Artillerie navale

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Artillerie navale en action : l'USS Iowa dans un exercice de tir près de Porto Rico. L'artillerie navale désigne l'artillerie qui est utilisée sur les navires de combat. L'artillerie désigne les armes collectives ou lourdes servant à envoyer, à grande distance, sur l'ennemi ou sur ses positions et ses équipements, divers projectiles de gros calibre : obus, boulet, roquette, missile, pour appuyer ses propres troupes engagées dans une bataille ou un siège.
Artillerie navale

Artillerie navale en action : l'USS Iowa dans un exercice de tir près de Porto Rico. L'artillerie navale désigne l'artillerie qui est utilisée sur les navires de combat. L'artillerie désigne les armes collectives ou lourdes servant à envoyer, à grande distance, sur l'ennemi ou sur ses positions et ses équipements, divers projectiles de gros calibre : obus, boulet, roquette, missile, pour appuyer ses propres troupes engagées dans une bataille ou un siège.

Origines

L'idée d'utiliser le canon comme une arme navale apparut très tôt en Europe, sûrement dans la deuxième moitié du . On trouve par la suite des références à des canons à main, à vocation anti-personnelle, vers 1350. Le combat naval au Moyen Âge, se livre comme un siège sur la terre ferme. Les deux navires s'amarrent l'un à l'autre, puis on combat pour s'emparer du navire ennemi. Les bâtiments de l'époque sont les nefs, ou caraques, pourvues de deux grands châteaux, l'un à la proue, l'autre à la poupe, où les archers surplombant les ponts criblent de flèches les assaillants sur les ponts. Comme sur terre, le canon va s'intégrer à ce type de combat, des pièces légères, sortes de grosses arquebuses, vont seconder les archers, permettant de mieux combattre les fantassins cuirassés. Au , ces canons portatifs sont dotés d'un croc qu'on fiche sur la muraille pour tirer, ce qui absorbe une bonne partie du recul redoutable de ces armes. Progressivement, apparaissent aussi des pièces fixes de plus gros calibre, réparties sur les différents ponts et étages des châteaux. Le Christopher anglais possède par exemple vers 1410, trois canons en fer, le Grâce Dieu de 1485 en a vingt et un, et le Mary of the Tower, cinquante huit. Les canons de cette époque sont en fer forgé, construits selon une méthode d'assemblage rappelant les tonneaux, des plaques de fer légèrement arrondies sont maintenues ensemble par des anneaux successifs extérieurs. Le chargement s'effectue par la culasse, la chambre étant amovible. Les affûts sont à deux roues, ou sans roues, le canon reposant dans un berceau de bois qui l'enserre. Les qualités balistiques sont très faibles, du fait du manque d'étanchéité des tubes et de la présence de jeux important entre le boulet et la paroi (vent de boulet). Les projectiles sont en fer, voire en pierre, pour les pierriers. De façon extrêmement rapide, les tubes ont tendance à éclater, se révélant ainsi très dangereux pour leurs servants. Les premiers canons construits en bronze par coulage commencent aussi à apparaître. Ils sont plus fiables, car moins soumis à l'éclatement, mais deux à trois fois plus chers, du fait du coût du bronze, que leur équivalent en fer.

L'époque des galions

Une innovation va permettre une révolution dans le placement de l'artillerie, vers 1500, par le brestois Descharge. Le sabord, ce volet de bois qui peut obturer la position de la pièce en dehors du combat, va permettre de placer les canons sur les ponts inférieurs des navires car, jusque là, le risque d'embarquer de l'eau par grosse mer était trop important. L'artillerie étant plus basse sur l'eau, gêne moins la stabilité du navire, ce qui permet d'embarquer des canons plus lourds. Le nombre de canons, qui avait grandement augmenté vers la fin du , va diminuer, mais leur calibre va croître. Le Sovereign anglais, par exemple, qui, à son lancement en 1495, embarquait 141 pièces, va être reconstruit en 1509, avec 69 canons. Mais les calibres et les longueurs de tube augmentent. Parallèlement, les navires changent aussi, notamment avec l'apparition du galion qui, plus stable et plus manœuvrable, supplante la caraque pour la guerre. Leur artillerie se dispose en outre sur deux ponts, bien que celui inférieur ne soit armé que sur la moitié arrière, car la courbure de la coque le rapproche trop de l'eau vers la proue. Avec l'expérience, les ponts seront construits de façon plus rectiligne, ce qui permettra le placement de canons sur toute la longueur de ce pont. À la fin du , on voit donc apparaître des navires de guerre avec deux ponts-batteries complets. Les nouvelles tactiques, inaugurées par les anglais contre l'Invincible Armada, privilégient le tir à distance par des canons de travers. Le but de l'artillerie est moins de tuer l'équipage de l'ennemi, à courte portée, que de désemparer leur navire pour lui faire perdre toute valeur militaire. De nouveau canons, aux tubes plus longs, chargés par la bouche, commencent à apparaître pour armer les flancs des navires. Le Repulse de 1596 illustre cette tendance ; il porte seulement vingt couleuvrines de 18 livres , vingt demi-couleuvrines de 9 livres et huit fauconneaux de 5 livres 1/4 , tous disposés sur un pont de batterie et le pont principal. Ces galions, dérivés améliorés de ceux des espagnols, donnent naissance aux premiers vaisseaux de ligne.

L'époque des vaisseaux de ligne

Comme pour l'artillerie terrestre, on va progressivement standardiser les types et les calibres des canons. Les anglais, au milieu du siècle, n'ont plus que dix modèles de canons: 42, 32, 24, 18, 12, 9, 6, 4, 3 et 1/2 livres. Les différents ponts de la batterie sont dotés d'un calibre unique, ce qui tend à simplifier l'approvisionnement des pièces. Les plus gros calibres, donc les plus lourds, sont placés sur le pont inférieur pour nuire le moins possible à la stabilité du navire, puis les ponts supérieurs embarquent des calibres de plus en plus petits. Les pièces disposées pour le tir en chasse et en retraite disparaissent, mais on conserve des sabords où une pièce peut être rapidement mise en batterie. Les navires français, en particulier, ayant à combattre des galères en Méditerranée, gardèrent longtemps cette caractéristique, leur permettant de se défendre, même si l'absence de vent empêchait de manœuvrer. Le chargement par la culasse disparaît progressivement, malgré l'allongement des pièces. La méthode de construction par assemblage de pièces forgées aussi, les canons sont dorénavant - qu'ils soient en bronze ou en fer - coulés dans un moule, puis la chambre est forée. Les affûts évoluent vers un modèle à quatre petites roues qui va devenir classique pour plus de deux siècles, sur lequel le canon repose maintenant par l'intermédiaire de ses tourillons. Lors du tir, la pièce recule, ce qui permet de la recharger par la gueule facilement, puis les servants la replacent au sabord pour ouvrir le feu de nouveau. Le recul est amorti, outre par le poids de la pièce par un jeu de cordes et de poulies relié de part et d'autre du canon à la muraille du navire. En 1686, les français, lors d'une expédition contre Alger, conçoivent un nouveau type de bateau spécifiquement destiné au bombardement des côtes et des fortifications, la bombe, armée d'un ou de plusieurs mortiers, montés directement sur le pont principal, généralement en avant du grand mât. Ces navires, aux ponts solidement construits pour supporter l'embase du mortier et le choc du tir, sont gréés en Ketch. La Royal Navy les imite très rapidement. Dès 1687, elle lance le Salamander, copié sur le modèle français. Par la suite, elle fait évoluer le concept en montant les mortiers en ligne mais sur pivot, ce qui permet de les pointer en azimut et en gréant les navires en phares carrés. Les mortiers fixés en site à environ 45°, réglaient leur portée en dosant la masse de la charge propulsive. Les britanniques employèrent trois calibres de mortiers 13, 10 et 6 pouces, les français des 32, 27 et 15 cm. Un mortier de 13 pouces pouvait envoyer une bombe de 200 livres à une distance de 4200 yards, le temps de vol était d'environ 30 secondes, la fusée préalablement coupée à la bonne longueur mettait le feu à une charge de plus de six livres de poudre, contenue dans le projectile.

La Guerre de Sécession

A la veille de ce conflit, l'artillerie navale a encore évolué et atteint des calibres de plusieurs dizaines de livres. Les principales innovations sont dues à Dahlgren, Robert P Parrot. Dahlgren et un de ses canons L'augmentation des calibres liées à l'augmentation des charges de poudre conduit à épaissir les tubes en leur donnant un aspect caractéristique de "bouteille de soda". Un autre méthode prisée consiste à renforcer le tube avec des bandes en acier forgé. canon type Parrot Le système de Parrot sera repris et adapté par les Sudistes (en particulier par John M Brooke). Il y a encore très peu de pièces se chargeant par la culasse, principalement pour des raisons de sécurité.

La Première Guerre mondiale

Les armes

La conduite de tir

= L'efficacité de l'artillerie embarquée ne réside pas simplement dans la taille des canons. Il s'agit de viser vite et bien. Pour cela se développe la "conduite de tir", que d'aucuns iront jusqu'à présenter comme une science. (Les exemples seront pris dans la Bataille du Jutland). La conduite de tir est confiée à un officier Par exemple, sur le SMS Derfflinger, il s'agira du KorvettenKapitan Georg von Hase, sur HMS Invincible, du Capitaine de Frégate Dannreuthers.. Pour lui assurer la meilleure visibilité, il sera installé en hauteur, parfois dans la mâture, ce qui explique la réapparition, sur les navires de ligne, de mâts qui avaient disparu lors du passage à la vapeur.. Une hune, blindée, un vrai blockhaus, doit lui permettre d'observer, à plusieurs dizaines de kilomètres de distance, en dépit de la fumée des canons, des rideaux de fumée, des gerbes des tirs, des cibles se déplaçant à des vitesses de 40 à 50 kilomètres / heure. Et ces cibles ne sont en général visibles que par leur propre mâture. Au niveau des tourelles, l'adversaire est alors totalement hors de vue. L'officier de conduite de tir utilise un ou des télémètres pour déterminer les distances. Les Britanniques utilisent des télémètres à coïncidence, les Allemands des télémètres stéréoscopiques. Il semble que ces derniers aient été plus précis. En plus de l'officier, il y a dans la "hune de tir" plusieurs marins accomplissant chacun une tâche précise. Par exemple, régler continuellement un télémètre, ou recevoir les ordres du commandant. L'officier de tir est obligé à une telle concentration qu'il ignore même ce qui se passe autour de lui. Ainsi, un Britannique mettra plusieurs heures à se rendre compte que deux des six navires de sa division ont coulé. Les indications de l'officier de tir sont transmises au poste de calcul, local abrité au fond du navire. Là seront calculés les deux éléments indispensables aux tourelles, l'élévation (pointage en hauteur des canons) et le gisement (pointage en direction des canons). Pour déterminer ces paramètres, sont pris en compte la distance du but, sa route, sa vitesse relative, mais aussi le vent, l'hygrométrie, la durée du trajet des projectiles, voire la qualité des poudres. Rappelons qu'il n'existe pas d'ordinateurs et les calculs sont faits à la main. Le résultat des calculs est transmis aux tourelles et renvoyé à l'officier de tir pour observation des résultats. Il n'y a pas de télécommande. Dans les tourelles, l'élévation et le gisement calculés par le poste central de calcul sont affichés et leurs indications sont répétées par les marins en manœuvrant les volants de réglage. Rappelons que, dans leur tourelle fermée, les marins ne savent pas sur quoi ils tirent. Les erreurs de transmission sont inévitables avec une telle procédure. L'officier de tir du Derfflinger racontera ainsi que ses corrections de tir transmises au poste de calcul semblaient sans effet. Il multiplia par deux les données transmises et eut alors la satisfaction de voir les gerbes encadrer son but. Pour illustrer les difficultés rencontrées, précisons qu'il est persuadé de tirer sur HMS Princess Royal alors qu'il tire sur HMS Queen Mary.. Le tir est déclenché par l'officier de tir. Il est fréquent que les canons tirent successivement et non ensemble, d'une part pour ménager la structure du navire, d'autre part pour apprécier plus facilement le résultat du tir. Il y a deux sortes de tir. Le "tir de réglage" et le "tir d'efficacité". Le premier permet de déterminer les bons paramètres de tir. Pour cela, l'officier de tir surveille l'arrivée des obus qu'il vient de lancer. Pour l'aider, des horloges sont réglées sur le temps de vol prévu. Elles sonnent alors, autant pour réveiller l'attention des marins que pour permettre de faire la distinction avec les gerbes des tirs des autres navires. D'autres systèmes sont utilisés. Ainsi les français utiliseront parfois des colorants. La couleur des gerbes indiquant immédiatement l'origine du tir.. En fonction des résultats observés, l'officier de tir va effectuer des "bonds" en gisement et en distance. Quand les gerbes encadreront la cible, il déclenchera le "tir d'efficacité", où tous les canons tireront le plus rapidement possible. Il peut aussi choisir le type d'obus. Les navires de ligne de l'époque emportent des "obus explosifs", qui éclatent au contact, et des "obus de rupture" qui doivent pénétrer le blindage avant d'exploser. L'efficacité de ces derniers décroît avec la portée. Ce sont trois obus de ce type, envoyés par SMS Von der Tann, qui couleront HMS Indefatigable. Ceci ne doit pas faire oublier le faible pourcentage de coups au but, 3%F-E Brezet, page 130..

La Seconde Guerre Mondiale

schéma d'un tourelle tritube de 16 pouces

Notes

Sources

Voir aussi

Sujets connexes
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