Noosphère

Infos
La noosphère est un nom donné à espace des idées, par différenciation
- avec le monde matériel physique, non vivant, la géosphère
- avec la biosphère, le monde du vivant
- et avec l'infosphère, imaginée par Dan Simmons.
Noosphère

La noosphère est un nom donné à espace des idées, par différenciation
- avec le monde matériel physique, non vivant, la géosphère
- avec la biosphère, le monde du vivant
- et avec l'infosphère, imaginée par Dan Simmons.

Le concept

Ce mot, que Pierre Teilhard de Chardin emprunte à Vernadsky, part de l'observation qu'une pellicule de faible épaisseur (quelques kilomètres) entourant la Terre - qu'on comparerait presque aujourd'hui à un biofilm - contient à la fois toutes les connaissances de l'humanité et toute sa capacité de traitement de l'information. La noosphère se juxtapose à la lithosphère (la masse inerte), la biosphère (la masse vivante) et à la sociosphère (ensemble des relations humaines et/ou écologiques) et l'ensemble de l'activité intellectuelle de la Terre : il s'agit d'une sorte de « conscience collective de l'humanité » qui regroupe toutes les activités cérébrales et mécaniques de mémorisation et de traitement de l'information. Les vulgarisateurs scientifiques Jack Cohen et Ian Stewart lui ont donné le nom plus médiatique d’extelligence. Le cerveau des hommes fait partie de la noosphère, mais aussi toutes les infrastructures créées par lui qui participent au traitement comme au stockage de l'information : villes, bibliothèques, infrastructure politique, culture, lois, réseaux de communication.

La notion d’unité d'un organisme

Le cerveau des primates supérieurs se compose de deux hémisphères :
- un hémisphère gauche où auraient lieu la plupart des activités analytiques et rationnelles
- un hémisphère droit où se dérouleraient plus spécialement les phénomènes de perception globale et intuitive. Le gauche traite grosso modo la logique et le raisonnement, le droit plutôt les émotions et pulsions. Les deux communiquent entre eux, bien que l'on ait constaté qu'un individu pouvait encore vivre quand n'existaient plus de communications entre les deux hémisphères. Si cette distinction entre cerveau gauche et cerveau droit est parfois remise en cause à l'heure actuelle (2005), en revanche nul ne conteste que le cerveau soit bien composé de neurones interconnectés.

L’unicité de l’esprit

L'impression d'être un individu unique provient du fait que les différentes parties du cerveau - et pas seulement bien sûr les hémisphères droit et gauche - communiquent souvent, rapidement et avec un fort débit d'information entre elles (cette idée sera rappelée par Douglas Hofstadter et Daniel Dennett dans leur compilation Vues de l'esprit (The mind's I). Que va-t-il se passer à mesure que cette fréquence, cette rapidité et ce débit augmentent aussi dans les échanges entre personnes, élevant ce que Paul Valéry nomme la « température intellectuelle » de l'esprit, telle qu'on peut la constater dans les grandes métropoles comme Le Caire ou Tōkyō ? Doit-on s'attendre à un changement qualitatif similaire au changement de phase des physiciens constaté quand par exemple une différence minime de température fait passer l'eau de l'état liquide à l'état vapeur ? Teilhard pense que oui, et que les frontières du moi cessent à partir d'un certain débit d'échange de devenir aussi nettes. Le Jésuite va même - mais nous quittons ici, dans l'état actuel des connaissances, le domaine de la cybernétique - jusqu'à supposer que cette augmentation technique du couplage entre les individus s'accompagne d'une solidarité croissante de fait, et que celle-ci possède des caractéristiques qui sont exactement celles de l’amour (cette hypothèse, manifestement inspirée par le dogme trinitaire, n'est cependant pas indispensable à la compréhension du concept de noosphère, et dépassant le cadre du présent article ne sera pas détaillée ici).

Le processus de convergence

Teilhard prédit donc une unification croissante des activités intellectuelles (voire « spirituelles ») de la planète, de même que les activités humaines se sont unifiées dans les cadres des sociétés et des civilisations, ou celle des cellules dans les organismes. Non pas pour quelque raison mystique, mais beaucoup plus simplement parce que les gains d'efficacité y conduisent aussi sûrement que, par exemple, des questions de potentiel conduisent une réaction chimique à se produire ou des atomes de deutérium à fusionner si la température s'y prête. Carl Gustav Jung, avec son idée de sentiment océanique reprise de Romain Rolland, Henri Laborit avec la sienne d'organisme étendu et Richard Buckminster Fuller dans son ouvrage No more secondhand God se montreront pleinement en phase avec cette idée, déjà d'ailleurs en son temps exprimée sous forme embryonnaire par Baruch Spinoza. Le développement des médias classiques engendrait déjà une certaine agitation intellectuelle en ce sens (évoquée en son temps par Marshall McLuhan). C'est toutefois depuis le développement de l'Internet que l'idée de noosphère redevient d'actualité.

Historique

Depuis l'origine de la philosophie, dans l'antiquité (notion d'être), au Moyen Âge, lors de la découverte de la rotondité de la Terre, le concept de « conscience collective globale », était ressenti. C'est ce que Teilhard de Chardin a nommé noosphère à l'époque contemporaine.

La mise en place de l’infrastructure

- Au , à Sumer : invention de l'écriture. La mémoire humaine dispose désormais d'un support stable et durable dans le temps.
- :
- Parménide développe la notion d'être en tant qu'être.
- Platon dans le Phèdre note déjà que l'écriture constitue un danger parce qu'elle prive de l'interactivité de l'oral qui auparavant allait de soi. Il prédit que cette absence d'interactivité va créer des distorsions dans la connaissance, voire des contresens.
- Aristote : « Le progrès ne vaut que s'il est partagé par tous. »
- : les écrits philosophiques d'Aristote sont traduits en occident, d'abord depuis l'arabe, puis depuis le grec.
- 1455 : 37 ans avant la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb, impression du premier livre par Gutenberg : la Bible. L'information se diffuse, pour le meilleur comme pour le pire.
- :
- Invention de la rotative
- Couverture planétaire progressive du réseau télégraphique.
- 1890-1980 : couverture planétaire progressive du réseau téléphonique
- Première moitié du : la radiodiffusion se généralise
- 1952 : première interconnexion d'ordinateurs (projet Bizmac de RCA). Pendant les huit ans qui vont suivre, l'interconnexion d'ordinateurs est un sujet récurrent sans que personne ne précise pourtant quels services nouveaux on peut en attendre par rapport au regroupement sur une machine unique conforme à ce qui se nommait alors la loi de Grosch.
- 1958 : lancement du premier modem par la compagnie Bell. Les communications entre machines peuvent dès lors utiliser le réseau téléphonique existant, bien qu'encore très lentement (quelques centaines de bits/seconde à l'époque). Le numéro appelé doit avec cette version de matériel être composé à la main.
- 1960 : première interconnexion d'ordinateurs en production : le système de surveillance aérienne SAGE.
- 10 juillet 1962 : lancement du satellite de communication Telstar 1 : symboliquement (car en fait ce n'est pas le premier satellite de ce genre ; ce n'est que le plus médiatisé), la noosphère s'étend jusqu'à l'orbite basse de satellisation.
- 1966 : premier satellite géostationnaire : la noosphère utilise maintenant l'orbite haute de satellisation.
- 1969 : création d'Arpanet : embryon de ce qui sera plus tard l'Internet
- 1980-1990 : forums Usenet : les interrogations s'échangent à la vitesse de la lumière. Les incompréhensions mutuelles, hélas, aussi.
- 1989 : naissance au CERN du Web, qui est baptisé l'année suivante World Wide Web.
- 1990-1995 : Arrivée dans le grand public de l'accès à Internet : une grande quantité d'informations accessible à tous semble être une manifestation perceptible et spectaculaire de la noosphère.
- 1995 : le consultant canadien Peter de Jaeger ouvre un site d'alerte et diffusion mondiale d'informations sur le passage informatique à l'an 2000 (Y2K en américain). Ce site devint le site le plus interconnecté au monde à cette époque (200 000 liens).
- 1996 : Arrivée de Backrub, l'ancêtre de Google
- : naissance officielle de Google qui deviendra un point de fuite du Web, après d'autres moteurs de recherche comme Yahoo et AltaVista. La notoriété Google, difficile à truquer, constitue une première référence sur laquelle mener des auscultations de la planète. Plusieurs articles sont écrits sur le sujet. Voir aussi Google Trends.

Les premiers projets collaboratifs planétaires

L'histoire de l'Internet n'étant pas l'objet de cet article, la présente liste ne mentionne que quelques jalons significatifs.
- janvier 1984 : naissance du projet GNU (et plus tard sa variante GNU/Linux). Le cinquième niveau de la pyramide de Maslow devient un nouveau facteur de production, qui n'avait pas été prévu par Karl Marx. Conjuguée avec l'infrastructure de l'Internet, c'est bien un nouveau mode de production qui vient d'apparaître.
- Le projet Y2K, projet mondial qui coûta entre 300 et 600 milliards de dollars pour le passage informatique à l'an 2000, répartis à parts égales essentiellement entre l'Amérique, l'Europe, et l'Asie.
- : premier Wiki. La communication avec certains sites web devient totalement bidirectionnelle. Le Wiki possède son propre système d'autorégulation lui aussi.
- Septembre 1997 : apparition de Slashdot : la communauté Internet - et non plus les seuls développeurs - commence à son tour à se percevoir comme une masse de contributeurs potentiels et non de simples consommateurs d'information. Naissance des concepts d'autorégulation électronique avec la modération, la métamodération et le devoir de jury de Slashdot (voir cet article).
- 1998 : démarrage du projet collaboratif SETI@home (recherche de signaux stellaires par des centaines de milliers d'ordinateurs simultanés dans le monde). D'autres projets suivront, comme le Généthon.
- : apparition de la Wikipédia, premier projet collaboratif planétaire grand public.
- 2002 : apparition, après divers essais plus ou moins heureux en ce sens, de BitTorrent, qui permet aux sites échangeant de l'information de s'autoorganiser, puis de s'autoréguler de façon efficace.

Quelques considérations finales

Pierre Teilhard de Chardin est considéré, avec Richard Buckminster Fuller et Paul Otlet, comme un des penseurs d'internet. En effet, la toile est parfois considérée comme le nouveau système nerveux de la noosphère : une grande quantité d'informations accessible à l'humanité toute entière et qui peut être partagée à double sens (depuis le Web 2.0) par tous. « …l’avènement de l’homme marque un palier entièrement original, d’une importance égale à ce que fut l’apparition de la vie, et que l’on peut définir comme l’établissement sur la planète, d’une sphère pensante, surimposée à la biosphère, la noosphère. En elle, l’immense effort de cérébralisation qui commença sur la terre juvénile va s’achever, en direction de l’organisation collective ou socialisation… » Pierre TEILHARD de CHARDIN Emprunté à Vladimir Ivanovich Vernadsky et développé par Teilhard de Chardin, le concept de noosphère doit également beaucoup aux travaux d'Édouard Le Roy. Henri Laborit a également travaillé sur cette notion, et l'a présentée dans son film Mille milliards de messages. Le système politique et social qui résulterait de la noosphère a été désigné sous le nom de noocratie (en)

Voir aussi

Bibliographie

- L’Avenir de la science, Ernest Renan
- Le Phénomène humain, Pierre Teilhard de Chardin
- No more secondhand God, Richard Buckminster Fuller ===
Sujets connexes
AltaVista   Amérique   Anarchie et Internet   Aristote   Auto-organisation   Autorégulation   Baruch Spinoza   Bible   Bibliothèque   Biofilm   Biosphère   BitTorrent   Carl Gustav Jung   Cerveau   Cerveau global   Christophe Colomb   Civilisation   Communication   Compréhension   Connaissance   Conscience   Culture   Cybernétique   Dan Simmons   Douglas Hofstadter   Eau   Eric Raymond   Ernest Renan   Esprit   Europe   GNU   Google   Google Trends   Généthon   Henri Laborit   Humanité   Hémisphère cérébral   Ian Stewart (mathématicien)   Information   Infosphère   Infrastructure   Interactivité   Internet   Interopérabilité   Jésuite   Karl Marx   Koyaanisqatsi   Le Caire   Logiciel libre   Logique   Loi de Grosch   Manifestation   Marshall McLuhan   Mode de production   Modem   Monde (univers)   Mondialisation   Moyen Âge   Mysticisme   Neurone   Noosphère   Notoriété Google   Ordinateur   Origine de la philosophie   Parménide   Passage informatique à l'an 2000   Paul Otlet   Paul Valéry   Philippe Breton   Phèdre (Platon)   Pierre Teilhard de Chardin   Platon   Point de fuite   Pulsion   Radiodiffusion   Raisonnement   Richard Buckminster Fuller   Romain Rolland   Rotative   Satellite géostationnaire   Sentiment océanique   Slashdot   Société (sciences sociales)   Sumer   Système nerveux   Système politique   Telstar 1   Température   Terre   Traitement de l'information   Télégraphe   Téléphone   Usenet   Vie   Vitesse de la lumière   Web 2.0   Wiki   World Wide Web   Y2K  
#
Accident de Beaune   Amélie Mauresmo   Anisocytose   C3H6O   CA Paris   Carole Richert   Catherinettes   Chaleur massique   Championnat de Tunisie de football D2   Classement mondial des entreprises leader par secteur   Col du Bonhomme (Vosges)   De viris illustribus (Lhomond)   Dolcett   EGP  
^