Convergence numérique

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Convergence numérique

Définition

La Convergence numérique est un phénomène ancien, mais en accélération ces dernières années, de fusion de trois éléments : une information, son support, son transport.
-L’information c’est l’ensemble de ces objets physiques d’autrefois (photos, disques, documents papiers, cassettes vidéo), que la numérisation « dématérialise  », transforme en simple « information », c'est-à-dire en série d’octets.
-Le support c’est la combinaison de la mémoire, de masse ou volatile, disque dur ou mémoire flash, tout ce qui contient un nombre de plus en plus important d’octets, et du protocole nécessaire à l’interprétation du sens de cette série d’octets (un programme).
-Le transport c’est le passage de cette information d’un point à un autre dans le but d’être « consommée » : lue, écoutée, visualisée, copiée, par n’importe quel réseau, local ou étendu, privé ou public, sur un support physique ou via une forme d'émission radio. La convergence numérique se traduit concrètement par la fusion d'appareils jusque là très différents comme le téléphone avec la télévision ou l'ordinateur avec la chaîne HI-FI. Cela grâce à la numérisation des contenus et des communications.

Exemples

Ce processus se manifeste donc par une perméabilité des parois, voire une disparition des parois étanches qui existaient entre des techniques ou des disciplines, des secteurs d’activité autrefois étrangers les uns aux autres. La manifestation la plus ancienne de ce phénomène de convergence, non dénommée à ce moment là, est celle du transfert de stockage d’information sur papier (information écrite manuellement ou dactylographiée) vers un stockage sur support numérique informatisé. Dans ce cas, la convergence numérique se confond avec un des phénomènes à la base de l’informatique. Un exemple marquant plus récent est celui de la disparition de la paroi existant entre le réseau informatique (familièrement appelé le monde IP) et le réseau de la voix (téléphonie filaire ou radio GSM). Dans ce domaine, la « Voix sur IP » ou VoIP, met en œuvre des protocoles (principalement le Protocole Internet, l’IP, comme le nom l’indique) permettant le transport de la voix numérisée sur tous types de réseaux informatiques, alors que ce transport était l’apanage exclusif des opérateurs téléphoniques sur des réseaux privés. Cette disparition de paroi est la conséquence parfois d’une stratégie industrielle délibérée, par exemple dans le cas du passage de la cassette vidéo au format propriétaire pour l’enregistrement des films au format banalisé du CD-Rom/DVD-Rom/Fichier AVI ou équivalent. Ce phénomène a été largement initié par les teneurs du marché (Sony, Philips), désireux de vendre des lecteurs de CD-Rom après avoir vendu des magnétoscopes. Dans d’autres cas, les acteurs industriels en place ont freiné le mouvement autant que faire se peut, comme dans le cas de la photographie numérique, parce que les profits du marché reposaient plus sur les consommables (les pellicules argentiques) que sur les matériels vendus comme les boîtiers d’appareils photos. Aujourd’hui que le mouvement fait ressentir la pleine puissance de ses impacts, les acteurs historiques comme Kodak sont en grande difficulté, tandis que d’autres ont carrément fait faillite (Fuji, principalement actif dans les tirages papiers de photographies argentiques). Et pour une part les opérateurs téléphoniques se retrouvent à véhiculer de l’image photographique, captée au moyen de téléphones portables, hybrides d’appareils photos.De plus en 2007 on assiste a la convergence des réseaux fixes et mobiles, permit par l'avenement du numérique, en effet on peut désormais utiliser un téléphone portable wi-fi connectée a un point d'accés wi-fi pour y passer ces appels au tarif internet, souvent gratuit.

Conséquences économiques

Tous ces domaines d’activité, candidats volontaires ou malgré eux à la convergence numérique, ont pour finalité de capter, enregistrer, transporter puis restituer une mesure d’un phénomène physique (une image de vacances pour la photographie, un film pour l’industrie cinématographique, une information papier pour un quotidien du soir, une voix pour un opérateur téléphonique, en bref un « signal » de manière générale…). Avant cette convergence numérique, la captation, l’enregistrement, le transport et la restitution de ce signal se faisaient selon un processus généralement protégé par des brevets industriels, faisant appel à des matériels dédiés industriellement protégés, un savoir-faire protégé, ou nécessitant des consommables eux-mêmes protégés. Chacun de ces domaines devient nécessairement candidat à la convergence numérique quand l’enregistrement dudit « signal », à la base de cette industrie parfois séculaire, change de processus, passant d’un processus ancien « établi » (le papier, la pellicule, la cassette…) à un processus nouveau, qui s’avère être, dans son écrasante majorité, un processus digital, communément appelé processus de numérisation. En général, ce processus nouveau n’impacte que marginalement la phase amont de captation du signal : il faut toujours un objectif photographique pour capter une photographie, ou un combiné téléphonique (un micro au moins) pour capter une voix. En revanche, l’aval du processus est fondamentalement chamboulé : enregistrement du signal capté, transport, restitution empruntent de nouveaux canaux, beaucoup plus efficients (en termes économiques). Et c’est à cela que conduit ce phénomène de convergence numérique : de multiples domaines d’activité humaines autrefois instrumentés par des appareils et des processus spécifiques, se réduisent de plus en plus à la collation d’éléments numérisés, trivialement stockés côte à côte sur le même disque dur, simplement identifiés par leur « extension » (les quelques lettres, généralement trois, derrière le « . » du nom de fichier), qui identifie un format, et manipulés par le logiciel idoine, lui-même stocké sur ce même disque dur, qui sait interpréter le format en question. Mais si la convergence numérique se réduisait à un simple changement de processus industriel dans quelques domaines, les conséquences en seraient probablement mineures. En tout état de cause, l’industrie humaine a déjà vécu à de multiples reprises des changements de processus de plus grande ampleur. Mais pourtant tel n’est pas le cas, et c’est à un véritable bouleversement économique que nous commençons d’assister, dont les conséquences n’ont pas fini d’ébranler les structures industrielles des pays économiquement matures : en fait, la puissance du phénomène de convergence numérique réside dans le changement de paradigme technique qu’elle induit, de par sa nature numérique. Les termes du paradigme ancien sont les suivants : prenez la meilleure photocopieuse du monde, prenez un original sur papier, faites une photocopie de photocopie de photocopie et cela 7 fois, et vous noterez une dégradation très sensible entre l’original et la copie de rang 7. Autrement dit, les processus « anciens » (photographie argentique, image papier, cassette audio analogique…) dégradent le signal enregistré lors de sa copie répétée. La protection du processus ancien, notamment vis-à-vis du vol d’information est ainsi inhérente à lui-même, car le processus est « auto-dégradable à l’usage ». Par comparaison, les termes du paradigme nouveau sont les suivants : la copie du signal de rang N est identique et non distinguable de l’original du signal enregistré sur tout appareil de duplication sous réserve que l’appareil en question n’interrompt pas la chaîne du numérique, sauf à ce que son système d’exploitation soit défectueux, ce qui est détectable et évitable, ou sauf à ce que l’écriture physique ou le transfert de la copie ait subi un accident, ce qui est également détectable et évitable. La puissance du phénomène de convergence numérique réside donc dans le fait que les informations qu’il manipule ne sont aucunement dégradées par cette manipulation, et ce à l’infini des répétitions, et pour l’éternité sauf accident ou absence de précaution. Et c’est là que le bât blesse et tue l’économie. Depuis la nuit des temps, on sait que la seule justification du prix d’un bien (quelque soit ce bien) est sa rareté. Et la contraposée nécessairement vraie de cette assertion, c’est qu’un bien duplicable de manière parfaite à l’infini a un prix qui tend vers zéro. La convergence numérique n’a donc pas fini de secouer l’économie. Les prochains secteurs dans le collimateur de la convergence numérique sont les industries audio-visuelles, musicales et cinématographiques, et de l’édition.

Usages

Généralités

L’usager est le premier bénéficiaire de ce phénomène pour 2 raisons complémentaires :
-D’abord comme nous l’avons vu précédemment, parce que quand un domaine économique est entré dans un processus de convergence numérique, le coût de ses produits est sans commune mesure « après », comparé à « avant ».
-Ensuite parce que le service rendu par les produits d’un domaine « convergé » ont une beaucoup plus grande « utilité » (au sens économique du terme), c'est-à-dire qu’ils rendent plus de services, et mieux à l’usager.

Un cas concret: les photographies de vacances

L’exemple le plus frappant de cette augmentation massive d’utilité peut être pris dans le domaine des photos de vacances. Avant la convergence numérique, faire des photos de vacances était une opération lourde :
-En matériel requis : appareil photo en état de marche, piles neuves, pellicules du bon type, bien conservées…
-En préparation : développement, récupération des photos, tri, documentation, albums…
-En exploitation : voir la pénibilité des séances photos de retour de vacances (projecteur et écran requis pour les diapositives, logistique des invitations…) Après la convergence numérique, une photo de vacances c’est un déclic sur un téléphone hybride doté d’un appareil photo, un envoi sur un site de conservation des épreuves, ou en local sur mon ordinateur portable, la mise en ligne des photos sur mon blog. Le coût de cette opération est faible (au plus le coût du transfert de la photo via mon opérateur téléphonique), voire nul si j’ai emporté mon ordinateur portable en vacances, et que le transfert se fait via un protocole type Bluetooth, ou un périphérique type USB.

Les coûts

Il faut noter également à cet égard que la convergence numérique s’accompagne d’une certaine transformation de la structure des coûts payés par l’usager pour bénéficier de ces services convergés. Ces coûts ont tendance à évoluer vers des coûts fixes, et non plus des coûts variables : on passe d’une logique de « consommables » à une logique de « forfaits de consommation ». L’effet pervers de cette nouvelle structure de coût est une sous-utilisation de sur-capacités à ma disposition, car payées forfaitairement :
-La vitesse du processeur de mon ordinateur a été multipliée par 10 en quelques années, et je fais toujours quelques courriers sur mon traitement de texte
-Mon disque dur a une capacité en GigaOctets, après avoir été mesuré en MegaOctets, et qui possède plus que quelques MegaOctets de fichiers véritablement utiles ?
-La bande passante de mon abonnement Internet est 100 fois trop large pour mon usage, elle est disponible en permanence, et je l’utilise quelques minutes par jour.
-Je cherche encore les usages à faire de la 3G des opérateurs téléphoniques, et je n’ai jamais utilisé le WAP ou le GPRS (versions antérieures) de mon téléphone portable. Que l’on ne s’y trompe pas : c’est un phénomène totalement nouveau que d’acheter un objet informatique, et que celui-ci soit 10 ou 100 fois surdimensionné pour l’usage que je compte en faire. Quand un tourneur achète un tour, ou une autre machine outil, celle-ci ne fait certainement pas tout ce dont il a besoin, et très certainement très peu de choses dont il n’a pas le besoin ou l’usage.

Conséquences sur la structure du marché

Une autre conséquence de ces surcapacités est la disparition des segments de marchés différentiés traditionnels entre marché industriel, marché professionnel et marché privé. cela rend la tâche des services marketing très complexe (ou terriblement simple, c’est selon) : le même produit va pour tout le monde, it fits them all comme disent les Américains. Aujourd’hui une entreprise de 10 personnes utilise exactement les mêmes ressources informatiques qu’un particulier un peu averti : on connaît des sites web privés beaucoup plus élaborés que certains sites informatifs d’entreprise, une entreprise peut aisément héberger ses propres serveurs (web et courriel principalement), créer son VPN avec le même système d’exploitation que Monsieur Tout Le Monde (issu du monde libre ou de Microsoft). Elle utilisera pour ce faire un ou plusieurs ordinateurs qu’elle peut acheter dans la grande distribution, et relier ces informations au monde extérieur via la même connexion ADSL que monsieur tout le monde. Cette situation de surcapacités techniques est symptomatique de notre époque et de notre société pleine de déséquilibres et d’inégalités. Les opérateurs de services Internet sont au cœur de ces déséquilibres  ambivalents: la page d’accueil de leur site web présente probablement à la fois un rappel sur le caractère illégal du piratage des œuvres artistiques, et une proposition de passage de votre connexion à la version 20Mg en ADSL2. Quand le gendarme se fait complice du receleur …

Conclusion

Malgré les difficultés et les inefficiences qu’elle présente, malgré ses conséquences terribles sur le plan industriel, le phénomène de la convergence numérique est éminemment attractif car il est riche d’une promesse : Les barrières techniques sont tombées, ne reste que la barrière de l’imagination, pour inventer de nouveaux usages, afin d’utiliser cette débauche de moyens techniques.

Voir aussi

- Triple Play
- Unik Catégorie:Société de l'information
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