Compagnie du Saint-Sacrement

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La Compagnie du Saint-Sacrement était une société secrète fondée en 1627 par Henri de Levis, duc de Ventadour. Sa mission : faire "tout le bien possible et éloigner tout le mal possible". Elle est nommée en l'honneur de l'Eucharistie, qui est la source et le sommet de la vie de l'Église. Son but officiel était de "s'appliquer pour les besoins du prochain dans toute l'étendue de la charité". Bossuet exprime, en 1652, le projet de la Compagnie du Saint-Sac
Compagnie du Saint-Sacrement

La Compagnie du Saint-Sacrement était une société secrète fondée en 1627 par Henri de Levis, duc de Ventadour. Sa mission : faire "tout le bien possible et éloigner tout le mal possible". Elle est nommée en l'honneur de l'Eucharistie, qui est la source et le sommet de la vie de l'Église. Son but officiel était de "s'appliquer pour les besoins du prochain dans toute l'étendue de la charité". Bossuet exprime, en 1652, le projet de la Compagnie du Saint-Sacrement : "bâtir Jérusalem au milieu de Babylone"Alain Tallon, La Compagnie du Saint-Sacrement, 1629-1667, Paris, 1990, éd. du Cerf, p 117. Si elle cultivait le secret c'est qu'elle considérait qu'il était : "l'âme de la Compagnie… Il permet notamment de libérer les œuvres des méfaits de l'amour propre"Ibid. p 65. Au début, Richelieu, Louis XIII, et le pape soutinrent sa création. Comme elle s'opposait aux Jansénistes, cette Compagnie fut l'objet de calomnies dont on trouve écho jusqu'à notre époque. Il se trouve encore des gens pour accuser cette Compagnie, par exemple, de faire le jeu de l'Inquisition (!), de "faire couler le sang" (!), d'être "intégriste" ou de soutenir "l'ordre moral". Calomniée, certes, mais non sans y donner prétexte : ainsi de sa pratique de la "correction fraternelle" : chacun choisissait un ami parmi ses confrères "pour se faire avertir de ses défauts et pour recevoir par son moyen les salutaires secours de la correction fraternelle."Ibid. p 69 Elle a compté parmi ses membres de nombreuses personnalités :
- Bossuet, qui tenta de limiter le libertinage de Louis XIV et poussa Louise de La Vallière à entrer au couvent,
- Vincent de Paul,
- le prince de Conti
- Anne d'Autriche, mère de Louis XIV
- Nicolas Fouquet
- Guillaume de Lamoignon, le Premier Président du Parlement Comme pour se libérer de ce recrutement très gratin, la Compagnie du Saint-Sacrement efface en son sein les préséances liées au rang social. Elle se donne ainsi l'impression de renouer avec l'Eglise primitive. Néanmoins, les valets qui accompagnaient les confrères, le jeudi, se faisaient catéchiser dans une pièce à partIbid. p. 94 et 100. Ce trait condense l'ambivalence du Saint-Sacrement. Cette société, qui devint une sorte de "parti des dévots" regroupant nombre d'anciens frondeurs, commença à devenir un contre-pouvoir et fut dès lors considérée comme pouvant nuire à l'ordre public par Mazarin et Colbert. Louis XIV la combattit en faisant arrêter un de ses plus hauts représentants, Nicolas Fouquet. Molière s'y opposa à sa façon en écrivant Tartuffe mais la reine, principal soutien de la Compagnie du Saint-Sacrement, fit interdire la pièce. En effet, la Compagnie n'en finissait pas de s'en prendre aux blasphémateurs, aux duellistes, aux libertins, au marchands de viandes qui ne respectent pas le carême, aux tenanciers de cabarets... Tous les moyens y étaient bons : délation… Elle condamnait même l'usage du tabac, les chansons des colporteurs, les toilettes trop décolletées. Ainsi, à Marseille en 1647 : "Fust résolu de travaillerer a supprimer ceste grande immodestie des nudités des femmes"Raoul Allier, La compagnie du Très Saint Sacrement de l'Autel à Marseille, Paris, Librairie Honoré Champion, 1909, p 68. C'est bien le :"Couvrez ce sein que je ne saurois voir :Par de pareils objets les âmes sont blessées, Et cela fait venir de coupables pensées.". En 1656, c'est sous la pression du parti des dévots que Mazarin crée l'hôpital général. En 1660, Mazarin tenta de supprimer la compagnie en interdisant toutes les sociétés secrètes, mais celle-ci résista. D'René de Voyer d'Argenson : « Du 26e de septembre , jour de dimanche. J'appris que le Cardinal Mazarin avoir dit à la princesse de Conti, sa nièce, qu'il avoit fait un grand coup d'Etat, d'avoir rompu les assemblées de la Compagnie du Saint Sacrement; que la Ligue avoit eu de moindres commencements et qu'il ne seroit pas digne de son ministère, s'il n'avoit détruit toutes ces cabales de dévots. » René Ier Voyer, comte d’René de Voyer d'Argenson, Annales de la Compagnie du Saint-Sacrement, Marseille, Saint-Léon, 1900, BN numérisé, p 278 La Compagnie fut finalement officiellement dissoute par Louis XIV en 1666 après la mort de la reine mère. Molière put rejouer Tartuffe sans problème à partir de 1669.

Bibliographie

- Raoul Allier, La compagnie du Très Saint Sacrement de l'Autel à Marseille, Paris, Librairie Honoré Champion, 1909
- René Ier Voyer, comte d’Argenson, Annales de la Compagnie du Saint-Sacrement, Marseille, Saint-Léon, 1900
- Alain Tallon, La Compagnie du Saint-Sacrement, 1629-1667, Paris, 1990, éd. du Cerf
- (John Travolta), "La compagnie du saint-sacrement, 1632-1681" Charlesville, 1995, éd. du Bouc

Lien externe

- Saint-Sacrement, compagnie du en:Compagnie du Saint-Sacrement
Sujets connexes
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