Parti social-démocrate d'Allemagne

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Le Parti social-démocrate d’Allemagne (Sozialdemokratische Partei Deutschlands, SPD) est un des plus vieux partis d'Allemagne. C'est le seul des grands partis actuels de la République fédérale d'Allemagne qui existait sous une forme comparable avant la Seconde Guerre mondiale.
Parti social-démocrate d'Allemagne

Le Parti social-démocrate d’Allemagne (Sozialdemokratische Partei Deutschlands, SPD) est un des plus vieux partis d'Allemagne. C'est le seul des grands partis actuels de la République fédérale d'Allemagne qui existait sous une forme comparable avant la Seconde Guerre mondiale.

Historique

Période pré-républicaine

Le parti fondé sous le nom de SAP (Sozialistische Arbeiterpartei, parti ouvrier socialiste) en 1875 est un produit de la fusion de deux groupes plus anciens, l'ADAV (Allgemeiner Deutscher Arbeiterverein, association générale allemande des travailleurs), fondé en 1863 par Ferdinand Lassalle, et le SDAP (Sozialdemokratische Arbeiterpartei, parti travailliste social-démocrate) d'August Bebel et Wilhelm Liebknecht, fondé en 1869. Les sociaux-démocrates participent dès 1871 à toutes les élections au parlement allemand, le Reichstag. Commençant avec deux députés en 1871, ils deviennent le premier parti d'Allemagne en 1912 avec 34, 8% des voix et 110 sièges. En 1890 le parti prend son nom actuel de SPD. Le SPD est par ailleurs le principal parti de la Deuxième Internationale. Le dirigeant le plus marquant des sociaux-démocrates allemands et du SPD après sa création est August Bebel, militant ouvrier marxiste et entrepreneur ! Dans ses premières années, le SPD est proche des syndicats et gagne ainsi de l'influence parmi les ouvriers. De 1878 à 1890, le gouvernement de Bismarck instaure les Sozialistengesetze (Lois des socialistes) : le SAP est interdit, les sociaux-démocrates persécutés, ce qui conduit à une radicalisation du parti qui continue à exister dans la clandestinité. Une caractéristique du SPD depuis ses origines est la contradiction entre un programme officiel de gauche, longtemps marxiste, et une politique pratique beaucoup moins radicale. Les années 1890 sont marquées par un long débat sur la question de savoir si une réelle amélioration de la situation des travailleurs peut être atteinte uniquement par une révolution socialiste ou également par des réformes dans le cadre d'un état démocratique (Revisionismusdebatte). Lors de la Première Guerre mondiale, le groupe SPD du Reichstag vote les crédits de guerre, ce qui pousse certains membres du parti à critiquer ce qu'ils considèrent comme une trahison des principes du SPD. Cette décision du SPD le 4 août 1914 de se rallier à la guerre, est décrite par Rosa Luxemburg comme « une déroute politique et morale allant jusqu’à l’anéantissement, un effondrement inouï ». Cette contestation aboutit à des exclusions massives (dont celles de Rosa Luxemburg, Karl Liebknecht, Hugo Haase, Karl Kautsky, Paul Levi, Otto Rühle, Clara Zetkin, etc), et à l'apparition de mouvements dissidents : l'USPD (Unabhängige SPD, SPD indépendant) et le Spartakusbund (Ligue Spartakiste, ancêtre du KPD).

Sous la république de Weimar

Au début de la révolution allemande le SPD et l'USPD s'allient pour placer le chef du SPD, Friedrich Ebert, au poste de président. Avec le parti libéral DDP et le parti catholique Zentrum, le SPD est l'un des partis fondateurs de la République de Weimar en 1919. Après l'échec du parti et de ses partenaires bourgeois aux élections de 1920, le SPD ne participe plus aux gouvernements que de manière anecdotique. La montée du KPD (Kommunistische Partei Deutschlands, Parti communiste allemand) ne tarde pas à limiter l'influence du SPD. De plus, une partie de la gauche du SPD est exclue en 1931 et fonde le Parti socialiste ouvrier d'Allemagne (SAPD). En 1933, le SPD ne recueille plus que 18, 3 % des voix, à comparer aux 37, 9 % qu'il obtenait en 1919.

Sous le Troisième Reich

Le SPD était le seul parti dont les députés (du moins ceux ayant pu accéder au Parlement, certains députés étant déjà en fuite ou en prison) avaient voté contre la loi des pleins pouvoirs le 23 mars 1933 (les communistes du KPD étaient déjà emprisonnés ou exécutés). Comme tous les autres partis allemands (à l'exception du parti unique NSDAP), le SPD est interdit par le gouvernement nazi dès l'été 1933. De nombreux membres sont emprisonnés ou envoyés en camps de concentration. Le parti se reconstitue en exil dans un premier temps à Prague, d'où il est chassé en 1938 par l'invasion de la Tchécoslovaquie suite aux accords de Munich. Les sociaux-démocrates allemands se réinstallent en France, pays qu'ils doivent à son tour fuir pour Londres en 1940 suite à la défaite militaire française. Quelques jours après le début de la seconde guerre mondiale, le SPD en exil à Paris avait affirmé son soutien aux Alliés et à la suppression par la voie militaire du gouvernement nazi.

Depuis la fin de la seconde guerre mondiale

Après la guerre, le SPD est reconstitué dans chacune des zones d'occupation. Dans la zone soviétique (future RDA), le SPD fusionne avec le KPD pour former le SED (Sozialistische Einheitspartei Deutschlands, Parti socialiste unique d'Allemagne). Beaucoup de sociaux-démocrates d'Allemagne de l'Est seront victimes du régime communiste mis en place par Staline. D'abord hostile à l'économie de marché, le SPD de l'Ouest finit par l'accepter avec le programme de Bad Godesberg, élaboré lors du congrès du même nom en 1959. En 1966 le parti forme une Grande Coalition avec les partis chrétiens (CDU et CSU) sous le chancelier Kurt Georg Kiesinger(CDU). Après les législatives de 1969, le SPD change de partenaires et forme une Coalition social-libérale avec le parti libéral FDP. Le chancelier Willy Brandt(SPD) cherche à améliorer les relation avec les pays du bloc communiste (Ostpolitik), une démarche vivement combattue par l'opposition conservatrice. Brandt démissionne en 1974 après qu’il s’était avéré qu'un de ses collaborateurs les plus proches, Günter Guillaume, était un espion de la RDA. Son successeur Helmut Schmidt continue la coalition jusqu'en 1982, date à laquelle le FDP change de camp. Une longue période d'opposition commence pour le SPD. En 1983 les Verts (Grüne) font leur entrée dans le jeu politique en obtenant leurs premiers sièges au Bundestag. Ce parti est le premier concurrent de gauche du SPD depuis les années 50 ; il crée cependant la possibilité d'une « majorité à gauche du centre » (Willy Brandt). En 1989, le SDP (Sozialdemokratische Partei, parti social-démocrate) est créé en RDA, puis fusionne rapidement avec le SPD peu avant la réunification. En 1998, la vision de Brandt devient réalité : Gerhard Schröder est élu chancelier avec le soutien d'une coalition SPD-Verts. Le président du parti Oskar Lafontaine est nommé ministre des finances. Le conflit entre la Realpolitik du chancelier et les positions keynésianistes plus marquées à gauche de son ministre/chef-de-parti est inévitable et aboutit à la démission de Lafontaine de toutes ses fonctions en mars 1999. Ayant perdu la majorité dans la 'deuxième chambre' du parlement (Bundesrat) un mois plus tôt, le gouvernement est dans l'obligation de s'entendre avec l'opposition dans la plupart des sujets majeurs ce qui lui rend la situation difficile. Avec la publication en 2003 du programme de réformes libérales du chancelier Schröder (l'Agenda 2010), et imposé contre de fortes résistances jusqu'à la fin de 2004, le SPD est traversé par une violente crise interne. Le parti essuie de lourds revers électoraux face à ses rivaux, conservateurs de la CDU sur sa droite, PDS et WASG sur sa gauche, et perd plusieurs dizaines de milliers de militants. Le nombre des adhérents, proche d'un million dans les années 1970, passe à moins de 600.000 en 2005. Malgré les sondages qui prévoient une catastrophe pour le SPD aux élections législatives de septembre 2005, le parti limite les dégâts, et la CDU n'obtient pas la majorité nécessaire pour former seule le gouvernement. Le SPD accepte de participer à une nouvelle Grande Coalition menée par la chancelière Angela Merkel (CDU), qui est le gouvernement actuel de l'Allemagne. Avec l'Agenda 2010, le conflit entre les différents courants du SPD (gauche et modérés, sans frontières claires) s'est fortement accru. Le gouvernement avait imposé ces réformes au parti et à son groupe parlementaire suite à une forte pression du chancelier (menace de démission qui aurait probablement conduit à la victoire de la droite aux élections anticipées). Grâce à la discipline traditionnelle du parti, seule une poignée de députés du SPD a déclaré publiquement son opposition. La quasi-totalité de la direction a soutenu les réformes, seuls quelques politiciens de moindre importance comme Heiko Maas, chef de la section du parti dans la Sarre, s'y étant opposé. Néanmoins, l'Agenda 2010 a fortement divisé les militants, de même que les syndicats, alliés traditionnels du SPD. Le résultat a été la formation d'un mouvement des sociaux-démocrates et syndicalistes déçus, le WASG. Après des résultats médiocres aux élections régionales, ils se sont unis avec le PDS, parti de gauche de l'Allemagne de l'est, issu du SED, ex-parti unique de la RDA. Cette coalition menée par l'ancien président du SPD Oskar Lafontaine sous le nom Die Linke (La Gauche) obtient 8, 7 % aux législatives de 2005. Die Linke réussit notamment de bons résultats dans l'Allemagne de l'ouest, où le PDS avait toujours fait des scores très modestes. Le SPD doit constater que ce parti peut s'établir dans le paysage politique. Après les élections, les principaux promoteurs de l'Agenda 2010, Gerhard Schröder et le ministre de l'économie et du travail, Wolfgang Clement, ont quitté le premier plan de la politique. Sous le nouveau président, Matthias Platzeck, plus conciliant que Schröder, le débat s'est calmé, mais après sa retraite, il restera à son successeur Kurt Beck la tâche de stabiliser le parti dont il est le neuvième président depuis 1987, alors qu'il n'y en avait eu que trois entre 1946 et 1987. Dans l'immédiat, le SPD est dans la situation difficile de devoir gouverner avec la droite alors que le parti Die Linke peut s'établir comme le seul parti d'opposition de gauche. Un problème structurel pour le parti reste que son programme et son orientation officielle sont encore en grande partie ceux du congrès réformateur de Bad Godesberg de 1959 et des années 70, ce qui crée une division interne entre ceux qui souhaitent rester fidèle à ces idées et un courant favorable à une « modernisation » du parti vers des positions plus « centriste ». Il sera difficile de maîtriser cette réconciliation et réorientation tout en participant au gouvernement.

Liste des congrès

- 1875 : Congrès de Gotha : unification des deux ancêtres du SPD
- 1891 : Congrès de Erfurt : adhésion officielle au marxisme
- 1901 : Congrès de Lübeck
- 1959 : Congrès de Bad Godesberg : abandon officiel du marxisme
- 1995 : Congrès de Mannheim : Oskar Lafontaine est élu président contre Rudolf Scharping
- 1998 : Congrès de Francfort (le socialiste français Dominique Strauss-Kahn y a tenu un discours en tant qu'invité)

Personnalités importantes

Présidents du SPD depuis 1946

Kurt Beck, actuel président du Parti
- Kurt Schumacher (1946-1952)
- Erich Ollenhauer (1952-1963)
- Willy Brandt (1964-1987)
- Hans-Jochen Vogel (1987-1991)
- Björn Engholm (1991-1993)
- Johannes Rau, par intérim (1993)
- Rudolf Scharping (1993-1995)
- Oskar Lafontaine (1995-1999)
- Gerhard Schröder (1999-2004)
- Franz Müntefering (2004-2005)
- Matthias Platzeck (2005-2006)
- Kurt Beck (2006- )

Chanceliers fédéraux sociaux-démocrates d’après-guerre

-Willy Brandt (1969-1974)
-Helmut Schmidt (1974-1982)
-Gerhard Schröder (1998-2005)

Présidents d'Allemagne SPD

- Friedrich Ebert (1919-1925)
- Gustav Heinemann (1969-1974)
- Johannes Rau (1999-2004)

Ministres actuels

En novembre 2007, la moitié des seize membres du cabinet Merkel est issue du SPD :
- Olaf Scholz, Travail et Affaires sociales ;
- Sigmar Gabriel, Environnement, Protection de la nature et Sécurité nucléaire ;
- Ulla Schmidt, Santé ;
- Peer Steinbrück, Finance ;
- Frank-Walter Steinmeier, Affaires étrangères, vice-chancelier ;
- Wolfgang Tiefensee, Transports, Travaux publics et Développement urbain ;
- Heidemarie Wieczorek-Zeul, Coopération économique et Développement ;
- Brigitte Zypries, Justice.

Ministre-présidents des Länder

- Kurt Beck, Rhénanie-Palatinat
- Jens Böhrnsen, Brême
- Matthias Platzeck, Brandebourg
- Harald Ringstorff, Mecklembourg-Poméranie occidentale
- Klaus Wowereit, Berlin

Commissaire européen

- Günter Verheugen, chargé de l'Entreprise et de l'Industrie

Résultats aux législatives depuis 1871

(1871 - 1912: sièges / 1919 - 2005: pour cent)

Voir aussi

- Groupe SPD au Bundestag
- Politique de l'Allemagne
- Révolution allemande
- Social-démocratie
- Social-libéralisme ==
Sujets connexes
Accords de Munich   Allemagne   Angela Merkel   August Bebel   Bad Godesberg   Berlin   Björn Engholm   Brandebourg   Brigitte Zypries   Brême (ville)   Bundesrat (Allemagne)   Bundestag   Cabinet Merkel   Chancelier fédéral (Allemagne)   Clara Zetkin   Dominique Strauss-Kahn   Erich Ollenhauer   Ferdinand Lassalle   Frank-Walter Steinmeier   Franz Müntefering   Friedrich Ebert   Gauche (politique)   Gerhard Schröder   Groupe SPD au Bundestag   Gustav Heinemann   Günter Guillaume   Günter Verheugen   Heidemarie Wieczorek-Zeul   Helmut Schmidt   Hubertus Heil   Hugo Haase   Internationale socialiste   Jens Bullerjahn   Johannes Rau   Karl Kautsky   Karl Liebknecht   Keynésianisme   Klaus Wowereit   Kurt Beck   Kurt Georg Kiesinger   Kurt Schumacher   Loi des pleins pouvoirs   Länder de l'Allemagne   Marxisme   Matthias Platzeck   Olaf Scholz   Oskar Lafontaine   Otto Rühle   Otto von Bismarck   PDS   Parti national-socialiste des travailleurs allemands   Parti socialiste européen   Parti socialiste ouvrier d'Allemagne   Partis politiques allemands   Paul Levi   Peer Steinbrück   Peter Struck   Politique de l'Allemagne   Première Guerre mondiale   Realpolitik   Rhénanie-Palatinat   Rosa Luxemburg   Rouge   Rudolf Scharping   République de Weimar   République démocratique allemande   Révolution allemande   Seconde Guerre mondiale   Sigmar Gabriel   Social-démocratie   Social-libéralisme   Troisième Reich   Ulla Schmidt   Wilhelm Liebknecht   Willy Brandt   Wolfgang Tiefensee  
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