Joseph Joffre

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Joseph Jacques Césaire Joffre, né le à Rivesaltes dans les Pyrénées-Orientales et décédé le à Paris, était un officier militaire français pendant la Première Guerre mondiale, responsable de la bataille de la Marne et de la stabilisation du front nord au début de la guerre. Il a été nommé maréchal de France en 1916. C'est aussi un des responsables militaires les plus controversés du , notamment en raison de sa stratégie militaire de l'« offensive à outrance
Joseph Joffre

Joseph Jacques Césaire Joffre, né le à Rivesaltes dans les Pyrénées-Orientales et décédé le à Paris, était un officier militaire français pendant la Première Guerre mondiale, responsable de la bataille de la Marne et de la stabilisation du front nord au début de la guerre. Il a été nommé maréchal de France en 1916. C'est aussi un des responsables militaires les plus controversés du , notamment en raison de sa stratégie militaire de l'« offensive à outrance », extrêmement coûteuse en vies humaines pour des résultats relativement médiocres sur le terrain, notamment lors de la Bataille de Verdun. Il sera remplacé alors par le général Nivelle. En 1918, il fut élu à l'Académie française.

Carrière militaire au service du génie

Jeune officier venu du Midi

Joseph Joffre naît à Rivesaltes à 8 heures du matin. La famille est aisée, nombreuse et roussillonnaise : le père, Gilles Joffre (1823-1899) est tonnelier et sa mère Catherine Plas (1822-1899) mère au foyer. Élève brillant, il fait d'abord ses études secondaires au lycée de Perpignan puis au lycée Charlemagne à Paris où il prépare le concours d'entrée aux grandes Écoles (rentrée 1868).A. Conte, op. cit., p. 15. Il entre comme benjamin de sa promotion à l'École Polytechnique en juillet 1869 à 17 ans (14/132).Durant la même période, d'autres futurs maréchaux de France incorporent Polytechnique : Maunoury (1867), Foch (1871) ou encore Fayolle (1873). Un de ses amis dira de lui : Émile Mayer, Trois Maréchaux, Joffre, Gallieni et Foch, Paris, Gallimard, 1928. Il suit l'instruction militaire depuis quelques mois quand la guerre franco-prussienne éclate durant l'été 1870. Il est aussitôt affecté au bastion 39, près de La Villette. Il est déçu par la médiocrité de la défense française. Joseph Joffre participe à la guerre comme sous-lieutenant des 8, 4 et enfin 21 régiments d'artillerie. En mars 1871 seulement, il regagne l'École avec ses camarades.A. Conte, op. cit., p. 28-29. Durant la Semaine sanglante, Joffre est hostile à la Commune qui provoque une anarchie terrible dans Paris sur le site du ministère de la Défense français. En juillet 1871 il retrouve une nouvelle fois l'École. À sa sortie de Polytechnique, il opte pour le génie militaire et affecté au 2 Régiment à Montpellier en novembre 1871. Promu lieutenant en 1872, il est détaché à l'École d'application de l'artillerie et du génie à Fontainebleau. Il fait la connaissance d'une jeune veuve, Marie-Amélie Pourcheiroux (1846-1874) qu'il épouse le 11 octobre 1873 mais qui décède prématurément en couches le 3 avril 1874 à Montpellier. Il demande sa mutation.A. Conte, op. cit., p. 31-33. Joffre est affecté au 1 régiment à Versailles au cours du printemps 1874. Il participe à la reconstruction de l'enceinte fortifiée de Paris puis il dirige la construction du fort de Montlignon (Val-d'Oise, 1874). Nommé capitaine, le jeune officier part pour Pontarlier travailler aux fortifications du Jura (1876), puis à celles de Montlouis et Villefranche-de-Conflent (Pyrénées-Orientales, 1883-1884). Quelques mois après son dépôt, sa demande de partir en Extrême-Orient est acceptée à la fin de l'année 1884.

Service dans les colonies françaises

De retour à Paris, le capitaine Joffre reçoit sa mutation en Extrême-Orient, où la France cherche depuis plusieurs années à accroître son emprise économique et militaire. En janvier 1885, il embarque à Marseille et arrive sur Formose un mois et demi plus tard. Là-bas, il est nommé chef du génie sous les ordres de l'amiral Amédée Courbet. Chargé de fortifier la base de Chilung (organiser la communication, fortifier et loger), Joffre suit l'objectif de remporter la mainmise sur le Tonkin dans la guerre franco-chinoise.A. Conte, op. cit., p. 53. Deux ans plus tôt, en avril 1883, l'Annam avait accordé un protectorat français sur le Tonkin contre l'avis de la Chine. Nommé chef du génie à Hanoï, Joseph Joffre organise les postes de défense du Tonkin septentrional (juillet 1885). Il tente d'améliorer les hôpitaux, d'ouvrir de nouvelles routes, des digues et des bureaux pour l'armée française. Son supérieur, écrit : Au mois de septembre suivant, la Chine abandonne toute prétention sur le Tonkin. Très satisfait de son subalterne, Courbet fait décorer l'officier du génie de la Légion d'honneur le 7 septembre. En janvier 1887, Le capitaine Joffre obtient sa première citation pour sa participation, au sein de la colonne Brissaud, aux opérations contre la position retranchée de Ba Dinh. Il y dirige les travaux de sape contre la citadelle assiégée et joue un rôle dans la victoire : il est cité à l'ordre de la division du Tonkin (mars 1887). En janvier 1888, il quitte le Tonkin pour faire le tour du monde (Chine, Japon et États-Unis).A. Conte, op. cit., p. 56. De retour en France en octobre 1888, il est attaché au cabinet du directeur du génie et promu au grade de commandant l'année suivante. Chef de bataillon il est affecté au 5 régiment du génie à Versailles où il se spécialise dans la logistique ferroviaire. En 1891, on le retrouve chargé de cours à l'École d'application de l'artillerie et du génie à Fontainebleau. En octobre 1892, le commandant Joffre est envoyé en Afrique dans la région du Soudan français (aujourd'hui le Mali) réclamé par le colonel Louis Archinard. Ici, son objectif est de diriger la construction d'une ligne de chemin de fer entre Kayes, la capitale de la région depuis 1892, et Bamako.Michal Tymowski, "Les esclaves du commandant Quiquandon", Cahiers d'études africaines, 158, 2000. En décembre 1893, Louis Albert Grodet succède au général Archinard comme gouverneur du Soudan français. Paris lui demande d'étendre la conquête française, mais de manière pacifique à la différence de son prédécesseur. En déplacement à Tombouctou avec son secrétaire le lieutenant Boiteux en janvier 1894, Grodet est irrité par les officiers français. Prétextant un danger réel et malgré le refus du gouverneur, le lieutenant-colonel Bonnier envoie deux colonnes de troupes, terrestre et navale, pour les protéger. La colonne terrestre est confiée au commandant Joffre alors mêlé à "la campagne de 1894". Bonnier ayant péri au cours d'une bataille contre les Touaregs, ce sont les hommes de Joffre qui prennent avec succès Tombouctou le 12 février.Michal Tymowski, op.cit. Le commandant supérieur du Soudan français déclare : A. Conte, op. cit., p.80. Après la prise et la pacification de Tombouctou, Joffre est promu commandant supérieur de Kayes-Tombouctou avec le grade de lieutenant-colonel (mars 1894). À son départ, la région semble pacifiée. En mars 1895 il est affecté à l'état-major du génie et secrétaire de la Commission d'examen des inventions pour l'Armée. Il revoit une ancienne connaissance, Henriette Penon, mariée, avec qui il a une histoire et un enfant, Germaine, née le 1 janvier 1898.Le doute ne cessera de peser pour savoir si l'enfant est bien de Joffre ou du mari de sa maîtresse. A. Conte, op. cit., p. 62. Nommé colonel deux ans plus tard, il participe sous les ordres du général Joseph Gallieni, gouverneur général de Madagascar, à la campagne de colonisation de l'île lancée depuis 1895-1896. Joffre est alors chargé de la fortification du port de Diego Suarez pour lutter contre la poche de résistance malgache qui irrite tant Gallieni. À cause d'intrigues politiques il est contraint de repartir en métropole (janvier 1901).A Paris certains membres du haut commandement et des parlementaires sont hostiles à la promotion de Joffre à Madagascar pour des raisons encore inconnues. Entre-temps, il est promu général de brigade et rappelé par Gallieni. Joffre est de retour à Madagascar pour finir sa mission (avril 1902). Son travail exécuté, il retourne en France au cours du printemps 1903, il est commandeur de la Légion d'honneurA., op. cit., p. 68..

À la tête de l'armée française

Après un bref passage comme commandant de la 19 brigade de cavalerie à Vincennes, il est nommé Directeur du génie au ministère de la Guerre en janvier 1904. Le 26 avril 1905, âgé de 53 ans, il épouse civilement Henriette Penon. La même année, il obtient sa troisième étoile en tant que général de division et il devient le nouveau chef de la 6 Division d'infanterie à Paris (1906) puis, inspecteur permanent des écoles militaires (janvier 1907). En mai 1908, le divisionnaire prend en charge le commandement d'un Corps d'armée : le II Corps d'armée à Amiens. Le général Joffre devient membre du Conseil supérieur de Guerre en mars 1910, il prend une part active dans les plans de stratégie militaire contre l'Allemagne.A. Conte, op. cit., p. 98 Le 19 juillet 1911, au cours du Conseil des Ministres, le général Victor-Constant Michel, président du Conseil supérieur de guerre établit son Plan XVI. Celui-ci propose une attente défensive et un élargissement du front jusqu'à la Belgique en mobilisant tous les réservistes. Le 28 juillet, qualifié d'"incapable" par le ministre de la Guerre Adolphe Messimy, il est destitué de ses fonctions.A. Conte, op. cit., p. 102. Messimy réforme le haut commandement militaire français. Les fonctions de chef d'État-major et de généralissime ne font plus qu'une. Dans un premier temps, le général Gallieni, 62 ans, est consulté pour prendre la tête de l'Armée mais il refuse en faisant état de la limite d'âge (64 ans) et de sa santé fragile. Deux autres généraux sont proposés : Paul Pau et Joseph Joffre. Le général Pau refuse pour deux raisons : son âge (62 ans) et le fait que le gouvernement aura son mot à dire sur la nomination de ses officiers généraux. Par défaut, c'est Joffre qui est nommé.A. Conte, op. cit., p. 104. Il est un des plus jeunes généraux de l'époque (59 ans), également un des rares officiers de haut rang à avoir une expérience internationale (Formose 1885, Japon 1888) et enfin il a été un des brillants artisans de l'enracinement de la France dans tous les territoires d'Outre-mer (Tonkin, Soudan français, Madagascar). Le 2 août 1911, le généralissime exige la nomination du remuant général Édouard de Castelnau pour le seconder à la tête de l'État-major.Joffre doit imposer son charisme de chef militaire pour que les politiques acceptent l'entrée du général Castelnau qui connaît depuis quelques années de nombreuses hostilités dans le milieu politico-militaire pour ses tendances cléricale et nationaliste. Castelnau a notamment été écarté du commandement de l'Armée par le général André ministre de la Guerre en 1900-1902. En août 1911, éclate le coup d'Agadir ; il y a danger de guerre. Le président du Conseil Joseph Caillaux se renseigne auprès de Joffre : répond Joffre. décide CaillauxA. Conte, op. cit., p.105. Conscient que le conflit est proche et de dimension mondiale, Joffre réorganise et modernise une armée qui fonctionne encore comme en 1870 ! Il obtient des financements conséquents, met en place les aspects logistiques, les infrastructures indispensables et enfin il mise sur de nouvelles unités : l'artillerie lourde et l'aviation. En dernier lieu, le généralissime consolide durant l'année 1913 les rapports avec la Russie et l'Angleterre, avec qui la France s'est engagée militairement au sein de la Triple Entente depuis août 1907. Au cours de l'été 1914, l'armée française achève de combler une partie de son handicap face au puissant voisin grâce à l'organisation du généralissime Joffre. Le 11 juillet, le généralissime est fait Grand' croix de la Légion d'honneur.

L'offensive à outrance

La coopération franco-britannique

En juillet 1911, suite à la crise d'Agadir occasionnée par l'envoi d'une canonnière allemande, le général Henry Hughes Wilson se rend à Paris pour suivre les manœuvres françaises. Les Anglais coopèrent avec la France mais ils poussent Caillaux à réagir fermement vis-à-vis de l'Allemagne. Joffre témoigne : Au fil des mois, le rapprochement des Français et des Britanniques se précise. On décide du volume de soldats britanniques disponibles, qui seraient prêts à intervenir en cas de conflit et à quel moment : Le chef d'état-major exige que l'Armée soit profondément réformée (la doctrine militaire, les règlements, le matériel, le haut commandement et la mobilisation), alors qu'elle est divisée par l'affaire des fiches et les influences politiques. D'ailleurs, le 19 juillet 1913 une loi instituant le service militaire à trois ans est votée.Entre 1872 et 1913 le service militaire était de deux années pour chaque homme. L'objectif est de pallier la supériorité numérique des Allemands. Le nouveau haut commandement élabore divers plans d'offensive dont le fameux Plan XVII. Ce dernier est l'œuvre d'un des stratèges de l'État-major qui donne des conférences au Centre des Hautes Études Militaires, le colonel Louis Grandmaison pour qui - comme pour beaucoup d'officiers français - l'objectif primordial est la récupération de l'Alsace-Lorraine perdue en 1871Michel Goya, La Chair et l'acier, Paris, Tallandier, 2004.. Joffre fait également établir des thèmes de travail et des règlements qu'on expérimente lors des manœuvres sur le terrain. Le 21 février 1912 a lieu une réunion secrète au Quai d'Orsay à Paris, à laquelle le général Joffre est présent: l'objectif est la mise en commun des différentes mesures des États-majors russes, britanniques et français. Rapidement la question de la neutralité belge arrive dans les débats. En janvier 1912 à ce sujet, le président du Conseil, Raymond Poincaré conseille à Joffre de se montrer prudent afin de ménager l'opinion anglaise : En effet, Joffre prévoit dans son Plan XVII une pénétration préventive en Belgique mais le gouvernement l'en dissuade. En effet, en novembre 1912, la Belgique est toujours hésitante sur le parti à prendre dans le cas d'un conflit franco-allemand et qu'elle semble pencher du côté allemand. Donc si la France viole la première la neutralité belge, l'armée belge marchera sûrement avec les Allemands. Cette situation provoquerait un embarras diplomatique avec l'Angleterre et donnerait un avantage numérique consolidé à la Triple Alliance.J. Joffre, op. cit., p. 126.

Mise en place du Plan XVII

Le Plan Schlieffen et le Plan XVII Le Plan XVII esquisse une stratégie : la victoire dépend de la supériorité des forces morales. Il s'agit pour la plupart des généraux de reprendre les provinces perdues uniquement grâce à l'esprit combatif et à la volonté des soldats seulement armés de fusils à baïonnette accompagnés du Canon 75 : la guerre à outrance. Stratégiquement, pour Joffre la clé de la victoire c'est de Collectif, 14-18 : Mourir pour la patrie, Paris, Seuil, 1992, p. 87. Pourtant certains se montrent plutôt hostiles à la proposition du généralissime : c'est le cas du capitaine Bellanger, du général Estienne, du général Lanrezac et du colonel Pétain. Ces derniers préconisent plutôt la puissance matérielle de l'artillerie, la manœuvre et l'initiative. D'autant que l'État-major général sous-estime la puissance militaire allemande. Helmuth von Moltke dirige une armée rapide, facilement manœuvrable et surtout une double stratégie à la fois offensive et défensive (mitrailleuses). Joffre est à la base un officier du génie qui n'a pas reçu les enseignements de l'École de guerre. Il n'a qu'une maigre expérience de la direction d'une armée et il fait confiance aveuglément au Plan XVII en minimisant le rôle de l'artillerie lourde.Collectif, op. cit., p. 85-86. Depuis 1904, l'État-major français est en possession du Plan Schlieffen fourni par un officier allemand félon, qui prévoit la prise de Paris et la défaite française en 41 jours.Collectif, op. cit., p. 120-121. Le général Joffre, qui dirige les opérations sur le terrain, est persuadé que les Allemands ne vont pas utiliser toutes leurs réserves - comme le prétendait le général Michel - et qu'ils ne pourront pas à la fois mener une grande offensive en Belgique, comme leur plan le prévoit, et repousser les assauts du Plan XVII en Lorraine. Ce que le généralissime n'a pas prévu, c'est qu'en Lorraine l'ennemi a ressemblé des forces plus importantes que prévu et qu'il a la supériorité du feu (mitrailleuse et artillerie lourde). La plupart des officiers français, eux, ne veulent pas en entendre parler de ces armes modernes ; ils les jugent superflues... Excepté le 75, l'artillerie française est très inférieure à l'allemande.Début 1914, l'artillerie lourde française contient 280 pièces et l'allemande 848. A. Conte, op. cit., p.164.

Échec du Plan XVII : "Surtout, pas d'affolement!" (J. Joffre)

Les généraux Castelnau (gauche) et Joffre (centre), c. juillet-août 1914. Le 29 juillet 1914, l'Angleterre demande à la France et à l'Allemagne si elles s'engagent à respecter la neutralité belge en cas de guerre : la France accepte. Le lendemain, Joffre obtient l'autorisation du ministre de la Guerre de porter les troupes de couverture à 10 kilomètres de la frontière afin d'éviter toute provocation. Grâce à cet agissement, la France stigmatise le rôle d'agresseur de l'Allemagne et s'assure l'opinion anglaise et au final leur aide militaire future. Pourtant l'Angleterre reste encore réservée sur sa position.A. Conte, op. cit., p. 126. Le 1 août 1914, l'Allemagne et la France décrètent la mobilisation générale. Le 3, l'ambassadeur d'Allemagne von Schoen se présente au Président du Conseil René Viviani : l'Allemagne déclare la guerre à la France. L'Angleterre annonce le lendemain son intention de se battre aux côtés de la France. Le 5 août, la I Armée de von Kluck déferle sur Liège.A. Conte, op. cit., p. 131. Le 8, Joffre, qui ne vole pas au secours des Belges, laisse les Allemands dérouler leur stratégie et ordonne aux I et II Armées françaises de passer à l'offensive en Lorraine, en Alsace et dans les Ardennes pour attaquer de front les troupes allemandes : c'est la bataille des Frontières.A. Conte, op. cit., p. 137.

Alsace

Joffre confie le commandement de l'Armée d'Alsace à un de ses proches collaborateurs, le général Pau dont l'objectif est de libérer en quelques semaines la province perdue. Une partie de la I Armée dirigée par le général Auguste Dubail entre en Alsace par Belfort puis s'établit sur le bord du Rhin le 4 août 1914. Le VII Corps d'armée entre à Mulhouse le 7.Une fois pour toute et afin d'éviter d'alourdir le texte, les références précises à l'expérience combattante de Joffre font référence à A. Conte, op. cit. À Paris on félicite Joffre : Cependant, la contre-offensive allemande est terrible et rapide, le général Pau est contraint d'évacuer l'ensemble de l'armée d'Alsace le 25 août. Cette nouvelle provoque un vent d'inquiétude dans toute la France. La cavalerie lourde, en armure, paradant à travers Paris avant de rejoindre le front, août 1914.

Lorraine

La Lorraine française est quadrillée d'un réseau de places fortifiées conçu par le général Séré de Rivières au lendemain de la guerre de 1870 (Verdun, Toul, Épinal et Belfort).A. Conte, op. cit., p. 143. Joffre ordonne à la III Armée d'avancer jusqu'à Sarrebruck puis de lancer une offensive sur le Luxembourg. La II Armée dirigée par Castelnau s'engage sur le secteur de Morhange le 19 août. C'est un véritable carnage, l'infanterie française perd 8000 hommes en deux jours (bataille de Morhange).Collectif, op. cit., p. 111-112. Le 20 août, Castelnau ordonne le repli sur Lunéville. L'autre partie de la I Armée de Dubail est impliquée dans la bataille de Sarrebourg, où le commandant parvient à maintenir ses positions; mais faute de renfort à l'ouest par la II Armée il doit se replier également. Forts de leurs contre-offensives, les Allemands se lancent sur Nancy, où ils sont héroïquement repoussés par le 20 Corps d'armée dirigé par le général Foch.

Ardennes

Lorsque Joffre apprend que les troupes allemandes pénètrent en Belgique, il réoriente la V Armée du général Lanrezac vers le nord pour couvrir les autres armées du mouvement tournant sud-sud-ouest prévu par le plan SchlieffenDès qu'il apprend la pénétration des Allemands en Belgique le 4 août, le général Lanrezac estime déjà qu'il s'agit d'une armée ennemie plus puissante et plus rapide que prévu. Il en informe le Q.G.Q en vain. Joffre ordonne à la V Armée l'attente devant Mézières et d'affronter la II Armée de von Bülow à son arrivée. Plus à l'ouest, le Corps expéditionnaire britannique affronte la I Armée allemande de von Moltke à Mons. Cependant manquant d'hommes, Lanrezac fait appel à une division de réserve, qui arrive trop tard. Le 14 août, Lanrezac rencontre Joffre en personne et en lui exposant une seconde fois sa crainte d'une grosse offensive allemande sur l'ouest. Le généralissime rétorque : (J. Joffre, 14-08-14). Les Belges se replient quant à eux le 19 août et les Anglais ne sont pas prêts le 23. Au soir de cette même journée, Lanrezac ordonne de son propre chef la retraite de son armée vers Maubeuge pour éviter un "nouveau Sedan", c'est-à-dire un enveloppement complet de son armée par l'ennemi. Joffre est furieuxLA BATAILLE DE CHARLEROI sur site personnel . Le bilan à la fin du mois d'août 1914 est lourd pour l'État-major français. Ces différentes attaques se sont révélées inutiles et surtout désastreuses : on estime les victimes à plus de 100 000 morts côté français : des soldats en capote bleue et au pantalon rouge qui attaquent de front face aux mitrailleuses allemandes. Quasiment toutes les armées françaises battent en retraite et sont dans l'ensemble désordonnées. Joffre ordonne qu'on pourchasse et qu'on exécute non seulement les fuyards mais également tout officier faisant preuve "d'insuffisance et de faiblesse, mais encore d'incapacité ou de lâcheté manifeste devant l'ennemi".Marc Ferro, La Grande Guerre, Paris, Gallimard, 1969, p. 314. Depuis le 3 août, le gouvernement autorise le commandement militaire à faire exécuter les sentences de mort.Collectif, op. cit., p.120. L'État-major allemand décide de se diriger sur Paris.

« Je ne sais qui l'a gagnée, mais je sais qui l'aurait perdue » (J. Joffre)

La bataille de Guise

Joffre ordonne à la V Armée de Lanrezac le lancement d'une offensive de flanc contre la II Armée allemande autour de Guise afin de soulager d'une part le Corps expéditionnaire anglais épuisé et d'autre part pour reprendre Saint-Quentin. Le 28 août, le général Douglas Haig fait savoir que son Corps ne pourra pas renforcer Lanrezac à Saint-Quentin.Collectif, op. cit., p. 211. A l'est, les hommes du général De Langle de Cary (IV Armée) se battent héroïquement face aux Allemands. Le commandant-en-chef vient en personne au Q.G. de Lanrezac; il est très optimiste et il espère une belle offensive sur Saint-Quentin : Le 29, von Bülow lance une grande offensive sur Guise. Le X Corps d'armée et le 51 Division de réserve sont contraints de reculer. L'attaque sur Saint-Quentin est désormais impossible, sinon la V Armée risque d'être prise en écharpe. Joffre revient au Q.G. de Lanrezac qui doit modifier l'avancée. Au lieu d'attaquer Saint-Quentin, le III Corps d'armée oblique sur la droite pour attaquer Guise par l'ouest. Ce dernier est aidé par le retour du X Corps qui attaque par le sud. La supériorité numérique allemande est écrasante, et von Bülow est maître de l'OiseA. Conte, op. cit., p. 146.. Le I Corps du général Franchet d'Esperey est dépêché sur place. Il dirige l'assaut contre les troupes et les ponts : le X Corps allemand est arrêté puis l'ensemble de l'armée allemande bat retraite vers le nord. Le XVIII Corps français s'arrête aux portes de Saint-Quentin. Le commandant allemand appelle alors son homologue von Kluck afin qu'il vienne en renfort à la tête de sa I Armée. Cette dernière, qui se dirigeait sur Paris, change sa direction et bifurque plein sud.

Stratégie de Joffre

L’organisation sur le terrain du général Joffre (au 3 septembre 1914)

Le 1 septembre 1914, Joffre esquisse la nouvelle situation stratégique. Il a la bonne idée de déplacer l'aile gauche de la V Armée sur Paris, puisque les Allemands ont pour objectif la capitale française et l'enveloppement des armées. Le commandant en chef en profite pour rencontrer Lanrezac au Q.G. de la V Armée à Sézanne. Accompagné du commandant Maurice Gamelin, il lui annonce qu'il est obligé de lui enlever le commandement de l'armée, remplacé par Franchet d'Esperey : Lanrezac dira à la suite de cette entrevue : Pourtant, dès le début de la guerre Joffre dit de lui : Le généralissime prépare un piège à l'ennemi :
- Si les Allemands attaquent Paris et Verdun, ils affaiblissent leur centre.
- Si ils négligent au contraire ces forteresses et qu'ils attaquent les lignes françaises, ils exposent leurs flancs à une double manœuvre enveloppante préparée entre Paris et Verdun. Joffre met son plan en marche :
- Verdun est renforcé et prêt à soutenir un siège.
- La VI Armée est créée des suites de l'Armée d'Alsace (26-08-14). L'objectif de son commandant, le général Maunoury est double : couvrir Paris et envelopper par la gauche les armées ennemies.
- La IX Armée est créée avec des éléments de la III et de la IV Armée (05-09-14). L'objectif de son commandant, le général Foch est de lancer des offensives centrales, appuyées par la IV Armée de Langle de Cary.
- La III Armée confiée au général Maurice Sarrail a également un double objectif. Envelopper par la droite les armées ennemies et gérer la défense des forts de la Meuse (Verdun).
- Joffre prend personnellement le commandement du camp de Paris. Le 3 septembre, Franchet d'Esperey arrive à proximité de la Marne avec sa V Armée. Le général Maunoury dirige la protection de la capitale extra-muros pendant que la protection intérieure est organisée par le général Gallieni, gouverneur militaire de Paris. Sarrail s'apprête à enrayer la V Armée du Kronprinz. Quant à Joffre, qui transfère son Q.G. de Vitry-le-François à Bar-sur-Aube, il organise l'ensemble avec un calme imperturbable.A. Conte, op. cit., p. 167. À Paris, face à la menace, le gouvernement est parti à Bordeaux et seul Gallieni est chargé de défendre la capitale. Durant la journée, un avion d'observation de la VI Armée décèle un changement important dans la marche des armées allemandes : une colonne ennemie se détourne de Paris pour se rabattre sur Meaux. Gallieni, qui vient de comprendre la manœuvre d'enroulement allemande en informe la G.Q.G. et demande l'autorisation de lancer la VI Armée dans le flanc de cette armée ennemie.Collectif, op. cit., p. 214. Le 4 septembre, après plusieurs heures de réflexion et un problème de coordination avec Gallieni, le général Joffre est décidé: il va attaquer. Le 6 au matin, il lance toutes les armées à l'attaque.

Bataille de la Marne

Taxi de la Marne exposé à l'Hôtel des Invalides La tactique de Joffre est claire : les ailes gauche (VI Armée, appuyée par la V Armée et l'armée anglaise) et droite (III Armée) ont pour mission d'envelopper les armées allemandes et le centre (IX et IV Armées) de les déstabiliser par des offensives frontales. Le 5 septembre, dans l'après-midi, le général Maunoury lance ses hommes dans une attaque enveloppante entre l'Ourcq et Château-Thierry. Les hommes de French, de Franchet d'Esperey et de Foch appuient cette attaque. Le commandant-en-chef prend le soin d'envoyer un message aux troupes : L'ensemble des armées lance l'offensive le lendemain à l'aube. Sur l'aile gauche von Kluck étant occupé avec le mouvement enveloppant de Maunoury, n'arrive pas à venir à bout de l'armée de Foch pourtant épuisée mais qui tient bon. Sur l'aile droite, Sarrail est en mauvaise posture entre Paris et Verdun, ses Corps sont durement touchés, le chef de la 10 Division est même mort au combat.Collectif, op. cit., p. 214. Le 7 septembre, les Allemands arrivent même à ouvrir une brèche entre la III et la IV Armée, la situation est critique pour Sarrail. Le lendemain le XV Corps de la II Armée lui arrive en renfort. Au soir du 8, les armées sont épuisées et la situation est au statu quo :
- À gauche, von Kluck enraye le mouvement de Maunoury.
- Au centre, Foch et Langle de Cary contiennent à peine les affrontements frontaux.
- À droite, Sarrail se maintient à grand peine et est menacé à dos. La clé de la victoire vient de l'arrière français : l'armée de French et la V Armée de Franchet d'Esperey sont encore fraîches alors que les Allemands n'ont plus de réserves pour le moment. Le 9, von Kluck lance des assauts désespérés contre Maunoury, mis à mal mais qui obtient des renforts en hommes et en matériels par Gallieni par le biais des fameux taxis de la Marne. De son côté, Foch est appuyé par le X Corps de la V Armée plus la division marocaine du général Humbert. Les Allemands entament leur retraite. Le 9, Franchet d'Esperey envoie alors l'ensemble de ses lignes à la poursuite de l'ennemi et libère Château-Thierry et MontmirailLa Bataille de la Marne sur le site chtimiste.com. Le 13 septembre, Joffre annonce la victoire au gouvernement : La paternité de la victoire de la Marne est complexe. À la base elle a été permise grâce au général Lanrezac, un officier de génie non reconnu par Joffre qui, par sa victoire à Guise, a neutralisé en partie l'armée de von Bülow qui devait rejoindre von Kluck sur Paris. Bien entendu elle a découlé des conceptions de l'État-major général, à la base de la création des VI et IX Armées qui ont eu un rôle majeur, mais elle n'a pas suivi la tactique d'enveloppement de départ préparée par Joffre. Les généraux Gallieni et Maunoury, véritables artisans sur le terrain de la victoire, ont obligé l'ennemi à découvrir son centre droit, où une brèche s'est formée pour les hommes de French et Franchet d'Esperey.

Stabilisation du front

Le front occidental durant l'automne-hiver 1914.

Première gloire

La bataille de la Marne couvre de gloire le général Joffre qui, aux yeux de tous, est le véritable vainqueur. Face aux quelques polémiques, le général Pétain dit : . Le commandant-en-chef a permis de sauver Paris et d'éviter à l'armée française l'anéantissement. Dans tout le pays ainsi que chez les Alliés, Joffre jouit d'une très grande popularité. Le "Vainqueur de la Marne" fait l'objet d'un véritable culte et ce, jusqu'à sa mort. Une certaine « joffrolâtrie » s'installe en France. De nombreuses images d'Épinal montrent le chef comme le vainqueur ayant écarté le danger. Des poèmes, des assiettes, des statuettes à son effigie mettent en avant sa gloire. Des centaines d'enfants sont prénommés Joffre ou Joffrette tant en France qu' au Canada ou aux États-Unis. Il incarne le "Père" tranquille et protecteur qui tient dans ses bras la République (allégorie du journal Le Rire rouge, automne 1914).R. Fraenkel, op. cit., p. 165. Pourtant, l'ennemi renaît rapidement de ses cendres sur l'Aisne. L'État-major français comprend alors que la guerre, qu'on estimait à quelques semaines, risque d'être plus longue que prévue. Une seconde responsabilité incombe à Joffre : préparer la France à une guerre longue et éprouvante. Il commence par limoger les généraux qui lui semblent incompétents (au moins une centaine), il multiplie les inspections sur le terrain, il renforce les contacts avec les forces alliées pour constituer différents fronts d'attaque et enfin il tente de résoudre des problèmes proprement militaires. Dans un premier temps, Joffre veille aux progrès de l'aéronautique, qui a une place à part entière dans le conflit. Le 8 octobre 1914 il affirme : Dans un second temps, il doit faire face à une crise des munitions, un manque de canons lourds, à l'absence de l'artillerie, qui se font sentir au cours de la bataille de l'Aisne.

De la Course à la mer aux batailles du Nord

Le général Joffre et Albert I, roi de Belgique, automne 1914.

La bataille de l'Aisne (13-09 - 24-09-14)

Après leur défaite sur la Marne, les divisions allemandes se replient vers le nord, sur l'Aisne entre le 10 et le 14 septembre. Quant à Joffre, il veut profiter de sa posture de vainqueur et ordonne aux armées françaises et britanniques d'attaquer les armées ennemies le 13. Encore une fois, il préconise la tactique d'enveloppement du flanc droit allemand. Sur le Chemin des Dames, déjà en 1914, le Corps expéditionnaire et la VI Armée ne parviennent pas à venir à bout d'un ennemi équipé d'une puissante artillerie lourde.??? sur le site chtimiste.com Le 17, la manœuvre de Joffre est un échec, les Allemands renforcent leur droite avec la VII Armée de von Heeringen venue en renfort. Mais décidé à en finir en enveloppant par le nord-ouest, il appelle une partie des troupes de Castelnau, stationnées en Lorraine. Le 20, une énergique offensive française est lancée entre Noyon et Péronne. En vain. Les lignes françaises manquent de matériels pour lancer des offensives efficaces (munitions, stocks divers, nourriture, artillerie lourde). Le commandant des forces allemandes, von Bülow, a imaginé un efficace retranchement de ses troupes et lance à son tour des contre-manœuvres qui obligent l'armée française à s'allonger sans cesse vers le nord. Cet étalement du front jusqu'à Dunkerque, c'est le début de la Course à la mer, et de la guerre de positionLa course à la mer sur le site chtimiste.com . À partir du 18 septembre, les combats continuent autour du massif de l'Aisne, l'armée anglaise essuie de lourdes pertes. Trois jours après, le général Castelnau fait son entrée à Noyon, mais il ne peut s'y maintenir longtemps. Cependant, les lignes allemandes sont contenues. Le 22, il faut désormais déloger l'ennemi de ses positions : la 4 Brigade du Maroc (tirailleurs sénégalais et algériens) se lance avec beaucoup de courage dans les bois et permettent de gagner du terrain. Les prochaines attaques se révèlent infructueuses.

De Noyon à Dunkerque (24-09 - 04-11-14)

La II Armée subit un ralentissement de son avancée de jour en jour, Joffre rappelle Castelnau à l'ordre : En effet, c'est toujours plus vers le nord que tout se joue. Là-bas, la cavalerie allemande du général von Marwitz harcèle les lignes françaises dans le secteur de Ham. Le 24, Joffre prend connaissance du fait que les Allemands ont amené toutes leurs forces qu'ils avaient en Belgique. Il écrit au ministre de la Guerre Alexandre Millerand : À partir du 26, l'ensemble des divisions françaises se heurtent à des forces ennemies considérables. Il faut des renforts autour d'Amiens. Joffre organise efficacement la venue de nouvelles divisions par camion et par train en provenance de Compiègne. Le général Castelnau se maintient péniblement dans le sud. Il organise plutôt efficacement la situation sur le long terme, mais il n'a pas assez de moyens matériels et d'hommes pour lutter contre von Bülow. Le 2 octobre, les combats font rage au nord d'Arras vers Lens et Béthune. L'objectif du commandement allemand est d'empêcher la remontée des troupes françaises vers le nord avec l'arrivée de nouveaux renforts. Le 3 et le 4 octobre, le X Corps d'armée de Castelnau subit plusieurs échecs en Artois. Il prévoit de reporter ses troupes en arrière. Mais Joffre lui ordonne d'aller de l'avant, car sinon cela "donnerait l'impression d'une défaite". Le Corps est bombardé dans les faubourgs d'Arras. Joffre préconise aux commandants français qu'ils doivent veiller à ce que l'inviolabilité du front soit maintenue. Il télégraphie aux généraux d'armée : Le commandant-en-chef envoie des renforts, surtout des troupes anglaises et belges dans les Flandres. Le roi Albert I déclare même qu'il est prêt à recevoir les instructions de Joffre. L'objectif est d'aider les Belges à se maintenir sur l'Yser et empêcher toute offensive contre Dunkerque et Calais. Au début de novembre 1914, la sécurité de l'armée française dans le Nord est consolidée surtout avec l'arrivée de la 42 division puis du IX Corps d'armée.

La bataille des Flandres (mi octobre - mi novembre 1914)

L'État-major allemand ordonne la prise de Calais. Les alliés (Français, Anglais et Belges) mettent tout en œuvre pour défendre la région. Au G.Q.G., les généraux Belin et Berthelot, adjoints de Joffre, organisent admirablement les transports des troupes. L'armée d'Urbal devient l'armée de Belgique. Au final, l'Allemagne est vaincue. La seule bataille d'Ypres lui coûte plus de 150 000 hommes. Dunkerque et Calais ne sont plus menacés. Après la victoire de la Marne, celle des Flandres popularise davantage le général Joffre.

Nouvelles offensives : Artois et Champagne

« Le silencieux : JoffreIl ne dit rien mais chacun l'entend. »Dessin de Charles Léandre paru dansLe Rire Rouge du 19 décembre 1914.

La stratégie du général Joffre

À partir de l'hiver 1914-1915, le front occidental se stabilise de la mer du Nord à Belfort sur près de 750 km. Le conflit a déjà fait 850 000 victimes qu'elles soient mortes, disparues, blessées ou prisonnières. Depuis l'épisode de la Marne, Erich von Falkenhayn remplace von Moltke à la tête de l'État-major allemand et en novembre, les lignes allemandes sont en difficulté sur le front russe. Falkenhayn ordonne l'envoie de renforts sur le front oriental.A. Conte, op. cit., p. 256. Joffre, qui a connaissance de ce transfert, veut une percée sur le front ouest pour destabiliser l'ennemi. Le 8 décembre 1914, il met au point deux offensives principales : en Artois et en Champagne (province) ; les opérations seront exécutées par la IV Armée de Langle de Cary et la X Armée de Maud'huy. En prévision, le généralissime garde à sa disposition deux divisions à Compiègne, une à Soissons, une autre à Bar-le-Duc et enfin les divisions du Gouvernement militaire de Paris. Pour Joffre, il "les grignote" et encore une fois l'année 1915 sera marquée par la volonté d'obtenir la "rupture".Collectif, op. cit., p. 159. Il prévoit également des offensives secondaires en Flandres, en Argonne et en Meuse. Le but est de détourner l'adversaire des zones principales d'attaque d'Artois et de Champagne. Il s'agit principalement des Flandres et de La Boisselle, respectivement confiées à la VIII Armée du général d'Urbal et à la II Armée du général Castelnau. Enfin, le dernier dispositif de Joffre réside dans la présence de deux armées défensives : la VI Armée de Maunoury et la V Armée de Franchet d'Esperey dans l'Aisne et à Reims.

L'opération en Artois (17 décembre 1914 - 15 janvier 1915)

L'offensive artésienne a pour but de "libérer définitivement le territoire national envahi".Collectif, op. cit., p. 87. Le général Maud'huy, qui est installé à Cambligneul, lance l'attaque le 17 décembre 1914 : ses objectifs sont : Vimy et la route Arras-Souchez. Pour désorienter l'ennemi on commence l'offensive sur La Bassée. Le général Foch, le commandant du groupe du Nord, arrive le 17 pour prendre les opérations en main. Le 21, il lance une attaque sur Carency, mais le terrain se révèle très difficile, les tranchées sont inondées, les hommes épuisés et les fusils enrayés : les pertes françaises sont lourdes. Au final, l'artillerie française tient tête aux attaques allemandes. Après de nouvelles attaques meurtrières et inutiles, le général Joffre décide de limiter l'action de la X Armée à des entreprises ponctuelles et de mettre au repos les troupes le 15 janvier 1915.Collectif, op. cit., p. 158-159. Il est à noter que cette opération artésienne n'est mentionnée ni dans les Mémoires de Joffre ni celles de son adjoint Foch. Pour le général Fayolle : Collectif, op. cit., p.87.

Les opérations en Champagne (20 décembre 1914 - 9 janvier 1915)

D'après le dispositif de Joffre, la IV Armée du général Langle de Cary est couverte à droite par celle du général Sarrail entre l'Argonne et la Meuse. Le I Corps colonial est le premier à s'élancer le 20 décembre. Il repousse une contre-attaque ennemie, mais les pertes sont lourdes. Dès le 22 on se contente d'organiser le terrain conquis et de repousser les contre-attaques allemandes. Le 24 suivant, la 33 Division prend des positions importantes de la région. Pourtant le 25, le commandant des opérations modifie son plan et ordonne une poussée vers l'est (Perthes-Massiges). Le 30 décembre, il n'y a plus de progression possible, le temps est exécrable et le G.Q.G. n'envoie pas assez de munitions. Au total 5256 soldats ont été tués et la ligne est remontée de deux kilomètres vers le nordLa reprise de l’offensive sur le site chtimiste.com.

Les offensives secondaires (Flandres et La Boisselle)

En Flandre, Joffre préconise l'attaque à d'Urbal lorsque l'artillerie sera prête. Néanmoins, les Anglais sont tellement impatients que l'attaque est lancée le 14 décembre 1914. Les résultats se révèlent rapidement insuffisants. Le 17, le XX Corps s'empare de 500 m² de tranchées mais ailleurs, l'ennemi semble invincible. Le terrain est tellement impraticable que Joffre propose au commandant d'adopter la défensive lorsque c'est nécessaire. Plus au sud, à La Boisselle, Castelnau ordonne l'attaque le 17 décembre sans même lancer l'artillerie. La contre-attaque allemande est meurtrière, les pertes sont lourdes et les gains faibles. Castelnau suspend l'offensive jusqu'au 24. Ce jour, le 118 Régiment prend en partie La Boisselle malgré une violente attaque allemande et garde ses positions. En Argonne, le général Dubail dirige la I et la III Armée. Du 7 au 12 décembre, l'offensive ne rencontre aucun obstacle et s'empare des tranchées ennemies. Mais une contre-attaque provoque 250 morts. Le 13, le terrain est également impraticable dans la Woëvre; comme ailleurs aucune offensive n'est possible. Le 20, l'infanterie prend avec beaucoup de difficultés Boureuilles, mais menacée d'enveloppement, elle doit se retirer. Globalement, les opérations sont un échec. Enfin, les armées défensives subissent elles aussi de graves revers. Dans l'Aisne, la VI Armée de Maunoury attaque le plateau de Loges, mais elle subit de lourdes pertes (1600 morts). À Reims, les hommes de Franchet d'Esperey doivent maintenir les forces allemandes pour soulager la IV Armée française mais aucune offensive ne réussit. En Artois comme en Champagne, les offensives sont stériles, aucune avancée marquante en cet hiver 1914-1915. Joffre persiste, le plan est maintenu pour le printemps 1915.

Joffre et l'opinion publique

L'organisation sur le terrain du général Joffre (au 22 mars 1915)

Au janvier 1915, Joffre a, de nouveau, limogé de nombreux généraux. Depuis le début de la guerre on en est à 162 dans la zone des armées (dont 3 commandants d'armée, 24 de corps d'armée, 71 de division etc.). Les raisons sont multiples: soit le commandant a échoué dans sa mission, soit il est incapable d'assumer ses fonctions ou encore il fait partie des nombreux officiers généraux, républicains, placés par le général Louis André lorsqu'il était ministre de la Guerre (1900-1902), au cours d'une époque très anticléricale.A. Conte, op. cit., p. 137. En ce début d'année 1915, la situation militaire est nouvelle : les deux armées sont bloquées face-à-face ; aucune manœuvre n'est possible. Les généraux sont formés à l'attaque mobile, aux manœuvres mais pas à une guerre de tranchée. Joffre qui dispose désormais de 2 250 000 millions d'hommes, de 286 000 Britanniques et de 110 000 Belges ordonne la reprise de l'offensive pour percer le front allemand et revenir à une guerre mobile comme au début.Collectif, op. cit., p. Certains de ses subordonnés comme le général Gallieni, proposent plutôt de faire valoir la défensive, plus appropriée pour ce type de conflit. Le lieutenant-colonel Messimy, ancien ministre de la Guerre (1911-1912) et devenu chef de Corps sur le front, écrit : Joffre n'en démord pas. Il est hanté à l'idée d'une défaite russe sur le front oriental. Pourtant, malgré des moyens énormes en Champagne, la IV Armée essuie échec sur échec : la percée est ratée en décembre, de nouveau en janvier, de nouveau en mars. Au total : 92 000 morts. En mai, Foch conduit en vain la deuxième offensive artésienne avec sept corps d'armée, 780 pièces d'artillerie légère, 213 d'artillerie lourde et plusieurs escadrilles aériennes.

La troisième offensive de Champagne (24-29 septembre 1915)

En Artois, une nouvelle offensive est lancée le 9 septembre 1915 entre Loos-en-Gohelle et Arras contre la VI Armée du prince Rupprecht. Malgré l'aide des Anglais, les violentes offensives françaises n'y font rien. Deux semaines plus tard, à peine 600 mètres de terrain conquis. Le 16 juin, une dernière offensive généralisée est lancée, mais les soldats sont épuisés et les pertes sont une nouvelle fois énormes ! Au total, officiers et soldats y laissent la vie. Joffre ordonne la suspension de l'offensive. Le commandant-en-chef est sévèrement critiqué à Paris. Après l'échec en Artois, zone trop "étroite", Joffre veut concentrer ses attaques sur la Champagne qui semblerait être le secteur de prédilection de l'armée française. On se bat également en Argonne, où la III Armée de Sarrail prête main forte sur l'aile droite de la IV Armée. Ici aussi, une seconde fois, les combats sont sanglants. Le 24 septembre, Joffre donne à lire une déclaration à tous les soldats : L'attaque est lancée le 24 à 9h45, les soldats portent le nouvel uniforme bleu horizon et un casque. Joffre a nommé le général Castelnau responsable de la manœuvre. Ce dernier dirige la II Armée du général Pétain et la IV de Langle de Cary. Pétain commence par lancer le corps colonial, mais les réserves arrivent avec du retard. Les pertes sont lourdes. Langle de Cary attaque à gauche, mais la situation est encore pire. Le 27, la situation n'a progressé que de quelques mètres, Pétain la suspend. Castelnau la relance le 28 mais l'élan est brisé par les gaz asphyxiants. Pris d'urgence, Castelnau doit abandonner l'offensive le 29. Les munitions manquent toujours terriblement :

Les opérations en Orient (mars - octobre 1915)

En février 1915, le président de la République Raymond Poincaré, déçu des échecs à répétition propose une percée ailleurs qu'en France, en Serbie par exemple. Joffre est catégorique et menace de démissionner. Poincaré cède. Pourtant l'aventure des Dardanelles revient sur le tapis et c'est Winston Churchill qui en est l'artisan. Il prévoit de rétablir la liaison avec la Russie, de porter un coup contre l'Autriche-Hongrie, d'influencer les Balkans et l'Italie et enfin d'installer l'Angleterre sur les détroits. Joffre ainsi que French et Wilson ne sont pas du même d'avis. La mission a néanmoins lieu le 18 mars. C'est un échec sanglant pour les Alliés et l'Angleterre : tués sur les soldats britanniques partis au front !A. Conte, op. cit., p. 319. Suite à de nombreux échecs en Argonne et aux rapports houleux entre les deux hommes, Joffre retire à Sarrail le commandement de III Armée. Il est accusé de dissimuler ses erreurs de manœuvre et de ne pas avoir fortifié suffisamment les forteresses dont il avait la charge, il est remplacé par le général Humbert. Sarrail traite Joffre de "dictateur en puissance".A. Conte, op. cit., p. 320. Cependant, l'ancien commandant a de nombreuses relations au Parlement et on lui propose l'armée de Lorraine mais Joffre refuse. Commence une furieuse campagne contre le commandant-en-chef : Clemenceau, Viviani, Lyautey, Doumer, Painlevé lui sont hostiles. En août 1915, Sarrail accepte de prendre le commandement de l'Armée d'Orient dont l'objectif est d'entrer à Salonique. L'opération échoue dès novembre. Le 16 janvier 1916, Joffre est contraint de confier à Sarrail le commandement des troupes interalliées de Macédoine. Au final le généralissime est optimiste et il rassure le ministre :

Verdun et la Somme : l'épuisement du chef

Le général français Joffre et les généraux britanniques Haig et French sur le front occidental 1914-1915.

La préparation de 1916 : une nouvelle année offensive

Les conférences de Calais et de Chantilly (décembre 1915)

Les principaux chefs alliés se réunissent d'abord à Calais sous la direction du Président du Conseil Aristide Briand. La France prévoit l'envoi de renforts à l'Armée d'Orient à Salonique, mais la Grande-Bretagne déclare qu'elle retire ses troupes avant de revenir sur ses positions. Il est aussi décidé d'évacuer la zone des Dardanelles où au total, 225 000 Britanniques et 40 000 Français ont péri pour rien. Enfin le général Joffre souligne qu'à son goût, la coopération interalliée est nettement insuffisante et il réclame une aide majeure dans la guerre économique.A. Conte, op. cit., p. 334.. Les jours suivants, ces mêmes chefs se retrouvent à Chantilly pour superviser les plans militaires de l'année à venir. Joffre défend le projet d'une nouvelle offensive - décisive - sur la Somme. Depuis quelques jours, il a une autorité plus importante. Il dirige désormais l'opération de Salonique, il a été nommé commandant de tous les fronts français et il se proclame chef interallié.

La tactique de Joffre

Une nouvelle fois, le président Poincaré met en garde Joffre sur les offensives à venir. Il serait selon lui plus sage de lancer des attaques sûres et non plus au hasard. Car au 1 janvier 1916, on a perdu depuis le début de la guerre hommes. L'opinion continue de gronder. Le général Joffre se défend : sans offensive, Falkenhayn en aurait déjà fini avec les Russes ; on ne peut laisser la France immobile et être envahie ; durant l'offensive de Champagne, les Allemands étaient prêts à lâcher. Foch a la responsabilité de préparer une vaste offensive dans la Somme au moyen de trois armées durant l'été 1916.Collectif, op. cit., p. 91.. Sur les conseils des généraux Pétain, Fayolle et Maud'huy, le généralissime tire les leçons des échecs de 1915 et présente une nouvelle tactique d'attaque. Il faut profiter de la guerre immobile pour reprendre son souffle dit-il. Désormais on va établir "l'usure de l'ennemi", une attaque frontale servira à déstabiliser l'ennemi et à attaquer les points faibles par l'artillerie lourde ; d'autre part on établit également "la décision", l'effort n'interviendra que si l'usure semble suffisante. Ceci entraîne une réorganisation totale de l'artillerie à l'échelle de la France. Trois centres de formation pour officiers ouvrent même leurs portes à Châlons, Amiens et Toul. En un an, la production de canons lourds est passée de 740 à plus de et celle d'obus de à par jour. Joffre reconnaît ses erreurs et ne souhaite plus les réitérer.

La bataille de Verdun : le début de la fin pour Joffre

L'organisation sur le terrain du général Joffre (au 1 février 1916)

Le 15 décembre 1915, le général Gallieni met en garde Joffre : Le généralissime trouve scandaleux que de telles craintes circulent sans son consentementGuy Pedroncini, "Présentation de la bataille de Verdun". Le 5 août 1915, le G.Q.G. avait trouvé nécessaire de désarmer en partie les forts de la Meuse pour y transférer les canons sur la Somme. Il ne manque pas de rappeler à Gallieni qu'il a, lui seul, la conduite des opérations. À ceux qui trouvent cela risqué il répond : "Mais non ! Les Allemands n'attaqueront pas dans ce secteur !". Le lieutenant-colonel Emile Driant, député et commandant des 56 et 59 bataillons de chasseurs à pied, est un de ceux-là. De réputation alarmiste, Joffre le menace de le transférer en Cour martiale...A. Conte, op. cit., p. 340. De son côté, Falkenhayn se rend compte que la situation est critique pour l'Allemagne autant militaire qu'économique : il faut "saigner" l'ennemi à tout prix. Dans un premier temps il choisit Belfort, puis redoutant la réaction helvétique, il se concentre sur Verdun. C'est une place forte stratégique française mais qui manque de communications : il sait qu'une partie du chemin de fer est de l'autre côté du front, les renforts français n'arriveront que par une petite voie au compte-gouttes. En parallèle, la II Armée s'engagera en Champagne et la III sur la Somme. L'attaque est lancée le 21 février 1916. Joffre et Foch, très occupés à la préparation de l'offensive sur la Somme, sont totalement pris au dépourvu. Les Allemands bombardent sans arrêt pendant trois semaines sur Verdun. Le fort de Douaumont est pris le 23 février et en quelques jours, les pertes françaises sont hallucinantes : 25 000 soldats hors de combat, 150 pièces d'artillerie détruites, une bande de 7 km de perdue. Pourtant les Poilus tiennent le coup. À son tour, le fort de Brabant est pris le 24 et le général Herr, le responsable de la région fortifiée est débordé. Le général De Langle de Cary, qui commande le groupe d'armées du Centre, ordonne le repli sur la rive gauche de la Meuse. Le généralissime reste calme et ordonne fermement de ne pas abandonner la rive droite de la rivière. Joffre nomme le général Pétain commandant de la défense de Verdun et il envoie Castelnau sur place pour commander les opérations. Dès le 27 février, Pétain organise ses forces afin de prendre en tenaille l'avance allemande : le lendemain, la III Armée du général Humbert est même placée sous son commandement direct. Le général-en-chef télégraphie à Pétain : Enfin il ordonne à Pétain une contre-offensive et à Dubail une attaque par le flanc sud. Le 1 mars, Pétain frappe avec 660 pièces d'artillerie lourde. La Voie Sacrée permet l'acheminement de 23 000 tonnes de munitions et de 190 000 soldats. Le 6, nouvel assaut de Falkenhayn qui provoque de grosses pertes côté français. Joffre est critiqué au Parlement. Gallieni, ministre de la Guerre entre en conflit avec le généralissime et évoque publiquement les erreurs commises à Verdun. Pourtant Briand ne le suit pas et il doit démissionner. Le général Roques, un ami personnel de Joffre, le remplace. Le haut commandement allemand échoue, ses attaques sur la rive droite de la Meuse sont endiguées et ne donnent pas de meilleurs résultats sur la gauche. Pétain s'exclame : "Courage on les aura !" Le 11 mars Joffre écrit à ses soldats : Au mois de juillet 1916, Joffre trouve Pétain finalement trop défensif et il décide de le remplacer par le général Robert Nivelle. Le 15 juillet, le général Mangin lance sa 37 Division et approche Douaumont. Globalement chacun reste sur ses positions. Le 13 septembre, le généralissime se rend à Verdun pour planifier avec Nivelle et Mangin une nouvelle attaque. L'assaut est donné le 24 octobre, tout se passe comme prévu. On progresse de 3 kilomètres et le 2 novembre, le général Mangin parvient à reprendre le fort de Vaux, Joffre est ébloui :"Magnifique, incomparable Mangin !" Le 15 décembre, huit divisions reprennent le haut de la Meuse et 25.000 Allemands sont mis hors de combat. La bataille de Verdun est terminée.Collectif, op. cit., p. 165-167.

L'offensive sur la Somme

Les plans ont été mis au point par les généraux Foch, Joffre et Haig. Il faut attaquer sur les deux rives. Joffre est irrité par les renforts toujours croissants demandés par Pétain à Verdun. Foch qui voulait 42 divisions et 1700 pièces d'artillerie lourde aura finalement 22 divisions et 540 pièces. Bien entendu, en terrain découvert, la préparation n'échappe pas au haut commandement allemand. Foch envisage deux attaques : une "à cheval" sur la Somme pour appuyer une offensive britannique. Le général Fayolle rappelle qu'il faut mener un assaut organisé et conduit d'objectif en objectif, précédé d'une préparation de l'artillerie lourde. Le généralissime abandonne définitivement l'offensive à outrance.A. Conte, op. cit., p. 354. Le 1 juillet, l'attaque est lancée à l'aube. La VI Armée de Foch avance de 10 kilomètres et fait 8000 prisonniers, en revanche les Britanniques peinent à franchir les premières positions allemandes. Le général Haig ordonne leur repli ce qui rend Joffre furieux : "Vous attaquerez ! Je le veux !" crie-t-ilA. Conte, op. cit., p. 355.. Finalement, les Anglais sont renvoyés sur le front et Falkenhayn doit transférer des batteries de Verdun à la Somme. Le 15 juillet, les chars blindés sont utilisés. En août 1916, Joffre écrit à ses soldats : Rapidement un conflit naît entre les commandements français et britannique. Haig se décharge des ordres de Joffre. Le généralissime lui demande de se reprendre en vain. La grande bataille prévue n'aura pas lieu. Dès septembre, les combats ralentissent et le mois suivant, la bataille est quasiment terminée. Joffre et Foch sont déçus, ils ont aéré Verdun, ils ont saigné les Allemands (Falkenhayn est remplacé par Paul von Hindenburg), mais ils n'ont pas brisé l'énergie ennemie. Les Britanniques estiment que le coût est encore une fois lourd pour de faibles résultats : morts et blessés. Durant le mois d'octobre, les armées françaises combattent seules, mais sans Londres rien n'est possible.A. Conte, op. cit., p. 357. Bien qu'en certains endroits le front ait progressé d'une dizaine de kilomètres à l'avantage des Alliés, l'enlisement de la Somme reste globalement un échec, tout comme Verdun, une victoire "amère". À l'est, les Roumains déclarent la guerre aux Empires centraux et Joffre leur envoie le général Berthelot. Cependant, la Roumanie est rapidement écrasée. À Salonique, l'armée de Sarrail ne donne aucun résultat. À Verdun, les Allemands recadenassent la ville. On estime le bilan des batailles : au moins 170 000 Français morts à Verdun, 216 000 blessés et autant, sur la Somme... Joffre est sérieusement critiqué.Guy Pedroncini, op. cit.

De la disgrâce à la fin de la guerre

Maréchal de France malgré lui

Joffre impute à Pétain le défaitisme ambiant qui règne à Paris suite aux résultats des batailles de 1916. Selon lui, ce ne serait pas Pétain le "sauveur de Verdun"; pour lui c'est Nivelle le véritable génie. Dans tous les cas, l'opinion est sérieusement remontée contre le généralissime et dès le mois juin, le Parlement s'était réuni secrètement afin d'envisager la réorganisation du haut commandement français. Joffre répond : Le généralissime est aussi en conflit avec Londres. Les Britanniques lui rappellent que, étant donné leur poids dans l'armée alliée, ils pourraient très bien prendre la tête du commandement interallié. L'organisateur de la Somme, le général Foch, est sujet à une vive polémique. Le ministre de la Guerre, le général Roques, dit de lui qu'il est trop vieux et le député Augagneur affirme qu'il sacrifie ses troupes. Enfin, le Parlement fait remarqué à Joffre qu'il n'a pas donné tous les moyens nécessaires à l'armée d'Orient de Sarrail. Le Président du Conseil, Aristide Briand, propose de confier au général Nivelle, un proche de Poincaré, le commandement en chef des armées et de conférer à Joffre le titre honorifique de général-en-chef des armées françaises, comme conseiller technique du gouvernement. Le généralissime comprend qu'on veuille le mettre dans l'ombre, mais pour lui seul Foch peut lui succéder. Le 7 décembre 1916, Briand annonce à la Chambre (Assemblée nationale), que le G.Q.G. va être réorganisé prochainement. Joffre et Foch sont remplacés. Une véritable intrigue se met en place, orchestrée par Poincaré et Briand. Au même moment, le Président du Conseil contacte le général Lyautey (le gouverneur du Maroc) pour lui proposer le ministère de la Guerre. Véritable ennemi de Joffre, Lyautey n'accepte pas que ce dernier lui soit fourni au sein du ministère de la Guerre comme conseiller. Le 26 décembre, Briand informe Joffre qu'il doit renoncer à toute fonction au gouvernement, l'ancien généralissime doit s'incliner. En échange, il est fait Maréchal de France, le dernier était le Maréchal François Certain de Canrobert décédé en 1895. Ce titre honorifique lui est conféré pour éviter tout scandale politique.

Mission aux Etats-Unis

Suite à la déclaration de guerre du Congrès américain à l'Allemagne, le ministre de la Guerre Alexandre Ribot propose à Joffre de prêter "son inégalable prestige" et d'accompagner Viviani outre-Atlantique. Après avoir hésité, il accepte. En effet, n'ayant pas d'ennemis et n'étant plus en guerre depuis la fin de la guerre de Sécession, les Américains n'ont qu'une armée balbutiante de 120 000 hommes. L'objectif donné à Joffre est de convaincre le président Woodrow Wilson et de préparer son armée à la guerre. La mission embarque à bord du Lorraine II le 15 avril à Brest.A. Conte, op. cit., p. 399. Au bout de neuf jours de mer, la mission arrive à New York le 24 avril. L'amiral Mayo, chef de la flotte américaine de l'Atlantique s'exclame : "Sir, votre présence ici est le plus grand honneur qui puisse être rendu à mon pays!" Dans les rues, la foule crie "Joffre! Joffre!", il est accueilli en véritable héros national. Tous les journaux américains rendent hommage au "Vainqueur de la Marne" et on va jusqu'à le comparer à La Fayette. Joffre donne une conférence à l'École de guerre sur la situation militaire de l'Europe : il demande les moyens les plus rapides pour une intervention américaine. À Mount Vernon, il dépose sur la tombe de George Washington la palme offerte aux soldats morts pour la patrie. Enfin, il désire convaincre le président Wilson qu'il rencontre longuement et avec qui il passe en revue chaque détail du conflit : les effectifs français et allemands, l'organisation de l'armée américaine, le transport et le débarquement, l'organisation du commandement... Au ministère de la Guerre, on lui présente le commandant des forces américaines, le général John Pershing. Au total, dans un premier temps, une division composée de quatre régiments d'infanterie, de douze batteries de campagne, six batteries lourdes s'embarquent début juin. Le 24 mai, le Maréchal Joffre est de retour en France et nommé inspecteur général des troupes américaines. Une nouvelle polémique émerge: contrairement à ce qui était prévu, c'est-à-dire que les Américains servent dans leur armée, le gouvernement Painlevé veut placer des paquets de soldats américains dans les armées franco-britanniques. Joffre refuse et énonce que la parole de la France aux États-Unis est en jeu. Le 13 juin, Pershing est accueilli par Joffre à Paris, les deux officiers sont reçus triomphalement par les Parisiens.

Foch à la tête des Alliés

Cependant, il y a toujours énormément de tensions entre les commandements français et anglais. Certains regrettent le départ de Joffre. En août 1917, Painlevé accuse le Maréchal de vouloir prendre le pouvoir. Ailleurs en Europe, les Russes se décomposent définitivement et cherchent à signer la paix avec les Allemands, l'armée d'Orient est figée à Salonique et les Italiens sont écrasés à Caporetto (novembre 1917). Face à une situation politique intérieure et extérieure délicate, Poincaré décide de nommer, malgré lui, son rival Georges Clemenceau à la tête du ConseilA. Conte, op. cit., p. 411.. Le Maréchal n'a plus de rôle dans le commandement militaire français, mais on lui demande son avis sur le nom du futur commandant en chef : choisir entre Pétain le défensif et Foch l'offensif. Admirant les deux généraux, Joffre choisit Foch, car il estime que la France ne peut pas rester les bras croisés. Autre point important, le commandement unique. Depuis le départ de Joffre à la tête du commandement français, les Alliés franco-anglais ne parviennent pas à se mettre d'accord sur le sort de l'Europe ennemie : les empires ottoman et austro-hongrois, la Pologne et l'Allemagne. Le 8 janvier 1918, le président Wilson présente ses quatorze points. En mars, la situation devient préoccupante avec la signature d'un traité de paix entre la Russie et l'Allemagne. Hindenburg peut désormais déplacer toutes ses troupes sur le front occidental : 192 divisions d'infanterie contre 172 chez des Alliés (France, Grande-Bretagne, Belgique, Portugal et États-Unis) sans commandement uni. Le 21 mars, Hindenburg et Ludendorff lancent une série d'offensives; ils sont rapidement à Ham et Péronne. À Amiens, les Britanniques sont en déroute et Clemenceau pense quitter Paris. De de son côté, Joffre supplie la présidence de faire nommer Foch généralissime.A. Conte, op. cit., p. 415. Trois conférences se tiennent au cours de la fin mars : les Alliés ne se mettent pas d'accord et enfin lors d'une quatrième à Beauvais le 15 avril, le général Foch est nommé généralissime de toutes les armées alliées. Joffre lui écrit : En août-septembre 1918, Foch lance trois grandes offensives et deux mois plus tard les Allemands entament une retraite générale. L'armistice est signé le 11 novembre.

L'après-guerre : la seconde gloire du Maréchal Joffre

La statut du Maréchal Joffre à Chantilly, lieu de son Q.G. pendant la Grande Guerre (inaugurée en juin 1930).

Hommage de la France

Clemenceau ne souhaite pas inviter Joffre parmi les personnalités présentes lors de l'entrée officielle des troupes françaises à Metz et Strasbourg. Mais Pétain parvient à le faire venir. Quelques mois plus tôt, le Maréchal avait été élu à l'Académie française le 14 février 1918 au fauteuil de Jules Claretie. Cependant il est reçu, en uniforme de général, à la Coupole le 19 décembre et les présidents Wilson et Poincaré sont présents pour l'occasion. Dans son discours, il commence par faire l'éloge de l'Armée, de ses chefs, de Foch, des soldats français, des Alliés, des soldats britanniques, des soldats russes...A. Conte, op. cit., p. 425. Voici son discours : En février 1919, il retourne en cure dans le Roussillon à Amélie-les-Bains, puis à Rivesaltes, où le maire le reçoit officiellement. Il se recueille devant sa maison natale puis sur la tombe de ses parents. À Paris, le 14 juillet, la foule le réclame afin qu'il défile aux côtés du Maréchal Foch à cheval, lors du défilé de la Victoire. Les deux militaires sont accueillis triomphalement. En octobre, c'est la ville de Perpignan qui lui rend hommage, il défile en voiture, la foule est là encore une fois. Le poète catalan Janicot lui écrit même un poème. Dans les autres villes de France, il préside des centaines de banquets d'anciens combattants, des meetings de veuves de guerre, des réunions de grands invalides de guerre, il inaugure des monuments aux morts.

Popularité internationale

De retour à Paris en janvier 1920, il doit partir en Roumanie remettre la médaille militaire au roi Ferdinand I et la Croix de guerre à la ville de Bucarest. Le Maréchal représente aussi la France à Belgrade et à Lisbonne, où il inaugure le monument du soldat inconnu portugais. Enfin, il se rend à Madrid où est remise la médaille militaire au roi Alphonse XIII. Il termine son périple par Barcelone, où il est pris en porte-à-faux lors de manifestations catalanes et anti-espagnoles : il doit écourter son séjour et part le 7 mai 1920.A. Conte, op. cit., p. 438. Le 11 novembre 1921, il embarque sur le paquebot Porthos à Marseille. Joffre débarque d'abord aux États-Unis, où il a pour mission de renouer l'amitié franco-américaine. Début décembre, il accoste à Saïgon, puis visite les ruines d'Angkor et le 1 de l'an 1922, il arrive en Annam, où il revient à Ba-Dinh (là-même où il fit un siège en 1887, lorsqu'il était officier du génie en Extrême-Orient). Quelques jours plus tard, le Maréchal entre à Hanoï, où il remet la Croix de grand officier de la Légion d'honneur au général Puypéroux. Il termine son tour du monde par le Japon, à Yokohama puis Tokyo, où il rencontre le prince impérial Hirohito, et enfin la Chine à Pékin et Shanghaï. Partout où il passe, la foule l'accueille triomphalement.A. Conte, op. cit., p. 438-447.

Fin de vie

Le tombeau de Joffre à Louveciennes Il rentre en France, au début de l'année 1922 pour terminer tranquillement une vie bien chargée, âgé de 70 ans. Joffre achète avec sa femme et sa fille une châtaigneraie à Louveciennes (à l'ouest de Paris), où il fait bâtir un bungalow - type colonial - précédé d'une façade aux colonnades blanches à la manière du Mount Vernon de Washington. En 1928, il termine ses Mémoires entamées huit ans auparavant, où il raconte ses responsabilités de 1910 à 1917 en deux tomes qui seront édités post-mortem selon sa volonté. Durant cette époque, il perd deux de ses amis le Maréchal Fayolle (27 août 1928) et le Maréchal Foch (20 mars 1929)A. Conte, op. cit., p. 441. . Le 21 juin 1930, le Maréchal Joffre fait sa dernière apparition publique à l'occasion de l'inauguration de sa statue à Chantilly, où il a tenu son Q.G. pendant la Grande Guerre. Il est très affaibli, car depuis plusieurs mois il a une artérite des membres inférieurs et peine à se déplacer. Le 19 décembre, d'atroces douleurs aux jambes l'emmènent à l'hôpital : les médecins doivent l'amputer de la jambe droite. Quelques jours plus tard il tombe dans le coma. Le 3 janvier 1931 à 8h00, il aurait prononcé ces derniers mots : « J'ai beaucoup aimé ma femme » et « je n'ai jamais fait de mal à personne », puis il s'éteint vers 8h20 à 78 ans. Des obsèques nationales lui sont adressées le 7 janvier. Quelques jours plus tard, le 11, le Parlement vote une loi déclarant que :

Un personnage controversé

Le Maréchal de France Joseph Joffre Joseph Joffre est un homme mystérieux. De son vivant, certains le vénéraient, d'autres le détestaient. Au début du XXI siècle, la Grande Guerre est à la mode dans l'historiographie internationale et le Maréchal, longtemps oublié, revient sur le devant de la scène. Joffre "le vainqueur de la Marne" ou "le massacreur de 14" ? D'ailleurs, est-il l'artisan de la victoire de la Marne ? Durant la guerre et jusqu'à l'aube de la Seconde Guerre mondiale, les partisans de Gallieni affrontaient ceux de Joffre. Le 28 septembre 2004, à l'occasion du 90 anniversaire de la victoire de la Marne, le ministre délégué aux anciens combattants, Hamlaoui Mekachera, rend hommage au Maréchal Joffre au seuil de son tombeau à Louveciennes. Voici son discours : Joffre est avant tout un bâtisseur. Il a brillamment exercé, sa spécialité était le génie militaire, en particulier durant ses missions coloniales (Formose, Tonkin, Soudan français et Madagascar). En 1911, il accède aux plus hautes fonctions de l'Armée, non pas parce qu'il fût le meilleur des généraux, mais que personne ne voulait cette haute responsabilité ! Il a limité le retard de l'armée à l'entrée en guerre, mais il a été un médiocre général d'armée. Aucun de ses plans d'attaque ne fut une grande réussite, la victoire de la Marne étant due à une grave erreur de stratégie allemande. Il faut l'avouer, sans tomber dans l'analyse polémiste de Roger Fraenkel sans valeur historique. En août 1914, Joffre avait 40 ans de retard en stratégie militaire sur des généraux comme Lanrezac ou PétainR. Fraenkel, Joffre, l'âne qui commandait des lions, Italiques, Paris, 2004.. Contrairement à ces derniers, il n'avait pas fait l'École de guerre. Il pensait la guerre, non pas par le prisme de la modernité, mais comme tenante de l'offensive et héritière de l'épopée napoléonienne ! Mais il ne voyait pas clairement le problème sur lequel les commandants d'armée butèrent : les troupes d'assaut, en raison de la lenteur de leur progression, étaient incapables de provoquer la rupture tant attendue, alors que les réserves adverses arrivaient beaucoup plus vite (chemin de fer et camion). Presque naïf, suite aux échecs cuisants qu'a connu son armée en août-septembre 1914, Joffre en vient même à douter de la "furie française"Collectif, op. cit., p. 113. Pourquoi les combattants ne chargent-ils pas comme on l'a toujours fait ? Il est le responsable - puisqu'en haut de la pyramide de l'Armée - de centaines de milliers de morts causés par ses offensives aveugles, souvent critiquées en vain par certains de ses généraux, Fayolle et Foch entre autres. D'autre part, il aura été plutôt un bon diplomate avec les Alliés britannique et surtout américain pendant la guerre mais également comme représentant de la France à l'étranger durant les années 1920. Quant à savoir son rôle dans la bataille de la Marne de septembre 1914, bien-sûr qu'il y est impliqué, puisqu'il est le dernier à donner les ordres, mais la tactique en elle-même n'émane pas de lui : Lanrezac, Gallieni et Franchet d'Esperey sont d'avantage les véritables artisans de la victoire. C'est enfin quelqu'un qui est le symbole de la promotion sociale aux plus hauts niveaux de l'État et qui, au cours de sa vie, a su toujours être là au bon moment : chef d'État-major (1911) et surtout son bâton de maréchal qu'il reçoit afin d'éviter tout scandale politique (1916).

Honneurs

Les distinctions françaises

- Médaille commémorative 70-71 (1871)
- Chevalier de la Légion d'honneur (07 septembre 1885)
- Ordre de la division du Tonkin (mars 1887)
- Officier de l'Ordre impérial du Dragon de l'Annam (1887)
- Médaille coloniale avec agrafe "Sénégal-Soudan" (1894)
- Officier de la Légion d'honneur (26 décembre 1895)
- Commandeur de la Légion d'honneur (11 juillet 1903)
- Grand Officier de la Légion d'honneur (11 juillet 1909)
- Grand'Croix de la Légion d'honneur (11 juillet 1914)
- Médaille militaire (26 novembre 1914)
- Croix de guerre 1914-1918 avec une palme

Les distinctions étrangères

- Distinguished Service Medal (États-Unis)
- Doctor honoris causa d'Harvard (États-Unis)
- Grand'Croix du Ouissam Alaouite chérifien (Maroc)
- Chevalier Grand'Croix de l'Ordre du Bain (Royaume-Uni)
- Sceptre de Jade de l'empereur Khai-Dinh (Annam, 1922)

Hommages

- Le parc de Charny porte son nom (Québec, Canada)
- Cité dans plusieurs albums de la bande dessinée Achille Talon.

Bibliographie

- Collectif, 14-18 : Mourir pour la patrie, Seuil, Paris 1992. ISBN 978-2757806227
- Arthur Conte, Joffre, Olivier Orban, 1991. ISBN 978-2262014414
- Jean Fabry, Joffre et son destin, Charles Lavauzelle, Paris, 1931.
- Marc Ferro, La Grande Guerre, Gallimard, Paris, 1969. ISBN 978-2070325832
- Marc Ferro (et alii), Frères de tranchées, Tempus, Paris, 2006. ISBN 978-2262025991
- Roger Fraenkel, Joffre, l'âne qui commandait des lions, Italiques, Paris, 2004. ISBN 978-2910536510
- Patrick Garreau, 1914, une Europe se joue sur la Marne, Economica, Paris, 2004. ISBN 978-2717849462
- Michel Goya, La Chair et l'acier, Tallandier, Paris, 2004. ISBN 978-2847341638
- Jean-Paul Huet, Joseph Joffre (1852-1931), le vainqueur de la Marne, Anovi, 2004. ISBN 978-2914818032
- Jules Isaac, Joffre et Lanrezac. Étude critique des témoignages sur le rôle de la V Armée (août 1914), Ed. Chiron, Paris, 1922.
- Joseph Joffre, Mémoires du Maréchal Joffre (1910-1917), 2 volumes, Plon, Paris, 1932.
- Joseph Joffre, Charleroi et la Marne, Flammarion, Paris.
- Emile Mayer, Trois Maréchaux, Joffre, Gallieni et Foch, Gallimard, Paris, 1928. ISBN 978-2070243280
- Guy Pedroncini, Journal de marche de Joffre (1916-1919), Service historique de l'armée de terre, Paris, 1990. ISBN 978-2863230657
- Guy Pedroncini, "Présentation de la bataille de Verdun"
- Antoine Prost et Jay Winter, Penser la Grande Guerre, un essai d'historiographie, Seuil, Paris, 2004. ISBN 978-2020540391
- Frédéric Rousseau, La Guerre censurée, Une histoire des combattants européens de 14-18, Seuil, Paris, 2003. ISBN 978-2020612586
- Michal Tymowski, "Les esclaves du commandant Quiquandon", Cahiers d'études africaines, n°158, 2000.
- Pierre Varillon, Joffre, Arthème Fayard, Paris, 1956

Notes et références

Voir aussi

- Lycée Joffre (Montpellier) ===
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