Aurochs

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L'aurochs (mot invariable, qui prend toujours un « -s » même au singulier) est un Bovidé disparu, ancêtre des races actuelles de bovins domestiques. Son nom scientifique est Bos primigenius ; il est également désigné parfois par les noms d'urus ou ure, ces appellations étant toutefois considérées comme anciennes, surtout utilisées dans les mots croisés.
Aurochs

L'aurochs (mot invariable, qui prend toujours un « -s » même au singulier) est un Bovidé disparu, ancêtre des races actuelles de bovins domestiques. Son nom scientifique est Bos primigenius ; il est également désigné parfois par les noms d'urus ou ure, ces appellations étant toutefois considérées comme anciennes, surtout utilisées dans les mots croisés.

Étymologie

On proposait autrefois une dérivation des mots allemands Ur-Ochs (« bœuf primitif ») ou Auer-Ochs (« bœuf des prairies ») « Aurochs » in Dictionnaire de la Préhistoire, Paris, Presses Universitaires de France, 1988, p. 88.. Selon les dictionnaires étymologiques récents, le vieux mot français ure vient du latin urusdéjà dans César, De Bello Gallico, VI, 281., lui-même d'origine celtique ou germaniqueAlfred Ernout et Antoine Meillet, Dictionnaire étymologique de la langue latine, Histoire des mots, Klincksieck, 4e éd., 2001.. L'actuel mot français « aurochs » (1414 : ourofl) a bien pour origine l'allemand Auerochse (moyen-allemand ur-ohse), composé du même vieux mot germanique ou celtique (devenu en allemand Auer : « bœuf »), et de Ochs(e), de même sens (« bœuf(s) »)Grand Larousse de la langue française, en 7 volumes, Paris, 1971, Tome I. Dictionnaire historique de la langue française, Le Robert, Paris, 1992. .

Histoire

L'aurochs serait apparu en Inde au Pléistocène inférieur, il y a environ deux millions d'années , Paleontologisk Museum de l'Université d'Oslo. Il serait probablement issu de Bos platifrons ou de Bos acutifrons, connus dans les Siwaliks E. Crégut-Bonnoure et Cl. Guérin (1996), « Famille des Bovidés », Les grands mammifères plio-pléistocènes d'Europe, Masson, coll. Préhistoire.. Il aurait ensuite migré vers le Moyen-Orient et le reste de l'Asie pour gagner l'Europe au Pléistocène moyen. La date précise de sa diffusion en Europe varie selon les sources : début du Pléistocène moyen (soit il y a environ ans) , ans d'après Lehmann en 1949, cité par Van Vuure en 2002. ou d'après le de l'Université d'Oslo.. Beaucoup d'auteurs distinguent trois sous-espèces, largement répandues à travers l'ancien monde :
- les aurochs européens et moyen-orientaux (Bos primigenius primigenius) ;
- les aurochs asiatiques ou indiens (Bos primigenius namadicusGrisson (1980), a proposé de faire de ce taxon une espèce à part, mais n'a guère été suivi.) ;
- les aurochs nord-africains (Bos primigenius africanus = Bos primigenius opisthonomous = Bos primigenius mauretanicus)Margret Bunzel-Drüke, « Ecological substitutes for Wild horse and Aurochs », WWF Large Herbivore Initiative, 2001, . ». Mais vous trouverez aussi
- Watusi (Bos primigenius taurus) Il est à noter que des formes régionales mal connues existent, et qu'il est possible qu'il ait existé des sous-espèces non décrites. L'aurochs de Sicile avait ainsi une taille inférieure de 20 % aux aurochs continentauxD'après Brugal en 1987 et Van Vuure en 2003.. L'aurochs a été chassé par les groupes de Néandertaliens, comme l'attestent les découvertes archéologiques réalisées dans les sites tels que Biache-Saint-Vaast ou La Borde. Ce dernier a livré de nombreux restes d'aurochs, correspondant au minimum à 40 individus. Il est interprété comme un lieu de chasse et d'abattage mettant à profit un piège naturel vers lequel des troupeaux étaient rabattus Jaubert, J., Lorblanchet, M., Laville, H., Slott-Moller, R., Turq, A. et Brugal, J.-Ph. - Les chasseurs d'Aurochs de La Borde - un site du Paléolithique moyen (Livernon, Lot), Paris, MSH, Documents d'Archéologie Française n° 27, 157 p., (1990), ISBN 2-7351-0390-0.. L'aurochs a ensuite très fréquemment été représenté dans l'art pariétal du Paléolithique supérieur, notamment à Lascaux ou Font-de-Gaume. Après sa disparition dans les autres régions du monde, il est resté assez abondant dans les forêts d'Europe jusqu'au Moyen Âge, date à laquelle quelques mesures de protection sont prises, afin de protéger un gibier de choix pour la noblesse. Il était l'unique symbole de la Principauté de Moldavie (roumain : bour du latin bubalus), et est représenté sur le blason de la Roumanie et de la République de Moldavie. Ces mesures restreintes sont restées de peu d'effets, et le dernier aurochs sauvage identifié a été tué dans la forêt de Jaktorów, en Pologne, en 1627.

La domestication de l'aurochs

La domestication de l'aurochs sauvage, Bos primigenius, remonterait à 8 000 av. J.-C., au Moyen-Orient puis en IndeSource : Laboratoire de Préhistoire et Protohistoire de l'Ouest de la France . Sur la domestication en Inde (en fait dans l'actuel Pakistan), voir aussi Badam, 1984.. Chacune des trois sous-espèces aurait été domestiquée, et serait à l'origine de races domestiques : les aurochs européens et moyen-orientaux (Bos primigenius primigenius) seraient à l'origine des bétails sans bosse domestiques (Bos primigenius f. taurus), les aurochs asiatiques ou indiens (Bos primigenius namadicus) ont vraisemblablement donné le bétail domestique à bosse, ou zébu (Bos primigenius f. taurus = Bos primigenius f. indicus) et l'Aurochs nord-africain (Bos primigenius africanus = Bos primigenius opisthonomous = Bos primigenius mauretanicus) pourraient avoir contribué au patrimoine génétique des bétail domestiques africains (par exemple Cluttonbrock 1999) ». Selon cette approche, les bovins domestiques européens descendent de la sous-espèce européenne et moyen-orientale, les bovins domestiques asiatiques à bosse (zébu) descendent des aurochs asiatiques, et les bovins domestiques africains descendent d'un mélange incluant des aurochs nord-africains. Les bovins domestiques européens et asiatiques (zébu), en particulier, ne seraient apparentés que de façon assez éloignée, puisqu'ils auraient été domestiqués indépendamment, à partir de sous-espèces sauvages déjà identifiées. Bien qu'on ait autrefois parlé de Bos indicus pour désigner les zébus, on les considère maintenant comme faisant partie de la même espèce que les bovins européens, puisque descendant de la même espèce sauvage (mais pas de la même sous-espèce). Des études concluent à un mélange entre aurochs moyen-orientaux et européens (appartenant à la même sous-espèce Bos primigenius primigenius) dans le génotype des bovins domestiques occidentaux actuels. Nous avons montré pour la première fois au niveau de l'ADN " fossile " que la diversité génétique des populations d’aurochs était plus importante que celle des bœufs actuels et qu'ils ont été domestiqués il y a 10 000 ans plusieurs fois dans le bassin du Haut-Euphrate au Proche-Orient. La présence d'haplotypes proche-orientaux au Néolithique sur le territoire français a démontré qu'ils ont été importés domestiqués en Europe quelque 2 000 ans plus tard au cours des migrations néolithiques à travers la Méditerranée et le long du Danube. L'haplotype des aurochs européens étant significativement distinct de celui des bœufs domestiqués, nous avons aussi pu montrer l'existence sporadique de croisements spontanés ou souhaités par l'homme entre l'aurochs européen mâle et le bœuf domestique proche-oriental femelleVoir à ce sujet ..

Description

Dessin d'un aurochs mâle. L'aurochs présentait une taille plus importante que les races actuelles de bovins. Les chercheurs ont cependant revu à la baisse leurs estimations. Herre, en 1953, estimait la taille au garrot des mâles à 2 mètres, et celle des femelles à 1, 80 mètre. Boessneck, en 1957, avait cependant une estimation de 1, 65 m à 1, 85 m pour les mâles de l'Holocène. Les estimations récentes sont plutôt de 1, 60 à 1, 80 mètre au garrot pour les mâles, et d'environ 1, 50 mètre pour les femellesT. van Vuure, « History, morphology and ecology of the aurochs (Bos primigenius) », 2002, et , même si certains auteurs restent encore partisans d'une taille dépassant les 2 mètres Guintard, en 1999 : « On the size of the ure-ox or aurochs », dans G.-C. Weniger, Archäologie und Biologie des Auerochsen: 7-21, Neanderthal Museum, Mettmann.. Ces variations d'estimations s'expliquent par le faible nombre de squelettes complets disponibles. Si les os retrouvés sont nombreux, le nombre de squelettes plus ou moins complets n'était que de 15 en 2002Selon Van Vuure, en 2002.. Certains auteurs pensent qu'il y a des différences dans le temps. Les très gros animaux (parfois 2 mètres) seraient souvent plus anciens, et les aurochs plus petits tendraient à devenir plus nombreux avec le temps. Cette approche est contestée par d'autres auteurs. Le poids pouvait atteindre 800 à kg. Un crâne d'aurochs. Le crâne était volumineux, avec un front plat et étroit muni de grandes cornes en forme de lyre, tournées vers l'avant en faisant un angle d'environs 60° avec le front. La pointe pouvait parfois remonter vers le hautD'après Von Leithner, en 1927.. La forme précise de ces cornes pouvait légèrement varier d'un individu à l'autre. Celles des mâles pouvaient aller jusqu'à 107 cm en longueurD'après Stone, en 1961., quand celles des femelles étaient plus petites, jusqu'à 70 cm de longueur. Claude Guintard indique même une taille maximale pour les mâles de 120 cm, mais des tailles moyennes bien inférieures à ces maximums : 62 cm pour les mâles, et 42 cm pour les femellesClaude Guintard, « », , , 2005.. L'animal avait un dos rectiligne, et les jambes étaient proportionnellement un peu plus longues que celles des bovins domestiques actuels. Le dimorphisme sexuel était prononcé chez cette espèce. Les mâles étaient plus gros, avaient des cornes plus longues, et avaient un pelage brun-noir, avec une raie plus pâle le long de l'épine dorsale. Les femelles et les jeunes des deux sexes avaient un pelage plus rougeâtre, sans cette raie dorsale. D'après les descriptions, il y avait une zone plus claire autour du museau chez les deux sexes. Contrairement aux actuels bovins domestiques, les femelles avaient des mamelles discrètes, difficilement visiblesD'après Von Lengerken, en 1955.. Les aurochs avaient également une certaine réputation d'agressivité, encore que celle-ci ait pu être exagérée par les traditions, comme dans le cas des loups. Les derniers rapports historiques de Pologne, juste avant la disparition de l'animal, indiquent d'ailleurs que les aurochs n'avaient pas peur des humains, et ne se sauvaient pas quand ceux-ci approchaient, ne devenant agressifs que lorsqu'ils étaient chassés ou trop importunés Schneeberger dans Gesner, 1602, rapporté par T. van Vuure, 2002. Il y avait une certaine variabilité intra-spécifique, qui est encore mal connue, mais qui ressort de ce qu'on connaît des tailles des animaux ou des formes de leurs cornes.

Comparaison entre l'aurochs et ses descendants domestiques

Claude Guintard donne en 2005, une comparaison de différents auteurs sur la taille des cornes, 2005.. Les chiffres ci-dessous ne concernent que l'os. Il faut sans doute y rajouter 20 % pour avoir la longueur totale de la corne avec son étui kératinisé, aujourd'hui disparu. Alzieu (1983)« Phylogénie et évolution de Bos taurus L., aspects morphologiques et anatomo-physiologiques des origines au seizième siècle ». Thèse de Doctorat Vétérinaire, Toulouse, 269 pages. souligne que la forme des cornes chez Bos primigenius est extrêmement homogène, contrairement à ce qu'on observe chez les bovins domestiques. Chez ces derniers les cornes peuvent en effet être absentes ou, à l'opposé, atteindre 250 cm (Watusi).

Environnement

L'aurochs occupait en Europe des habitats de forêts et de marais. Comme le montre la carte de sa répartition, la sous-espèce vivant en Europe occupait aussi les steppes allant de la Hongrie à la Mandchourie en passant par l'Asie centrale. Ces différences régionales sont compliquées par des différences d'époques. « S'il fréquentait les milieux plutôt ouverts à la fin du Pléistocène (Crégut-Bonnoure & Guérin, 1996) , il semble devenir de plus en plus forestier pendant l'Holocène comme en témoigne le résultat des analyses isotopiques menées sur des restes d'Aurochs du Néolithique moyen de Normandie Bocherens & Tresset, inédit. Ce changement d'habitat est attribuable à une réponse de l'espèce au dérangement par l'Homme et à la concurrence exercée par les Ovins domestiques qui paissaient en milieux ouverts et en lisière de forêt
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