Liszt prononce ses dernières paroles. Il murmure et alors que ses proches lui demandent s’il souffre celui-ci répond calmement . Cette parole aura été sa dernière, et elle fut également la dernière de Chopin.

Les dimensions d’un personnage complexe

La vie sentimentale

Caroline de Saint-Cricq
L’amour forme la troisième composante de l’âme du compositeur hongrois, et il n’aura de cesse de vouloir l’unir avec les deux autres : en l’occurrence l’art et la religion. Son père avait eu avant de mourir l’intuition du poids que celui-ci allait tenir dans sa vie : Il craignait que les femmes troubleraient mon existence et me domineraientLettre à Carolyne de Sayn-Wittgenstein du .. Le premier émoi amoureux de Liszt remonte en fait à un concert donné à Vienne le où se produisait également une cantatrice hongroise de 7 ans son aînée Caroline Unger, qui fit sur lui, alors âgé de douze ans, une forte impression. Jusqu’à la mort de son père, Franz Liszt effectue une sorte de refoulement de ses penchants amoureux en se réfugiant dans la religion. Or, la disparition d’Adam Liszt va l’amener à organiser des cours de piano afin de s’assurer son confort matériel. L’une de ses élèves n’étant autre qu’une certaine Caroline de Saint-Cricq, fille du ministre du commerce et de l’industrie. Avec le consentement de la mère de celle-ci, un amour platonique se développe entre eux, les amenant à prolonger la leçon de piano jusqu’à 10 heures du soir. Or, la mort de M de Saint-Cricq, qui a pourtant déclaré avant d’expirer qu’elle souhaitait leur mariage, va mettre fin à cette idylle. M. de Saint-Cricq refuse en effet que sa fille épouse un artiste, et renvoie celui-ci en mettant fin aux leçons. Caroline se mariera avec le comte d’Artigaux et Franz Liszt, désespéré, sombrera dans une nouvelle crise mystique.
Marie d’Agoult
Marie d'Agoult en 1843 Remis sur pied par la révolution de 1830, Franz Liszt connaîtra des aventures éphémères avec la comtesse Plater, muse de Frédéric Chopin, et la comtesse Adèle de Laprunarède. Puis, il fait la rencontre en 1832 de Marie d'Agoult née Flavigny dans le salon de la marquise de Le Vayer. Il laissera tout de suite à celle-ci toujours froide d’apparence une vive impression : Madame Le Vayer parlait encore que la porte s’ouvrait et qu’une apparition étrange s’offrait à mes yeux. Je dis apparition, faute d’un autre mot pour rendre la sensation extraordinaire que me causa, tout d’abord, la personne la plus extraordinaire que j’eusse jamais vueComtesse d’Agoult, Mémoires 1833-1854.. Leurs relations au cours de l’année qui va suivre seront difficiles, et faites de ruptures et de réconciliations successives. La mort de la fille de Marie et du comte d’Agoult, Louise, va mettre fin à ces tergiversations. En effet, lorsque Liszt de retour de la Chênaie vient la réconforter, Marie lui demande : , et Liszt de répondre . Le couple s’enfuit alors en Suisse, où tous deux connaîtront deux mois de bonheur : Personne ne savait notre nom (…) Presque partout à nous voir si semblables (…) on nous prenait pour frère et sœur ; nous en étions tout ravis. Une telle erreur ne témoignait-elle pas, mieux que tout le reste, des affinités secrètes qui nous avaient si fortement attirés l’un à l’autreibid. Mais Liszt commet ensuite une double erreur : faire venir son jeune protégé Hermann Cohen qui viole leur intimité, puis accepter, à la suite de l’insistance de son ami Pierre Wolloff un concert à Genève. D’autant que la société genevoise est plutôt médisante à l’égard de Marie. En témoigne le journal de Valérie Boissier : C’est une femme de 30 ans au moins, une blonde fade ! Entre-temps, une fille Blandine est née, mais Liszt rêve de partir à Paris pour en découdre avec la nouvelle étoile montante, Sigismond Thalberg. Il y part pour trois jours, il rentrera 2 mois plus tard, le . À son retour, l’atmosphère genevoise commençant à devenir pesante, lui et Marie décident d’aller rejoindre George Sand à Chamonix. L’année suivante, Liszt repart à Paris pour le duel final avec Thalberg tandis que Marie s’installe chez George Sand à Nohant. Désireux de relancer leur couple, Liszt et Marie font une nouvelle échappée amoureuse en Italie. Le souvenir qu’en garderont l’un et l’autre sera assez différent : pour Liszt , alors que Marie est plus circonspecte . Lentement, la situation se dégrade, et Liszt saisit l’occasion des inondations de Pesth de 1838 pour faire une série de concerts dans l’empire autrichien. Alerté par un de ses amis que la santé de Marie s’est dégradée, il abrège son séjour et rentre à Venise. Finalement la séparation de facto a lieu en octobre 1839 : Liszt partant pour Vienne, tandis que Marie gagnait Paris. Désormais leur union n’aura plus qu’un caractère formel : Marie le rejoint lors de sa tournée à Londres, et tous deux passeront leurs vacances trois années successives à Nonnenwerth. La parution en 1846 de Nélida, roman à clé où Marie peignait, sous le pseudonyme de Daniel Stern, un bilan négatif de son union avec Liszt ; va être le prétexte pour celui-ci à la rupture définitive. Au total le roman d’amour entre Liszt et Marie d’Agoult suscitera des jugements contrastés. Des lisztiens comme Zsolt Harsanyi porteront ainsi tous les torts sur Marie d’Agoult, qui, il est vrai, portait le flanc à la critique en écrivant dans Nélida : .
Carolyne de Sayn-Wittgenstein
Au début de l’année 1847, Liszt part pour Kiev où il organise un concert caritatif au bénéfice des salles d’asiles. Le prix des places est fixé à 5 roubles. Or une mystérieuse bienfaitrice en offrit 100 roubles. Intrigué Liszt apprend qu’il s’agit de la princesse de Sayn-Wittgenstein, qui, vivant seule en Podolie, était venue à Kiev régler diverses affaires, et lui rend visite à Woronice en octobre après une série de concerts en Russie. Des liens forts, platoniques et artistiques, entre eux se mettent en place au cours de ce séjour : Liszt compose Les glanes de Woronice qu’il dédie à sa nouvelle muse, tandis que Carolyne aurait pressenti, selon une légende non entièrement accréditée, que celui-ci serait le plus grand compositeur de son temps, en écoutant son Pater noster. Carolyne vivant séparée de son mari, elle pense pouvoir obtenir aisément le divorce pour l’épouser. Ayant accepté les fonctions de maître de chapelle à Weimar, Liszt se rend début janvier à la principauté où Carolyne doit le rejoindre, tandis que les révolutions font rage en Europe. Afin d’éviter les troubles en Pologne, le tsar décrète la fermeture de la frontière : Carolyne et sa fille, Marie, passent in extremis. Par souci des convenances, Liszt s’installe à l’hôtel Erbprinz, et Carolyne au palais de l’Altenberg. En 1849, tous deux se rendent à Bad Eilsen où ils rédigent les principaux ouvrages de Liszt sur Chopin et la musique tzigane. Puis Liszt, las d’attendre un divorce qui ne vient pas, en dépit de l’influence de la grande-duchesse de Weimar sur le tsar, décide de s’installer avec Carolyne à l’Altenburg. Les conséquences ne s’en font pas attendre : la société conservatrice de Weimar puis la cour grande-ducale, ferment leurs portes à la princesse. De la sorte, leur existence devient très précaire : . En 1854, Carolyne est bannie de Russie, et tous ses biens sont saisis. Dès lors, Carolyne va accompagner le quotidien de Liszt pendant la décennie qui va suivre, exception faite de séjours de la princesse et de sa fille à Paris en août 1855, cependant que Liszt reçoit ses trois enfants, et à Zurich, chez Wagner, en octobre 1856. Tandis que Liszt quitte Weimar dès 1858, date à laquelle il démissionne de ses fonctions de maître de chapelle, voyageant les deux années suivantes à travers les empires habsbourgeois et français, la princesse ne partira du grand-duché pour Rome, afin de plaider pour son divorce, qu’en 1860. Suite à des avancées encourageantes, Liszt la rejoint là-bas le . Dans la nuit du 21 au 22, un émissaire papal vient les avertir que, suite à un revirement de dernière minute, leur union ne pourrait avoir lieu.
Dernières liaisons sentimentales
Prenant acte de cet échec et quoique le décès du prince de Sayn-Wittgenstein en 1864 rende l’union possible, Liszt décide de se vouer à la prêtrise (il reçoit la tonsure et est admis dans les ordres mineurs en 1865), tandis que Carolyne se consacre à sa grande œuvre théologique en 25 volumes, Les Causes intérieures de la faiblesse extérieure de l’église, bientôt mis à l’index pour son manque d’orthodoxie. Tous deux conserveront cependant des liens d’amitié forts. Dès 1863, Liszt fait pourtant la connaissance de la baronne Olga von Meyendorff, mais leur liaison sera surtout platonique. En 1869, Liszt croise la route d’une dénommée Olga Janina, jeune comtesse, prétendument cosaque, qui s’était mis en tête de devenir sa maîtresse. Elle y parvient en s’introduisant (contre la consigne) dans la villa d’Este déguisée en homme, les bras chargés de fleurs pour retrouver son professeur adoré qui avait fui la tentation provoquée par la brûlante élève. Mais Liszt, las des excentricités de celle-ci, met un terme à leur relation. De retour d’un voyage en Amérique, elle pénètre la maison de l’abbé Liszt munie d’un revolver et de plusieurs flacons de poison : voulait-elle l’assassiner par dépit ? Ou bien, trop marquée par Tristan et Isolde, croyait-elle à la transfiguration de l’amour par la mort ? Toujours est-il qu’elle n’y parvient point. De rage elle aurait publié un pamphlet anti-Liszt, Les souvenirs d’une cosaque sous le pseudonyme de Robert Franz suivis bientôt de quatre autresLes analystes lisztiens sont partagés sur l’attribution de tous ces opuscules à la seule Olga Janina : Émile Haraszti n’en a aucun doute, quand Pierre-Antoine Huré et Claude Knepper sont plus circonspects. Liszt revient alors à une vie sentimentale plus calme, notamment auprès de la baronne Olga von Meyendorff qui sera sa compagne quasiment jusqu’à la fin. Quasiment, car en 1885 Liszt fait la connaissance de Lina Schmalhausen, jeune femme qui éprouve une forte passion pour le septuagénaire. Cependant l’entourage de Liszt et en particulier Cosima cherchent à éviter que tous deux ne se voient trop, afin de ne pas trop le fatiguer. À la mort de Liszt, Lina héritera de la main de Cosima du livre de prière de celui-ci.

Entre cosmopolitisme et nationalisme

La question de la nationalité de Liszt demeure ouverte car elle appelle à de multiples interprétations, parfois fantaisistes. (D’aucuns, ont ainsi voulu en faire un FrançaisEmile Haraszti, projetant sur Liszt son propre cas de hongrois exilé en France déclare ainsi (article Franz Liszt de l’Histoire de la musique dirigée par Roland-Manuel, tome II, page 547 éd. Pléiade), un Italien, voire un Slovaque.) En premier lieu, son origine allemande est à peu près hors de doute : du côté paternel, son grand-père, Georg, était un Autrichien du nom de List, qui avait magyarisé son patronyme en Liszt ; et du côté maternel Anna Liszt était une Allemande de Bohême (son nom de jeune fille était Laager). Sachant que Liszt n’a jamais pu parler correctement hongrois (ainsi, lors de son concert à Budapest, il déclare en français) et connaissant l’impact qu’a eu sur lui la culture germanique (notamment Faust), il semble aisé d’en faire un Allemand. Cependant, il n’a cessé de réaffirmer son attachement de cœur à la Hongrie, qui demeurait de toute évidence son pays natal (Raiding appartenant alors au comitat de Sopron en Hongrie) : Il n’y a rien qui puisse m’empêcher, en dépit de ma lamentable ignorance quant au langage hongrois, à m’affirmer depuis toujours magyar par le cœur et l’espritLettre au baron Antal Augusz du .. Plusieurs explications ont été avancées pour expliquer que Liszt se réclame d’une nation dont il ne possède ni la langue ni le sang. La première, c’est qu’au les entités nationales sont encore floues (comme le montre Marcel Mauss dans son essai La Nation), et que se maintient au sein de l’élite un idéal cosmopolite et européen hérité du . D’où les nombreuses influences (on serait tenté de dire ) sur la musique lizstienne (allemandes, tziganes, italiennes, françaises), le fait qu’il se sente partout chez lui (en Suisse, à Paris, à Rome, à Weimar, à Budapest, à Vienne…), ainsi qu’une double descendance française (via Blandine qui a épousé le premier ministre républicain de Napoléon III, Émile Ollivier) et allemande (via Cosima Wagner). La deuxième explication, avancée par Coby Lubliner, impliquerait qu’Adam Liszt se serait inventé une nationalité hongroise afin que des aristocrates hongrois (Esterhàzy) lancent, par fierté nationale, la carrière de son fils. Invention que Liszt aurait fini par croire.

La recherche de l’engagement

L’engagement social
Lamennais L’engagement de Liszt prend naissance avec la révolution de Juillet, un peu sous la forme d’un remède à la crise mystique qui couvait depuis 1828. Sous le coup de l’événement, le pianiste hongrois conçoit une Symphonie révolutionnaire qui deviendra plus tard l’Héroïde funèbre. Liszt s’attache d’autre part à Émile Barrault, professeur de rhétorique qui va lui ouvrir les cercles saint-simoniens. Il va ainsi notamment faire la connaissance de Lamartine, de Lamennais et de La Fayette. Plus que Saint-Simon, c’est Lamennais qui laissera sur lui une trace durable : Liszt le connaîtra personnellement et deviendra son disciple jusqu’à la fin de ses jours. Toutes ces influences théoriques vont se traduire à la fois en écrits (De la situation des artistes et de leur condition dans la société, dans la Gazette musicale de Paris du 3 et du ) en musique (transcription de La Marseillaise, pièce Lyon sur la révolte des Canuts intégrée à l’Album d’un voyageur) et en actes (concerts caritatifs). Avec le temps et des femmes, et sous le double impact de son travail de compositeur et d’interprète, cet engagement va progressivement disparaître. Ainsi, en 1848, loin de devenir le chef de la Hongrie révoltée comme le prêtait la rumeur, Liszt s’installe à Weimar tout en soutenant de loin ses compatriotes (composition de Funérailles). Si le Liszt de la maturité n’a plus la fougue de la jeunesse, celui de la vieillesse va abandonner tout engagement pour se consacrer aux affaires religieuses.
L’engagement religieux
La première crise mystique qui affecte Liszt date de 1827, et est le résultat de deux causes : la rupture de la liaison amoureuse avec son élève, Caroline de Saint-Cricq, provoqué par le père de celle-ci ; d’autre part l’exigence et l’autorité paternelles, par trop écrasante. Le jeune Franz voudrait entrer dans les ordres, mais son père s’y oppose. La mort de celui-ci rendrait possible l’entreprise, mais l’intervention de sa mère y met fin, comme le montre une lettre datant de 1879 à Carolyne de Sayn-Wittgenstein : Je suivais seulement en simplicité et droiture de cœur, l’ancien penchant catholique de ma jeunesse. S’il n’avait été contrarié dans sa première ferveur par ma très bonne mère et mon confesseur, l’abbé Bardin, il m’eût conduit au séminaire en 1830 et plus tard à la prêtrise et l’abbé Bardin, assez amateur de musique, tint peut-être trop compte de ma petite célébrité précoce, en me conseillant de servir Dieu et l’Église dans ma profession d’artiste. Suivant à la lettre le conseil de l’abbé Bardin, le jeune Liszt va tenter d’unir sa profession musicale et son mysticisme : Nous crions sans relâche qu’une grande œuvre, qu’une grande mission religieuse et sociale est imposée aux artistesDe la situation sociale des artistes dans la Gazette musicale, 1835.. L’adultère commis avec Marie d'Agoult met fin à cette tentative. Marie d’Agoult, sa carrière de virtuose et son travail d’administrateur à Weimar font qu’il ne retrouve le zèle religieux de sa jeunesse qu’à partir de 1860. Il écrit à Carolyne Sayn-Wittgenstein en 1877 : Après m’être douloureusement privé pendant trente années, de 1830 à 1860, du sacrement de pénitence, c’est avec une pleine conviction qu’en y recourant de nouveau j’ai pu dire à mon confesseur, notre curé Hohmann de Weimar : . J’ajoute : singulièrement mené par la musique — l’art divin et satanique à la fois — plus que tous les autres il nous induit en tentation. Dès lors, Liszt comprenant, ou croyant comprendre qu’il avait fait fausse route jusque là, se réfugie à Rome où il se fera franciscain. Il se met au service de la hiérarchie catholique en composant des œuvres très mal perçues : La Messe de Gran, Sainte Elizabeth, Christus. À la fin de sa vie il poursuit encore cet effort tout en recourant à des audaces techniques de plus en plus marquées tel que dans Via Crucis. Néanmoins il prend un peu plus de distance vis-à-vis de l’Église en composant les dernières Méphisto-valses et En rêve — nocturne. Il est d’ailleurs avéré que Liszt était franc-maçon et qu’il était par conséquent excommunié..

Le musicien

Un pianiste virtuose

Toutes les sources s’accordent pour faire de Liszt le plus grand pianiste de son tempsPierre-Antoine Huré et Claude Knepper intitulent ainsi L’irrésistible ascension du plus grand des virtuoses" la partie de leur anthologie Liszt en son temps sur les années 1830-1847. Infortunément il n’existe aucun enregistrement pour pouvoir juger s’il était aussi le plus grand pianiste de tous les tempsL’invention du phonographe d’Edison remonte certes à 1878, mais il ne fut pas utilisé pour enregistrer la musique avant le début du . Néanmoins, plusieurs indications nous permettent de nous faire une idée sur ses capacités de virtuose. D’abord sur le plan purement technique, Liszt possède une main d’une taille peu commune qui lui permet d’atteindre la douzième. Son professeur, Czerny, était, et demeure, le maître incontesté pour ce qui est de la vélocité et de l’agilité pianistique. C’est sur le plan intellectuel, que la supériorité de Liszt est la plus visible. Il exécute ainsi quantité de prouesses telles que l’interprétation d’œuvres non encore déchiffrées (une sonate de Moscheles à 10 ans, le concerto pour piano de Grieg à 60), ou l’improvisation sur des thèmes donnés par le public (concert de 1847 à Kiev). Ensuite, il est à remarquer que nombre de ses œuvres requièrent de grandes facultés intellectuelles pour pouvoir être jouées correctement. en témoigne ce commentaire sur les transcriptions de Schubert : Dans ces lieder la difficulté n’est pas seulement digitale. Elle est aussi intellectuelle. Le chant, situé dans la partie médiane (…) passe constamment d’une main à l’autre, et contraint le pianiste à une gymnastique mentale assez éprouvante, et dont sont incapables, plus simplement, la grande majorité des interprètes actuelsJacques Drillon, Liszt transcripteur (éd.Actes Sud) p. 35..

Un professeur réputé

Paris : 1827-1834

Des débuts tumultueux
Liszt a commencé la transmission de son art du piano dès la fin de sa dix-septième année dans le courant du mois de septembre 1827. Il occupait alors un appartement modeste de Paris au n°7 bis de la rue Montholon. Cette période est celle qui a vu naître la première passion amoureuse de Liszt (pour une de ses élèves Caroline de Saint-Cricq). Si l’activité de professeur du musicien bat son plein pendant cette période de bonheur, la séparation des deux amants plonge Franz dans un désespoir profond qui affecte son professorat. Après un arrêt total des leçons et une reprise douloureuse (pour s’arracher à la pauvreté), le jeune homme enseignera le piano sans excitation ; les lectures exprimant sa triste instruction coupent pendant des heures les périodes d’enseignement du piano. La guérison de ce mal lors de la révolution de 1830 relance le musicien dans toutes les activités relevant de son art.
La transmission de la vénération pour les grands de l’art
Après avoir assisté au concert du grand Paganini le , Liszt exprimera l’idée ferme qu’il se forme, à ce stade de sa vie, concernant la musique : “Un moi monstrueux ne saurait être qu’un dieu solitaire et triste”. Liszt cherche alors inlassablement à faire parler son âme au piano et c’est ce qu’il enseignera à ses élèves. Liszt écrira à cette époque à l’un de ses premiers élève, Pierre Wolf : “ Mon esprit et mes doigts travaillent comme deux damnés ; Homère, la Bible, Platon, Locke, Byron, Hugo, Lamartine, Chateaubriand, Beethoven, Bach, Hummel, Mozart, Weber, sont tous à l’entour de moi. Je les étudie, les médite, les dévore avec fureur ; de plus, je travaille quatre à cinq heures d’exercices (tierces, sixtes, octaves, trémolos, notes répétées, cadences, etc.). Ah ! pourvu que je ne devienne pas fou, tu retrouveras un artiste en moi. Oui, un artiste tel que tu les demandes, tel qu’il en faut aujourd’hui. “Et moi aussi je suis peintre”, s’écria Michel Ange la première fois qu’il vit un chef d’œuvre… Quoique petit et pauvre, ton ami ne cesse de répéter les paroles du grand homme depuis le dernier concert de PaganiniLettre du 2-..” Liszt faisait étudier à ses élèves les fugues de Bach notamment à Valérie Boissier qui venait accompagnée de sa mère. Celle-ci, grâce aux notes prises pendant les leçons, fournit un témoignage précieux sur les cours de piano que donnait Franz Liszt au début des années 1830. L’ensemble de ces écrits révèlent, par l’attitude du professeur ainsi décrite, de nouveaux aspects du musicien. Tout d’abord, comme pour lui-même, il s’attache à l’expression de l’âme dans le jeu de ses élèves. Ainsi, les notes de Mme Boissier mère décrivent par exemple Liszt lisant l’ode de Hugo à son élève avant de lui faire jouer un étude de Moscheles : “il voulait lui faire comprendre par ce moyen l’esprit du morceau auxquels il trouvait de l’analogie avec la poésie. Ensuite, par un respect profond pour les grands Weber et Beethoven, il se refuse de jouer leurs œuvres en public (ne se trouvant pas encore digne d’elles) et de les faire travailler à tout va à ses élèves. Comme l’exprime Mme Boissier “il s’humilie profondément devant Weber et Beethoven cependant, il les joue en brûlant son piano Liszt pédagogue, notes de Valérie Boissier datées du jeudi .”.

La période de Genève : 1836-1838

À l’éloignement de Paris avec Marie d'Agoult pour Genève est associé un arrêt de l’intérêt direct de Franz pour l’enseignement du piano. Ses journées se succédant de la façon suivante : deux pour le piano et une pour les travaux littéraires ; mais aussi le grand intérêt pour les controverses, idées et autres soirées sur les thèmes de la philosophie et de la religion ont éloignés le musicien d’un rôle de professeur. À partir de 1836, un double changement se produit dans la vie de professeur du jeune Liszt. D’une part, fort de sa générosité et de son implication dans l’accès et la reconnaissance de la musique, Liszt offre spontanément au tout jeune conservatoire de Genève, un cours de piano gratuit. D’autre part, car il faut bien vivre, le musicien reprend le vieux système des leçons particulières. Un livre de classe tenu par Franz Liszt montre qu'il avait un sens de l’humour certain :
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-Franz Liszt, Livre de la manuscrit du conservatoire de Genève..

Le temps de Weimar : 1849-1858

La période de retraite au château de Georges Sand et celle des tournées dans toute l’Europe qui suivit ne fut pas propice au professorat de Liszt. L’apogée de la carrière du virtuose nécessitait de jouer ce rôle à plein temps et éloignait le musicien de tout souci d’argent. Pendant la première période (1848-1860), le Maître de chapelle en service extraordinaire n’a pas non plus de nécessité de donner des cours de piano. Ses journées sont malgré tout encore tournées vers le don de sa personne : la composition et la préparation des concerts. Liszt n’assurera pas lui-même l’enseignement pianistique de ses filles (qu’il a eu avec Marie d'Agoult). Lorsque le compositeur se rapproche de ses filles à Paris il les trouve “plus avancées qu’il n’en pensait, bien qu’un peu rêvassières”. Il confie à son disciple et ami Hans von Bülow de poursuivre leur enseignement du piano selon les idées prônées par Franz. La correspondance laissée entre les deux hommes montre d’une part l’intérêt du père pour l’instruction de ses filles (il réclame des nouvelles des demoiselles Liszt dans ses courriers) et d’autre part l’utilisation par le professeur de la méthode de Liszt. En effet, les jeunes filles travaillent surtout les grands maîtres (Jean-Sébastien Bach et Beethoven surtout) mais aussi des arrangements à quatre mains d’œuvres instrumentales (vraisemblablement de Liszt). Comme le remarquait Bülow dans sa correspondance avec Liszt parlant des œuvres instrumentales jouées à quatre mains : “Je leur en fais l’analyse et je met plutôt trop de pédantisme que trop peu dans la surveillance de leurs études”. Pendant tout cette période et surtout à sa fin (en décembre 1858), le cercle des élèves (et amis) du musicien comprend nombre d’interprètes qui deviendront marquants. Ainsi, ce cercle est surtout formé de Rubinstein, Klindworth, Cornélius, Bronsart et Tausig. Les années suivantes puis celles à Monte Mario ne furent pas propices à l’enseignement. Ses différentes retraites et son rapprochement de plus en plus poussé vers l’Église dans la deuxième moitié des années 1860 montrent que le musicien s’occupe de moins en moins de sa célébrité.

La seconde incarnation weimaroise : 1869-1886

À partir de 1869, Liszt, dépouillé de toute les futilités de la vie, vécu dans une petite maison de maître-jardinier où il donna de très nombreux cours de piano. Moins concentré sur sa carrière que sur la piété de son existence, le musicien consacrait tous ses après-midi à l’enseignement du piano en général à plusieurs élèves rassemblés, quelquefois à tous en même temps (il eu dès la première saison plus d’une vingtaine d’élèves), s’amusant des maladresses des uns et luttant contre la propreté “conservatoire” des autres, l’homme est aussi craint qu’admiré. L’abbé Liszt donnait toutes ses leçons gratis et s’intéressait à la progression de tous ses élèves (de nombreuses correspondances en témoignent). Toujours adoré des femmes, cette attention égalitaire entre les élèves a parfois déclenché les jalousies. Le soixantenaire rend encore ses élèves amoureuses comme en témoigne l’histoire de la comtesse Janina qui s’est éprise follement de lui. La vieillesse de Liszt à la villa d’Este, Budapest puis Weimar, dans sa pauvreté joyeuse, est marquée par le vol de ses élèves indignes profitant de l’âge et de l’insouciance du musicien. Sa méthode musicale d’alors nous étant décrite par une lettre de Borodine : Liszt ne donne jamais de morceaux à étudier, il laisse à ses élèves la liberté du choix. Cependant ils lui demandent généralement conseil, pour éviter d’être arrêtés aux premières notes par une observation (…) Il donne peu d’attention à la technique, au doigté, mais il s’occupe surtout du rendu, de l’expressionLettre de Borodine à sa femme datée du . Il arrêtera très tard son activité de professeur (son état de santé, dans les derniers mois de sa vie ne la permettant plus) comme il n’arrêtera jamais de vivre pour la musique.

Le compositeur et son époque

La cause musicale : la musique de l’avenir

Liszt : “Ma seule ambition de musicien était et serait de lancer mon javelot dans les espaces indéfinis de l’avenir…” Joachim Raff, le secrétaire musical C’est en pleine tourmente révolutionnaire, alors que de nombreuses rumeurs, dont se fait écho la Revue et gazette musicale de Paris, que Liszt accepte le poste de maître de chapelle à Weimar. Il est rejoint quelques mois après (en juin) par Carolyne qui tente alors d’obtenir le divorce. Dès son installation, son activité commence avec la création le 11 novembre de l’ouverture du Tannhäuser de Richard Wagner puis celle de l’opéra entier le . En août, il organise une célébration en l’honneur du centenaire de Gœthe où il crée des pièces composées pour l’occasion (Le Prométhée) ainsi que le Lohengrin de Wagner. Peu à peu sa vie s’organise avec l’engagement d’un secrétaire musical (Joachim Raff), puis l’installation à l’Altenburg, entrecoupée de séjours à Bad Eilsen (fin 1849, Liszt y écrit, en collaboration avec Carolyne, Des bohémiens et de leur musique en Hongrie) la participation à de nombreux organismes musicaux (la Neu Weimar Verein dont il est président), et enfin l’organisation de nombreux festivals musicaux à Karlsruhe, et à Ballenstedt). De nombreux disciples le rejoignent : Hans von Bülow, Cornelius, Carl von Tausig. Peter Cornélius Rapidement, Liszt devient l’introducteur privilégié de la . Outre Richard Wagner, il fait beaucoup pour Berlioz avec deux (en 1852 et en 1854, où le compositeur français dirige ses propres œuvres en alternance avec Liszt) ainsi que pour ses élèves (création en 1851 du Roi Alfred de Joachim Raff, et en 1857 du Barbier de Bagdad de Cornelius). Par ailleurs il aide à la redécouverte de chefs-d’œuvre oubliés (création de l’opéra de Schubert Alphonse et Estrella), et crée ses propres œuvres (la Sonate en si mineur par Hans von Bülow en 1857 et la plupart des poèmes symphoniques). Cependant cette activité ne rencontre pas les succès espérés. Tout d’abord parce que Liszt manque de moyens et doit sans cesse demander au grand-duc des créances supplémentaires. Or en 1857 le grand-duc Charles-Alexandre engage un nouvel intendant, Franz Dingelstedt pour qui les priorités financières vont au théâtre, et qui lui voue par ailleurs une profonde jalousie. Ensuite, du fait des réticences de plus en plus marquées envers la . Déjà en 1849, la grande-duchesse avait dû acheter des billets et les distribuer à quelques uns de ses amis afin d’éviter que le Lohengrin ne fut créé au sein d’une salle quasiment vide. Puis les contestations demeurent constantes, et connaissent une expression décisive en 1858 lors d’une cabale lancée à l’encontre du Barbier de Bagdad du protégé de Liszt Cornelius. En conséquence, Liszt renonce définitivement à ses fonctions de chef d'orchestre. Il revient encore de manière intermittente à Weimar, mais le manifeste des tenants de la (Brahms, Joachim) publié en 1860 achève de le décourager.

Le soutien aux compositeurs contemporains

Wagner : l’amitié artistique
Richard Wagner en 1871 La première rencontre a lieu en 1840, alors que Wagner, jeune compositeur inconnu et misérable demande de l’aide à Liszt, qui, lui, connaît déjà un succès considérable. Après quelques années d’une relation peu soutenue, la correspondance épistolaire se fait de plus en plus intense. Dans ces lettres, Wagner réaffirme sans cesse son besoin pressant d’argent. Liszt tente de satisfaire comme il peut les désirs de son protégé, dont il commence à apprécier les œuvres : en 1849, il monte Tannhäuser, qui est un succès phénoménal. En 1853, Liszt passe à Paris et en profite pour revoir ses enfants et les présenter à Wagner. La fille cadette, Cosima, se mariera plus tard avec le compositeur allemand. Il organise par ailleurs à Weimar une semaine Wagner à cette même date. Revenu à Weimar, Liszt continue de diriger les œuvres de Wagner toujours avec le même succès, ce dont Wagner le remercie en ces termes : Merci, ô mon Christ aimé. Je te considère comme le sauveur lui-même. La correspondance continue, s’amplifie même au cours des années, jusqu’en 1859 : alors que Wagner ne cesse de demander de l’argent à Liszt, ce dernier ne peut accéder à ses requêtes, car lui-même est en période de vache maigre. Wagner s’en agace. La même année, surgit un autre sujet de friction : l’influence musicale de Liszt sur Wagner, influence que ce dernier a toujours refusé de reconnaître publiquement. En juin et août, peu après les premières auditions du prélude de Tristan et Iseult, le musicologue Richard Pohl avait fait paraître un panégyrique dans lequel il attribuait directement à Liszt la substance harmonique de l’œuvre. Le 7 octobre, Wagner écrit à Bülow : Il y a nombre de sujets sur lesquels nous sommes tout à fait francs entre nous ; par exemple que je traite l’harmonie de manière tout à fait différente depuis que je me suis familiarisé avec les compositions de Liszt. Mais quand l’ami Pohl le révèle au monde entier, qui plus est en tête d’une notice sur mon prélude, c’est pour moi une indiscrétion ; ou dois-je penser que c’est une indiscrétion autoriséeAlan Walker, Franz Liszt tome 1 p.1031. ? Ces tensions amènent une rupture éphémère puisque dans la même année, Wagner et Liszt renouent le contact. Les deux compositeurs se brouillent de nouveau quelques années plus tard au sujet de Cosima, la fille de Liszt, alors que Wagner s’intéresse à elle depuis quelques années. Or, la jeune fille est déjà mariée avec Hans von Bülow, ancien élève de Liszt, et a vingt-cinq ans de moins que Wagner ; celui-ci et Cosima s’avouent néanmoins leur amour. En 1870, Liszt décide alors de couper les ponts avec le couple. Wagner tente de regagner, sous un flot d’éloges épistolaires, l’estime de . À la suite de quoi la correspondance reprend. Liszt pardonne aussi à sa fille. L’inauguration du Palais des festivals de Bayreuth par Wagner est l’occasion de démonstrations réciproques d’amitié. Liszt assiste en 1882 à la première représentation de Parsifal, qui suscite chez lui un enthousiasme des plus puissants : , répond-il à la princesse de Sayn-Wittgenstein, sa compagne en titre. Mais en 1883, Liszt apprend la mort de Wagner. Sa seule réaction est , puis, quelques minutes après, . Liszt meurt trois ans plus tard.
Liszt et Verdi
Verdi en 1886 Comme souvent dans la vie de Liszt, il s’agit là d’une relation à sens unique. Il rencontre l’art de Verdi assez tôt et entreprend une première transcription de Ernani dès 1847, alors que le compositeur italien n’avait pas encore produit de chefs-d’œuvre impérissables. Puis Liszt, très engagé à Weimar, n’a pas le temps d’approfondir cette relation. Une commande de 1859 pour une transcription de Rigoletto et du Trovatore va lui en donner l’occasion. S’ensuit une transcription de Don Carlos (1867), puis une d’
Aïda (1877) (en multipliant les dissonances dans cette dernière œuvre, il tente d’intégrer Verdi à l’avant-garde musicale, ce qui n’était plus vraiment le cas). Enfin, fortement impressionné par la représentation de la seconde version de Simon Boccanegra, il en donne une de ses ultimes transcriptions, très épurée en 1882. En revanche, Verdi ne montra guère d’intérêt envers Liszt, ne voyant en lui que le wagnérien partisan de la .
Liszt et Chopin
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Chopino" peint par Delacroix Ces deux compositeurs, assez semblables par leur parcours de musiciens originaires d’Europe centrale et émigrés en France, nourriront des relations ambiguës, un temps conflictuelles. Franz Liszt se lie avec Frédéric Chopin dans le contexte du milieu artistique et bohème du début des années 1830. Leur admiration réciproque de musiciens atteint très rapidement les plus hauts degrés. À titre d’exemple citons l’amour de Liszt pour les études du Polonais lui-même admiratif de la façon de les rendre de Liszt (il déclarait vouloir lui voler sa manière de les rendre) décidant de les dédier à Franz. Citons encore ce détail : la présence dans l’appartement parisien de Chopin assez nu d’une petite table près du piano sur laquelle était seul posé le portrait de Franz Liszt. Dans le cercle assez restreint des fréquentations de Chopin, la génération romantique parisienne de 1830 concernant tous les arts se retrouvait. Henri Heine, Hiller, George Sand, Eugène Delacroix, Giacomo Meyerbeer ou le poète Adam Mickiewicz étaient les amis communs des deux musiciens. Franz est de ce ceux qui se seront permis d’appeler “Chopino” ou encore “Chopinissimo” le plus grand pianiste polonais du . Cependant, il se brouilleront bien vite pour des raisons d’ordre privé (Liszt utilise l’appartement de Chopin en l’absence de celui-ci pour ses rencontres amoureuses) et artistiques (la critique et le public voyant en eux les représentants de deux écoles antagonistes : Liszt celle de la virtuosité transcendantale, et Chopin, celle de ). Par la suite à cette double rivalité se greffera celle de George Sand et de Marie d'Agoult. La maladie puis la mort de Chopin vont effacer toutes ces rancœurs : Liszt le prouvera en publiant un ouvrage sur lui, et transcrivant ses lieders polonais. Outre ses publications à la Gazette musicale, c’est dans un manifeste intitulé “De la situation des artistes” que le musicien plaide sa conception des programmes musicaux en remplaçant par Mozart, Beethoven et Weber mais aussi ses amis, Berlioz et Chopin, la plate musique jouée dans les concerts en Europe. Le funeste évènement du décès de Chopin est avec celui de Lichnowsky (à la fin de l’année 1849) l’origine établie de “l’Héroide funèbre” de Franz. La dette de Liszt vis-à-vis de Chopin est très claire. Dès 1830, ce dernier a en effet publié sa première série de douze études, adoptant tout de suite le style qui sera le sien jusqu’à la fin de ses jours. La formation de Liszt sera beaucoup plus lente : il ne se trouvera vraiment lui-même qu’à la fin des années 1840, en écrivant des ouvrages chopinien : les deux ballades, les polonaises, la bénédiction de Dieu dans la solitude.
Liszt et Borodine
Borodine en 1865 La rencontre entre les deux compositeurs eu lieu à Weimar dans la petite maison de Liszt du parc grand-ducal en 1877. La discussion des deux musiciens qui tournera autour de l’œuvre d’Alexandre Borodine exprime à merveille le tempérament de Liszt sur la musique de son temps. Alors que Franz félicite le compositeur russe pour l’andante de sa symphonie, se met au piano et accable Borodine de questions, Alexandre s’accuse d’inexpérience (son activité de compositeur ayant été précédé d’une profession de médecin) et s’autocritique concernant ses modulations qu’il juge excessives. La réaction du vieillard ne se fait pas attendre ; Franz garde sévèrement le russe de toucher à sa symphonie et admettant qu’il est en effet allé très loin, il l’assure que c’est précisément cela son mérite. Finalement, outre le conseil de ne jamais craindre d’être original, il le gronde de ne pas avoir fait édité ses partitions et le félicite de n’avoir jamais fréquenté de conservatoire. Le lendemain de leur discussion, lors d’une répétition d’un concert que Liszt donnerait le soir dans la cathédrale, Borodine appréhenda enfin le jeu de Franz dont le témoignage est resté dans une lettre qu’il a écrite à sa femme à cette époque. Quand ce fut le tour de Liszt, il gagna le fond du chœur et bientôt sa tête grise apparut derrière l’instrument. Les sons puissants et nourris du piano roulaient comme des ondes sous les voûtes gothiques du vieux temple. C’était divin. Quelle sonorité, quelle puissance, quelle plénitude ! Quel pianissimo et quel morendo. Nous étions transportés. Quand arriva la marche funèbre de Chopin, il parut évident que le morceau n’était pas arrangé. Liszt improvisait au piano, tandis que l’orgue et le violoncelle jouaient les parties écrites. Chaque fois que le thème revenait, c’était autre chose, mais il est difficile de concevoir ce qu’il sut en faire. L’orgue traînait pianissimo les accords en tierce de basse. Le piano, avec la pédale, donnait pianissimo les accords pleins. Le violoncelle chantait le thème. C’était comme le bruit lointain des glas funèbres qui sonnent encore, alors que la vibration précédente n’est pas éteinte. Nulle part je n’ai rien entendu de semblable (…) Nous étions au septième cielLettre de Borodine à sa femme datée du cité in Pierre-Antoine Huré et Claude Knepper Liszt en son temps, page 569. Lorsque Borodine revint à Weimar un rapport identique se noua avec Liszt. Alors que les deux pianistes jouaient à quatre mains les récentes compositions du Russe, Borodine supprimait certains éléments de son œuvre : “Pourquoi, s’écriait Liszt, ne faites vous pas celà ? c’est si beauLa vie des hommes illustres n°1 "La vie Franz Liszt" 1929 Guy de POURTALES page 289 lignes 1 et 2”. Insistant sur le fait que les modulations de Borodine étaient complètement nouvelles (elles ne se retrouvaient ni chez Bach ni chez Beethoven), il continuait à soutenir qu’elles n’en demeuraient pas moins sans reproches.

L’Esthétique lisztienne

Une conception de la musique ?

Liszt parle en ces termes de son instrument de prédilection, le piano, dans la troisième Lettre d’un bachelier ès musique : Dans l’espace de sept octaves, il embrasse l’étendue d’un orchestre ; et les dix doigts d’un seul homme suffisent à rendre les harmonies produites par le concours de cent instruments concertants. Cela permet de comprendre comment Liszt a tenté toute sa vie de développer au maximum les capacités expressives du piano, instrument avec lequel il a entretenu un rapport très intime, ce dont témoigne cette phrase célèbre du maître : Mon piano, c’est pour moi ce qu’est au marin sa frégate, c’est ce qu’est à l’arabe son coursier , c’est ma parole, c’est ma vie. Cette conception d’une musique centrée sur le piano sera très critiquée à partir des années cinquante, et de la redécouverte de modes d’expressions musicales jusqu’ici tombés en désuétude. Liszt lui-même en doutera par la suite, comme le démontre l’extension de son champ d’horizon à l’orgue (
Messe de Gran) et à l’orchestre (les Treize Poèmes symphoniques). Aussi n’y a-t-il pas vraiment de , comme on parlerait de wagnérisme : sa très diverse œuvre ne peut se réduire à un simple concept, serait-ce celui de . Aussi, Liszt est avant tout un compositeur qui a élargi, par le biais d’innovations diverses, sa palette sonore.

Le style

Jusqu’en 1830 Liszt n’a pas vraiment de style. L’élève de Czerny se consacre entièrement à l’aspect purement technique de la musique, seul prompt (étant donné son jeune âge) à impressionner le public. Les quelques rares œuvres qu’il nous laisse de cette époque — l’esquisse de ce qui sera les Douze études transcendantes et son unique opéra — sont, à cet égard, révélatrices : elles n’ont d’intérêt qu’en égard au jeune âge du compositeur. François-Joseph Fétis Un double changement va se produire à partir de 1830. Sur la forme, il commence à se tourner vers les techniques nouvelles élaborées par des compositeurs de sa génération, notamment celles de Thalberg. La plus connue est celle qui consiste à jouer la mélodie avec les pouces de chaque main tandis que les huit doigts restants font de l’accompagnement sous forme d’arpège (il va l’utiliser dans Un Sospiro). Sur le fond, ses œuvres cessent d’être de simples exercices de vélocité et acquièrent, progressivement, une dimension poétique (visible dans les premières esquisses des Années de pèlerinage, les Apparitions…). Or, en s’affirmant aussi bien virtuose que poète, Liszt va être la cible des critiques d’une part des partisans de Thalberg, et des puristes (Chopin) et dans les deux cas du professeur Fétis qui fait preuve d’une profonde erreur de jugement : Vous êtes l’homme transcendant de l’école qui finit et qui n’a plus rien à faire, mais vous n’êtes pas celui d’une école nouvelle. Thalberg est cet homme : voilà toute la différence entre vous deux
Gazette musicale du in Pierre-Antoine Huré et Claude Knepper, Liszt en son temps avec le commentaire suivant : "Faire de Thalberg le champion de la musique de l’avenir et de Liszt l’apôtre du passé, jette quelques doutes sur les facultés divinatoires du professeur Fétis" (p.212). La fuite en Suisse puis en Italie va être pour lui l’occasion d’approfondir son art et de développer de nouvelles potentialités. Ainsi, tandis que Thalberg en est resté à sa technique de mélodie aux pouces et d’accompagnement avec les huit doigts restants, Liszt élargit profondément son champ d’horizon et intègre nombre d’innovations : trémolos, notes répétées, accords de quinzième arpégés… Ainsi, est-il mûr pour la confrontation avec Thalberg. Celle-ci ne va pourtant pas lui donner dans l’instant de victoire franche — on en tirera l’ambiguë conclusion que —, mais sa supériorité sera de plus en plus reconnue pas la suite. La pièce maîtresse de ce répertoire virtuose étant la transcription du Robert le Diable de Meyerbeer qui lui attire les élans passionnés du public. Il possède alors une telle maîtrise de son art, qu’il va jusqu’à inscrire, dans un programme d’une représentation à Kiev, que le morceau final du concert sera une improvisation sur des thèmes choisis par le public. Sur le versant poétique, en jouant son Au bord d’une source à Vienne, il démontre qu’il n’est pas que virtuose. Pour autant, il ne peut encore se comparer à Chopin. Vincent d’Indy : l’avant-gardiste dépassé L’année 1848 voit l’avènement de la maturité de son style. La poussée révolutionnaire en Europe, la liaison avec la princesse Carolyne de Sayn-Wittgenstein et l’installation à Weimar vont l’amener à cesser son activité de virtuose pour se consacrer à la composition. La période qui suit constitue le floruit lisztien (c’est-à-dire l’apogée de son œuvre). Au cours de celle-ci les ouvrages les plus notables se caractérisent par des structures savantes, parfois au mépris du détail (c’est notamment le cas dans la fugue sur le nom de BACH). La virtuosité cesse d’exister par elle-même et se soumet à la cohérence d’ensemble (d’où le fait que certaines pièces de l’après 1848 soient techniquement plus faciles). Par ailleurs Liszt poursuit ses innovations et investigations avec l’usage systématique d’un leitmotiv qui ne porte pas encore son nom dans la Sonate en si mineur et la Faust-Symphonie. Sur le plan plus purement musical, Liszt expérimente la gamme pentatonique dans le Sposalozio (intégré dans les Années de pèlerinage) et le Sospiro (troisième des études de concerts). D’une manière générale, Liszt achève à Weimar ce qu’il avait ébauché auparavant : les Douze études transcendantes, les Années de pèlerinage… Le départ de Weimar, en 1858, à la suite d’une cabale, puis l’installation à Rome et l’intégration à l’ordre des franciscains (1862) vont mener Liszt vers d’autres voies. L’usage d’une technique virtuose va se faire de plus en plus rare (les quatre Méphisto-valses), et, peu à peu, Liszt va mettre la sonorité au centre de ses préoccupations. D’où de nombreuses expérimentations, de plus en plus poussées qui confinent à l’impressionnisme musical d’un Claude Debussy (Nuages gris) voire à l’atonalité d’un Arnold Schoenberg (Bagatelle sans tonalité). Ainsi Vincent d'Indy, encore marqué par l’élan révolutionnaire du hongrois, avait-il noté : « À Weimar en 1873, il nous fit cette étrange déclaration qu’il aspirait à la Suppression de la tonalitéCours de composition musicale, Livre II, seconde partie, p. 318.» . D’une manière générale, les œuvres que Liszt compose au cours de cette période sont rares et exigeantes (notamment son oratorio Christus qu’il tenait pour sa meilleure pièce).

Formes musicales

L’influence de Liszt sur les formes musicales est plus grande qu’on a coutume de le croireEmile Haraszti ira même jusqu’à affirmer que (Article Liszt de l’
Histoire de la musique dirigée par Roland-Manuel, p. 567, tome II, édition pléiade) bien que certains manuels tendent à vouloir réduire son rôle Que sais-je : L’histoire des formes et styles musicaux. Influence qui a été considérable dans les domaines suivants :

Le poème symphonique

Bien qu’on en attribue souvent la création à Berlioz avec la Symphonie fantastique voire à Beethoven avec l’ouverture d’Egmont, c’est Liszt qui l’a théorisé et en a fait une forme musicale quasi-indépendante. La principale caractéristique du poème symphonique, particulièrement apparente dans l’œuvre de Liszt est qu’il est conçu comme une , ancêtre de la musique de film cinématographique, c’est-à-dire qu’il cherche à suggérer musicalement quelque chose. Il peut s’agir d’un tableau (
La Bataille des Huns), d’une pièce de théâtre (Hamlet, Tasso), d’un poème (Ce qu’on entend sur la montagne, Mazeppa, Héroide funèbre, Les Idéaux), d’une figure mythologique (Orphée, Prométhée) d’une ambiance de la vie courante (Bruits de fêtes), voire d’une vie (Du berceau à la tombe). Il ne s’agit cependant là que d’une suggestion : on restitue l’esprit et non la lettre, comme dans un Lied ou dans les symphonies de Berlioz, de la chose décrite ce qui laisse une grande liberté de ton au compositeur. Cette liberté, Liszt en use plus ou moins selon le thème qu’il s’est choisi, comme le montre la typologie de Claude RostandLiszt ed. Solfèges p. 139 : dans La Bataille des Huns, et Mazeppa, qui suit les inflexions du poème de Hugo dont il est tiré, nous sommes au plus près du descriptif, Prométhée et Hamlet dérivent déjà vers l'analyse psychologique, quand Les Préludes, Les idéals et bruits de fêtes sont des œuvres symboliques et contemplatives. Par là, en tous cas, Liszt se maintient à mi-chemin entre la musique à programme stricto sensu de type Berlioz dans la Symphonie fantastique et la musique pure de type BeethovenCf. Le nouveau dictionnaire des œuvres (éd. Bouquins) qui affirme à l’article Poèmes symphoniques de Liszt qu’.. Le poème symphonique est relativement court — une vingtaine de minutes — et renoue avec les dimensions des symphonies de Mozart, par opposition aux Faust-Symphonie et Dante Symphonie, qui durent environ une heure. Enfin, le poème symphonique, tout en possédant une structure interne solide, ne présente pas de coupure et est joué d’un trait, ce qui le rapproche de l’esthétique des opéras de Wagner : un véritable cri en trois actes.

La sonate

Liszt n’a écrit qu’une sonate mais elle suffit à faire de lui un des plus grands représentants de cette forme musicale. La Sonate en si mineur de Liszt se caractérise surtout par sa structure éclatée : elle combine de manière libre la forme sonate (exposition/développement/ré-exposition) — en conservant la dialectique des thèmes A et B — et le genre sonate (premier mouvement/mouvement lent/scherzo/final). Dans la littérature spécialisée, on retrouve les termes double function form et two-dimensional (sonata) form pour désigner ce type de construction. Pour renforcer l’unité de sa composition, Liszt utilise la technique de transformation thématique. Son organisation n’est donc pas anarchique, comme l’affirment certains critiques qui n’y voient qu’une fantaisie déguiséeClara Schumann affirmera ainsi . De tels affirmations étant notamment repris par le Que sais-je sur L’histoire des formes et des styles musicaux qui verra dans la sonate lisztienne, une tentative avortée que seul César Frank saura mener à bien, mais inscrite en profondeur. Comme dans le poème symphonique, c’est l’esprit qui prévaut et non la lettre. Le débat existe toujours quant à savoir si la Sonate en si mineur ne serait pas une Faust-Symphonie pour piano, mais il est douteux que Liszt se soit simplement contenté de reproduire pianistiquement, le schéma du poème symphoniqueHaraszti la définit en effet comme un poème symphonique sans programme (
Histoire de la musique tome II, éd. Pléiade, p.543)..

La transcription

Sur les 700 numéros d’opus de Liszt, 350 sont des transcriptions, et certaines d’entre elles sont généralement tenues pour les meilleures jamais écritesC’est notamment l’avis de Jacques Drillon dans Liszt transcripteur.. Pour autant, elles n’ont été redécouvertes que récemment tant elles ont souffert du discrédit dans lequel on jetait le genre. Les transcriptions de Liszt sont de deux types : les premières visent à une restitution intégrale des œuvres transcrites et font appel à tous les moyens pianistiques possible :
- transcriptions des neuf symphonies de Beethoven ;
-
Paraphrase de concert sur l’Ouverture de Tannhäuser. D’autres, au contraire, laissent libre le transcripteur de varier, de transformer, voire de s’approprier le thème du compositeur de manière à leur donner un éclairage différent : transcriptions d’opéras italiens, français ou de Mozart. Les transcriptions du premier type ont surtout un intérêt technique ; celles du deuxième type sont considérées comme les plus intéressantes car on y retrouve directement la marque de Liszt. De nombreuses transcriptions se situent entre le premier et le second type, comme de nombreuses transcriptions d’opéras de Verdi, où la ligne mélodique est respectée mais l’accompagnement diffère.

La rhapsodie

Liszt en a composé 19, et toutes pour la même raison : légitimer ce qu’il pensait être la musique hongroise (Bartók montrera qu’il s’agissait en fait de musique tzigane). Liszt voulant faire ressortir les points de convergence entre son pays et la civilisation grecque, il utilisa ce genre, qui désignait le chant du poète ou rhapsode à l’époque homérique. La caractéristique fondamentale de la rhapsodie en tant que genre est l’impression qu’elle laisse d’une improvisation. S’y ajoutent des éléments constitutifs de la transcription, visant à restituer les instruments de la musique tzigane (violon, accordéon…). Selon Haraszti, Liszt n’aurait fait qu’assimiler les techniques tziganes dans ces œuvres, qui ne seraient alors en rien une transcription du folklore bohémienArticle Liszt de l’
Histoire de la musique, p. 548 : .

Les compositions

Nous ne mentionnons en détail ci-dessous que les œuvres les plus notables de Franz Liszt. Pour avoir une liste exhaustive de ses œuvres l’on doit se référer aux deux articles suivants :
-Liste des compositions de Franz Liszt (S.1 - S.350)
-Liste des compositions de Franz Liszt (S.350 - S.999)

Les œuvres pour piano

Pianiste le plus réputé de son temps, Liszt fut aussi un grand compositeur pour le piano. Son succès remarquable pour l’époque Outre Haraszti qui parle ainsi de la période 1840-1847 (tome II, Histoire de la musique P.536) il est à mentionner qu’il fut fait chevalier de la légion d’honneur en 45 pui commandeur par Napoléon III en 1861 (
Liszt en son temps p.364), Chevalier de l’empire Autrichien (Ibid p.424) et reçut la médaille prussienne des arts et des sciences en 1845 (Ibid p.451) a retardé la reconnaissance de son œuvre de composition. Liszt a aussi écrit beaucoup de transcriptions. Son œuvre pour le piano est considérable et aura un impact sur les générations suivantes de compositeurscf. la note 29 . Ses pièces couvrent toute l’étendue et la potentialité des huit octaves du clavier et figurent toujours, au , parmi les sommets du répertoire pianistique mondial.

Les Études d’exécution transcendante

Encore adolescent, il commence la composition des Douze études d'exécution transcendante. C’est en 1838 qu’elles prennent corps. Liszt y développe de nouvelles possibilités d’expression pour le piano et des difficultés d’exécution extrêmes. En 1851, la version définitive est publiée. Encore aujourd’hui, elles sont considérées par tout pianiste comme ce qu’il y a de plus exigeant en terme d’aisance, souplesse, technique de mouvements à la fois rapides et complexes (sauts, doubles sons, traits rapides, écarts…). Certaines sont particulièrement difficiles et redoutées jusque dans les concours internationaux.
Mazeppa, la quatrième étude, est une œuvre orchestrale écrite en partie sur trois portées. C’est un drame littéraire qui se joue : une chevauchée grandiose et magnifique jusqu’à ce que… Il tombe enfin ! et se relève Roi !Poème Mazeppa in Les orientales (Victor Hugo). La pièce commence par une cadence annonciatrice. Écrit sur trois portées, le thème est annoncé avec de grands accords dans les aigus et les graves soutenus alternativement par des tierces rapides réparties entre les deux mains. La cinquième étude, Feux-follets, est redoutable. C’est une pièce d’impressionnisme très rapide (10 pages jouées en trois à quatre minutes) en doubles sons avec des sauts grands et rapides. L’écriture développée dans cette pièce sera en partie reprise par Ravel dans Ondine et Scarbo (Gaspard de la Nuit), pièces françaises d’une grande littérature. L’ensemble des études représente quelque 60 à 70 minutes, selon que l’interprète, nécessairement virtuose, privilégie la rapidité, tel Evgueni Kissin, ou la poésie, tel Jorge Bolet.

Les Six Études d’après Paganini

' Les Six Études d'après Paganini constituent le second bloc d’études, composées par Liszt en 1838, et révisées en 1851. Elles répondent à des préoccupations différentes de celles des Études d’exécution transcendante : il s’agit ici de transposer pour le piano les difficultés dont Paganini a émaillé ses œuvres pour violon, et plus particulièrement ses 24 Caprices. Hormis la troisième, chaque étude reprend l’un des Caprices pour le transformer en un exercice virtuose des plus compliqués. Parmi les six études que Liszt a composées dans ce recueil, seule la troisième n’est pas fondée sur un Caprice, mais sur le Deuxième Concerto du compositeur italien. Il s’agit de la Campanella, œuvre parmi les plus célèbres du compositeur hongrois, dont le motif original a également inspiré nombre d’autres compositeurs, dont Brahms.

La Sonate en si mineur

Cette grande sonate est écrite d’un bloc d’environ une demi-heure. Ce sera la seule de Liszt. Elle est dédiée à Robert Schumann. La sonate développe ses thèmes par la transformation thématique. C’est une œuvre littéraire mais surtout psychologique, voire autobiographique. C’est une pièce maîtresse. Cette nouvelle forme de sonate est reprise plus tard. Si les difficultés techniques sont moins éclatantes que dans les études, les difficultés d’intégration mentale et psychologique pour l’interprétation de la pièce par le pianiste sont immenses. C’est une œuvre de la maturité, qui a été pressentie par la fantasia quasi-sonata, après une lecture de Dante, une des pièces des Années de pèlerinage. Son premier enregistrement notable est l’interprétation de Cortot (1929). Celles d’Argerich, Zimerman, Pogorelich, Simon Barrere (1947), la première d’Horowitz (1932) et la première d'Arrau (1970) font également référence. Une anecdote savoureuse mérite d’être rapportée en lien avec cette œuvre. En juin 1853, Brahms, alors âgé de vingt ans, avait rendu visite à Liszt à Weimar où il séjourna quelques jours. Au cours de l’une des soirées, Liszt interpréta devant Brahms et quelques autres convives sa sonate dont il était particulièrement fier. Lors d’un passage chargé d’émotion, Liszt se tourna vers l’auditoire pour constater leur réaction et aperçut Brahms, la tête penchée sur l’épaule en train de somnoler. Il continua sa prestation jusqu’au bout et sortit de la pièce sans dire un mot, profondément vexé.

Les Années de pèlerinage

Ce cycle, durant quelque trois heures, se compose de trois années : la première en Suisse, deux en Italie. Toutes sont particulièrement profondes et littéraires. Les premiers jeux d’eau pour piano y sont. Ravel et Debussy suivront. Les jeux d’eaux à la Villa d’Este sont un chef d’œuvre littéraire, d’impressionnisme, et pianistique. Les difficultés sonores pour le pianiste sont plus fortes que celles — plus apparentes — des doubles sons : tierces staccato en arpèges et gammes, sauts, traits parallèles rapides, trémolos et trilles à deux mains. Les Jeux d’eau de Ravel en descendent directement. Parmi les interprétations les plus notables on peut citer celles de Cziffra et Lazar Berman. Nombre de ces pièces sont souvent jouées séparément, en dehors du cycle, comme des pièces indépendantes. C'est le cas notable des Jeux d'eau à la villa d'Este, des trois Sonnets de Pétrarque, de la Chapelle de Guillaume Tell, de la Vallée d'Obermann et de la sonate Après une lecture de Dante dont Claudio Arrau fut un grand interprète.
- La Première année (environ 48 minutes) se compose des pièces suivantes : Chapelle de Guillaume Tell, Au lac de Wallenstadt, Pastorale, Au bord d’une source, Orage, Vallée d’Obermann, Églogue, Le Mal du pays et Les cloches de Genève ;
-la Deuxième année (environ 71 minutes) se compose des pièces suivantes : Spozalosio, Il penseroso, Sonnet de Petrarque n° 47, Sonnet de Pétrarque n°104, Sonnet de Pétrarque n°123, Après une lecture de Dante et comporte un supplément (Venezia & Napoli), constitué de La Gondoliera, Canzone et Tarentelle :
-la Troisième année (environ 56 minutes) se compose des pièces suivantes : Angelus, Aux cyprès de la Villa d’Este (I & II), Les Jeux d’eau à la villa d’Este, Sunt Lacrymae rerum, Marche funèbre et Sursum corda.

Les Rhapsodies

Liszt a composé une vingtaine de Rhapsodies, pièces folkloriques et courtes, de trois à quatorze minutes. Les plus célèbres sont les dix-neuf Rhapsodies hongroises, écrites sur des airs traditionnels tziganes, dont les plus remarquables sont la mélodieuse cinquième, intitulée Élégiaque, et la quinzième, dite Marche de Rákóczy, la plus connue. On connaît également une Rhapsodie espagnole et une Rhapsodie roumaine. Liszt a également composé une dizaine de Magyar Dallok, courtes pièces apparentées, durant entre deux et dix minutes, et inspirées du folklore hongrois. L’ensemble de ces pièces a été édité en 1986 dans un coffret de trois CD Le Chant du monde, sous l’interprétation de Setrak.

Les transcriptions

Liszt fut un très grand transcripteur. À une époque où l’accès à la musique se faisait souvent dans les salons, Liszt a su accroître la diffusion des œuvres orchestrales, notamment les symphonies de Beethoven, à travers des transcriptions pour piano ou deux pianos. Il a également transcrit beaucoup d’airs d’opéras et même des Lieder de Schubert. Salué par la critiqueIl a reçu le Diapason d'or, l’enregistrement de Michel Dalberto, Un piano à l’opéra (RCA), regroupe six transcriptions d’airs d’opéras. L'on peut distinguer:
- La Transcription de 6 préludes et fugues pour orgue de Jean-Sébastien Bach, dont le premier en La mineur (BWV 543) est une oeuvre monumentale et profondément inspirée qui, dès les premières notes, ne laisse aucune place au doute, affirme l’universalité indépassable de la maîtrise de l’auteur. Le piano moderne grâce à la 3° pédale dite tonale, mise en place par Steinway dans ses grands pianos de concert au début du XX° siècle, permet de tenir le son d’une note ou d’un groupe de notes, tout en jouant par-dessus sans le brouillage qu’induirait la pédale forte, à la manière du pédalier d’orgue. C’est le génie de Liszt d’avoir anticipé sur la facture du piano comme tous les grands créateurs qui ont largement contribué par leur écriture à l’évolution des instruments.
- Les Transcriptions de symphonies :
-Les Symphonies de Beethoven
- Les Transcriptions de Lieder et de pièces de salon :
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Auf dem Wasser zu singen de Schubert
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Ave Maria de Schubert
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Der Jager de Schubert
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Die Bose Farbe de Schubert
-
Erlkonig de Schubert
- Soirées de Vienne, 9 Valses-Caprices d’après Fr. Schubert
- Les Transcriptions d’opéras :
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Réminiscences de Norma de l’opéra de Bellini
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Miserere du Trovatore de l’opéra de Verdi
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Paraphrase de concert de Rigoletto de l’opéra de Verdi
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Réminiscences de Simon Boccanegra de l’opéra de Verdi
-
Liebestod de Tristan et Isolde de l’opéra de Wagner
-
Marche solennelle vers le Saint-Graal de Parsifal de l’opéra de Wagner
-
Récitatif et romance de Tannhäuser de l’opéra de Wagner
- Réminiscences de Robert le diable de l’opéra de Meyerbeer, composées en 1840 et créées le 16 novembre de la même année à Hamburg
- Réminiscences de Don Juan de l’opéra de Mozart
-Fantasy on melodies from Don Juan and Figaro publié seulement en 1911 par Ferrucio Busoni
-Valses Caprice.
-
-Valse de bravoure, version révisée de la Valse de bravoure opus 6.
-
-Valse mélancolique, révision de la version de 1840.
-
-Valse de concert sur deux motifs de Lucia et Parisina de Gaetano Donizetti, version révisée de la "Valse et capriccio sur deux motifs de Lucia et Parisina de Gaetano Donizetti" from 1841.

Les pièces religieuses

Liszt ayant été ordonné, il s’est naturellement penché sur la composition d’œuvres religieuses. La plus connue est la septième pièce du recueil Harmonies poétiques et religieuses, intitulée Funérailles (1849).
-
Harmonies poétiques et religieuses

Les autres pièces pour piano

Parmi les pièces plus mineures, citons Nuages gris (1881), La Lugubre Gondole (1882), Csardas Macabre (1884), La Notte et Les Morts. Les plus célèbres de ces œuvres mineures sont sans doute la Valse-impromptu, la Mephisto-Valse et les charmants Liebesträume, plus connus sous le titre de Rêves d’amour.

Les ouvrages de jeunesse

Ils sont nombreux, quoique de qualité inférieure au reste des compositions lisztiennes. La plupart ne peuvent être trouvées que dans l’édition intégrale de Liszt effectuée par Leslie Howard. Il y a deux classements en opus :
Première série : ouvrages de l’enfance (avant 1829)
-Opus 1 : Huit Variations, publié en 1824
-Opus 2 : Sept Variations sur une mélodie de Rossini, publié en 1824
-Opus 3 : Impromptu Brillant sur des Thèmes de Rossini et Spontini, publié en 1824
-Opus 4 : Deux allegros de Bravoure, publié en 1824
-Opus 5 : inusité
-Opus 6 : Étude en douze Exercices, première publication de 1826. Publication plus tardive chez Hofmeister, Leipzig en tant qu’opus 1 en mars 1839.
Seconde série : les ouvrages des années 1830
-Opus 1 : Grande fantaisie sur une Tyrolienne de l’Opéra La Fiancée de Auber : première version de 1829, création par Liszt le à Paris ; seconde version de 1835, créée le à Genève.
-Opus 2 : Grande Fantaisie de Bravoure sur La Clochette de Paganini composée entre 1832 et 1834 et créée par Liszt le . La création fut un total échec.
-Opus 3 et 4 : inutilisés
-Opus 5 : Trois morceaux de salon composés en 1835 et révisés en 1838.
- Fantaisie romantique sur deux airs suisses.
- Rondeau fantastique sur le thème "Il contrabandista" de Manuel Garcia, créé le à Paris.
- Divertissement sur la Cavatine "I tuoi frequenti palpiti" de la Niobe de Pacini, créé le à Genève.
-Opus 6 : Valse de bravoure, (1835) créée le à Paris.
-Opus 7 : (1835-36) Réminiscences des Puritains . Version révisée pour l’édition anglaise de 1840 (?), créée le , Lyon.
-Opus 8 : (1835-36) Deux fantaisies sur les motifs des Soirées musicales de Rossini créées entre 1835 et 1836 et révisées en 1840.
-La Serenata e l’Orgia créée le , Paris.
-La Pastorella dell’Alpi e li Marinari
-Opus 9 : Réminiscences de La Juive de Halévy, composées en 1835 et créées le 18 mai 1836, à Paris.
-Opus 10 : Trois airs suisses entre 1835 et 1836
-Opus 11 : Réminiscences des Huguenots op.11, composés en 1836 révisés en 1842, et créées le , Paris.
-Opus 12 : Grand galop chromatique composé en 1837. C’était la plus populaire des pièces virtuoses que Liszt jouait lors de ses tournée européennes. Liszt la créa au cour d’une soirée privée donnée le à Venise par la Baronne de Thaltzar, mère de Thalberg. puis joua la version à quatre main avec Clara Wieck (future madame Schumann) au cours d’une soirée donnée par Haslinger à Vienne. La création publique eut finalement lieu lors d’un concert donné à Vienne le .
- Opus 13 : (1839) Réminiscences de Lucia di Lammermoor. La première partie ("Andante Finale") fut publiée au début de 1840, et créée par le compositeur le à Trieste. La seconde partie fut publiée sans numéro d’Opus sous le titre de "Marche et Cavatine en 1841, et créée le à Vienne.

Les œuvres pour Orgue

Parmi le catalogue de de pièces pour orgue composé par "Franz Liszt", d'une grande importance, on retiendra surtout la monumentale Fantaisie et Fugue en ut mineur sur le choral "Ad nos ad salutarem undam", composée en 1849, qui est un véritable poème symphonique d'une durée approximative de 30 minutes, qui illustre admirablement le style du compositeur, et dévoile des sonorités de l'orgue insoupçonnées jusqu'alors, devenant aussi expressif que dans les composition orchestrales ou pianistiques de Liszt, voire au-delà de ce qu'elles peuvent exprimer. Cette fantaisie étant basée sur l'adaptation d'un cantique hollandais du XVIIème par Giacomo Meyerbeer dans son Prophète.

Les œuvres pour plusieurs instruments

Œuvres pour piano et orchestre

Les concertos pour piano et la Fantaisie hongroise (adaptée de la quatorzième rhapsodie) sont des œuvres parmi les plus expressives de Liszt. Elles sont également parmi les plus originales, puisqu’elle ne respectent pas les conventions associées à la composition de concertos : normalement en trois mouvements rapide-lent-rapide, ils se constituent chez Liszt d’un seul mouvement, séparés en quatre tempos différents pour le Premier en mi bémol, et en six pour le Second en la majeur. Chaque concerto dure environ 20 minutes : 19 min 42 pour le premier et 22 min 29 pour le second, dans l’interprétation de Lazar Berman (DG, 1976).
- Concerto pour piano et orchestre n° 1 en mi bémol majeur
- Concerto pour piano et orchestre n° 2 en la majeur La Totentanz pour piano et orchestre, série de variations sur le sombre thème grégorien du Dies irae, est une pièce tour à tour rêveuse et explosive, d’une grande virtuosité.

Les œuvres symphoniques

Les poèmes symphoniques
Liszt a écrit 13 poèmes symphoniques, genre dont il est le créateur et repris notamment par Richard Strauss et Saint-Saëns. Parmi ces poèmes, sont notables : Ce qu’on entend sur la montagne, Mazeppa (dont il existe une version pour piano dans les Études d’exécution transcendantes), Du Berceau jusqu’au tombeau, Prométhée et le Les Préludes dont le thème principal eut le malheur de servir de motif musical aux bulletins militaires de la radio du Troisième Reich. L’ensemble dure environ quatre heures et comprend :
-
Ce qu'on entend sur la montagne (d’après Victor Hugo)
-
Die Ideale (d’après Friedrich von Schiller)
-
Festklänge
-
Hamlet
-
Héroïde funèbre
-
Hungaria
-
Hunnenschlacht
-
Les Préludes (d’après Alphonse de Lamartine)
-
Mazeppa
-
Orpheus
-
Prometheus
-
Tasso, lamento e trionfo (d’après Lord Byron)
-
Von der Wiege bis zum Grabe
Les symphonies
Il a composé deux symphonies : la Dante Symphonie et la Faust Symphonie. Il a par ailleurs adapté pour orchestre de nombreuses œuvres pour piano de sa composition (Méphisto-Valse n°1 (d’après Lenau) ; six Rhapsodies hongroises, correspondant respectivement aux Rhapsodies pour piano nos14, 2, 6, 12, 5 et 9).

Les Lieder

Quoiqu’il s’agisse là une part assez méconnue de son œuvreTelle est du moins l’opinion d’Émile Haraszti qui, dans l’article Liszt de l’histoire de la musique éditée dans la Pléiade, écrit : Liszt a composé un nombre assez considérable de chants et lieder pour voix et piano : quatre-vingt-deux. Au sein de cet ensemble règne une totale diversité liguistique : aux 57 lieder allemands s’ajoute 15 mélodies françaises, 5 italiennes, 3 hongroises et 1 russe Cf. Article Liszt du Guide de la mélodie et du lied dirigé par Brigitte François-Sappey et Gilles Cantagrel, p. 346. Les lieds les plus notables étant Die Lorelei, "Chef-d’œuvre mélodique" Ibid p. 355 issu d’un poème d’Henri Heine et les trois sonnets de Pétrarque dont la version pour piano seul sera intégré à la seconde partie des Années de pèlerinage, ainsi que le célèbre O lieb sur un texte de Freiligstrath dont a été tiré plus tard un nocture pour piano (Liebestraum n°3). Il a aussi composé deux groupes de lieder : le premier, qui en comprend six, sur des poèmes de Gœthe, le second, qui en comprend huit, sur des poèmes de Hugo. Les ouvrages portant sur cette production sont peu nombreux et on ne peut guère que citer Edouard ReussLiszts Lieder, Leipzig 1907.

La postérité

Les influences

Liszt et la musique impressioniste

Dans son ouvrage, L’Impressionnisme et la musique, Michel Fleury note que . Et ceci à plusieurs points de vue. Tout d’abord sur le plan des sonorités, Liszt constitue, avec Chopin, l’un des créateurs du timbre pianistique moderne, c’est-à-dire d’une écriture qui exploite totalement les capacités sonores du piano. Et ce en utilisant les différences d’intensité et de toucher pour mettre en évidence une multiplicité de voix, comme c’est le cas dans l’Étude n° 1 op. 25 de Chopin, et dans la transcription du Liebestod de Tristan et Isolde chez Liszt. Ensuite, avant même Baudelaire, Liszt pressent dans un ouvrage sur le Lohengrin de WagnerLohengrin et Tannhäuser, publié en 1851 l’existence de correspondances entre couleurs et musique : , . Cela explique que vers la fin de sa vie, le style de Liszt se tourne nettement vers l'impressionnisme. D'abord avec les jeux d'eaux à la Villa d'Este, ancêtre de tous les jeux d'eaux, de Claude Debussy à Maurice Ravel. Puis, surtout avec les nuages gris, pièce totalement impressionniste en ce que l'impératif de la beauté harmonique prime ici sur celui de tout ordonnement thématique. Dans ses critiques signées sous le pseudonyme de Mr. Croche, Claude Debussy témoignera d'une certaine bienveillance envers Liszt. Ainsi, à la suite d'une représentation de Mazeppa, poème symphonique souvent critiqué pour ses insuffisances, il écrira : . Il y a peut-être quelque chose d'intéressé à une telle bienveillance, en ce qu’elle est souvent un moyen d'attaquer Wagner

Liszt et Richard Strauss

Quoique né en 1864, Richard Strauss ne rencontrera jamais Liszt. Et ce à cause de son père, le plus grand corniste allemand de l'époque, qui était partisan de la musique pure, contre la musique "moderne", représentée par Liszt et Wagner. De telle sorte qu'il ne découvrira les œuvres du compositeur hongrois, qu'une fois sa carrière de chef d'orchestre amorcée en 1883, lorsqu'il est appelé à diriger l'orchestre de Meiningen, au sein duquel il se lie d'amitié avec le premier violon Alexander Ritter, un familier des cercles lisztiens.

Liszt et la musique russe

Liszt va avoir sur la musique russe une influence décisive. Le chef du groupe des cinq, Balakirev, voyait en lui le dernier des grands compositeurs, toute son œuvre va se faire ressentir de cette influence. Ainsi le fameux Ishmaley ne va pas sans rappeler les œuvres virtuoses du Liszt des années 1840, tel que le Grand galop chromatique. Sur le plan formel, le poème symphonique, conçu par Liszt, va s'avérer l'une des forme d'expression orchestrale privilégié des compositeurs russes (Une nuit sur le mont Chauve de Moussorgsky)

Les Sociétés Liszt

Le professeur E. J. Dent a créé en 1950 une Liszt Society, s'y nommant lui-même président, tandis que le compositeur dodécaphoniste Humphrey Searle en devenait le secrétaire général. Elle a permis la publication de plusieurs pièces inédites. Son siège est au 44 a ordnance hill, LondresClaude Rostand Liszt, ed. Solfèges p. 180. En 1964 fut fondée également l’American Liszt Society par David Kushner, Fernando Laires et Charles Lee, qui organise chaque année un festival en l'honneur de Liszt.

Voir aussi

Bibliographie

Ouvrages généraux

- La Vie de Franz Liszt, Guy de Pourtalès (Folio, 1983) ;
- Franz Liszt, Claude Rostand (Seuil, 1960) ;
- Franz Liszt, Alan Walker (Fayard, 1989).
- Franz Liszt, Serge Gut (Fayard, 1989)
- Au soir des Dieux, Cosima Wagner (traduction partielle par Maurice Herwegh, ed. J. Peyronnet 1933)
- François Liszt, souvenirs d’une compatriote, Janka Wohl, secrétaire de Liszt (Paul Ollendorf 1887)
- Franz Liszt, Emile Haraszti, article de l’Histoire de la musique sous la direction de Roland-Manuel (éd. de la Pléiade)
- La Mort de Franz Liszt, Alan Walker, d'après le journal de Lena Schmalhausen (Buchet-Chastel - 2007)
- Franz Liszt, les ténébres de la gloire, Rémy Stricker (nrf - éditions Gallimrard - 1993)

Anthologies

- Dyonysos ou le crucifié (essai) in Liszt en son temps, Claude Knepper et Pierre-Antoine Huré (Pluriel, 2005)
- Correspondance choisie par Claude Knepper et Pierre-Antoine Huré (éd. Jean-Claude Lattès 1987)

Ouvrages particuliers

- Mémoires 1833-1854 de Marie d'Agoult, avec une introduction de Daniel Ollivier (Calmann-Lévy 1927)
- Correspondance de Liszt et de la comtesse d’Agoult, Olivier Daniel (Grasset, 1934) ;
- Mozart & Liszt Sub-rosa, Philippe Autexier (Centre Mozart, 1984) ;
- La Lyre maçonne : Haydn, Mozart, Spohr, Liszt, Philippe Autexier (Détrad, 1991) ;
- Mémoires, Hector Berlioz (Garnier-Flammarion 1969)
- Liszt pédagogue, leçons de piano données à Valérie Boissier (édité par Auguste Boissier)
- Divers articles d’Emile Haraszti dans la Revue de Musicologie (Les origines de l’orchestration chez Liszt, 1953), la Revue Musicale (Liszt à Paris, choix de textes inédits, 1936) et la Revue d’histoire diplomatique (Deux agents secrets de deux causes ennemies : Franz Liszt et Richard Wagner 1953)

Ouvrages romanesques et poétiques

-Béatrix, Honoré de Balzac (édition Gallimard in GF ou dans la Pléiade)
-La Vie de Liszt est un roman, Zsolt Harsanyi (éd. Acte-Sud)
-L’Allemagne en octobre 1849 in Strophe supplémentaires, Henri Heine (éd. Akademie Verlag et C.N.R.S)

Iconographie

- En plus des portraits reproduits ici, il existe une sculpture de Jean-Pierre Dantan, datée de 1836 (Paris, Musée de la musique, numéro d’inventaire E.986.1.9 — déposée par le musée Carnavalet). Ce portrait charge représente Liszt de dos au piano, avec des doigts immenses et largement écartés. Il existe deux versions de cette sculpture une sans sabre et une avec sabre. Lors d’une tournée en Hongrie, en décembre 1839, la ville de Pest décerna à Listz un sabre d'honneur. Jean-Pierre Dantan ajouta donc vers 1840 un sabre à ce portrait charge. ===
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