Consentement patriotique

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Le concept de "Consentement patriotique" a été développé par un groupe d'historiens rattachés au Centre de Recherche historique de Historial de Péronne parmi lesquels on peut citer les français Jean-Jacques Becker, Annette Becker et Stéphane Audoin-Rouzeau. Il est formulé notamment par ces deux derniers dans l'ouvrage 14-18, Retrouver la guerre (Paris, Gallimard, 2000).
Consentement patriotique

Le concept de "Consentement patriotique" a été développé par un groupe d'historiens rattachés au Centre de Recherche historique de Historial de Péronne parmi lesquels on peut citer les français Jean-Jacques Becker, Annette Becker et Stéphane Audoin-Rouzeau. Il est formulé notamment par ces deux derniers dans l'ouvrage 14-18, Retrouver la guerre (Paris, Gallimard, 2000).

Le concept

Le concept de consentement patriotique concerne la guerre de 1914-1918. Il soutient que l'attachement à la nation et la volonté de gagner la guerre et de protéger la patrie contre l'ennemi a prévalu au sein des sociétés européennes mais aussi des troupes combattantes sur les souffrances endurées par les combats et les privations. Cette idée peut expliquer que le déclenchement du premier conflit mondial ait été accueilli sans panique en 1914 dans la plupart des États belligérants, voire ait provoqué des réactions enthousiastes dans certains lieux ou milieux (grandes villes notamment). Il se traduit au niveau politique par la mise en place dans les différents pays concernés de gouvernements d'Union sacrée, où les différends politiques sont mis de côté, l'ensemble de la classe politique faisant front commun. Les historiens qui ont diffusé le terme de "consentement patriotique" en font le facteur explicatif déterminant de la ténacité des populations au cours de la guerre, en particulier des combattants. En effet, en première analyse, la guerre se prolonge sans rencontrer d'oppositions organisées de grande ampleur. Un contre-exemple est cependant celui de la Russie avec la Révolution bolchévique. Celle-ci est certes liée au contexte particulier de ce pays arriéré, qui a justement toujours été un empire bien plus qu'une nation, et où l'économie et l'État modernes sont bien plus fragiles qu'ailleurs. Mais on ne peut détacher la Révolution du contexte de la Grande guerre qui l'a déclenchée. Dans cette optique, le consentement est dit "patriotique" car appuyé sur un nationalisme explicitement porteur de haine envers l'ennemi diabolisé, ce que confirmerait un certain nombre de "pratiques cruelles" constatées soit sur le front, soit contre les populations civiles envahies (viols, massacres de villages entiers, destructions inutiles, terre brûlée).

La discussion critique des historiens

Le concept de consentement patriotique, parfois diffusé dans les médias et l'enseignement, est reconnu par une partie de la communauté historienne française voire européenne. Toutefois, de nombreux chercheurs ont discuté ce terme et la vision des sociétés combattantes qu'il véhicule. On peut citer parmi eux Antoine Prost, Frédéric Rousseau ou encore Rémy Cazals. Un groupe d'historiens attaché notamment à nuancer la thèse du "consentement patriotique" a vu le jour en 2005 sous le nom de CRID 14-18. La discussion critique, souvent virulente, porte sur plusieurs points :
- le fait que les sources qui appuient la thèse du « consentement » proviennent majoritairement des élites, des intellectuels et de l'arrière, sans prendre en compte les très nombreux témoignages de combattants qui peuvent faire preuve d'indifférence envers le patriotisme ;
- l'aspect réducteur d'une thèse qui fait des croyances et représentations des individus (leur patriotisme) le ressort ultime de leur conduite sans prêter attention aux interactions sociales (discipline, camaraderie etc.) par lesquelles se construit l'obéissance ;
- le caractère englobant de la thèse qui assigne à tous les Européens un même "consentement" sans prendre en compte les différences nationales :
- le patriotisme est ainsi négligeable ou absent pour les populations slaves de l'Autriche-Hongrie, qui raisonnent en termes de fidélité traditionnelle à l'Empereur, ou pour la population de l'Italie, très majoritairement hostile à l'entrée en guerre en 1915),
- ni les origines sociales et la position (au front, à l'arrière) des différents acteurs ;
- la minimisation des différentes formes de résistance (mutinerie, stratégies d'évitement (le fait de chercher une affectation à l'arrière par exemple) ou accommodements (fraternisations et accords tacites) qui conduisent fréquemment les combattants à tenter de diminuer la violence du conflit.
- L'absence d'analyse des excès de la justice militaire dont l'exemple le plus significatif sont les Soldats fusillés pour l'exemple. On oppose parfois à l'école du « consentement » une école de la « contrainte », représentée par de nombreux historiens et en particulier par les membres du collectif de recherche international et de débat sur la guerre 1914-1918. Certains travaux ont cependant montré que la genèse de la survenance de la Première Guerre mondiale comporte des éléments objectifs : la caste nobiliaire d'Allemagne et d'Autriche, avec le soutien brutal des milieux pangermanistes de ces deux pays ont clairement agi pendant les mois qui ont précédé le déclenchement de la guerre.Fritz Fischer, Les Buts de guerre de l’Allemagne impériale (1914-1918), trad. de Geneviève Migeon et Henri Thiès, préface de Jacques Droz, Éditions de Trévise, Paris, 1970 (1 éd. en allemand 1961), 654 p.

Voir aussi

Bibliographie

-Jean Birnbaum, "Guerre de tranchées entre historiens", in Le Monde, 11 mars 2006. ===
Sujets connexes
Annette Becker   Antoine Prost   Autriche-Hongrie   Fritz Fischer (historien)   Frédéric Rousseau   Italie   Jacques Droz   Jean-Jacques Becker   Les Buts de guerre de l'Allemagne impériale   Mutinerie   Nation   Nationalisme   Politique de la terre brûlée   Première Guerre mondiale   Russie   Rémy Cazals   Stéphane Audoin-Rouzeau   Union sacrée   Viol  
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