Connecteurs logiques

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En grammaire, on appelle connecteurs logiques des morphèmes (adverbes, conjonctions de coordination ou de subordination, parfois même interjections), qui établissent une liaison entre deux énoncés, voire entre un énoncé et une énonciation. Ils regroupent des connecteurs logiques et des connecteurs argumentatifs comme «mais», c’est-à-dire des mots qui, en plus de leur rôle de jonction, insèrent les énoncés reliant dans un cadre argumentatif. L’étude des conne
Connecteurs logiques

En grammaire, on appelle connecteurs logiques des morphèmes (adverbes, conjonctions de coordination ou de subordination, parfois même interjections), qui établissent une liaison entre deux énoncés, voire entre un énoncé et une énonciation. Ils regroupent des connecteurs logiques et des connecteurs argumentatifs comme «mais», c’est-à-dire des mots qui, en plus de leur rôle de jonction, insèrent les énoncés reliant dans un cadre argumentatif. L’étude des connecteurs intègre ainsi les perspectives de la grammaire de texte (soucieuse de la cohésion du texte) et celle de la pragmatique (intéressé par l’orientation argumentative des énoncés et la relation d’interlocution). L’absence de connecteur entre deux énoncés est en soi une forme de jonction. Parmi les connecteurs, on distinguera:
-Les termes à valeur de succession temporelle ("puis", "alors", "ensuite", "enfin"). Ils peuvent établir une liaison chronologique dans l’ordre de l’histoire, mais aussi marquer la continuité du récit, ou porter sur le discours narratif. Par exemple, «enfin» joint à sa valeur temporelle ("à la fin") une valeur énonciative d’interjection dans «Enfin, le navire partit» (L’éducation sentimentale), et il peut prendre un sens métadiscursif ("enfin" = "pour terminer").
-Les connecteurs marquant la causalité: "car", "parce que", "puisque", "en effet". Les analyses d’O. Ducrot ont mis en valeur les oppositions pragmatiques entre les trois premiers de ces connecteurs. "Puisque" et "car"", à la différence de "parce que", unissent non pas deux énoncés, mais deux actes d’énonciations. Dans cette réplique de Jacques le Fataliste, où Jacques dit a son maître: «Et qui est-ce qui a fait le grand rouleau où tout est écrit? Un capitaine, ami de mon capitaine, aurait bien donné un petit écu pour le savoir ; lui, n’aurait pas donné une obole, ni moi non plus; car à quoi cela me servirait-il? En éviterais-je pour cela le trou où je dois m’aller casser le cou?» (Denis Diderot, Jacques le Fataliste, 1796, dans Œuvres romanesques, Ed. Garnier, 1962, p. 503), la question rhétorique introduite par «car» vient justifier l’assertion précédente (« lui n’aurait pas donné une obole, ni moi non plus »), après la pause du point-virgule, et s’insère dans une argumentation en faveur de l’acception du déterminisme. Avec "car" et "puisque", c’est le lien de causalité qui est présupposé admis de l’interlocuteur, et soustrait à la discussion, et soustrait à la discussion. La particularité offensive de «puisque» tient à ce qu’il possède une dimension polyphonique qui n’existe pas avec «car»: le point de vue présenté par «puisque» peut être attribué à un énonciateur distinct du locuteur. Ainsi, après avoir évoqué puis congédié divers possibles romanesques de son récit («vous allez croire que»), le narrateur de Jacques le Fataliste reprend: «Il est bien évident que je ne fais pas un roman, puisque je néglige ce qu’un romancier ne manquerait pas d’employer. Celui qui prendrait ce que j’écris pour la vérité, serait peut-être moins dans l’erreur que celui qui le prendrait pour une fable» (ibid., p. 505). La proposition introduite par «puisque» justifie la dénégation qui précède («Il est bien évident que je ne fais pas un roman») par un argument présenté comme une évidence reprise à un énonciateur qui se confond avec le destinataire-lecteur. Le jeu sur la fiction consiste à produire comme un argument admis, une affirmation portant sur ce que le narrateur a dit qu’il n’écrirait pas, mais qu’il a quand même évoqué par prétérition, quelques lignes plus haut («Vous allez croire que cette petite armée tombera sur Jacques et son maître, qu’il y aura une action sanglante, des coups de bâton données, des coups de pistolet tirés; et il ne tiendrait qu’à moi que tout cela n’arrivât; mais adieu la vérité de l’histoire, adieu le récit des amours de Jacques», ibid.). «Parce que», en revanche, pose l’explication d’un fait présupposé connu, et dans l’enchaînement de l’argumentation, c’est l’explication qui peut faire l’objet du débat. Jacques répond à son maître, qui lui demande de se lever:
Jacques: Pourquoi?
-Le Maître: Pour sortir d’ici au plus vite.
-Jacques: Pourquoi?
-Le Maître: Parce que nous y sommes mal.
-Jacques: Qui le sait, et si nous seront mieux ailleurs?» (ibid. p. 501-502). La réplique de Jacques («Qui le sait, et si nous seront mieux ailleurs?») enchaîne bien sur l’énoncé de son maître (et non sur l’énonciation) et elle réfute une explication qui est posée comme un enjeu de la discussion. De trois connecteurs de cause, seul « parce que » peut ainsi répondre à une question portant sur la cause; et ce, même si on refuse de la révéler: «Pourquoi as-tu fait ça? – Parce que».
-Les connecteurs marquant la conséquence: "ainsi" (qui peut aussi introduire un exemple), "donc", "c’est pourquoi".
-Les connecteurs d’opposition: "mais", "cependant", "toutefois", "quand même".
-Ceux marquant l’addition: "et", "de plus", "en outre", d’ailleurs. « D’ailleurs » est un connecteur argumentatif. Selon O. Ducrot (Les mots du discours), «D’ailleurs» introduit dans un raisonnement un argument supplémentaire, allant dans le sens des premiers, mais présenté comme subsidiaire: de ce fait, il permet d’accréditer les arguments précédents, et n’est pas soumis lui-même à discussion. Ainsi, les grandes digressions proustiennes sont souvent ouvertes par un «D’ailleurs», qui relie l’exemple à l’expression d’une loi générale, ou l’exemple à une autre expression de la même loi, comme la loi des «traits familiaux», exemplifiée ensuite par «Ainsi».

Sujets connexes

- Mot
- Syntaxe
- Nature (grammaire)
- Syntagme
- Fonction syntaxique
- Analyse morphosyntaxique
- Représentation (grammaire)
- Énonciation
- Liste des notions utilisées en linguistique ==
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Adverbe   Analyse morphosyntaxique   Conjonction de coordination   Conjonction de subordination   Denis Diderot   Déterminisme   Fonction syntaxique   Grammaire   Interjection   Liste des notions utilisées en linguistique   Mot   Nature (grammaire)   Point-virgule   Pragmatique   Représentation (grammaire)   Syntagme   Syntaxe  
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