Le Tasse

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Torquato Tasso, connu en français sous l'appellation le Tasse (en italien, il Tasso), est un poète italien, né le 11 mars 1544 à Sorrente (région de Campanie, Italie), mort le 25 avril 1595 à Rome. Il est notamment l'auteur de La Jérusalem délivrée. Le Tasse.
Le Tasse

Torquato Tasso, connu en français sous l'appellation le Tasse (en italien, il Tasso), est un poète italien, né le 11 mars 1544 à Sorrente (région de Campanie, Italie), mort le 25 avril 1595 à Rome. Il est notamment l'auteur de La Jérusalem délivrée. Le Tasse.

Sa vie

Portrait du Tasse, daté de 1577 (Fürstlich Thurn und Taxissches Schlossmuseum, Regensburg, Allemagne).

Son enfance

Sa mère, Porzia dei Rossi, était napolitaine, mais d’une famille originaire de Pistoia. Torquato naquit en l’absence de son père, Bernardo Tasso, alors au service de Ferrante Sanseverino, prince de Salerne, qu’il avait suivi en Piémont à l’occasion de la guerre entre Charles-Quint et François I. Bernardo revint à Sorrente en janvier 1545, et, l’été de cette même année, alla se fixer à Salerne, où Torquato passa ses premières années. Le vice-roi de Naples ayant contraint Ferrante à abandonner Salerne, Bernardo le suivit dans son exil, mais il transporta d’abord, vers la fin de 1550, sa famille à Naples. Torquato y fut l’élève des Jésuites, et étudia, en faisant de rapides progrès, le latin, le grec et la rhétorique. Quand, en 1554, Bernardo Tasso obtint de s’établir à Rome, il voulut y faire venir sa famille, mais les parents de sa femme s’y opposèrent pour des raisons d’intérêts, et Torquato alla seul rejoindre son père, se séparant avec grand chagrin de sa mère. Celle-ci mourut subitement en février 1556. On vivait à Rome dans l’appréhension continuelle de la guerre. Bernardo, au mois de septembre de cette année, se résolut à envoyer Torquato à Bergame auprès de ses parents ; l’enfant était accompagné de Don Giovanni Angeluzzo, qui avait été son précepteur pendant ses premières années. Quant à Bernardo, il se rendit à Urbin et se mit au service de Guidobaldo II della Rovere. Au bout de quelques mois, Torquato vint l’y retrouver, et ce fut à cette cour qu’il acheva son éducation, en compagnie du prince héréditaire François-Marie. Bernardo étant allé à Venise au printemps de 1559, pour surveiller l’impression de son Amadis, Torquato l’y rejoignit. Il composait déjà des poésies, et en 1561 quelques-unes parurent dans un recueil qui contenait aussi des œuvres d’autres poètes.

Les premiers écrits

Les conquêtes des Turcs en Hongrie, leurs fréquentes incursions sur les côtes d’Italie éveillaient alors dans tous les esprits l’idée d’une nouvelle croisade. Torquato qui, tout enfant, avait vu au couvent de Cava de Tirreni la tombe du pape Urbain III et à qui on avait dû, à cette occasion, conter l’histoire de la première croisade, commença à méditer un poème sur ce sujet. Il en rédigea aussitôt une partie qui a été conservée et qui contient la matière des trois premiers chants de la Jérusalem. Mais, voyant que l’œuvre serait longue et difficile et comme il était impatient de devenir célèbre, il se mit à traiter un sujet chevaleresque plus simple, le Renaud. Il continua ce poème à Padoue, où son père l’avait envoyé en novembre 1560, pour qu’il y étudiât le droit à l’Université, le recommandant au célèbre lettré Sperone Speroni. Torquato ne suivit les cours de droit que pendant un an, son père lui ayant permis de s’inscrire à ceux de philosophie et d’éloquence. Encouragé par ses amis, il continua et acheva son Renaud, qui fut publié à Venise en 1562, et valut de grands éloges au poète, qui n’avait encore que dix-huit ans. Bernardo, après être resté un an au service du cardinal Louis d’Este, passa aux gages du duc de Mantoue, Guillaume Gonzague, auprès duquel il resta jusqu’à sa mort. Pour sa troisième année d’études, Torquato se rendit à Bologne où il fréquenta des académies littéraires privées, puis, pendant les vacances, il alla auprès de son père à Mantoue. Il était de nouveau à Bologne pour sa quatrième année d’études, quand, en janvier 1564, il fut accusé d’être l’auteur de certaines satires contre ses compagnons et un de ses professeurs, et dut quitter la ville.

Les fin des études et les premiers émois

Sur l’invitation du jeune prince Scipion Gonzague, il se rendit à Padoue, où il fut élu membre de l’Académie des Eterei (éthérés) avec le nom de Pentito (repenti), et il reprit à l’Université ses études interrompues. Il lut aux Eterei différentes poésies, dont les unes lui avaient été inspirées par un premier amour pour Lucrezia Bendidio, jeune fille de noble famille ferraraise, et dont les autres étaient composées pour Laura Peperara, dont il s’était épris à Mantoue pendant les vacances de 1564. Cela dit, son attirance pour les dames semble avoir trouvé ses limites et avoir pour le moins coexisté avec l'amour des garçons. Giovanni Dall'Orto évoque par exemple une lettre datée du 14 décembre 1576, dans laquelle l'écrivain évoque sans ambigüité sa passion pour un garçon de vingt-et-un ans (Giovanni Dall'Orto. "Socratic Love as a Disguise for Same Sex Love in the Italian Renaisance" page 52 dans Gerard et Hekma, The Poursuit of Sodomy : Male Homosexuality in Renaissance and Enlightment Europe, Haarrington Park Press, 1989.) De même, Dominique Fernandez évoque cette homosexualité dans son Voyage d'Italie : "Climat hystérique d'intrigues de cour et de liaisons particulières... esclandre avec un giton, dit pudiquement son traducteur." (Fernandez Dominique, Voyage d'Italie, Tempus, Perrin, 2004.) Ses études terminées, pendant l’été de 1565, il sut que le cardinal Louis d’Este était disposé à le prendre à son service, grâce à l’entremise du comte Fulvio Rangone, et en octobre il se rendait à Ferrare, où, n’ayant aucun emploi déterminé, il eut tout loisir pour travailler au poème de la Jérusalem qu’il avait repris. Reçu à la cour du duc Alphonse II, il y fut bientôt fort recherché à cause de sa belle prestance juvénile, de la noblesse de ses manières et de ses talents poétiques. En septembre 1569, il se rendit en hâte à Ostiglia pour y recevoir le dernier soupir de son père qui y était gouverneur.

Une vie itinérante

En octobre 1570, le cardinal Louis se rendant en France, le Tasse le suivit avec quelques autres personnages. Il arriva à Paris le 10 février 1571 et, congédié par le cardinal qui manquait d’argent, il en repartit le 19 mars. Pendant ce court séjour, il avait fait la connaissance de Ronsard dont il parla plus tard dans son dialogue du Cattaneo (1585). Le 15 avril 1571, le Tasse était de retour à Ferrare, où il demeura quelques jours, puis il partit pour Rome, d’où il revint par Pesaro et par Urbin, où était la princesse Lucrèce d’Este, mariée depuis un an au prince François Marie. Il revint avec elle en septembre à Ferrare : là il demanda à faire partie de la suite du duc, et en janvier 1572, un salaire lui fut alloué sans qu’il eût de charge déterminée. En janvier 1573, il suivit le duc à Rome, et à son retour il composa en quelques mois son Amintas qu’il fit représenter au printemps. L’année suivante, à l’époque du carnaval, il alla à Pesaro; au mois de juillet, il accompagna le duc à Venise, à l’occasion du passage de Henri III qui revenait de Pologne pour aller prendre possession du trône de France. Il continuait à travailler à la Jérusalem qu’il termina en avril 1575. Il la lut dans le courant de l’été au duc et à la princesse Lucrèce. Au mois de mars de la même année, il s’était rendu à Vicence et à Padoue pour demander conseil à ses amis au sujet du poème, et il avait prié le grand érudit Pinelli de l’examiner. En juin, il était aussi allé à Bologne pour y consulter l’inquisiteur au sujet de certaines inquiétudes religieuses. Peu de temps après, en septembre 1575, il se rendit à Rome à l’occasion du Jubilé. Il y soumit son poème à Scipion Gonzague, à Flaminio de’ Nobili, à monsignore Silvio Antoniano, à Pier Angelis Bargeo, à Sperone Speroni. Il repartit de Rome à la fin de l’année, s’arrêta quelques jours à Florence pour y consulter aussi le fameux lettré Vincenzo Borghini ; au milieu de janvier 1576, il était de nouveau à Ferrare.

Son poème

La révision de son poème fut une tâche longue et laborieuse. Antoniano voulait que le Tasse en enlevât les épisodes d’amour et en fit un poème sacré. Ce supplice dura toute l’année 1576. Il apprit alors que quelqu’un qui avait copié son poème l’imprimait pour son propre compte. Il fallut l’aide du duc pour arrêter la chose. Cependant les courtisans commençaient à devenir jaloux du Tasse, d’un caractère d’ailleurs assez irritable. Il alla en avril 1576 pour les fêtes de Pâques à Modène. Il en revint en mai et tomba gravement malade. Il était guéri quand le 7 septembre, en plein jour, il fut traîtreusement assailli sur la place publique par Ercole Fucci, accompagné de son frère Maddalô, tous les deux attachés à la cour. Le Tasse, quelque temps auparavant, avait répondu par un soufflet à un démenti que lui donnait Ercole Fucci. Dans cette bagarre, le poète fut frappé assez violemment d’un coup de bâton à la tête. Le coupable s’enfuit et échappa aux recherches que le duc avait ordonnées contre lui. Le Tasse, indigné, retourna à Modène ; il fit la connaissance de la belle et célèbre poétesse Tarquinia Molza et il composa des vers en son honneur. Vers la fin de janvier 1577, il revint à Ferrare et de là se rendit à Comacchio où était la cour. Il était déjà atteint de mélancolie, de manie religieuse et de manie de la persécution ; il voyait des ennemis partout et craignait aussi d’être tombé en quelque péché d’hérésie. En juin 1577, il voulut être encore une fois examiné par l’inquisiteur de Ferrare qui le renvoya absous. Une telle manie était alors dangereuse à Ferrare, où s’étaient répandues les doctrines calvinistes : le duc redoutait que ses scrupules ne parvinssent au tribunal suprême de Rome et ne lui aliénassent l’amitié du pape dont il avait grand besoin. L’absolution que lui donna l’inquisiteur ne calma pas les inquiétudes du Tasse, qui craignait qu’on ne voulût par pitié le laisser dans l’erreur. Le soir du 17 juin, tandis qu’il confiait ses tourments à la princesse Lucrèce, s’imaginant qu’un domestique qui passait était venu l’épier, il lui donna un coup de couteau. Le duc le fit alors enfermer dans une petite chambre du château et lui fit donner des soins. Peu après il l’emmena dans sa belle villa de Belriguardo, pensant que les distractions de la campagne lui seraient salutaires, mais il dut presque aussitôt le renvoyer à Ferrare, où il le confia aux moines du couvent franciscain. Il y demeura quelque temps, sans cesse préoccupé de l’invalidité de la sentence rendue par l’inquisiteur et se croyant empoisonné par les médicaments qu’on lui donnait. Il croyait être tombé en disgrâce auprès du duc. Dans la nuit du 25 juillet 1577, il brisa une porte et s’enfuit de Ferrare. Vêtu en paysan, il se dirigea à travers champs vers Bologne. Des cavaliers que l’on envoya ne purent le retrouver. Il arriva à Sorrente, où demeurait sa sœur Cornélie, et se présenta à elle en habit de berger (lettre du 14 novembre 1587), en lui annonçant, à ce que raconte Manso, la mort de Torquato, pour voir quel effet produirait sur elle cette nouvelle. Accueilli avec bonté par sa sœur, il resta quelque temps auprès d’elle, mais, désirant finir son poème, il prit le parti d’aller à Rome (fin janvier 1578). Il y trouva d’abord un refuge chez le cardinal Louis d’Este, puis auprès de monsignore Giulio Masetti, ambassadeur de Ferrare ; puis il fit savoir qu’il était disposé à retourner d’où il était parti et à remettre de bon gré sa vie entre les mains du duc. Le duc répondit qu’il le reprendrait volontiers, à condition qu’il se laissât soigner et se confiât à son amitié. Le Tasse accepta et, vers le milieu d’avril 1578, il rentrait à Ferrare. Mais dans les premiers jours de juillet, il s’enfuit de nouveau et se rendit à Mantoue, où il vendit ce qu’il avait sur lui ; de là il alla à Padoue, puis à Venise, puis à Pesaro, où il fut reçu avec bonté par le nouveau duc François Marie, son compagnon d’enfance ; mais en septembre il partit secrètement pour le Piémont. À Turin, les gardiens des portes ne voulaient pas le laisser passer, parce qu’il n’était pas muni d’un certificat de bonne santé : un lettré vénitien, Angelo Ingegneri, qui l’avait connu à Ferrare, obtint qu’on le laissât entrer. Le prince Charles-Emmanuel lui offrit de le prendre à son service ; l’archevêque cardinal Jérôme della Rovere lui fit la même proposition, ainsi que le marquis Philippe d’Este, gendre du duc Emmanuel-Philibert ; le Tasse se fixa chez Philippe d’Este, mais en novembre il fit de nouvelles tentatives pour retourner auprès d’Alphonse II et, en février 1579, il s’enfuit de Turin et on le vit arriver à Ferrare. On y célébrait à ce moment les noces d’Alphonse d’Este et de Marguerite de Mantoue. Le Tasse demanda une audience au duc ; elle lui fut refusée. Le soir du 11 mars, chez Cornelio Bentivoglio, capitaine général du duc, il se répandit en violentes invectives, puis, s’étant présenté à la cour, on le vit en proie à un si furieux délire qu’on dut le saisir et le conduire à l’asile d’aliénés de Sainte-Anne où on l’enchaîna. Au bout de quelques jours on lui donna un appartement, et, tout en le surveillant de près, on lui fit venir ses repas de la cour ducale, les gentilshommes de la cour et ses amis purent venir le voir. Montaigne, qui passa à Ferrare en 1581, dit dans ses Essais (livre II, chapitre XII) : « J’eus plus de despit que de compassion de le veoir à Ferrare en si piteux estat survivant à soy mesme, mescognoissant et soy et ses ouvrages, lesquels sans son sceu et toutefois à sa veue on a mis en lumière incorrigez et informes. » Le Tasse resta sept ans à l’asile de Sainte-Anne; on le conduisait de temps en temps à la campagne, à la promenade pendant le carnaval et, assez rarement, à la cour. Mais la surveillance était continue : il avait des accès subits et dangereux; pendant les périodes de calme, il écrivait des lettres et des poésies et composait des dialogues philosophiques, où non seulement la pensée est lucide, mais encore la logique rigoureuse et la forme parfaite. Aux amertumes de sa longue détention s’ajoutait la tristesse de voir des éditeurs peu honnêtes publier clandestinement ce qu’il avait écrit en prose et en vers et même la Jérusalem. En 1580, un certain Celio Malaspina publiait à Venise très incorrectement quatorze chants de la Jérusalem; Angelo Ingegneri, qui possédait un manuscrit plus correct du poème, en donna une édition complète l’année suivante à Parme et à Casalmaggiore. Le Tasse cependant n’était pas satisfait de son poème, et il se plaignit qu’on eût fait ces éditions. Son mécontentement augmenta, quand de violentes controverses s’élevèrent à l’occasion d’un opuscule de Camillo Pellegino (1584), où celui-ci avait cherché à démontrer la supériorité du Tasse sur l’Arioste. Il composa même une Apologie pour la défense de La Jérusalem délivrée (Ferrare, 1585). Le prince de Mantoue, Vincent Gonzague, venait souvent à Ferrare pour y voir sa sœur la duchesse, et il alla plusieurs fois trouver le malheureux poète. En juillet 1586, il proposa au duc d’emmener le Tasse avec lui, en lui promettant de le lui ramener à Ferrare. Le duc y consentit, et le 13 juillet le poète put quitter l’hôpital pour se rendre à Mantoue. Il s’y occupa de ses poèmes, reprit une tragédie déjà esquissée en 1574 sous le titre de Galeatto, roi de Norvège, et il l’acheva en l’intitulant Le Roi Torrismonde. En 1587, il se rendit à Bergame où il avait des parents. Revenu à Mantoue pour la mort du duc Guillaume et l’avènement au trône de Vincent I Gonzague, il tomba malade au mois d’octobre et, à peine guéri, s’enfuit à l’improviste. Il passa par Bologne et Lorette et arriva à Rome le 3 novembre; il y fut l’hôte de Scipion Gonzague, puis, espérant revoir sa sœur et avoir une partie de la fortune de sa mère, il se rendit à Naples, au mois de mars 1588 et s’y logea au monastère de Monte Oliveto. Il apprit là que sa sœur était morte. Il fut à Naples l’hôte de nombreux seigneurs et principalement de Manso, marquis de Villa, qui fut son premier biographe. Le 25 novembre, il repartit pour Rome, fut de nouveau l’hôte de Scipion Gonzague qui avait été nommé cardinal, et habitait dans le palais de la via della Scrofa, qui porte aujourd’hui le nom de palais Negroni-Galitzin. Il y resta jusqu’au mois d’août de l’année suivante (1589). Les gens de la maison du cardinal l’ayant chassé à cause de ses excentricités, il se retira chez les moines olivétains et y demeura jusqu’en novembre. À cette époque, étant tombé gravement malade, il fut pendant un mois à l’hôpital des Bergamasques. Quand il en sortit, il retourna chez Scipion Gonzague. Le 15 avril 1590, il partit pour Florence, où il fut accueilli avec beaucoup de bienveillance par le grand-duc Ferdinand Ier. En septembre, il repartit pour Rome. Vincent Gonzague l’invita alors d’une façon pressante à revenir à sa cour de Mantoue. Après bien des hésitations, le Tasse accepta; il arriva à Mantoue le 17 mars 1591. Pendant tout ce temps, il continuait à composer des vers et à revoir son poème. Au mois d’août, il tomba gravement malade; en novembre, il suivit à Rome le duc qui allait rendre hommage au nouveau pape Innocent IX. En janvier 1592, invité par Mathieu de Capoue, prince de Conca, il alla à Naples où il commença un nouveau poème, La Création (Il Mondo creato), qui demeura inachevé et fut publié en 1607, après sa mort. En avril, comme il revenait à Rome, il dut s’arrêter quelques jours à Mola de Gaëte, parce que le fameux bandit Marco de Sciama rendait la route peu sûre. À Rome, il vécut jusqu’en juin auprès de Vincent Gonzague, puis ensuite de Cinzio et Pierre Aldobrandini, neveux du pape Clément VIII ; c’est à eux qu’il dédia l’année suivante (1593) sa Jérusalem conquise. Sa santé empirait. En juin 1594, il alla cependant encore à Naples et y trouva un asile chez les moines de San Severino. En novembre, le pape le rappela à Rome pour qu’on lui décernât la couronne poétique au Capitole. Il y arriva très malade, et tandis qu’on lui préparait des jours meilleurs, car le pape lui allouait une pension annuelle et obtenait une transaction au sujet de son héritage maternel, le mal faisait en lui des progrès rapides. Au commencement d’avril 1595, il se fit transporter sur le Janicule, dans le monastère de Saint-Onuphre pour y respirer un air plus salubre. Le pape lui envoya son médecin Cesalpino, mais il expira le 25. Le pape voulut qu’on lui fit des funérailles solennelles. Selon son désir, il fut enseveli à Saint-Onuphre.

Son activité littéraire

L’activité littéraire du Tasse fut prodigieuse, malgré sa mauvaise santé, ses voyages et ses tribulations. Outre les poèmes déjà cités, il composa un grand nombre de poésies lyriques, de dialogues et de discours. Dans le Renaud (il Rinaldo) achevé en 1561, le Tasse tentait déjà de concilier la variété et la liberté du poème chevaleresque avec l’unité d’action et la gravité du poème héroïque classique. Il voulait donner à l’Italie un grand poème classique ; c’est ce but qu’il poursuivit dans la composition et les remaniements de la Jérusalem. Il écrivit en 1564-1565 trois discours sur l’art poétique ; il les reprit plus tard et en publia six à Naples sous le titre de Discours sur le poème héroïque. Le Tasse se préparait ainsi à son grand poème qu’il comptait d’abord intituler Il Gerusalemme et dédier au duc d’Urbin. Quand il eut été accueilli à la cour de Ferrare, il le modifia pour y célébrer la maison d’Este, en y introduisant le personnage de Renaud considéré comme le lointain ancêtre de la famille. D’une première ébauche que l’on peut voir à la bibliothèque du Vatican, il ne conserva que quelques stances. Il voulait alors donner au poème le titre de Goffredo. Les vingt chants étaient achevés en 1575. La Jérusalem délivrée ne fut publiée en entier qu’en 1581 par les amis du Tasse. Le sujet est la prise de Jérusalem par Godefroy de Bouillon. Celui-ci est le personnage principal ; il rappelle le pieux Énée, mais il a en même temps son caractère de chevalier chrétien. Renaud joue, dans la Jérusalem, le même rôle qu’Achille dans l’Iliade ; Tancrède est le type du parfait chevalier. Parmi les héros sarrasins se distinguent Aladin, roi de Jérusalem, Soliman et Argante qui tient à la fois du Turnus de Virgile et du Rodomond de l’Arioste. De même, parmi les héroïnes, Clorinde rappelle Camille et Armide, Angélique. Le merveilleux introduit dans le poème est conciliable avec les croyances chrétiennes. Dès 1575, le Tasse avait entrepris de remanier La Jérusalem délivrée et elle devint peu à peu La Jérusalem conquise, qu’il publia à Rome en 1593. Le nouveau poème est divisé non plus en vingt chants, mais en vingt-quatre livres : toutes les scènes et tous les épisodes qui avaient paru au poète indignes de la gravité de l’épopée ont été supprimés ; l’histoire d’Armide, entre autres, est fort réduite. Le Tasse s’efforce de se tenir plus près de la vérité historique, d’être plus correct dans son style et plus fidèle aux préceptes d’Aristote. Il ne réussit cependant qu’à détruire le charme du premier poème. Les Sept Journées de la Création sont un poème didactique qu’il laissa inachevé. Il en est de même du poème commencé à Naples et intitulé Monte Oliveto. Il faut citer encore Le Bûcher de Corinne, poème pastoral composé en 1588, et la Généalogie de la Sérénissime maison de Savoie, en 119 octaves, publiée après sa mort. L’Amintas, l’œuvre du Tasse la plus connue après la Jérusalem, est un drame pastoral en cinq actes avec intermèdes. On y voit la bergère Silvie insensible à l’amour que lui porte le berger Amintas : celui-ci, apprenant que Silvie a été dévorée par les loups, se jette dans un précipice, et on le croit mort. Silvie, qui a échappé aux loups, se repent de sa dureté, se désespère et veut mourir, mais, grâce à un buisson sur lequel est tombé Amintas, la chute n’a pas été mortelle ; quand il reprend ses sens, celle qu’il aime est en pleurs auprès de lui et tout finira par un mariage. L’Amintas, représentée en 1573 devant la cour de Ferrare, eut un grand succès. Les lettres très nombreuses du Tasse sont la meilleure source pour sa biographie. Parmi ses ouvrages en prose, citons le Discours au sujet de la sédition qui s’est élevée dans le royaume de France en 1585, où il est traité des raisons qui l’ont occasionnée et de la fin qu’elle va avoir (Guerre des trois Henri). Les éditions du Tasse sont très nombreuses ; voici les meilleures parmi les modernes :
- Édition complète en 33 volumes de Giovanni Rosini (Pise, 1821-1832) ;
- La Gerusalemme liberata, édition critique du même, avec discours de Carducci, Mazzoni, Cipolla (Bologne, 1897) ;
- Rime volgari, édition Solerti, en 2 volumes (Bologne, 1898); Carmi latini, édition Martini (Rome, 1895) ;
-Lettere e dialoghi, édition Guasti, en 8 volumes (Florence, 1853-1858; nouvelle édition avec appendice par Solerti; Florence, 1892).

Bibliographie


- Rinaldo, 1562
- Discours de l'art poétique, 1565-66
- Aminta, 1573
- Gerusalemme liberata (La Jérusalem délivrée ou Jérusalem libérée), 1581
- Il re Torrismondo
- Gerusalemme conquistata, 1592
- Discours sur le poème héroïque
- Rime
- Dialoghi Traductions récentes en français :
- Discours de l'art poétique, Discours du poème héroïque, trad. et prés. par Fr. Graziani, Aubier, 1997
- Jérusalem libérée, trad. et prés. par M. Orcel, Folio classique, Gallimard, 2002
- Rimes et plaintes, trad. et prés. par M. Orcel, Fayard, 2002 ==
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