Giotto di Bondone

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Giotto di Bondone ou Ambrogiotto di Bondone (Vespignano, 1267 - Florence, le 8 janvier 1337) est un peintre, sculpteur et architecte italien du Trecento, dont les œuvres sont à l'origine du renouveau de la peinture occidentale. C'est l'influence de sa peinture qui va provoquer le vaste mouvement de la Renaissance à partir du siècle suivant. Giotto se rattache au courant artistique de la Pré-Renaissance, dont il est l'un des maîtres, qui
Giotto di Bondone

Giotto di Bondone ou Ambrogiotto di Bondone (Vespignano, 1267 - Florence, le 8 janvier 1337) est un peintre, sculpteur et architecte italien du Trecento, dont les œuvres sont à l'origine du renouveau de la peinture occidentale. C'est l'influence de sa peinture qui va provoquer le vaste mouvement de la Renaissance à partir du siècle suivant. Giotto se rattache au courant artistique de la Pré-Renaissance, dont il est l'un des maîtres, qui se manifeste en Italie, au début du . En cette fin du Moyen Âge, Giotto est le premier artiste dont la pensée et la nouvelle vision du monde aidèrent à construire ce mouvement, l'humanisme, qui place l'homme à la place centrale de l'univers et le rend maître de son propre destin. Les fresques que Giotto a peintes à Florence (église Santa Croce de Florence), à Assise (basilique Saint-François d'Assise) et à Padoue (chapelle des Scrovegni ou chapelle Santa Maria dell'Arena dans l'église de l'Arena de Padoue) figurent parmi les sommets de l'art chrétien.

Biographie

Giotto naît dans une famille paysanne de Colle di Vespignano, un village près de Vicchio di Mugello, dans le Nord-Est de Florence, en Toscane. D'après la légende, recueillie par Lorenzo Ghiberti et Giorgio Vasari, Giotto enfant aurait commencé par garder les chèvres de son père Bondone, et le peintre Cimabue, le surprenant à dessiner sur une pierre avec un charbon près d'un cours d'eau, émerveillé de son génie précoce, aurait emmené le jeune berger, âgé d'une douzaine d'années, dans son atelier. On peut voir la pierre commémoratrice près du pont relatant cette rencontre hypothétique. Quoiqu'il en soit, c'est bien Cimabue qui assura la formation de ce jeune garçon au talent prometteur. Giotto, Vierge à l'enfant, Peinture sur bois, (v. 1320), National Gallery of Art, Washington D.C. Dans sa technique, Giotto marque une rupture avec l'art gothique italien du Trecento. Passant d'une conception hiératique de la peinture - c’est-à-dire symbolique de la représentation des personnages dans une conception plutôt figée de la stature - il lui insuffle un certain naturalisme. Ainsi, il représente des scènes dans lesquelles l'accent est mis sur la communication entre les personnages et la perspective à un point de fuite, quoique l'espace représenté y soit parfois ambigu étant donné l'emplacement des personnages qui cachent les vecteurs. Tout en laissant de côté la représentation française délicate des personnages pour en accentuer la solidité, il continue tout de même à puiser dans le répertoire des motifs gothiques tels que les quadrilobes. Les survols historiques de la peinture européenne accordent à l'artiste toscan une place prépondérante dans les débuts de la peinture italienne renaissante. Il eut Taddeo Gaddi comme élève. Giotto mourut à Florence le 8 janvier 1337 et fut enseveli avec pompe dans la cathédrale dont il avait été l'architecte. De sa femme, Ciuta di Lapo di Pela, il avait eu huit enfants, dont l'aîné, Francesco, fut inscrit en 1311 dans la compagnie des peintres de Florence. Ses peintures sont d'inspiration religieuse : nombreux retables, grandes surfaces couvertes de fresques à Padoue (scènes de la Bible à la chapelle de l'Annunziata ou des Scrovegni) et à Assise (basilique inférieure et, surtout, scènes de la vie de François d'Assise dans la basilique supérieure). De nombreux artistes modernes ont trouvé l'inspiration dans l'œuvre de Giotto, - où ils puisaient à la source d'un humanisme qui reste valable à toutes les époques.

Citations à propos de Giotto

Portrait de Dante Alighieri par Giotto Plusieurs témoignages littéraires, qui ne nous apprennent pas grand chose sur la vie de Giotto, marquent l'impact de l'œuvre de Giotto sur ses contemporains parmi lesquels le chant XI du Purgatoire de Dante - qui fut son ami - la nouvelle VI, 5 Décaméron de Boccace et Le Vite de' più eccellenti pittori, scultori e architettori de Vasari. Boccace, dans une nouvelle du Décaméron, écrite vers 1350, se montre particulièrement enthousiaste au sujet de la peinture de Giotto : Il possédait un génie si puissant, que la Nature, mère et créatrice de toutes choses, ne produit rien, sous les éternelles évolutions célestes, qu'il ne fût capable de reproduire avec le stylet, la plume ou le pinceau : reproduction si parfaite que, pour les yeux, ce n'était plus une copie, mais le modèle lui-même. Très souvent ses œuvres ont trompé le sens visuel, et l'on a pris pour la réalité ce qui est une peinture » (Boccace, « Le Décaméron », Sixième Journée, Cinquième Nouvelle, Classiques Garnier, 1952, p. 413) Giorgio Vasari montre dans son œuvre l'espièglerie de Giotto : On rapporte que Giotto, dans sa jeunesse, peignit un jour d'une manière si frappante une mouche sur le nez d'une figure commencée par Cimabue que ce maître, en se remettant à son travail, essaya plusieurs fois de la chasser avec la main avant de s'apercevoir de sa méprise. (Giorgio Vasari, « Le Vite »)

Anecdotes

Le pape Benoît IX, via un de ses émissaires, pressa Giotto de lui donner la plus pure preuve de son talent. Ce dernier traça alors sur une feuille destinée au souverain pontife un cercle parfait à main levée. L'ancien berger démontrant son génie put alors voyager à Rome pour y réaliser plusieurs œuvres.

Les fresques de la basilique Saint-François d'Assise

Giotto, Un habitant d'Assise étend son manteau sous les pas de François Les murs de l'église supérieure de la basilique Saint-François d' Assise, à une seule nef avec abside et vitraux raffinés du , sont couverts des extraordinaires fresques allégoriques de Giotto sur la vie du saint, réalisées dans la dernière décennie du . Elles y côtoient des œuvres de Simone Martini (v. 1280-1344) - les « Épisodes de la vie et de la passion du Christ » - et d' Ambrogio Lorenzetti (v. 1290-1348) - « La Madonne et les saints » et les « Stigmates » -. On peut affirmer que ces fresques sont le premier ouvrage authentique où nous pouvons apprécier la force et la liberté d'inspiration de ce grand maître, qu'était Giotto. Selon Giorgio Vasari, ce fut Fra Giovanni di Mure, général des Franciscains de 1296 à 1304, qui l'appela à Assise, pour y peindre la vie de saint François. Certains experts estiment que Giotto - qui travaillait probablement à Assise vers 1290 - a peint le cycle de la « Vie de saint François » vers cette époque. Cette datation antérieure repose sur les différences de style notables entre les fresques d'Assise et celles de Padoue, que l'on ne peut expliquer que par un long intervalle temporel. Les fresques racontent la vie de saint François : la vocation, le renoncement aux biens de ce monde, le Latran qui croule, la rencontre avec le Sultan d'Égypte, le prêche aux oiseaux… La décoration des murs sur lesquels figurent les scènes de la vie de saint François a été élaborée selon la technique du trompe-l'œil, depuis le rideau peint au-dessus des scènes de la vie du saint jusqu'au cadre architectural fictif qui encadre chacune d'elles. Chaque baie de la nef est divisée en trois parties (quatre dans le cas de la baie la plus large près de l'entrée) par des colonnes torsadées s'élevant depuis la base de la peinture. Les scènes de la vie de Saint François sont ainsi peintes comme si elles avaient été conçues dès la construction de l'église. On s'accorde généralement à reconnaître aujourd'hui que les vingt-huit fresques de la Vie de saint François, peintes sur les deux murs de la nef et au revers de la façade, sont toutes de la main de Giotto. En voici l'énumération, en commençant par le mur de droite et du côté du chœur : Giotto, Le rêve d'Innocent III, voyant en songe François qui soutient l'église du Latran sur le point de s'écrouler 'Giotto, Canonisation de François, et miracles obtenus par son intercession
- 1° Un habitant d'Assise étend son manteau sous les pas de François (Voir image ci-dessus) ;
- 2° François donne sa tunique à un mendiant ;
- 3° le Christ lui apparaît en songe, et lui montre un palais rempli d'armes ;
- 4° Le Crucifix de Saint-Damien lui ordonne de réparer les ruines de l'église ;
- 5° Il renonce à tout bien terrestre, malgré la colère de son père, et se réfugie dans les bras de l'évêque Guide ;
- 6° Le pape Innocent III voit en songe François qui soutient l'église du Lateran sur le point de s'écrouler (voir image ci-contre) ;
- 7° Honorius III approuve la règle des Frères mineurs ;
- 8° Les Frères Mineurs voient François rayonnant de gloire sur un char de feu ;
- 9° François et un de ses compagnons en prière voient un ange qui leur montre cinq trônes ;
- 10° François chasse les démons de la ville d' Arezzo ;
- 11° Il annonce au Sultan d' Égypte qu'il est prêt à subir l'épreuve du feu ;
- 12° Ravi en extase, il converse avec Dieu ;
- 13° Il célèbre à Greccio le mystère de Noël ;
- 14° Il fait jaillir l'eau de la montagne pour désaltérer un paysan ;
- 15° Il prêche devant les oiseaux ;
- 16° Il prédit la mort d'un gentilhomme de Celano, son hôte ;
- 17° Il prêche devant le pape Honorius III;
- 18° Il apparait au chapitre des Frères réunis à Arles, pendant un sermon de saint Antoine de Padoue ;
- 19° Il reçoit les stigmates, sur le mont de la Verna ;
- 20° Les Frères célèbrent les funérailles de François, dont l'âme est portée au ciel par les anges ;
- 21° Le Frère Agostino et l'évêque d'Assise sont informés en songe de la mort de François ;
- 22° Jérôme d'Assise se convainc de la vérité des stigmates ;
- 23° Le corps de François transporté solennellement à San Damiano d'Assise est reçu devant l'église par sainte Claire et ses sœurs ;
- 24° Canonisation de François, et miracles obtenus par son intercession (voir image ci-contre) ;
- 25° François apparaît au pape Grégoire IX pour lui prouver la réalité des stigmates ;
- 26° Il guérit d'une blessure mortelle un jeune homme de Lérida, qui lui était dévot ;
- 27° Il ressuscite, à Monte Murano, près de Bénévent, une femme morte en péché, qui lui était dévote ;
- 28° Il fait délivrer de prison Pierre d'Assise, accusé d'hérésie. Ces fresques, qui inauguraient une manière de peindre neuve et vivante, tout appuyée sur l'observation de la nature, la précision expressive des attitudes et des traits, durent exciter l'enthousiasme des contemporains. C'était la première fois que l'on rompait aussi ouvertement avec la tradition byzantine, avec les thèmes de convention éternellement reproduits selon les mêmes règles, pour s'inspirer des récits populaires et des usages du temps. Elles montrent bien en quoi Giotto fut un précurseur. Les scènes utilisent les principes de la perspective qui ont d'abord été formulés dans les deux scènes de la vie d'Isaac sur les murs du transept, dont l'attribution est incertaine, mais qui pourraient avoir été peintes par Giotto jeune. Malgré l'impression d'unité créée par les fresques de l'église supérieure, celles de Giotto sont facilement reconnaissables, non seulement pour leur style, mais aussi parce qu'elles montrent un nouveau traitement dans la technique de la fresque - qui a d'ailleurs permis une meilleure conservation - par rapport à ce qui se faisait auparavant. En 1298, ayant problablement achevé les fresques d'Assise, il se rend à Rome à l'appel du cardinal Jacopo Gaetani dei Stefaneschi, neveu du pape Boniface VIII.

Œuvres réalisées à Rome

A Rome, Giotto exécuta un certain nombre d'ouvrages dont plusieurs sont perdus ou ruinés, entre autres un Crucifix peint à la détrempe pour l' église de Santa Maria sopra Minerva, et les fresques de San Giorgio in Velabro, dont Stefaneschi avait été créé cardinal-diacre en 1295. Plus importantes sont les œuvres laissées par Giotto dans la basilique Saint-Pierre, la célèbre mosaïque de la Navicella, qui orne maintenant le vestibule de l'immense église - primitivement elle en décorait la façade -, et le retable du maître-autel, conservé, depuis le , dans la sacristie des chanoines. Ce retable, qui a la finesse d'une miniature, est peint à la détrempe sur fond d'or. Il se compose de trois panneaux gothiques, terminés par des pinacles, et d'un gradin, également en trois parties. Les grands panneaux sont peints sur les deux faces. Au centre de la face principale, le Christ bénissant trône au milieu de huit anges ; sur les panneaux latéraux sont représentés la Crucifixion de saint Pierre et la Décollation de saint Paul. Au revers du panneau central on voit saint Pierre en costume pontifical, trônant entre deux anges : au pied du trône, le cardinal Stefaneschi, en vêtement de diacre, assisté de ses deux patrons, saint Jacques et saint Gaëtan, est conduit par saint Georges devant le prince des apôtres, auquel il offre à genoux un triptyque, figure abrégée du retable de Giotto ; sur les panneaux latéraux sont figurés en pied les apôtres saint André et saint Jean l'Évangéliste, saint Jacques et saint Paul. Enfin, sur le gradin, la Madone, trônant entre deux anges, a pour cortège les douze apôtres, debout en des attitudes variées.

Les fresques de l'église de l'Arena

église de l'Arena -Le baiser de Judas église de l'Arena - L'Ascension du Christ De 1303 à 1306, Giotto est à Padoue où il peint les cinquante-trois fresques de la chapelle Scrovegni ou chapelle Santa Maria dell'Arena dans l'église de l'Arena, qui sont considérées comme son chef-d'œuvre et l'un des tournants de l' histoire de la peinture européenne. Il avait probablement autour de quarante ans quand il a commencé la décoration de la chapelle, où il peint des fresques relatant la vie du Christ, qui sont un des sommets de l'art chrétien. La réalisation du cycle complet a pris environ deux années - un temps étonnamment court - et cela ne peut s'expliquer que par la totale maîtrise technique à laquelle était parvenu Giotto et une organisation radicalement nouvelle de son travail. Il semble qu'il ait pleinement tiré profit de son expérience précédente à Assise pour mener à bien la décoration de la chapelle Scrovegni. Une tradition fort sérieuse considère que Dante - exilé de Florence en 1302 - se trouvait à Padoue en même temps que Giotto y effectuait ce travail et attribue à son influence le choix d'une partie des compositions dont Giotto décora la chapelle de Santa Maria dell’Arena. Dans l’
Enfer de Dante se retrouvaient certains des contemporains que le poète jugeait indignes du salut mais qu'il ne nommait pas expressément, se contentant de les désigner symboliquement par leurs armoiries. Il avait ainsi précipité en enfer, au chant dix-septième de la Divine Comédie, Reginaldo Scrovegni, usurier célèbre de Padoue, en évoquant les armoiries de la famille figurées par « une grosse truie d'azur ». Pour réhabiliter la mémoire de son père et de la famille, son fils Enrico - un riche marchand créé patricien de Venise - fit ériger en 1303 à Padoue une chapelle consacrée à la Vierge sous le titre de la Annunziatà, dont il avait confié la décoration à Giotto. Peut-être celui-ci en fut-il également l'architecte avant d'en être le décorateur ; en l'absence de tout document, cette conjecture ne peut s'appuyer que sur l'harmonie parfaite de la forme de l'édifice avec sa décoration intérieure. Ainsi, quatre mots d'un poète auront suffi à susciter l'une des plus hautes réalisations de la peinture occidentale C'est une simple nef à voûte cintrée, terminée par un grand arc ouvrant sur l'abside. La paroi de droite est percée de six fenêtres, et une triple baie ogivale s'ouvre sur le mur de façade ; toute une large surface, où le regard n'est détourné par aucun motif de sculpture, s'offre librement aux inventions de la fresque. Les scènes sur les murs sont ainsi arrangées en quatre rangées et sont entourées par une structure qui semble former la partie de l'architecture de la chapelle. Les scènes sont séparées verticalement par de larges bandes de marbre qui sont richement décorées. Giotto, se conformant aux antiques usages, divisa les murs de la nef en larges quadrilatères étagés sur trois rangs, où il peignit les histoires de la Vierge et du Christ. Il enveloppa ses compositions de bordures à feuillages variés, d'où se détachent symétriquement des médaillons avec des bustes de personnages évangéliques. L'église étant plus petite qu'à Assise, Giotto a du diviser la surface en panneaux plus petits. Les personnages de la fresque sont peints presque en grandeur nature ce qui lui donne une grande unité et une grande proximité avec les personnages. Comparés aux fresques d'Assise, la couleur et les volumes sont devenus plus doux. Les gestes des figures maintiennent un équilibre entre la « gravitas» de l' Antiquité et le côté gracieux de l' art gothique. Au-dessous, sur un soubassement feint, coupé de pilastres, il distribua quatorze figures allégoriques de Vertus et de Vices, peintes en camaïeu. Au sommet de l'arc triomphal - qui ouvre sur le chœur - trône le Sauveur adoré par les anges; sur la paroi d'entrée se déploie le Jugement dernier. La voûte à fond d'azur semé d'étoiles d'or est divisée en deux champs, d'où ressortent dix médaillons circulaires représentant, d'un côté la demi-figure du Christ bénissant, de l'autre celle de la Vierge tenant son fils, parmi des bustes de prophètes. La série des scènes évangéliques commence à droite de l'arc triomphal, se continue sur la paroi qui fait face, recommence et se continue de même par deux fois, pour se terminer à gauche du chœur. L'influence de Dante se trahit dans la vaste composition du Jugement dernier et mieux encore dans les figures allégoriques en camaïeu, qui simulent à la base des fresques évangéliques deux rangées de bas-reliefs. Ces quatorze figures de Vertus et de Vices qui se font face, les Vertus à droite et les Vices à gauche, comptent parmi les créations les plus parfaites du génie de Giotto. On pourrait leur chercher quelques modèles, soit parmi les miniatures antiques (illustrations de la Psychomachia de Prudence), soit parmi les sculptures du Moyen Âge (statues et bas-reliefs de Nicolas et de Jean de Pise) ; mais il y a un abîme entre l'œuvre du maître et celles de ses devanciers. La simplicité, la dignité merveilleuses de ces figures aux draperies flottantes révèlent en leur auteur non seulement un esprit subtil, habitué aux spéculations morales et philosophiques, mais un œil de peintre et de sculpteur, instruit par la contemplation des chefs-d'œuvre de l'art antique. Joachim du Temple
Des inscriptions latines, aujourd'hui presque entièrement détruites, éclairaient le symbolisme de ces figures, dont voici l'énumération :
- 1 L'Espérance et, sur la paroi opposée, 2 le Désespoir;
- 3 La Charité et 4 l'Envie;
- 5 La Foi et 6 l'Infidélité;
- 7 La Justice et 8 l'Injustice;
- 9 La Tempérance et 10 la Colère;
- 11 La Force et 12 l'Inconstance;
- 13 La Prudence et 14 la Folie.
Les fresques se répartissent en plusieurs groupes :
- Scènes de la Vie de Joachim (voir ci-contre) ;
- Scènes de la Vie de la Vierge
- Scènes de la Vie de Jésus ;
- Les Sept Vertus ;
- Les Sept Vices.

Giotto architecte

Campanile de la cathédrale de Florence (1334-1357) Comme architecte et comme sculpteur, Giotto a laissé à Florence un monument d'une élégance et d'une harmonie incomparables, le campanile de la cathédrale. Ce fut le 12 avril 1334 que la commune de Florence honora Giotto du titre de « Magnus magister (Grand maître) et le nomma architecte en chef (capomaestro) de Santa Maria del Fiore, appelée alors Santa Reparata. Cette cathédrale, commencée par Arnolfo di Cambio, n'avait pas encore de façade, de coupole ni de campanile. Il est probable que Giotto éleva les premières assises de la façade, et c'est à lui sans doute qu'il faut attribuer le dessin si délicat des fenêtres dans les nefs latérales. Mais son œuvre incontestable est le campanile, tour carrée à trois étages de fenêtres, qui s'élève, sur la droite de la façade, à 84 mètres de hauteur. Décoré jusqu'au sommet d'incrustations de marbres de couleur, rehaussé de bas-reliefs et de statues, ce campanile est une merveille de grâce et de légèreté. Les fenêtres, qui vont s'agrandissant d'étage en étage, ajoutent à sa sveltesse aérienne; avec le travail infini de leurs colonnettes, avec leur dentelle de marbres variés, elles sont peut-être, comme l'observe justement l'historien suisse Jacob Christoph Burckhardt, la plus belle œuvre de détail de tout le gothique italien, mais sa mort en 1337 marquera l'arrêt de sa contribution à cet édifice. Le campanile, dans la pensée de Giotto, devait se terminer par une flèche élancée, à laquelle renoncèrent les successeurs du maître, Andrea Pisano et Francesco Talenti jusqu'en 1357. Des deux guirlandes de bas-reliefs qui s'enroulent à sa base, la première est due, pour la composition, en partie même pour l'exécution, à Giotto. Il a voulu y résumer philosophiquement toute la vie et toutes les inventions humaines.
Sur la face principale se présentent sept compositions :
- 1° la Création de l'homme ;
- 2° la Création de la femme ;
- 3° la Loi du travail ;
- 4° la Vie pastorale ;
- 5° la Musique ;
- 6° la Métallurgie ;
- 7° l'Invention du vin.
Ensuite viennent :
- 8° l'Astronomie ;
- 9° l'Architecture ;
- 10° l'Art du potier ;
- 11° l'Art de dresser les chevaux ;
- 12° l'Art du tisserand ;
- 13° la Promulgation des lois ;
- 14° l'Exploration des régions nouvelles.
Sur la troisième paroi :
- 15° la Navigation ;
- 16° la Justice sociale ;
- 17° l'Agriculture ;
- 18° le Commerce ;
- 19° la Géométrie.
Enfin, sur la paroi qui fait face à la cathédrale :
- 20° la Sculpture ;
- 21° la Peinture ;
- (les cinq derniers reliefs sont l'œuvre de Luca della Robbia). L'expression, d'une profondeur et d'une clarté saisissantes, la simple vérité des mouvements et des proportions, tout dans ces bas-reliefs si sobres et si nobles rappelle les meilleures qualités des fresques de Giotto. Certaines figures, telles que le pasteur assis au seuil de sa tente dont il entrouvre le rideau, ou la jeune femme qui s'approche du métier à tisser, semblent appartenir à l'art grec du ou à l'art français du par leur pure gravité et leur étonnante intensité de vie. Les bas-reliefs de l'étage supérieur, qui représentent les Vertus et les Sciences, par leur facture plus sèche et plus étroite, décèlent une autre main.

Autres œuvres

Giotto', Vie de Saint François, dans la chapelle Bardide la Basilique Santa Croce de FlorenceScène: L'apparition des stigmates du Christ, (détail)
- Basilique Santa Croce de Florence :
-
la vie de Saint François dans la chapelle Bardi, (voir ci-contre) ;
- Cycle de la vie de saint Sylvestre avec son élève Maso di Banco ;
- Les œuvres de Giotto aux Offices de Florence :
- Vierge d'Ognissanti, vers 1310 (cachée au castello di Montegufoni pendant l'occupation allemande de la seconde guerre mondiale)
- Musée de l'Œuvre du Duomo de Florence :
- Gâble qui coiffait l'une des fenêtres trilobées du campanile
- Daedalus, inventeur du vol et incarnation de la technè
des Grecs qui comprenait l'art et la technologie, bas-relief, de 1334 à 1336
- Musée du Louvre, Paris :
- Crucifix peint, vers 1315
- Saint François d'Assise recevant les stigmates, vers 1295 / 1300
- Metropolitan Museum of Art, New York :
- L'Épiphanie, vers 1320, peinture
- National Gallery of Art, Washington D.C.
- Madone, vers 1320, peinture,
- Autres :
- Saint François donnant sa tunique au pauvre
- la fresque de la Dormition de la Vierge du retable de Prato a été attribuée depuis à son élève Maso di Banco (conservée au musée Condé de Chantilly)

Galerie

Image:Giotto - Scrovegni - -50- - Injustice.jpg|Padoue, Église de l'Arena, Série des Vices et des Vertus : L'Injustice Image:Giotto Scrovegni 26 entry into Jerusalem detail.jpg|Padoue, Église de l'Arena, Entrée du Christ à Jérusalem Image:Giotto - Scrovegni - -36- - Lamentation (The Mourning of Christ).jpg|Padoue, Église de l'Arena, Lamentations Image:Giotto - Legend of St Francis - -01- - Homage of a Simple Man.jpg|Basilique d'Assise, légende de saint François Image:Giotto - Legend of St Francis - -04- - Miracle of the Crucifix.jpg|Basilique d'Assise, Miracle du crucifix

Sources

- Article « Giotto» de « La grande encyclopédie : inventaire raisonné des sciences, des lettres et des arts », réalisée par une société de savants et de gens de lettres sous la direction de MM. Berthelot, Hartwig Derenbourg, F.-Camille Dreyfus Réimpression non datée de l'édition de 1885-1902. Paris, Société anonyme de « La grande encyclopédie », , tome XVIII, pages 953 et suiv.

Bibliographie

- Marcel Brion, Giotto, Rieder, 1928
- Élisabeth Crouzet-Pavan, « Enfers et paradis. L'Italie de Dante et de Giotto », 490 pages, Paris, Albin Michel, 2004 -
- Marcelin Pleynet, Giotto - Paris, Mazan, 1985 - ISBN 2-85025-073-2 ==
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